TITRE: Les choses qui arrivent
AUTEUR/E:
Le Rien
RATING:
T
GENRE(S):
Friendship/Humor
PERSONNAGE(S):
Antoine Daniel, Nyo, Mathieu Sommet
PAIRING(S):
Antoine/Nyo, Antoine/Mathieu
TRIGGER WARNING(S):
Swearing


N.A. : C'est le mien, c'est le mien, c'est le mien :D Donc j'ai voulu essayer quelque chose pour cet OS, j'ai écrit un OS avec Nyo en tant qu'un des protagonistes principaux (tin tin tiiiin)! C'est la première fois que j'écris sur lui, donc ce serait cool si vous me disiez s'il vous paraît crédible ou non ^^
Un grand merci à Lola, alias Pamplelune d'Agrumes, qui a été d'une grande aide et qui m'a donné cette idée d'OS.

IMPORTANT: Cet OS est une sorte de préquelle à "Mon nom est Légion", ma fanfic matoine en cours, donc ça peut être sympa-slash-intéressant d'y jeter un coup d'oeil avant ou après la lecture de cet OS. Après ce n'est pas obligatoire pour la compréhension, vous pouvez parfaitement lire ce texte comme indépendant ^^

Enjoy!


Les choses qui arrivent

Ce n'est pas comme s'il ne s'en était jamais douté, mais il évitait d'y réfléchir.

C'était la veille de Noël et il faisait moche. Nyo soupira. Il n'avait jamais particulièrement aimé Noël. Plus depuis son enfance en tout cas. Issu d'une petite famille, il avait toujours eu une impression de vide immense lors de cette fête censément ''privée et chaleureuse''. Surtout maintenant qu'il habitait seul. Il préférait largement le bordel joyeux du Nouvel An.

Il baissa en soupirant ses yeux sur les croquis étalés devant lui. Certains diraient qu'il n'y avait rien de pire que de passer la nuit du 24 à bosser sur une commande, mais Nyo n'avait pas envie de rester seul, confronté à ses pensées. Mais malgré lui, il sentit son esprit vagabonder loin des feuilles gribouillées. S'il finissait tôt, il pourrait peut-être descendre prendre des bières… Il ne se sentait pas d'humeur à vider ses bouteilles d'alcool fort, regroupées dans un coin, qui semblaient pourtant lui tendre les bras.

Il jeta un coup d'œil à la fenêtre et son humeur s'assombrit encore en constatant le couvercle étouffant de nuages gris qui coiffait la ville. Par intermittences, de petites floches blanches s'en échappaient, faisant plus penser à du coton déchiqueté plutôt qu'à la fameuse « neige magique de Noël », comme le serinait sa grand-mère.

Fixant vaguement les flocons qui tombaient mollement derrière sa vitre, il fut tiré de sa morosité par un appel sur son portable.

« Allô ? »

« Hello, sale pute. Je m'emmerdais et j'imagine que toi aussi, et comme je n'ai aucun respect, je t'appelle depuis le pas de ta porte, pizzas en main, et tu as intérêt à m'ouvrir et à avoir de l'alcool. »

Son interlocuteur raccrocha avant qu'il ait pu aligner deux mots pour répondre. Le dessinateur lâcha un soupir, mi amusé, mi exaspéré. Il s'exécuta cependant et ouvrit d'un air résigné au balai à chiottes qui lui tenait lieu de meilleur ami.

Nyo sentit son cœur gonfler sous la gratitude. Ce n'était pas grand-chose pourtant. L'autre se tenait juste là, sa légendaire veste kaki, un bonnet coloré et outrageusement ridicule couvrant à peine ses cheveux fous, les lunettes de travers et un peu humides, les joues et le bout du nez roses, un grand sourire de psychopathe et des boîtes à pizzas en équilibre sur un bras. Mais pour Nyo, il représentait à cet instant précis l'image exacte du Bonheur.

« Antoine, Antoine, Antoine… Qu'est-ce qu'on va faire de toi ? » se lamenta-t-il d'un air désolé.

Il s'écarta pourtant, laissant le plus grand entrer.

« T'avais pas un truc de prévu ? »

« Bof, un dîner avec des amis de mes parents. Rien qui te valle, chéri. »

« T'es con. Plus sérieusement, tu es sûr qu'ils ne t'en voudront pas ? C'est la veille de Noël après tout. »

« Ouais, non, c'est mes parents aussi, hein. Ils étaient plutôt contents de se débarrasser de moi, il paraît que je suis ''pas sortable''. »

« … Tu es désespérant. »

Mais sous sa réprobation feinte, on pouvait discerner un sourire soulagé.


