Chapitre I
Mauvais rêve
'Cause the morning always comes to kill the dream
You had the night before
Ses doigts s'agrippèrent aux draps à ses cotés.
Ils étaient froids.
Elsa se réveilla en sursaut, un cri au bord des lèvres.
Elle cligna des yeux. Encore perdue quelque part où subconscient et réalité se confondent. La sueur glacée glissait contre ses omoplates comme une poignée de flocons. Elle se tourna sur le flanc. Il était toujours présent. Le sourire de Jack, son visage de nacre et son corps qui s'enfonçait dans l'eau ; ce mauvais rêve aux courbes terrifiantes. L'image restait ancrée sur sa rétine après tout ce temps, comme lorsqu'on ose regarder le soleil en face.
Elle repoussa ses draps et creusa les reins dans un étirement lascif.
Son regard-ciel était encore embué
Elle effleura son reflet par inadvertance dans la baie vitrée baigné par la lune. Aussitôt, Elsa nota le pli amer de ses lèvres, ignora sa chemise de nuit trop courte pour être décente et ses longs cheveux ondulés par la nuit agitée. Ils étaient beaux, ainsi, cascade qui s'amusait à glisser contre sa poitrine et ses omoplates pour se perdre dans le creux de son dos. Sauvages.
Ses pieds nus effleurèrent le carrelage glacé comme les morts.
Elle ne s'en souvenait presque plus. Du visage de Jack. Comme s'il n'avait été qu'une mort, qu'une noyade, qu'une étoile qui s'éteint, qu'une nuée floue dans sa mémoire. Et plus elle tentait d'en approcher les courbes et les angles, plus il s'éloignait d'elle pour se noyer dans la brume.
Il avait fini par s'y perdre, lui aussi. Il était finalement devenu fantôme.
Elsa alluma une bougie et la flamme vacillante jeta une lueur fébrile sur son visage creusé par la fatigue. La jeune-femme passa devant la porte de la chambre de sa sœur entrouverte. Elle y glissa un regard, n'y rencontra que formes vaguement sombres, qu'amalgames hésitants.
Elle finit par s'échouer sur une table dans les cuisines désertes du palais. Le souffle inaudible.
« Tu veux faire un bonhomme de neige ? fit une voix timide dans son dos.
- Anna, souffla Elsa dans un sourire. »
« Tu veux faire un bonhomme de neige ? » avait fini par devenir leur code secret. Elsa se remémora leurs dix ans de silence, ces dix ans séparées par une simple porte en bois. Ces dix ans d'isolement et d'incompréhension. Anna prit place sur une chaise bringuebalante afin de faire face à sa sœur. La reine nota aussitôt la nervosité de la brune, le tapotement régulier de ses doigts contre la table en bois et son regard qui ne se fixe pas.
« Je t'ai entendu te lever. Dis-moi, Elsa, tout va bien ? » demanda-t-elle finalement. « Enfin, parce que, si tu as un problème, Elsa. Tu sais que. » Elle releva ses yeux auparavant masqués par ses cils trop longs. « Tu peux tout me dire ! » Grand sourire maladroit dans toute sa splendeur adorable.
Anna, c'était le mélange parfait entre excentricité, maladresse et innocence. Anna, c'était la seule chose qui valait réellement quelque chose à ses yeux.
« C'était juste un cauchemar, répondit Elsa évasivement. « Tu n'as pas à t'inquiéter.
- Et ton don... je, ça va ? »
Non, ça ne va pas, Anna.
Je ne veux pas te faire peur, je ne veux pas te faire de mal.
La reine baissa les yeux sur ses gants en soie. Ses longs cheveux ondulés vinrent caresser ses joues pales. Pour l'instant, tout était bien. Mais combien de temps encore ? Une, deux semaines peut-être, avant que le contenir ne devienne insupportable, avant que la glace ne la ronge de l'intérieur, lui bouffe les tripes et n'explose. L'avenir se profilait ainsi ; rester au palais jusqu'à ce que son don ne devienne incontrôlable, puis le quitter et partir loin dans la montagne, loin de tout. Histoire de lâcher toute la glace qui coulait en elle. Avant de tout recommencer.
Le contrôle de la glace n'était plus un simple don. Il était devenu elle, il était devenu son corps, il bouffait sa chair, il bouffait son sang. Et il y aurait ce jour, où il finirait bien par devenir plus fort que sa maigre enveloppe charnelle. Alors elle deviendrait tempête de neige, bourrasque, ou simple flocon. Qui sait. Alors tout recommencerait à nouveau, comme au jour maudit de son couronnement.
Et pourtant.
« Ça va. » lâcha Elsa en guise de réponse. Pour le moment. « Tu devrais aller te recoucher, tu sais. »
Elle attendit qu'Anna ait disparu pour plonger sa tête entre ses mains gantées.
