Deux mois plus tard
Il avait passé de longues semaines loin de Toronto sans avoir les moindres nouvelles venant de l'enquête. William avait cru devenir fou, seul à Kingston, attendant simplement un télégramme de son supérieur lui indiquant qu'il pouvait rentrer chez lui. Et ce télégramme ne vint pas, pendant près de trois mois, trois longs et interminables mois.
Il occupait alors ses journées du mieux qu'il le pouvait, tentant de ne pas penser au danger auquel se trouvait exposé son épouse. Mais à elle, en revanche, il pensait souvent, presque à chaque heure du jour ou de la nuit. Il avait tellement de temps libre qu'il passait des heures perdu dans ses pensées, il lui écrivait des lettres dans lesquelles il lui disait à quel point elle lui manquait, à quel point il voulait la revoir pour la prendre dans ses bras. Il lui écrit des centaines de lignes de mots d'amour, de mots plus osés parfois, s'imaginant la voir rougir et les lisant. Aussitôt un timide sourire se dessinait sur ses lèvres, il aimait la voir rougir et malgré toutes ces années, il trouvait toujours comment le faire. Ces lettres là, il les mis à part, dans une autre petite boite, et il lui arrivait de les relire le soir, lorsqu'il se trouvait seul dans son lit. William priait chaque soir que se soit le dernier qu'il passerait loin d'elle, et chaque matin son cœur s'assombrissait en sachant qu'il ne la reverrai pas non plus ce jour là, qu'il devrait attendre, encore.
Il remontait la rue d'un pas lent pour entrer dans la demeure où il louait une chambre depuis son arrivée à Kingston. Lorsqu'il emprunta les marches en pierre conduisant sur le perron, le jeune homme se figea sur place. Il y avait un homme, debout devant lui, les mains dans les poches.
-Bonjour Murdoch, dit-il doucement.
-Monsieur? Lança William à son supérieur. Vous...vous ici? Julia. Il s'est passé quelque chose avec Julia? Il...
-On l'a eu Murdoch, coupa avec calme Brakenreid, il a tenté de s'en prendre à elle mais elle va bien et on l'a eu.
-C'est terminé? Souffla William avec soulagement.
-Pas tout à fait, il nous faut votre témoignage, il sera transféré à la prison demain, jugé la semaine prochaine et sans doute condamné à perpétuité. Mais pour cela vous devez rentrer à Toronto, et ce, le plus tôt possible.
Il n'en fallut pas davantage pour William d'entrer en un bond dans la demeure et rejoindre sa chambre à l'étage. Il fit sa valise en quelques courtes minutes à peine, son ami l'observant dans l'embrasure de la porte de la chambre.
-Vous avez dit qu'il a tenté de s'en prendre à Julia, dit-il à bout de souffle en papillonnant dans la chambre, que s'est-il passé?
-Elle a reçu une lettre après votre départ et elle a cru qu'elle venait de vous, Albreto Garcia s'est emparé d'une de vos notes dans votre bureau à l'aide d'une complice, une fille de joie. Il a tendu ainsi un piège au Docteur mais nous l'avions à l'œil. Crabtree est intervenu et le Docteur a abattu Garcia.
-Garcia? Mais j'ai vu ce nom dans le journal, cela remonte à deux mois, pourquoi vous ne me l'aviez pas dis plus tôt?
-Pour que vous vous précipitiez à Toronto et ne fassiez capoter le plan? Rétorqua Brakenreid. Je vous connais Murdoch, ajouta-t-il en faisant une grimace.
-Elle n'a pas été blessé?
-Non, vous savez autant que moi que c'est une dure à cuire, elle est venue à la maison quelque temps et finalement lorsque nous avons enfin trouvé la trace de Parker, je l'ai renvoyé chez vous. Je ne sais pas comment vous faites pour la supporter chaque jour, je ne l'imaginais pas si soupe au lait au quotidien.
William fronça les sourcils, se demandant bien quel calvaire Julia avait fait subir aux Brakenreid alors qu'il l'a connaissait toujours agréable et facile à vivre. Il se demanda alors l'espace d'une seconde s'il n'était pas arrivé à dompter son caractère bien trempé finalement. Après toutes ses années, il y était enfin arrivé.
-Pourquoi vous souriez comme ça? Grommela Thomas.
-Pour rien Monsieur, se reprit William.
-Mouais, bon, on peut y aller? Le train part dans trente minutes.
-Je suis prêt, répondit William en prenant son sac avant de jeter un dernier regard autour de lui pour voir s'il n'avait rien oublié.
-Plus besoin de votre déguisement?
-Si Parker est au poste de police, non je n'en ai plus besoin. Je suis "vivant" à nouveau.
Brakenreid acquiesça et ainsi les deux hommes quittèrent la maison d'un même pas pour se rendre à la gare et prendre des tickets de train ver Toronto.
Ils étaient arrivés à Toronto quatre heures plus tard. Les deux hommes avaient parlé de l'affaire en détails pendant tout le trajet et pour la première fois depuis son départ, William pu enfin chasser de son esprit son épouse. Elle lui revint en mémoire lorsqu'il traversa le poste de police rapidement, brièvement salué par quelques agents de police.
-Nous avons dû leur dire que vous étiez en vie, imaginez leur têtes sinon, avait lança Brakenreid en marchant à côté de lui vers la salle d'interrogatoire, bon et vous restez ici jusqu'au moment où je vous appelle c'est clair?
-Oui Monsieur, acquiesça simplement William.
Son supérieur entra dans la salle et commença son interrogatoire qui dura de longues minutes. Puis, il lui adressa un signe de la tête et William ouvrit la porte.
