TITRE: Les Petits Riens - OS de Noël
AUTEUR/E:
Tamhi
RATING:
T
GENRE(S):
Family/Romance
PERSONNAGE(S): Mathieu Sommet, Antoine Daniel, OCs
PAIRING(S): Mathieu S./Antoine D.
TRIGGER WARNING(S): aucun


N.A.: Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, je ne fais que leur inventer une vie et je ne suis pas rémunérée pour cet écrit ; le scénario s'inscrit cependant dans la lignée de mon histoire précédente et est donc ma propriété.

Résumé : Le mois d'août dernier a été riche en révélations et a entraîné de nombreux changements pour Antoine et Mathieu. Mais leur histoire n'est pas encore tout à fait terminée, car chaque jour qui passe est un petit rien qui permet de construire un grand tout. OS Mathieu/Antoine


Les Petits Riens - OS de Noël

19 décembre 2014

Jetant un œil par la fenêtre de son petit appartement parisien, Mathieu prit quelques secondes pour regarder la neige tomber. Il aimait bien la neige, fraîche et blanche. Quelque chose de pur, de simple et d'éphémère à la fois. Il était encore un grand enfant au fond, alors elle le faisait rêver.

Une petite touche de magie dans un monde pragmatique.

Il abandonna tout de même sa contemplation pour retourner s'asseoir devant son ordinateur. Rien de tel qu'Internet pour retomber sur terre et se souvenir du monde sinistre dans lequel il vivait. A l'approche de Noël, bien sûr, les guirlandes et les décorations ornaient les rues et les maisons, tout était plus gai et coloré, un peu à la manière d'un dessin animé géant.

Et pourtant. Rien n'est tout blanc ou tout noir dans la vie.

Il navigua entre Twitter, YouTube et les derniers articles du journal Le Monde. Il n'y avait décidemment pas beaucoup de matière pour travailler à l'approche des fêtes. Aucune vidéo sympa, ni reportage croustillant, ni polémique médiatique. Mais ce n'était pas très grave, il savait pertinemment que d'ici quelques jours, il aurait suffisamment de sujets à traiter pour les trois prochains mois.

C'était la magie de Noël.

Pour certains, c'est le partage, l'amour et la gentillesse. Pour d'autres, ce sont les cadeaux et les étrennes. Et pour d'autres encore, ce sont les petits riens que nous offre une période unique de l'année.

Il devait cependant bien reconnaître que certains de ses amis n'aimaient pas Noël. Il comprenait volontiers leur point de vue : fête commerciale, naissance d'un personnage biblique dans une société laïque, entre autres. Mais il ne pouvait pas se débarrasser des bons souvenirs que faisait ressurgir cette date, son enfance normale, avec une famille aimante et des fêtes toujours joyeuses et très simples. C'était clairement une des meilleures périodes de sa vie, une époque d'insouciance et d'amusement, où tout était enfantin et où les problèmes n'existaient pas. Bien avant le temps du lycée, où il avait commencé à sérieusement devenir un marginal.

Ce qu'il assumait pleinement, désormais.

Son fil de pensées fut interrompu à cet instant précis par une sonnerie de téléphone. Il se leva aussitôt, pestant qu'il avait encore égaré son portable dieu sait où, tout en suivant la musique qui le menait droit à la salle de bain. Et effectivement, il trouva bientôt son téléphone qui était au-dessus des toilettes.

Logique implacable.

- Allô ?

- Bonjour, mon chéri. Comment vas-tu ?

- Oh, salut, maman. Bah écoute ça va, il fait un peu froid à Paris, c'est tout.

Il reprit son chemin vers le canapé et la couverture qu'il y avait laissée. Malgré le chauffage et ses deux pulls, il ne pouvait pas se vanter d'avoir choisi l'appartement avec la meilleure isolation de la capitale.

- Tu as au moins fait réparer ton cumulus depuis cet été, n'est-ce pas ?