Elle les payaient. Tous ses mensonges enfouis dans sa conscience. Elle s'y perdait.
Jack Frost jubilait intérieurement. L'automne touchait peu à peu à sa fin, noyant le brun de novembre dans les méandres de décembre. Bientôt, les habitations s'orneraient de guirlandes étincelantes et les enfants accrocheraient chaussettes à leurs cheminées. Cela signifiait son grand retour dans le vie active. En attendant, le gardien partageait son temps entre farces et vagabondages incessants. Et il commençait vraiment, vraiment, à manquer d'activités. Il passait le plus clair de son temps chez North. Autant dire que des yétis ou des lutins stupides, il en avait assez vu pour les cinq siècles à venir. Et que Bunny en avait sacrément marre de devoir dégeler ses œufs à chaque passage.
Jack fini par s'élancer hors de l'atelier de North. Il prit la première bourrasque pour filer non pas là où s'implanterait son nouvel hiver, mais en direction du palais des dents. Il devait discuter avec Toothiana. Une de ses plus précieuses amies, si toutefois Jack Frost pouvait avoir des amis.
Comme d'habitude, elle était débordée.
Comme d'habitude, les fées s'extasièrent devant ses dents aussi éclatantes que la neige.
Comme d'habitude, Jack s'impatienta au bout de cinq secondes à peu près.
« Ok, Jack, je suis à toi dans une minute, et COME ON GIRLS, KEEP CALM ! Molaire, Paris, secteur 5, Oxford, secteur 3, go ! »
La fée tournoya encore un instant dans toutes ses couleurs irisées. Jack la laissa à ses activités et disparu dans un calfeutrement ténu. Il voleta jusqu'au lac à l'onde trop claire, trop turquoise, bien trop belle. Si bien qu'il brisa l'harmonie en posant un pied sur la surface iodée. Une fine couche de glace se forma lors de la collision. Il avança lentement jusqu'à la fresque aux couleurs chatoyantes. Il pouvait presque les sentir vibrer. Les milliers de souvenirs que les dents refermaient. Ses mains se crispèrent sur son sceptre de bois.
« Jack, je suis vraiment désolée. Pour tes souvenirs, fit Fée dans son dos avec douceur. »
Jack secoua la tête et esquissa son étrange sourire bancal.
« T'inquiètes pas pour moi, Fée. Je retrouverais Noirceur, je prendrais mille ans s'il le faut. Je lui arracherais mon passé en même temps que sa jugulaire. »
La Fée des dents éclata de rire et posa une main rassurante sur l'épaule glacée du gardien. Il se tourna vers elle. Il observa le soleil jouer dans ses ailes translucides et s'enfouir dans son drôle de plumage qui agresse la rétine. Il fit signe vaguement militaire avant de briser la glace qui s'était formée sous ses pas.
« Bon, travaille bien. Moi, j'ai un hiver à préparer ! »
Il disparut parmi l'océan des nuages, il se confondit avec la clarté du ciel. Ne laissant derrière lui : que cette drôle de brise glacée et une fine couche de givre.
Le ronronnement de son conseiller semblait provenir d'un autre univers, auquel elle était totalement hermétique. Ou peut-être que c'était lui. Qui était trop terre-à-terre. Elsa saisit la plume qu'elle trempa dans l'encrier avec délicatesse. Alors une fine couche de givre commença à se déposer sous ses doigts, et elle lâcha l'objet dans un sursaut. Éclaboussures sombres sur le précieux traité. Et puis merde, à la fin.
Elsa se releva brusquement.
« On s'occupera de tout ça plus tard, si vous le voulez bien, jeta-t-elle un trop sèchement. »
Ce n'était pas sa faute, après tout, le pauvre.
« Votre Altesse...
Mais Elsa s'était déjà enfuie.
Elle dévala les escaliers en relevant les pans de sa robe pour ne pas trébucher. Elle sentait le sol craquer sous ses bottes, comme un chemin verglacé qui naissait de sa collision avec les marches. Elle finit par déboucher dans la cour du château, et le soleil sur sa peau sembla effacer son pouvoir de manière indicible. Elle continua sa course, avant de percuter un obstacle imposant. Qui, au passage, n'avait même pas remarqué qu'elle lui était rentrée dedans.
« Excuse-moi heu... elle leva les yeux avant d'esquisser un sourire. « Kristoff.
- Salut, altesse, répondit le jeune-homme en se tournant vers elle. »
Une ombre de sourire passa sur ses lèvres roses.
« Dis, tu t'apprêtes à partir ? Demanda-elle en le voyant s'affairer autour de son traîneau. Parce que si c'est le cas, j'aimerais bien que tu m'emmènes. J'ai peur de, et bien, tu sais. De gaffer.