Ce n'est pas comme s'il n'y avait jamais pensé, mais il n'aimait pas s'appesantir dessus. Et puis, ce n'est pas comme s'il y pouvait quelque chose.

Antoine avait un peu hésité à venir, mais maintenant, confortablement calé dans le canapé, dix shots alignés devant lui, il n'arrivait pas à regretter. Il riait ouvertement et se sentait sincèrement mieux pour la première fois depuis l'avant-veille.

« Pourquoi, il s'est passé quoi avant-hier ? » demanda à propos Nyo en le rejoignant sur le large siège.

« Cécile m'a lâché. » déclara Antoine avant de descendre un autre shot de vodka. « Je te jure, j'ai zéro chance avec les meufs. Je vais finir par retenter avec des mecs, à force. »

Nyo eut un petit ricanement.

« T'es con. »

« Non, je suis sérieux. »

S'appuyant maladroitement sur son coude – ça faisait plus d'une heure qu'ils picolaient, les effets commençaient à se faire sentir -, Nyo se retourna pour faire face à l'autre youtuber. Son regard était un peu vitreux mais effectivement relativement lucide et sérieux.

« Tu te fous de ma gueule… »

« Non. »

« … Tu es gay ?! »

Antoine eut l'air sincèrement froissé par le cri du cœur du plus jeune.

« Bi, steuplaît. Et n'aie pas l'air si choqué, t'as l'air incroyablement con. »

« Mais, mais… »

« T'étais pas au courant ? »

Antoine était vraiment surpris pour dire la vérité. Alors c'était vrai qu'il ne bradait pas son orientation sexuelle à tous les vents, mais il ne la cachait pas non plus. Et depuis le temps qu'il connaissait Nyo, il pensait que, si l'imbécile ne l'avait pas découverte par lui-même, quelqu'un de leur entourage commun lui aurait dit.

« … Ça te dérange ? » demanda-t-il d'un ton peut-être un peu plus sec qu'il ne l'aurait voulu.

Le brun n'eut cependant pas le temps de regretter car, qu'il n'ait pas remarqué ou pleinement ignoré, Nyo continua sans prendre en compte le changement de timbre.

« Quoi ?... Non ! Non, pas du tout ! C'est juste que… Je m'y attendais pas, tu vois ? Je… On a déjà dormi dans le même lit et… et on s'est déjà changé dans la même pièce et… »

« Et ? »

Si la voix d'Antoine avait été sèche précédemment, elle était maintenant glaciale. Plus encore, elle trahissait une tension réelle, une appréhension qu'Antoine n'aurait pas cru devoir ressentir. Même torché, il avait conscience que jamais il n'aurait cru que son orientation sexuelle poserait un problème à Nyo. Et pourtant, il était presque sûr qu'il n'avait jamais vu le dessinateur aussi perturbé qu'à cet instant.

« Et… Merde, je suis si peu attirant que tu n'aies jamais considéré une seule fucking fois la possibilité de me ken ?! »

« … »

Le silence qui suivit aurait sûrement été très gênant s'ils avaient été sobres, mais, louée soit la Sainte Pelle, ils ne l'étaient plus depuis longtemps. Antoine se contenta de rire avant de déclarer :

« Naaaan, mais t'es mignon, vraiment tout chou et sexy, parole de bi. »

« Tu ne le penses pas. »

« Tu veux que je te montre à quel point je le pense ? »

Nyo leva les yeux pour demander ce que l'autre entendait par là et se retrouva soudainement nez à nez avec le chevelu. Qui le regardait droit dans les yeux avec une intensité assez inhabituelle.

« Antoine, qu'est-ce que tu… » Ce furent les seuls mots qu'il eut le temps de balbutier avant qu'Antoine ne fonde littéralement sur ses lèvres.

Ce fut très… désordonné – conséquence malheureuse de leur taux d'alcool dans le sang. Antoine semblait hésitant, cherchant à tâtons, forçant presque par moments. Sa bouche était légèrement pâteuse, son haleine respirait l'alcool, sa langue hésitante même si résolument exploratrice.

