TITRE: C'était trop facile
AUTEUR/E: LostIn222
RATING: K+
GENRE(S): Romance/Humor
PERSONNAGE(S): Mathieu Sommet, Antoine Daniel, Homme Masqué SLG
PAIRING(S): Mathieu S./Antoine D.
TRIGGER WARNING(S): aucun
C'était trop facile
Le feu crépitait dans la cheminée depuis une bonne heure déjà, réchauffant la pièce trop grande dans laquelle se trouvait un homme trop petit. Sur le canapé, son ordinateur sur les genoux, il tapotait lentement sur la barre d'espace de son clavier. La page blanche, celle qu'il connaissait trop bien, avait encore frappé en ce jour du 24 décembre 2014. Il déposa l'engin sur la table basse avant de se lever en soupirant et de s'approcher de la fenêtre en traînant ses pieds, emprisonnés dans de grosses pantoufles chaudes et douces en forme de chat. Il ne put s'empêcher de sourire niaisement devant le beau spectacle auquel il assistait derrière sa fenêtre : la neige. Des flocons légers que le vent faisait valser se déposaient délicatement dans les rues de Paris, blanchissant la capitale et sa Tour Eiffel. Ce qui rendait Noël encore plus magique que d'habitude pour les Parisiens.
Enfin, pour les Parisiens qui ne s'appelaient pas Mathieu Sommet.
Il détestait cette fête. Chaque année, il restait seul chez lui le soir du réveillon, avec au fond de lui l'espoir d'entendre sonner sa porte. Mais cette année, ça ne se passerait pas ainsi.
Il n'avait pas pu refuser lorsque son ami Victor lui avait envoyé un SMS pour lui proposer de venir réveillonner avec lui et leurs amis d'internet dans un restaurant un peu paumé, le matin même. Malgré le fait qu'il haïsse Noël, étrangement, le passer avec eux ne le dérangeait pas. On pourrait même dire que ça le réjouissait. Peut-être parce qu'il savait que son grand ami, le boss final des internets, serait présent. Et il ne raterait pour rien au monde de passer une soirée en sa compagnie.
Mathieu effaça son sourire et traîna à nouveau les pieds jusqu'à sa chambre. Il ouvrit son armoire en quête de fringues classes, mais faute d'en trouver, il attrapa un t-shirt blanc et un vieux jean. Il se déshabilla et enfila tout ça. Il quitta ses chaussons d'un coup de pied dans le vide et enfila des chaussettes, puis sortit de sa chambre. Il termina de se préparer dans la salle de bain, se chaussa et attrapa ses clefs. Le jeune homme scruta le salon du regard pour vérifier s'il n'avait rien oublié, puis tourna les talons en direction de la porte. Il sortit de son appartement et descendit les escaliers de l'immeuble en quatrième vitesse, avant de sauter dans sa voiture.
De son côté, Antoine était affalé sur son canapé, encore en pyjama, son ordinateur sur les genoux, à moitié endormi. Il sursauta lorsque son réveil, qu'il avait programmé à 18 heures, sonna de manière stridente. Il l'éteignit en grognant, et ferma les yeux.
Lorsqu'il les rouvrit, il était 18h50. Il se frappa le front avec la paume de sa main et se leva d'un bond. Il courut vers la salle de bain et en 5 minutes, il était habillé, chaussé, coiffé (enfin, à la Antoine Daniel) et prêt à partir. Il enfila son manteau et son bonnet, attrapa ses clefs et sortit dans le froid de Paris. Il sortit son téléphone et vérifia l'adresse avant de se jeter sur le siège conducteur de sa voiture.
« 2, rue de la Joie. Rue de la Joie… -il soupira- M'enfin, ça me fera du bien de sortir un peu de Paris. »
Il démarra sa machine.
-Putain de con de Victor de merde ! 'Pouvait pas faire ça chez lui, comme tout le monde ?!
Mathieu tournait en rond avec sa petite voiture dans le village désert où était censé se situer le fameux restaurant depuis un long moment déjà, désespéré à l'idée de ne pas le trouver.
-Vous êtes arrivé à destination, tonna la jeune femme du GPS.
-Mais c'est pas possible ! Y'a rien là !
Pourtant, il était effectivement rue de la Joie, comme indiqué par Victor. Rue étant un bien grand mot, étant donné que ce n'était qu'un alignement de maisons en piteux état. Le village (encore une fois un bien grand mot pour qualifier cet amassement de cabanes et de vieilles maisons) semblait désert, abandonné. Devant lui se dressait une sorte de cabane aux murs bétonnés, bâtie il y a certainement des années au vu son état, numérotée « 2 » et décorée de quelques guirlandes clignotantes. Il se gara devant l'entrée de la bâtisse et y pénétra. Mathieu chercha à tâtons l'interrupteur et appuya dessus, baignant la pièce de lumière. Au milieu de celle-ci, deux chaises de part et d'autre d'une table ronde. Le jeune homme s'en approcha et découvrit que, posé dessus, il y avait un repas, une table soigneusement mise et deux chandelles éteintes.