- Vas-y, monte ! Dit Kristoff dans un large sourire. »
La traîneau filait sur la glace avec une vitesse qui défiait l'entendement et c'était grisant, tu sais, la morsure sur sa peau, la bourrasque dans ses cheveux et le rayon du soleil qui jouait sur la neige. Elle se cramponna avec force, lâchant un sourire crispé à Olaf qui avait décidé d'être de la promenade. Bon dieu, comme la manière de conduire de Kristoff était effroyable. Horrible. Effrénée. Géniale.
La petite troupe finit sur la large surface glacée où le jeune-homme prélevait la glace. Assise sur la berge, Elsa laissait son don s'étendre avec douceur créant bourrasques roses de glaces translucides, formes abstraites et visages décomposés. Olaf s'amusait à patiner tout autour de Kristoff dans sa bonne humeur habituelle.
Elsa, quant à elle, ne pouvait plus du tout. S'aventurer sur le moindre lac gelé.
« Elsaaaaa, je suis fatigué, geignit Olaf en s'accrochant à sa jambe. Masse-moi, Elsaaa.
- Pousse-toi ! rit Elsa avec douceur.
- Dis Elsa, pourquoi t'as pas d'AMOUREUX ? J'veux dire, tu es MAGNIFIQUE, charmante, gentille, adorable, tu sais approximativement cuisiner, bon, y'a juste un petit problème de température quoi. On va dire que t'es pas vraiment très chaude, BOUAAHAHAHAHAHA.
- C'était très drôle, Olaf, vraiment. Très fin ! répondit-elle en éclatant de rire malgré elle. On va dire qu'un homme ne voudrait pas d'une femme qui peut le congeler à la moindre dispute, t'es d'accord avec moi ?
- Moi, je voudrais de toi. Je ne peux scientifiquement pas être congelée plus que je ne le suis maintenant. CHERIE, on est FAIT l'un pour l'autre ! »
Elle réfléchissait à l'éventualité d'offrir une amoureuse bonhomme de neige à Olaf lorsqu'il prononça ce fameux prénom. Une simple syllabe qui percute, tu sais, un vague qui s'écrase sur la cote dans l'écume effervescente. Un mot qui semblait revenir tout droit du néant, du rien de l'univers, des lambeaux du monde et de l'existence. Ce simple prénom cauchemardesque.
« Jack voudrait de toi.
- Jack, s'il ressuscitait, ne voudrait jamais de moi, marmonna Elsa avec noirceur.
- TU CONNAIS JACK FROOOOST ? hurla Olaf de toutes ses forces. »
Si bien que Sven en cracha sa carotte, que Kristoff en lâcha sa scie et qu'Elsa dans un sursaut fit exploser une énième créature de glace. Elle réalisa alors qu'il ne parlait pas du Jack qu'elle connaissait. Personne ne l'avait connu, après tout, à part elle.
« Non, bien sur que non. Enfin si, concéda Elsa. Je connais Jack Frost, mais tu sais, ce n'est qu'une vieille légende nordique. Enfin, Jack Frost n'existe pas. Pas plus que le père Noël ou le marchand de sable, tu vois ?
- Il n'existe pas pour toi, rétorqua Olaf. Mais je te rappelle que je suis un bonhomme de neige. Et je le vois, aussi sûrement que je peux te voir toi ! Il est l'hiver. Et il est toi, aussi, en quelque sorte. Vous avez le même don, après tout. C'est lui qui nous apporte l'hiver. Quand tu ne le fais pas à sa place par inadvertance, HEIN ?
- Olaf...
- Je te jure, Elsa. Il existe. Tu devrais peut-être le rencontrer, peut-être qu'il pourrait te délivrer de ton don. Je n'arrive pas à croire que tu ne puisse pas me croire alors que toi-même, tu contrôles la glace ! » Il faillit en fondre de rage.
Et Olaf n'était qu'un bonhomme de neige, vaguement débile, vaguement insensé. Il parlait de légendes inconnus comme il parlerait de ses meilleurs amis. Avec une ferveur nouvelle.
Mais puisque son don existait.
Jack Frost pouvait-il en être la clé ?
« tu nous entends l'blizzard, tu nous entends ? Si tu nous entends, va t'faire enculer. »
voici la suite ! j'espère que vous vous êtes pas ennuyés, je prends mon temps pour amorcer leur RENCONTRE (vous pouvez pas savoir à quel point j'ai hâte aha). donc heuuu, j'espère que ça vous a plu, & merci pour toutes vos reviews précédentes, ça m'a fait supeeer plaisir (& louve, je serais ravie de lire ta fanfic !)
(vous remarquerez que contrairement au film, Jack n'a pas encore recouvré ses souvenirs. Ce serait comme une fin-suite alternative, un mix des deux univers et histoires. quelques détails changeront comme ça, ne vous inquiétez pas, surtout !)
amour sur vous, qui lisez cette fanfic ! :3 3