Et malgré cela, malgré le contexte et les conditions, Nyo devait le reconnaître : Antoine embrassait bien. Ses lèvres étaient douces, appuyaient délicatement sur les siennes, les forçant à suivre leur danse sensuelle. Ses dents frôlaient sa lèvre inférieure, l'entamant légèrement sans la rendre douloureuse pour autant.

Les sens rendus à la fois brumeux et étrangement aiguisés par l'alcool, Nyo se sentit porté par le manège qu'accomplissait Antoine, presque en transe, oubliant tout, jusqu'au contexte, pour se laisser entraîner par le flot de ses sensations.

Une main remonta le long de sa nuque, le maintenant fermement en place alors que son autre main remontait pour agripper une poignée de cheveux.

La douleur diffuse que cela provoqua sortit Nyo de son état d'hébétude et il se débâtit brusquement pour se libérer. Un instant, il crut ses efforts inutiles, mais soudain, aussi rapidement que le baiser était arrivé, il s'interrompit et il se retrouva haletant face à un Antoine aux pupilles dilatées, aux lèvres rougies, mais ce qui le frappa le plus fut l'air de panique désolée qui s'étalait sur le visage de son vis-à-vis.

« Mec… Mec, je suis… Je suis désolé, je… » Butant sur chacun de ses mots, Antoine se releva, trébuchant sur ses propres jambes, mais cherchant apparemment à s'éloigner le plus possible du graphiste. « Je sais pas ce qui m'a pris, je… Putain. »Il eut un petit rire nerveux. « Je dois être un peu trop bourré, je vais partir, je… ne te dérange pas pour moi… »

Nyo ne bougea pas. Il ne bougea pas lorsque la porte claqua avec un son définitif. Il ne bougea pas lorsque des pas lourds et précipités résonnèrent dans l'escalier. Il ne bougea pas non plus lorsque les premiers rayons de Soleil traversèrent sa vitre pour se poser sur son visage. Pour la première fois depuis une semaine, la neige ne tapait plus contre sa vitre. Il se laissa envelopper par le silence assourdissant de son appartement.

« Joyeux Noël » murmura-t-il.


Il avait eu si honte. Il aurait voulu hurler qu'il n'était pas ce genre de gars. Demander pardon. Mais il ne l'avait pas fait. Il avait eu trop honte.

Cela faisait une semaine. Une semaine qu'Antoine fuyait les tentatives de contact de celui qu'il avait considéré comme l'une des personnes les plus proches de lui. Une semaine qu'il enchaînait excuse sur excuse à leurs connaissances communes. Et il avait plutôt bien réussi, entre ses contraintes de travail et familiales. Il estimait qu'il mériterait même un trophée du pipotage.

Mais tous ses beaux plans allaient tomber à l'eau parce qu'aujourd'hui, c'était la veille du Nouvel An, que Nyo l'avait expressément invité et que ne pas venir le ferait passer pour un connard encore plus grand que celui qu'il était en réalité.

Il aurait pu prétexté qu'il était malade, ou qu'il ne se sentait pas bien, mais il savait que Nyo n'aurait jamais marché et… il ne voulait pas lui donner une autre raison de le détester.

Il avait été persuadé que Nyo allait annuler son invitation mais il ne l'avait pas fait. Antoine hésita avant de hausser les épaules avec fatalisme. Il y aurait beaucoup de monde, le jeune dessinateur ne le croiserait peut-être même pas.

Et effectivement, le soir venu, alors qu'Antoine pilotait entre les différents groupes d'invités, il lui parut peu probable que Nyo réussisse à le trouver, même s'il le voulait. Pour plus de précaution –paranoïa, quand tu nous tiens- il prit la décision de s'exiler sur le balcon, avec pour seules compagnies une bière, et surtout, le froid et la neige, deux choses que Nyo détestait cordialement.

Quelques-uns, parmi ceux qu'il connaissait, vinrent le saluer, mais personne ne s'attardait. Personne n'aurait été assez fou pour braver le froid, fut-ce pour le Grand Antoine Daniel.

« Antoine… »

Cette voix, il l'aurait reconnue entre toutes. Il se retourna lentement. C'était lui. Le nez déjà rouge, et visiblement frigorifié, mais obstinément là, la mine déterminée.

« Antoine. » répéta-t-il. « Tu… »

Il cherchait ses mots mais ce n'était pas plus mal Antoine ne se sentait pas prêt à affronter la tempête de reproches qui allait vraisemblablement s'abattre sur lui. Son dos était raide d'appréhension, et il avait chaud, malgré la température ambiante.

