CHAPITRE 4
« Ce n'est pas ta faute, c'est ton héritage.
Et ce sera pire encore quand tu auras mon age.
Benjamin Biolay


Au fond, on croit être bon lorsqu'on montre nos pires cotés.
Il tournait comme un prédateur autour d'elle. Ses doigts se cognaient les uns contre les autres et son regard scabreux se ficha dans la jeune-femme. Elle se sentit transpercée. Cependant, elle ne se laissa pas démonter.

« Qui êtes-vous ?

Elle égraina ses paroles avec calme. Elsa affichait cette espèce de fausse sérénité propre à l'urgence. Un geste brusque et le croque-mitaine se retrouverait étouffé sous la glace. Elle restait alerte, la main sagement repliée dans le creux de son dos. Comme toujours.

« Je ne me répéterais pas. Qui êtes-vous ? »

Son regard bleu le balaya avec négligence. Elle nota sa dégaine inhumaine, son teint cireux de cadavre, sa silhouette dégingandé et ses membres trop longs qui le faisait ressembler à une énorme araignée. Il aurait pu paraître effrayant, mais il semblait tellement décharné par l'immortalité qu'il en était devenu une caricature de cauchemar, un simili de vampire à la chevelure broussailleuse. La jeune-femme se recoiffa légèrement à l'aide de ses doigts puis remis en place les pans de sa longue robe blanche, avant de poser sur lui un regard interdit. Elle leva la tête. Elle aurait du être effrayé par cette apparition digne de ses pires cauchemars. Elle aurait du hurler et le tuer sans autre forme de cérémonie. Mais elle était désespérée. Et son désespoir, Pitch l'avait ressenti. Non. Il l'avait flairé.
Il la savait prête à tout.

« Je suis, comment vous expliquer. » Une voix doucereuse dans laquelle on s'engonce. Une note qui repousse mais hypnotise. « Je suis la terreur. En fait, je suis comme vous. Un monstre incompris repenti. Je suis avide de vengeance. Je suis là pour vous aider à trouver votre solution, vous délivrer. Est-ce que cette présentation vous convient ?
- Me délivrer, répéta-t-elle, méfiante.
- Vous délivrer. Je vous observe depuis longtemps. J'ai tout vu. Vos tentatives vaines, Jack Fr...
- Vous n'avez pas vraiment le physique du prince charmant, coupa-t-elle finalement.
- Je suis le mieux de ce qui se fait chez les monstres, murmura-t-il en lui tendant sa main décharnée. »

Elsa ne la saisie pas.
Elle réfléchissait. Elle remuait l'infini des possibilités. Il disait pouvoir la délivrer. Et contre toute attente, elle voulu le croire. Parce qu'elle voyait dans son regard un quelque chose de détresse, une once d'espoir.

« Les gardiens m'ont détruit. » L'homme rit amèrement. « Ils m'ont détruit, sous prétexte que j'étais monstre ; l'allégorie du cauchemar. Cependant, les enfants ont besoin des cauchemars pour grandir, sans la terreur, comment peut-on prétendre au bonheur ? La lune m'a nommée croque-mitaine, la lune elle-même m'a choisie pour contrebalancer la joie qu'apportent les gardiens. Je suis le contraste du malheur qui fait ressortir les moments heureux. J'ai le rôle ingrat, pourtant je suis indispensable. Je veux juste une petite place dans les croyances de ce monde. J'ai tout autant le droit d'exister que le père Noël ou le lapin de Pâques. Je veux juste que l'on croit en moi. »

Tous ses mensonges, Elsa ne se rendit pas compte.
Il prononça ses derniers mots avec une telle haine qu'elle eut un mouvement de recul. Elle n'osa même pas lui demander qui était ce fameux "Père Noël".
Il ne la terrifiait pas. Il représentait toutes ses anciennes peurs. Les phobies vaseuses. La peur du vide et la foule mouvante qui se pressaient tout autour d'elle. Il était effrayant de pathétisme. Elle se voyait un peu en lui.

« Qu'est-ce que vous attendez de moi, exactement ? demanda-t-elle à mi-voix.
- M'aidez à revivre dans le cœur des gens et à m'imposer à cette bande d'ahuris que l'on nomme gardiens. Faire ce que je te dis. En échange, nous ferons tout pour que l'on vous déleste de ton fardeau. Vous serez tout à fait ordinaire. Vous ne pourrais plus jamais blesser ceux que vous aimez. Vous vivrez heureux jusqu'à la fin des temps. Choisissez l'option qui vous convient. »

Ses dernières paroles firent mouche et Elsa tressaillit avec violence. Elle se senti perdue. Elle jaugea le pour, le contre, elle se perdit un peu en route. Il représentait l'obscurité et la terreur. Cela signifiait-il qu'il représentait le mal ? Ils étaient pareils, au fond. Deux monstres qui blessaient les gens. Ils n'étaient pas forcés d'être les méchants de l'histoire. N'étaient-ce pas ces dénommés gardiens qui avait attaqué le croque-mitaine selon ses dires ? N'était-ce pas Jack Frost qui avait refusé de l'aider ? Qu'en avait-elle à faire, au fond, d'une armée de chimères enfantines ? Tant qu'elle avait la possibilité de devenir une Reine normale. De ne plus blesser son peuple. De ne plus tuer personne.
Tant qu'elle n'était plus un monstre.

