TITRE: Juste une soirée
AUTEUR/E: Pamplelune d'Agrumes
RATING: T
GENRE(S): Angst/Family
PERSONNAGE(S): Mathieu Sommet et les personnalités SLG
PAIRING(S): aucun
TRIGGER WARNING(S): mention de prise de drogue psychiatrique, incarcération psychiatrique
Juste une soirée
Seul.
Au fond, il avait toujours été seul.
Sa timidité l'emportait sur son envie de fréquenter des gens, de se faire des amis. Rarement, il amorçait le contact, sautant sur l'occasion d'un propos, d'une idée, d'un fait, de partager des opinions. Parfois, on était d'accord d'autrefois, on lui lançait un regard de pitié.
Mathieu en avait essuyé des échecs, le morfondant dans son coin de solitude.
Puis, venait un moment où il envoyait tout en l'air, prenant un air de garçon cool et joyeux, s'incrustant dans une bande, jouant une comédie si bien orchestrée qu'on n'y voyait que du feu. Il était heureux de pouvoir simplement discuter, boire des coups et de sortir.
Sortir dehors, sortir de sa bulle.
C'était un comportement qui le prenait par surprise, c'était plus fort que lui, surtout lors des fêtes de fin d'année, où il ne cherchait qu'à fuir la maison familiale.
Il n'aimait pas Noël. Il n'en gardait que des mauvais souvenirs. Généralement, sa famille se déplaçait presque entièrement pour réveillonner ensemble, comme une famille unie (la bonne blague), se déchirait pendant la nuit et Mathieu passait la veille du Nouvel An à boire pour tout oublier avec des potes.
Ses potes, ses amis, qui n'étaient pas au courant. Ceux qui savaient étaient partis, ou trop loin, et Mathieu sombrait doucement.
Seul, dans sa chambre.
Elle était si impersonnelle. Les murs blanc effacé, des traces étaient visibles, témoins des années, des anciens locataires, un coup, un meuble déplacé trop brusquement, le lit qui cogne encore et encore contre le mur. Le carrelage du sol était sale. Il avait dû être beige à une époque mais le manque de soin apporté l'avait rendu gris. Mathieu se demandait parfois s'il grattait assez fort, si la couleur d'antan allait réapparaître.
Son regard vide naviguait partout dans la pièce, léchant chaque objet, chaque meuble et il y en avait peu, s'attardait sur sa fenêtre.
Il n'y avait aucune décoration de Noël. Ça ne dépendait pas de lui et de toute façon, il n'en mettait jamais. Il avait toujours un petit sapin en plastique rangé au fond d'un placard mais pour l'heure, il n'y avait pas accès (il eut un rire amer) et cette année, il ne l'aurait pas mis.
Mathieu était si seul, dans ses frocs blanches et sales, sentant la sueur.
Mathieu avait si froid, dans cette pièce si petite, si impersonnelle.
Son regard apathique se posa encore sur la fenêtre.
Il entendait dehors les festivités, il entendait des rires, des chants, des engueulades, des exclamations, des embrassades. Il imaginait tout.
Une larme coula.
Il aurait donné n'importe quoi pour retrouver la chaleur d'un foyer, le sentiment d'être aimé, un enlacement doux et réconfortant, passer juste un bon moment accompagné.
Pas seul. Et pas là-bas non plus, dans sa chambre d'asile, où on le bourrait de sédatif lorsqu'une crise le plongeait dans un état d'hystérie incontrôlable, où on lui faisait ingurgiter des cachets de couleur pour atténuer ses symptômes de schizophrénie.
C'était le vingt-quatre décembre et Mathieu pleurait, recroquevillé sur son lit défait, contre le mur froid de cet endroit sinistre. Il était secoué de spasmes, il psalmodiait des murmures, des suppliques pour qu'on l'arrache de sa solitude.
Ce soir, il aurait tant voulu ces sédatifs qui l'auraient plongé dans un état comateux si long mais qui l'auraient empêché de penser, qui l'auraient abruti, qui l'auraient-
« Pourquoi tu pleures ? » demanda une voix nasillarde et insupportable.
« Parce que je suis seul » répondit le jeune pleurant.
« Seul ? Mais tu n'as jamais été seul » le contredit une voix mélodieuse, sensiblement identique à la sienne.
« Si, je l'ai toujours été » s'entêta l'homme effondré.