-Je crois qu'une vieille connaissance veut vous saluer, lança Brakenreid .
-Monsieur Parker, fit William avec calme, je suis ravi de vous trouver ici.
-Et moi je suis ravi de vous savoir en vie Inspecteur, j'aurai tout à loisir de vous tuer de mes propres mains. Vous savez ce que l'on dit, nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-même.
-Il y a pourtant un problème à votre plan, rétorqua William, vous allez passer votre vie en prison.
-Ne croyez pas cela, je suis plein de ressources et je sortirai. Mais lorsque se sera le cas, je vous conseille de bien vous cacher, vous et votre épouse.
-Merci du conseil, murmura simplement William avant que deux agents ne viennent prendre l'homme pour le faire quitter la pièce, mais je crois avoir gagné, ajouta-t-il.
Ils suivirent tous les agents et le coupable jusque dans la rue, là ou le fiacre allait l'emmener à la prison la plus proche lorsque deux chevaux lancés au galop firent irruption. Personne n'eut le temps de bouger que les coups de feux partirent. Ils se mirent aussitôt à l'abri, mais le corps de Monsieur Parker s'écroula sur le sol et les montures avec les hommes masqués disparurent dans la rue aussi vite qu'elles étaient apparues. William se pencha alors vers l'homme au sol et le regarda avec intérêt.
-Il est...Commença Brakenreid.
-Mort, termina William en faisant le signe de croix,
-Les hommes de Nils, il fallait s'y attendre, un autre réseau reprend le flambeau.
-C'est vraiment terminé à présent.
-Pour lui oui, mais nous n'aurons jamais terminé avec ces pourritures.
Les deux hommes échangèrent un regard et le poids qui se trouvait sur le cœur de William depuis des mois s'envola aussitôt. Son cauchemar était terminé, enfin.
La jeune femme se trouvait sur son sofa, les jambes posées sur un petit pouf devant elle, recouverte d'une couverture sombre. Une tasse de thé fumait sur le petit guéridon à côté d'elle. Elle lisait un livre depuis de longues minutes déjà. La demeure était plongée dans le silence depuis que la femme à son service était partie une heure plus tôt. Pourtant, Julia leva les yeux de son ouvrage, persuadée d'avoir entendu la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer presque aussitôt. Elle fronça le sourcils, certaine d'avoir verrouillée la porte. Elle se leva alors doucement et avec précaution et méfiance, elle quitta le salon pour arriver dans l'entrée. Son cœur manqua un battement lorsqu'elle vit William, debout devant la porte au bout du couloir, lui souriant simplement.
-William, lâcha Julia dans un souffle.
-Je suis rentré à la maison, répondit celui-ci.
Il ne se passa qu'une seconde pour que le livre, que Julia tenait toujours, ne s'échoue sur le sol avec fracas. Elle se précipita vers le jeune homme en courant et il l'accueillit contre son torse avant de refermer ses bras autour d'elle. Elle noua ses bras dans sa nuque et y plongea le visage en souriant alors qu'il ferma les yeux pour savourer le parfum qui se dégageait de ses cheveux.
-Tu es là, murmura Julia, tu es là.
-Tout est terminé, répondit William de la même façon, et je te promets que jamais plus je ne t'abandonnerai, jamais.
Elle laissa échapper un sanglot et se sépara de lui juste assez pour croiser son regard, une seconde à peine avant que leurs lèvres ne se touchent, avant qu'ils ne partagent un long et langoureux baiser qui leur coupa le souffle à tout les deux. Ils restèrent de longues minutes ainsi enlacés, à se caresser, à se sourire, à s'embrasser, encore et encore.
-Tu m'as manqué, grommela William en déposant de brûlants baisers dans sa nuque alors que ses mains voyageaient sur le corps de Julia.
-William, gémit Julia en se mordant les lèvres, bien que l'idée me plait, pas ce soir, tu...tu dois avoir des tas de choses à me raconter et...
Il cessa sa torture et leva un sourcil.
-Tu veux parler?
-Oui, nous...après tout je t'ai dis que tu allais devoir te faire pardonner ton mensonge.
-Je pensais que cette façon te plairait, dit-il avec un sourire taquin avant de plonger son visage vers sa poitrine pour caresser sa peau de sa langue.
-Oooh William, insista Julia qui luttait de toutes ses forces pour ne pas le laisser continuer, s'il te plait j'aimerai savoir ce que tu as fait pendant trois mois et...
-J'ai compris, grommela le jeune homme en s'éloignant un peu d'elle, laisse-moi me changer et je te raconterai tout, et promis, je ne tenterai pas de te faire l'amour.
Elle lui sourit tendrement et déposa un baiser sur sa joue.
-Tu auras tout de même le droit de m'embrasser, dit-elle sur ses lèvres, tu m'as aussi beaucoup manqué.
-Mmmmh, ne me tente pas trop mon amour, répondit William de la même façon avant de se diriger vers l'escalier qui se trouvait un peu plus loin, oh dis-moi, ajouta William avant de monter, j'espère que tu as gardé quelques vêtements m'appartenant.
-J'ai tout gardé, je n'ai pas eu le cœur de jeter quoique se soit.
Il lui sourit pour toute réponse et il s'éclipsa, laissant Julia débordante de joie dans l'entrée de leur maison, heureuse de savoir que l'homme qu'elle aimait était de retour chez eux et qu'à présent, ils allaient enfin pouvoir vivre en paix. Elle soupira alors profondément, posant sa main sur son ventre quelques secondes avant de se diriger vers le livre qu'elle avait laissé tomber au sol, puis, elle rejoignit le salon à nouveau, attendant avec impatience le retour de William.
à suivre...