« Promettez-moi que lorsque je reviendrais ici, je ne serais plus en mesure de blesser qui que ce soit, jeta-t-elle finalement en le vrillant de son regard trop bleu. Promettez-le et je vous aiderais. Vous avez ma parole.
- Vous n'aurez plus une once de glace dans le corps, dit-il avec un petit rire sans joie.

Un sourire néfaste venait d'étirer les lèvres fines du croque-mitaine. Elle leva une main translucide et tremblante qui flotta un instant devant celle, austère, de Pitch. Elle finie par s'en emparer. Son regard bleu s'engonça dans les deux marécages sombres devant elle. Un rire léger s'échappa de l'homme qui se redressa de toute sa hauteur.

« Parfait, ma reine. Nous avons un accord. » Son sourire basculait à chaque instant vers la démence. « Ramenez vos affaire et suivez-moi. »

Il leva son bras tremblant et prononça une incantation dans une langue antique qu'elle ne reconnue pas. Une masse sombre enfla dans un coin de sa chambre. Le temps d'un clignement qu'un gigantesque trou noir soufflait à son visage toute son haleine emplie de souvenirs. Elle savait dorénavant qu'il n'y avait plus moyen de faire marche arrière. Elle ferma les yeux et attrapa quelques robes qui trainaient à ses pieds. Son diadème semblait peser milles tonnes sur son crane. Il agrippa la main délicate et la tira jusqu'au passage.

« C'est parfois désagréable, alors ne vous donnez pas la peine de crier.

Ils plongèrent dans le passage.
Elle se sentit transpercer par des images des sons des couleurs qui courraient dans ses veines, apparaissaient par mirages et venaient se cogner quelque part au fond d'sa poitrine. Elle se sentit tomber à la verticale. Elle tint la main de Pitch un peu plus fort, comme pour se rattacher à quelque chose de concret. Pourtant, elle se sentait nauséeuse et brusquement il lui percuta l'épaule. Lui. Cet odieux ressenti.
Ce pressentiment qui ne lui annonçait rien de bon.

Le trou noir les cracha dans la pénombre.
Elsa cligna des yeux plusieurs fois avant de se rendre compte que tout autour d'elle était désespérément sombre. Elle luisait comme une étoile bleue dans la nuit. Pitch écarta ses bras filandreux et clama tout haut.

« Voici mon palais, soyez la bienvenue ma Reine. Vous trouverez peut-être le tout un peu trop sombre à votre goût. Mais vous vous y ferez vite. »

Il tournoyait dans toute sa morne austérité dans les longs couloirs de sa demeure. Elsa le suivit. Ce n'était pas sans lui rappeler le château d'Arendelle les longs couloirs rayés par la lumière qui arrivait à s'immiscer, les salles de bals pleines de fantomes, les couleurs chatoyantes noyées dans la terreur. Elle ferma les yeux et ses doigts blancs se crispèrent avec force. Elle pouvait pas permettre à son esprit de s'effondrer maintenant. Où les espoirs se fracasseraient. Les espoirs et ses convictions. Elle se posa la question. Évidemment ; est-ce que j'ai bien fais ? Elle se répondit qu'elle n'avait plus grand-chose à perdre.
Néanmoins elle s'approcha de Pitch tandis qu'ils marchaient dans le palais aux ombres menaçantes.

« Quand pourrais-je rentrer chez moi ? finit-elle par laisser échapper au milieu du silence qui ne les avaient plus quittés depuis qu'ils s'étaient serrés la main.
- Mais vous venez d'arriver, très chère.

Il lui lança un regard vaguement amusée.
Une boule de glace germa dans la main de la reine. Elle la lança d'un geste plein de grâce sur le croque-mitaine qui l'effleura avec menace avant de se ficher dans le mur juste derrière. Elle le plaqua sur la tapisserie élimée et rapprocha son visage du sien.

« J'ai accepté de vous aider malgré l'allure douteuse de votre affaire. Mais je vous jure qu'au moindre coup bas ou quoi que ce soit du genre, je vous éliminerais de ma main. Si vous n'tenez pas vos promesses, le résultat sera le même. Vous m'avez convaincu car vous semblez être la seule lueur d'espoir qui s'présentera jamais. Vous n'avez pas intérêt à m'avoir menti.
- Je pensais que tout était clair entre nous, répondit Pitch d'une voix légèrement étouffée. Je vois que vous avez du caractère. Ils ne mentaient pas dans les livre en disant que votre don avait glacé jusqu'à votre personnalité. On parle de votre cœur également. »

Il la repoussa et ouvrit à tâtons une porte dans son dos, plus goguenard et sinistre que jamais.