- Bien sûr, répondit-il avec un petit sourire.

- Tant mieux, je n'aurais pas voulu que tu attrapes une pneumonie.

- Tu sais, maman, j'ai plus douze ans. Je me débrouille.

- Je sais, je sais, mais je n'ai pas vraiment eu de tes nouvelles depuis que tu es venu cet été, et ta visite n'était pas des plus joyeuses. Alors, ça s'est arrangé, tes histoires ?

- Oh. Euh, oui ça va mieux. Ne t'en fais pas.

- Donc… Tu as quelqu'un ?

Il sentait étrangement venir les réminiscences d'une certaine conversation d'un certain jour du mois d'août, et n'avait aucune envie de les laisser continuer leur chemin vers son esprit.

- Pourquoi tu appelais, au fait ?

- C'est quoi ce changement de sujet ? s'offusqua-t-elle presque. Tu as honte d'en parler à ta mère ?

- Disons juste que c'est compliqué. J'ai pas vraiment envie de parler de ça, et encore moins par téléphone.

- Bon, bon. Dans ce cas, tu me raconteras ça quand tu viendras à la maison.

- Hum hum.

- Disons pour Noël ?

- … Hein ?

- Oui, je t'appelais pour ça.

- Tu veux que je vienne à Noël ? Ce Noël ?

- Evidemment, pas celui de l'an dernier.

- Mais j'ai déjà quelque chose de prévu, tu sais. Tu me préviens un peu tard…

- Je sais, mais ce n'est pas de ma faute. Ta sœur a appelé ce matin pour prévenir qu'elle rentrait le 21 et qu'elle avait quelque chose de très important à annoncer.

- De très important ? Elle va sûrement nous dire qu'elle va se marier, alors. Elle est avec son copain depuis quoi, sept ans ? Je pense pas avoir besoin de venir juste pour entendre ça.

- Même si c'est le cas, mon chéri, ça reste quelque chose d'important pour ta sœur et pour notre famille. Et puis, comme elle habite en Angleterre, c'est une occasion de la voir ! Ne me dis pas qu'elle ne te manque pas, tout de même.

- Je n'oserai pas, voyons…

- Mathieu. J'aimerais vraiment que tu fasses un effort pour être là.

- Certes, mais je t'ai dit que j'avais déjà planifié des choses…

- Tu veux fêter Noël avec des amis ?

- M'oui, les parents d'Antoine sont partis pour les fêtes, du coup il était seul.

- Oh, juste Antoine ?

- Ouais…

- Eh bien, tu n'as qu'à le ramener avec toi ! Je pourrais enfin le rencontrer. Et puis, on n'est pas à une personne près !

- Mais, maman. Je ne vais pas vous imposer un étranger pour Noël, enfin.

- Ne sois pas stupide, Mathieu. Ton père et moi accueillerons toujours volontiers vos amis à ta sœur et toi. Et puis ça fera un bon compromis : tu restes avec ton ami, et tu viens voir ta famille.

- Oui, mais… Il faudrait que je lui demande, déjà.

- Pourquoi ? Tu penses qu'il va refuser ?

- Euh, non, je pense que ça devrait aller.

- Alors c'est réglé ! Je vous attends demain soir à la maison. Bisous, mon chéri !

Il n'eut même pas le temps de dire à sa mère d'attendre avant de raccrocher que déjà une tonalité bien connue retentissait dans son oreille.

Merde… ?

Il laissa tomber son téléphone sur le canapé où il était affalé et prit sa tête entre ses mains. Il fallait vraiment qu'il apprenne à tenir tête à sa mère, parce que là, c'en devenait risible. Il avait beau avoir grandi, il restait le même gamin soumis quand il s'agissait de ses parents. Certes, cela pourrait paraître normal, de respecter ses parents et de leur obéir. Mais à tout juste vingt-sept ans, Mathieu pensait sincèrement qu'il pourrait commencer à se rebeller un peu plus et à imposer ses opinions.