« C'est pour ça que tu prends ces substances ? C'est pas du bio gros » releva une voix bourrue.
« Elles m'aident et elles me détruisent » souffla Mathieu sans relever le tic de langage.
« Si tu ne veux pas être seul et si tu as froid, je peux t'aider à changer la donne, gamin »
Cette fois-ci, quelque chose se fissura dans son esprit, comme si son mental était un miroir, qui se fissurait au fur et à mesure que les voix parlaient et qu'il se brisa au moment où Mathieu les reconnut.
Sans oser y croire, il releva lentement la tête, la nuque tendue craqua mais la douleur passa inaperçue tant la surprise qui se lisait sur le visage fatigué estompa tout autre sentiment et sensation.
Ils étaient là, tous les quatre : le Geek, Maître Panda, le Hippie et le Patron. Tous quatre, debout, face à lui, l'observaient avec curiosité.
Ils avaient un pincement au coeur en voyant les cernes creuser des poches sous les yeux, les rides d'expression marquer le visage tiré de fatigue, la barbe envahissante qui poussait, les cheveux gras et sale, la maigreur des bras et des mains, la tunique blanche ample sur le corps devenu fin du jeune homme.
Pourtant, ils percevaient une petite lueur qui s'animait dans les yeux de Mathieu, celle d'y croire sans vraiment l'admettre.
« Je vous ai vu disparaître »
Le reproche résonnait dans chaque mot.
« Tu es malade gros, c'est toi qui a un problème. »
« Nous ne devons même pas exister, nous ne devrions même pas être là. »
« Mais on a senti ta douleur, là » le Geek pointa sa propre poitrine « alors on est venu. »
« Alors » la voix de Mathieu trembla « je parle tout seul, puisque vous n'existez que dans ma tête, vous êtes des hallucinations »
« Tes hallucinations, gamin. » Le Patron tira sur sa cigarette avant de reprendre « à toi de voir ce qui est bon et mauvais pour toi et pleure pas, on dirait vraiment une tapette » mais Mathieu continua de verser des larmes.
Il cacha son visage contre ses genoux, les serrant dans ses bras et pleura en silence. Il sentit une présence s'asseoir à ses côtés (ce lit qui s'affaisse !) et on l'étreignit aux épaules. Il se crispa contre cet enlacement (ce n'est pas réel, ce n'est pas réel, ce n'est pas réel), s'il pouvait nier la chaleur qui se propageait doucement dans son corps, il le ferait sur le champ mais une seconde personne s'assit et une paire de bras l'attrapa maladroitement au torse et une casquette s'enfonçait sous son aisselle (pitié, si j'y crois, je suis perdu, je replongerai, ils ne sont pas réels).
Des mains décrispèrent ses longs doigts fins et déroulèrent bras et genoux. Le Hippie lui adressa un sourire étrange en conservant sa prise sur une de ses mains tremblantes.
« Pour ce soir, laisse-toi aller gros, tu ne seras pas seul, tu n'es pas seul. »
Maître Panda, à sa droite, posa sa tête douce sur son épaule, tout en resserrant sa poigne (prise était répété) sur son créateur. Le Geek, à sa gauche, ne bougea pas.
« Fais de la place gamin »
Le Patron s'installa à la place de la personnalité gamer, mit le gamin au t-shirt rouge sur ses genoux qui reprit sa position et continua de consommer sa cigarette.
Mathieu sentait son coeur battre si fort. Les sensations l'assaillaient, elles ne pouvaient qu'être réelles.
Le Patron prit un de ses bras et le posa sur le corps chétif du Geek, qui apprécia le geste, et conserva lui aussi sa poigne chaude sur la main gelée.
Alors Mathieu expira lentement et se laissa aller contre eux, ses renforts mentaux, ceux qui lui permettaient de survivre. Il leur rendit timidement leur étreinte, par de petites pressions par-ci, une étreinte désespérée par-là.
Il se foutait bien de ce que la caméra pouvait bien filmer.
« Joyeux Noël Mathieu » et Mathieu sombra plus encore dans sa folie, à croire que leur venue était bien réelle, sans songer que devant plusieurs écrans qui le montraient sur plusieurs plans, un homme au visage couvert par un masque vénitien l'observait avec une fascination fanatique et riait à gorge déployée sur sa fragilité si exposée, sa captivité sous ses crochets et sa vengeance qui s'orchestrait au millimètre près.
FIN