« Voilà vos quartiers, très chère. Je vous y ferais chercher. » Il parla d'une voix doucereuse avant de s'éclipser.

Elle se retrouva face à une chambre plus sombre que tout le reste. Ça n'avait rien du luxe dans lequel elle avait baigné toute son enfance. Un petit lit triste trônait dans un coin, entre une armoire et une table bringuebalante. Elle se laissa tomber sur le matelas défoncé et enfoui son visage dans ses mains jointes. Tout était trop sombre. Tout la compressait. Elle avait l'impression qu'elle n'avait plus vu la lumière depuis des siècles.

Au fond, ça n'était jamais arrivé.
Que ses convictions lui paraissent à ce point prêtes à s'écrouler.


La nuit avait tout avalé.
Les rires, les batailles de boules de neige, le soleil un peu froid de l'hiver et puis les chants de Noël. Jake essayait de tirer un peu de repos de l'obscurité. Quelques calèches osaient déchirer le silence du village paisible. Il jouait avec son bâton de glace et ses pas ne laissaient pas de trace dans la neige fraiche. Il senti une ombre derrière lui et se retourna brusquement, un geste de menace amorcé. Il eu un rictus moqueur lorsqu'il reconnu le lapin de pâques, son boomerang levé droit vers la lune.

« Qu'est-ce que fous là, le lapin ? jeta-t-il négligemment en prenant son élan. »

Son corps se propulsa avec légèreté dans les airs. Quelques flocons vinrent rejoindre leurs congénères au pied du lapin.

« T'es encore venu m'rappeler à quel point t'es un gardien génial alors que je n'suis rien ? » Il rit. Jack était devenu amer. Un peu trop peut-être. A force d'errer depuis dix ans, il se sentait plus trop vivre. « Ou alors tu souhaites te mesurer à moi ?
- C'est rien de tout ça, sale gamin, grogna Bunny. On a une urgence.
- Tiens donc. » Jack se tourna et jaugea l'autre du regard. « Une urgence de gardiens ? C'est dommage. Je n'en suis pas un. » Il chuchota férocement.

Le malaise enfla, pesant.

- La Fée des dents a été enlevée, finit par lâcher Bunny entre ses dents serrés. Je sais que tu tiens à elle. Et je sais aussi que – même si ça me brise le cœur de te l'avouer – que sans toi, nous risquons de tous disparaître. Alors suis-moi et fais pas d'histoire inutiles. »

Bunny plongea dans un terrier qu'il venait faire d'apparaitre.
Jack Frost eu un mouvement d'hésitation avant de s'engouffrer à sa suite.


D'accord, ne me tuez pas.
Je suis sincèrement désolée du retard que j'ai accumulée sur cette fanfiction & j'espère que ce chapitre ne vous décevra pas.
Je ne vais pas vous cacher que j'avais un peu oublié Elsa & Jack, entre ma vie personnelle, mes études qui m'envahissent un peu & tout ce qui s'ensuit. Mais je suis de retour, bien décidée à continuer cette fanfic (que j'avais publié sur un coup de tête... ACHEVEZ-MOI). Durant ces vacances je vais tenter d'avoir un rythme beaucoup plus soutenu pour vous offrir encore un chapitre ou deux & j'espère sincèrement y arriver ! je le peux !

je voudrais sincèrement vous remerciez pour tous vos gentils reviews qui m'ont fait chaud au cœur. J'ai répondu à certains d'entre vous en privé, & si jamais vous avez des questions sur l'histoire, sur n'importe quoi, n'hésitez pas à me les poser & j'y répondrais dans le chapitre suivant. je ne pensais pas obtenir le moindre succès en publiant cette fanfic & je suis vraiment vraiment touchée :cc merci à tous je vous aime beaucoup beaucoup.

donc pour parler de ce chapitre ; j'imagine que certains seront assez choqués (je ne sais pas) de voir Elsa s'allier avec Pitch pour son intérêt personnel. Bon, d'accord, oui, j'aime pas les personnages tout lisse tout beau. & je pense qu'Elsa est assez cool comme méchante. & j'aime bien ce duo ; Pitch-Elsa. Ca fait très duo de bandit. JE RACONTE N'IMPORTE QUOI. enfin j'espère que vous ne m'en voudrez pas & que vous ne trouvez pas que je fais n'importe quoi avec nos deux amours.
snif.

J'espère que vos fêtes se sont très bien passées & je vous fais d'énormes bisous.