Ses opinions sur son choix de vie, notamment…

Il reconnut un bruit de clé soudain dans une serrure qui brisa sa réflexion, et la porte de son appartement s'ouvrit au même instant.

- C'est moi, annonça simplement Antoine. J'ai trouvé le café et le liquide vaisselle, mais impossible de mettre la main sur du sucre roux. J'ai pris le blanc, du coup.

- M'ok…

Mathieu attendit deux minutes que son compagnon dépose son sac de course et vienne le rejoindre. Sans bouger, il se contenta de fixer la télévision éteinte et son chat qui dormait sur le lecteur DVD. Il n'avait absolument aucune envie de précipiter l'annonce de sa bêtise.

Il se sentait vraiment comme le Geek, à cet instant. Quelle bonne blague.

- Bah, ça va pas ?

Il tourna la tête pour regarder Antoine qui venait de s'asseoir à côté de lui. Il n'avait jamais réellement su comment son ami pouvait détecter ses malaises et ses doutes. Peut-être avait-il un radar dissimulé dans sa touffe de cheveux. Enfin…

Le grand moment.

- A vrai dire, il y a un truc dont je voudrais te parler…

Ou comment annoncer à son copain qu'ils devaient partir le lendemain pour Saint-Etienne, afin de fêter Noël avec sa famille, à laquelle il n'avait jamais parlé de sa nouvelle relation.

Et ça, ce n'était pas rien.

20 décembre 2014

Antoine appuya brusquement sur la pédale de frein, avant d'enfoncer celle de l'embrayage. La Polo verte dans laquelle ils roulaient pila, et glissa sur quelques mètres avant de s'immobiliser totalement au milieu de ses semblables.

- Putain de périph' parisien de merde !

Mathieu releva la tête de son livre pour jeter un œil à la circulation. Autour d'eux, il n'arrivait pas à estimer le nombre de personnes et de véhicules qui pouvaient bien tenter de circuler. Il avait même du mal à voir le marquage au sol. Effectivement, qualifier la circulation de dense était encore un euphémisme.

- Tu devrais te calmer, tu conduis trop nerveusement.

- J'aimerais bien t'y voir, franchement ! Je hais le périph', c'est un calvaire.

- Je sais, ça fait bien deux heures que tu le répètes, dit Mathieu en reprenant sa lecture.

- Parce que ça fait deux heures qu'on y est ! Sans déconner, on est partis à neuf heures et il est onze heures et demie. Rappelle-moi pourquoi on y va en bagnole, encore ?

- Réserver un train ou un vol la veille au soir en début de vacances de fin d'année, c'est du suicide monétaire.

- Et prendre la route le premier jour des vacances scolaires c'est pas du suicide, peut-être ?

- Si, mais ça nous coûte bien moins cher.

- Putain, ça me saoule déjà. C'est pas juste que je doive conduire la première moitié du trajet, Paris c'est de la merde en voiture.

- Il faut ce qu'il faut, t'aurais eu du mal à trouver ma maison, t'y es jamais allé.

- Tu m'aurais guidé !

- Et on aurait perdu deux heures parce que tu aimes faire l'inverse de ce que je dis.

- C'est pas vrai, ça.

- Oh que si. Et puis de toute façon, c'est trop tard, on est dans les bouchons et on va y rester encore un petit moment. On peut pas changer de conducteur tout de suite.

Antoine grimaça. Il avait raison, le bougre.

- Je te hais.

Et Mathieu eut un sourire satisfait.

- Mais non, tu m'aimes.

Il venait de gagner trois bonnes heures de plus pour finir son roman.

Et ça, ce n'était pas rien.

20 décembre 2014 (bis)

Lorsqu'Antoine se gara enfin sur le parking d'une aire de repos, il ferma les yeux et prit six secondes pour souffler longuement. Il commençait à ne plus sentir sa jambe droite à force d'appuyer sur l'accélérateur. Il ouvrit la portière d'un air heureux, l'air frais extérieur contrasta férocement avec la chaleur de l'habitacle et le réveilla d'un coup.