Mais Nyo sembla brusquement décider qu'il n'avait plus rien à foutre du langage articulé.

« Et merde » souffla-t-il en empoignant Antoine dans une étreinte forcenée « Tu m'as manqué, vieux. »

Antoine sembla se statufier et une voix, ridiculement aigue, sembla sortir de sa gorge sans son autorisation.

« Tu… Tu ne m'en veux pas ? »

« Bien sûr que je t'en veux, connard. » Les mots étouffés que Nyo lâchait, enfoui dans sa veste, s'aggripant à lui faire mal, le cueillirent à l'estomac comme une poignée de cailloux. Mais le jeune homme ne s'arrêta pas. « Je t'en veux de ne pas m'avoir dit que tu étais bi plus tôt. Je t'en veux de m'avoir pris au sérieux alors que j'étais manifestement bourré. Et surtout, je t'en veux à mort de m'avoir évité pendant toute cette semaine. Je n'étais même pas sûr que tu sois là ce soir. Ca fait une semaine que je me dis que je ne te reverrai peut-être plus jamais, putain. »

Un fantôme de sourire flotta sur les lèvres du plus grand. Nyo avait toujours eu un certain côté drama-queen assez grandiloquent. Non qu'il puisse dire quelque chose dans ce domaine (ça aurait un peu été l'hôpital se foutant cordialement de la gueule de la Charité) mais cela restait assez comique.

Nyo finit par soupirer et s'éloigna d'un pas.

« Non, crétin, je ne t'en veux pas. J'étais bourré, tu étais bourré, ce sont des choses qui arrivent. J'ai juste besoin de savoir… Tu comptes pas… tenter de sortir avec moi ou… ? »

« Non ! » hurla presque Antoine tant son soulagement était grand. « Non ! Je veux dire, t'es carrément baisable mais t'as quand même bien un caractère de merde ! »

Nyo tira une tête très étrange avant d'éclater de rire.

« Mec. Je vais tellement te charrier dessus jusqu'à la fin de tes jours. »

Antoine se mordit la langue et maudit intérieurement la bière qu'il avait ingurgité durant la soirée. Foutu désinhibiteur.

Une grande clameur venant de l'intérieur les interrompit. Le compte à rebours pour le nouvel an avait commencé.

« Tu connais la tradition du Nouvel An ? » demanda alors Nyo.

« 10… »

« Il y en a plein, des traditions du Nouvel An, tu parles de laquelle ? »

« 9… »

« Celle qui consiste à embrasser au moment du passage à la nouvelle année. »

« 8… »

« Si c'est une blague, elle est de mauvais goût. »

« 7… »

« Ce n'est pas une blague, juste une manière propre de finir cet épisode. »

« 6… »

« … Tu es sûr ? »

« 5… »

« Putain, Antoine, je te le demande. »

« 4… »

« Et qu'est-ce qui te dit que j'en ai envie ? »

« 3… »

« Si tu n'en as pas envie, tu recules et on n'en parle plus. »

« 2… »

« … »

« 1… »

« Tu ne recules pas. »

« Zéroooooo ! »

Le baiser qu'ils échangèrent n'avait rien à voir avec le précédent. Ce n'était même pas vraiment un baiser, juste Nyo levant la tête pour laisser ses lèvres se poser une demi-seconde sur celles de son ami. Aussi léger et éphémère qu'un papillon de glace.

« Bonne Année, vieux. »

« Bonne Année, ... Antoine. »


Un an plus tard, à la même période, Antoine se rappelait encore ce moment avec un léger sourire et les yeux dans le vague.

« Mec… On peut savoir à quoi tu penses ? »

Sursautant légèrement, il releva les yeux pour voir les sourcils levés de celui qui partageait les fêtes et, depuis quelque temps, sa vie avec lui.

« Rien, Mathieu, juste… des souvenirs. »

Mathieu – de son nom complet Mathieu Sommet– émit un petit son dubitatif mais ne chercha pas plus loin. Antoine tenta de chasser sa culpabilité dans un recoin de son subconscient. Il aimait Mathieu et s'il se rappelait son baiser avec Nyo affectueusement, ce n'était rien comparé à la passion violente qui le prenait à chaque fois que son corps vibrait avec celui de son petit ami.

Il s'arracha de ce que lui présentait sa mémoire et sourit au châtain.

Après tout, échanger un baiser avec son meilleur ami pour le Nouvel An, ce sont des choses qui arrivent.

FIN