-C'est quoi ce délire ? lâcha Mathieu en attrapant son téléphone.
Ses yeux firent le tour de la pièce.
-Vic ?... tenta-t-il. T'es là ?...
Il sursauta et se retourna brusquement lorsqu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir, laissant entrer un jeune homme à lunettes qu'il ne connaissait que trop.
-Mathieu ?
-Antoine ?
Ils se dévisagèrent un instant.
-Ils sont où les autres ? demanda le plus grand.
-J'en sais rien, je viens d'arriver… Apparemment, il n'y a personne.
-Tu crois qu'on se serait trompés ?
-Non… Le nom de la rue et le numéro correspondent bien à ce que nous a envoyé Victor…
Antoine passa distraitement sa main dans ses cheveux et referma la porte. Il s'avança vers la table et écarquilla les yeux.
-C'est… C'est quoi ça ? questionna-t-il en désignant du doigt le repas.
-J'en sais rien, je comprends rien !
-Attends, j'essaie d'appeler Victor.
Antoine dégaina son téléphone et composa le numéro de leur ami. Un silence s'installa, saccadé par les « Bips » de l'appel. Mais seul le répondeur de leur ami leur répondit.
-Putain ! C'est quoi ce bordel ?! s'énerva le châtain.
Les deux amis sursautèrent lorsque le téléphone de Mathieu vibra. Ce dernier le sortit de sa poche et déglutit en lisant le message envoyé par un numéro masqué. Antoine s'approcha de lui et lut le SMS par-dessus son épaule.
« Pas de questions. Profitez juste. Joyeux Noël ! »
Ils se dévisagèrent un instant, avant de porter leur regard sur la table à leurs côtés.
-C'est quand même flippant, tout ça, déclara Antoine.
-C'est sûr. Mais après tout, maintenant qu'on est là…
Ils se sourirent et prirent place de chaque côté de la table. Le repas était tiède, mais suffisamment chaud à leur goût pour n'en faire qu'une bouchée. Et puis, au centre de la table, trônaient deux bouteilles de champagne. Les deux hommes s'échangèrent un regard complice, et le plus grand fit sauter le bouchon de la première bouteille. Ils se servirent en riant.
Un verre.
Deux verres.
Cinq verres.
Trop de verres.
-Tu sais pourquoi le Père Noël porte des bretelles noires ? demanda Mathieu d'une voix beaucoup trop forte.
-Non, et je m'en bats les couilles, répondit Antoine dans un soupir.
- C'est pour tenir son pantalon ! s'exclaffa le petit youtuber.
Le plus grand le dévisagea avec un regard où étaient mêlés désespoir et ivresse.
-Mec, c'est même pas une blague !
-Eh oh c'est pas ma faute si t'as pas d'humour, le Plumeau.
-J'ai de l'humour le Nain, c'est juste que t'es pas drôle.
A ces mots, Mathieu tilta et se leva brusquement de sa chaise, renversant cette-dernière. Il s'approcha d'un pas rapide de son ami et l'attrapa par le col, rapprochant dangereusement leurs visages.
-Répète ça pour voir ? grinça-t-il.
Le regard brun plongé dans le bleu, les deux hommes pouvaient sentir leurs souffles contre leurs peaux, et un silence de mort s'était installé.
Silence brisé par une exclamation d'Antoine.
-Y'a du gui ! hurla-t-il en fixant le plafond.
-Hein ? répondit un Mathieu complètement déboussolé.
Les yeux d'Antoine revinrent se plonger dans ceux de son ami, une lueur de malice les traversant.
-Tu connais pas la tradition du gui ? questionna-t-il en souriant.
Sans lui laisser le temps de répondre quoi que ce soit, il fondit sur ses lèvres et l'embrassa à en perdre haleine, augmentant l'incompréhension du châtain. Malgré tout, l'alcool aidant, il se laissa faire et ne tarda pas à répondre au baiser. La chaise sur laquelle était assis Antoine se renversa, les faisant chuter à terre, l'un sur l'autre. Rapidement, leurs mains vagabondèrent un peu partout sur leurs deux corps, la température grimpant de plus en plus dans la pièce. La suite ne regarde qu'eux.
Un ricanement mauvais s'échappe de la bouche d'un homme.
-C'était trop facile. C'est tout juste si j'ai eu quelque chose à faire. Ils se sont débrouillés tout seuls. A vrai dire, je ne pensais pas que ce plan marcherait, tant il était énorme. Et pourtant. Ah ! Leur stupidité et leur naïveté est à présent confirmée. C'était trop facile ! »
Ils ne sauront pas qu'ils n'étaient pas seuls. Ils ne sauront pas qu'une caméra était accrochée dans le coin d'un mur. Non, ils ne sauront pas que, ce soir-là, un homme masqué les observait à travers l'écran d'une télévision.
FIN