Il se sentait enfin libre.

Il s'étira sans plus de manières, levant les bras au ciel et inspirant longuement.

Il était libre, Antoine.

Mais Mathieu, lui, était toujours enfermé dans la voiture. Etouffé sous une couette à motif écossai, un pull, une écharpe et un manteau trop épais, il ne décrochait toujours pas de son livre. Et d'un point de vue externe, il ressemblait à un zombie amorphe congelé, assommé par l'envie de se repaître des lignes sous son nez tombant.

- Oh, Mat', tu bouges ou je t'abandonne là ?

- Trois secondes, je finis le bouquin. Il me reste deux pages.

Antoine ne retint pas son soupir. Têtu borné, celui-là. Mais bon, ce n'était pas non plus comme s'il ne le savait pas. Et puis, il avait du mal à cacher qu'il admirait ce côté obstiné et passionné qu'avait Mathieu. D'un côté, il le jalousait presque. Il n'avait pas souvent eu l'occasion d'être aussi investi dans quelque chose, d'y consacrer tout son temps et son énergie sans même voir défiler les heures.

Enfin, sauf avec la musique.

Il pensa malgré tout qu'il s'était assez impatienté pour la journée, et que continuer à être de mauvaise humeur alors qu'ils avaient finalement quitté Paris et sa circulation démoniaque était stupide. Et pourtant, son sentiment d'énervement ne se dissipa pas instantanément pour autant.

Peut-être qu'une cigarette l'aiderait, tiens.

Il la terminait tout juste lorsque Mathieu décida enfin de sortir de la voiture. Complètement engourdi et aussi agile qu'un rhinocéros boiteux, il s'extirpa du véhicule et resserra sa veste contre lui sans tenter de rabaisser son pull qui remontait un peu trop et sans remarquer que son écharpe s'était accrochée à quelque chose et glissait désormais lentement, avec l'envie de retourner se mettre au chaud sur le siège.

- Voilà, fini.

Antoine l'observa silencieusement, se retenant du mieux qu'il pouvait de sourire ou de rire devant son air débraillé et complètement dans le cirage.

- T'as besoin d'un café, toi, on dirait.

Aussitôt, les yeux de Mathieu s'illuminèrent.

- Putain, ouais. Même deux.

- Va pour trois.

Désormais affranchi de sa mauvaise humeur, Antoine ferma la voiture et prit son ami par le bras pour le traîner dans la station-service. Il adorait pouvoir lire en lui comme dans un livre ouvert.

Et il savait surtout qu'il garderait longtemps en mémoire sa première rencontre avec la mère de Mathieu ce soir-là, et la réaction de ce dernier quand elle proposa de lui montrer les photos de l'enfance de son fils.

De futurs dossiers en perspectives.

Et ça, ce n'était pas rien.

21 décembre 2014

Ce matin-là, en se réveillant, Mathieu eut un peu de mal à se souvenir qu'il était chez ses parents. Son esprit avait eu vite fait de se réhabituer à sa chambre d'adolescent et de faire le parallèle entre cette chambre et sa maison. De ce fait, quand il ouvrit les yeux et regarda autour de lui, il n'eut pas l'impression d'être en voyage, loin de Paris et de son quotidien.

Il repoussa la couette et, bâillant aux corneilles, fit un effort monstrueux pour se lever enfin. Cette journée passée prostré dans la voiture l'avait épuisé, semblait-il. Difficilement, il avança jusqu'à son sac pour attraper un pull et un jean. Il n'avait guère le courage de faire mieux, de toute façon. Se retournant, il jeta un œil à son lit pour constater qu'Antoine imitait toujours une marmotte en hibernation. Soit, il partirait donc devant.

Il se sentait chez lui dans un monde étranger, c'était une sensation nouvelle. Il avait un peu l'impression de partir en guerre, et l'idée-même de rester seul avec ses parents le stressait. Et s'il dévoilait sans le vouloir sa relation avec Antoine… ?

Discrètement, il ouvrit la porte et se faufila dans le couloir.

Il savait ses parents compréhensifs et ouverts, mais la simple pensée de leur avouer qu'il avait viré de bord le terrorisait. Ils n'avaient jamais eu ce genre de conversation, que ce soit à propos des fréquentations de sa sœur et lui, ou même d'un quelconque sujet d'actualité. Ce n'était pas non plus tabou, ce n'était juste jamais venu sur le tapis. Ainsi, il n'avait absolument aucune idée de ce qu'ils pouvaient penser du sujet.

Antoine lui avait bien raconté la réaction de sa mère quand elle avait appris qu'ils s'étaient finalement mis ensemble, et il en avait été très étonné. Madame Daniel avait un sacré sens de l'observation pour avoir réussi à les percer à jour avant qu'eux-mêmes ne comprennent leurs véritables sentiments. Mathieu s'était tout d'abord senti gêné, qu'une femme qu'il n'avait rencontrée que deux ou trois fois puisse penser cela de lui, mais ensuite il avait été plutôt heureux. Au moins, les parents d'Antoine comprenaient et acceptaient l'idée que leur fils ne soit pas comme tout le monde, et ce, sans faire de scandale et sans être déçus. Il aimerait beaucoup que les siens se comportent de la même façon.

Mais il ne savait vraiment pas.

Posant un pied au bas de l'escalier et rejoignant le salon, il rencontra sa mère, affairée à mettre la table.

- Salut, m'man.

- Oh, bonjour, Mathieu. Dis donc c'est une sacrée nuit que tu as fait. J'ai hésité à venir vous réveiller mais je me suis dit que vous deviez être fatigués après une journée de voiture.

- Ouais, t'as bien pensé. Il est quelle heure, en fait ?

- Presque treize heures.

- Déjà ? Sérieux ?

- Quand je te dis que vous avez beaucoup dormi.

Effectivement, s'ils s'étaient bien endormis aux alentours de vingt-trois heures comme il le pensait, ils avaient fait une nuit de quatorze heures. Un temps de sommeil tout à fait respectable, en somme.

- Elle arrive quand, Clara ?

- Oh, elle a appelé tout à l'heure pour dire que son train arriverait vers trois heures.

- Ok, ça marche.

- Tu as déjà faim ? Le repas de midi est prêt, on n'attendait que vous.

- Pour l'instant, j'ai surtout envie d'un café.

- Ça aussi, c'est prêt.

- Tu gères, m'man.

Non, il n'avait pas vraiment faim. Il venait tout juste de se lever, il lui fallait encore un peu de temps pour se remettre dans le bain. Et pour ce faire, rien de tel qu'un café.

Très important, le café.

Revenant au salon avec sa tasse fumante, il se laissa tomber sur le canapé. Finalement, ce n'était pas si déplaisant de ne pas être chez lui, à Paris il aimait assez être chez ses parents de temps en temps et pouvoir mettre les pieds sous la table du matin au soir.

- Au fait, ton ami Antoine est réveillé ?

- Il dormait encore quand je suis descendu.

- Eh bien, je ne pensais pas qu'il existait quelqu'un sur cette planète qui puisse dormir plus longtemps que toi.

Il attendit la petite phrase type « Vous vous êtes bien trouvés » qui ponctuait en général ce genre de répliques. Mais elle n'arriva pas. Pas de blague ou de pique ironique, pas de critique sous couverture. Non, sa mère était juste sincèrement étonnée.

Et elle ne se doutait toujours de rien.

Mathieu se demanda réellement combien de temps allait encore durer cette situation, et même s'il serait capable de lui avouer clairement ce qui se passait dans sa vie actuelle un jour.

Il souffla sur sa tasse fumante, tentant de refroidir son café, même si en réalité c'était plus pour s'empêcher de trop penser à cette histoire que pour réellement sauver sa langue d'une douche bouillante. Et de toute manière, il s'en moquait, il aimait son café brûlant.

Bientôt, l'escalier en vieux bois grinça, indiquant que quelqu'un montait ou descendait. Tournant la tête par réflexe, Mathieu vit Antoine qui tentait d'avancer, marche par marche, l'air toujours à moitié endormi et peut-être un peu perdu de s'être réveillé dans un lieu totalement inconnu – et seul, qui plus est.

Le jeune homme eut tout juste le temps de poser son pied sur le parquet du rez-de-chaussée qu'on lui proposait déjà de prendre place à table. Il devait être presque deux heures, et, commençant à réellement avoir faim, les parents de Mathieu avaient décidé qu'il était grand temps de déjeuner.

Les plats commencèrent à apparaître sur la table, nombreux mais surtout généreux. Cette ambiance familiale détonnait réellement avec ce dont les deux plus jeunes avaient l'habitude, à Paris. Comparer un rôti aux légumes avec des pâtes carbonara réchauffées au micro-ondes était relativement impossible. Imitant les autres personnes assises avec lui, Antoine se servit quand les plats arrivèrent à lui.

Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas fait un tel repas.

- Et vous, Antoine, vous faites également des vidéos, c'est ça ?

- Oui, monsieur. On s'est connus comme ça, d'ailleurs, Mathieu et moi. Mais vous pouvez me tutoyer si vous voulez.

- Oh, tu as le même âge que Mathieu, alors ?

- Un an de moins, à vrai dire.

- Et vingt-cinq centimètres de plus ! rigola le père.

- Merci, papa. J'apprécie.

Antoine étouffa son rire dans sa bouchée de purée de carottes. Voilà donc d'où son ami tenait son humour piquant.

- Et tu viens de Paris ou tu es également parti t'y installer après avoir trouvé ton travail ?

- Non, moi je suis un pur parisien. Enfin, j'habite plus en périphérie que dans le centre-ville, mais c'est tout comme.

- Oh je vois. Et concernant…

La fin de la phrase du père de Mathieu se perdit dans l'air. La sonnette de la porte d'entrée venait de retentir, et le large sourire présent sur les visages des deux propriétaires des lieux ne laissaient aucun doute quant à l'identité des nouveaux arrivants.

Ils se levèrent sans plus de cérémonie et se dirigèrent, presque en courant, vers l'entrée.

Immédiatement, la porte s'ouvrit et une belle blonde apparut. Un peu en retrait, derrière Mathieu et ses parents, Antoine assista à la scène tant attendue des retrouvailles familiales, sans vraiment les voir. Son esprit venait de décrocher de la réalité.

- Tu es en avance, ma chérie !

- Je sais, c'est un miracle, mais mon train est arrivé à l'heure ! Du coup j'ai pris un taxi.

Il connaissait cette fille.

Il tenta de refermer sa mâchoire qui pendait dans le vide avant de gober une mouche, mais sans succès. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait.

- Comme quoi, tout arrive.

C'était elle. La fille du bar.

- Clara ?

Elle se tourna vers lui en l'entendant prononcer son nom, et eut à son tour l'air étonnée.

- Antoine Daniel, quelle surprise. Maman ne m'avait pas prévenue que Mathieu venait accompagné.

A défaut de laisser éclater son rire, elle lui sourit malicieusement.

- Bonjour !

Putain.

Il se souvenait encore parfaitement de cette journée d'été où il l'avait rencontrée dans un bar londonien. Il se souvenait de son accent et de leur minuscule conversation, de son prénom et surtout de son numéro de téléphone qu'il avait encore en mémoire.

Mais il venait de découvrir qui elle était vraiment.

Sonné, il tourna la tête vers Mathieu pour tenter de lui expliquer la situation, mais sans réellement y arriver. Il n'avait pas les idées claires.

Cela prit cinq bonnes minutes à Antoine pour reconnecter ses neurones, et deux de plus à Clara pour synthétiser de façon cohérente les propos de leur invité.

Et Mathieu finit par comprendre.

Il venait de rencontrer la fameuse fille qui avait créé cette dispute entre Antoine et lui en août dernier. Celle qui avait donné son numéro à son ami quand il était en vacances à Londres. Cette fameuse fan anglaise qui suivait toutes ses émissions et ne parlait que deux mots de français, celle qui l'avait soit disant dragué.

Ou plus explicitement, il venait de la retrouver.

Quelle ironie.

Oui, sa sœur était celle qui les avait fait se disputer, s'ignorer, se haïr presque avant de s'aimer.

Et ça, ce n'était pas rien.

21 décembre 2014 (bis)

Vingt-et-une heures sonnèrent en même temps que le début du repas. Sa sœur et son compagnon avaient passé l'après-midi avec ses parents dans le salon, sans doute à discuter de la vie à l'anglaise, loin de leur famille et de leur pays d'origine. Il fallait dire que cela faisait déjà plusieurs années qu'elle avait quitté la France et qu'elle n'était pas revenue, même pour les fêtes.

Aidant sa mère à rapporter un plat de la cuisine, Mathieu remarqua enfin la situation dans laquelle ils se trouvaient en voyant les autres, déjà attablés. Ses parents d'une part, sa sœur et son probable futur mari d'autre part, et finalement, Antoine et lui. C'était un véritable repas de famille à l'approche des fêtes de fin d'année, et la majorité des personnes présentes ne se doutait même pas de la profondeur de ces retrouvailles.

Mathieu inspira longuement.

Cette situation le stressait. Il avait envie de tout lâcher, là, d'un coup. Il voulait juste que cette pression qui lui enserrait le cœur disparaisse rapidement.

Déposant son plat sur la table, il prit le temps de jeter un dernier coup d'œil à cette nouvelle famille avant de s'asseoir. Si sa sœur profitait de cette soirée pour annoncer qu'elle allait se marier, il pourrait en faire de même. Peut-être que deux révélations, l'une à la suite de l'autre, passeraient mieux…

- Au fait, commença Clara. Maintenant que tout le monde est réuni, je pense que c'est le bon moment pour vous le dire.

Inconsciemment, la main de Mathieu alla trouver celle d'Antoine sous la table.

- Greg et moi, on va se marier. Au printemps prochain !

- Félicitations !

Une nuée d'embrassades et de mots doux valsa dans la pièce, interrompant le repas pas encore entamé. Mathieu se leva pour enlacer sa sœur, et sentit la pression grandir et devenir encore plus forte : il avait une occasion en or de lâcher la bombe, à son tour. Il en mourait d'envie, mais, en même temps, redoutait cet instant plus que tout. Pourquoi diable voulait-il être honnête ? Il pourrait juste se taire, garder cette histoire pour lui encore quelques semaines, quelques mois. Attendre que leur période lune de miel soit passée, attendre d'être sûr que ce n'était pas qu'une lubie passagère, attendre encore un peu.

Brusquement, il sentit la pression s'amenuiser légèrement. Oui, il pourrait attendre encore un peu. Peut-être qu'il trouverait une bien meilleure façon de l'avouer à sa famille plus tard. Ne dit-on pas que tout vient à point pour qui sait attendre ?

Cependant, perdu dans ses pensées, il n'avait pas vu que tous les autres s'étaient déjà rassis. Seul resté debout face à la tablée, Mathieu fut pris d'une soudaine bouffée de chaleur.

- Mathieu ? Tu veux ajouter quelque chose ?

Le jeune homme se retint de justesse de jurer contre sa mère. Elle aurait clairement pu se taire.

- Euh, c'est-à-dire que, non… Euh, oui. Mais en fait, non.

Se giflant mentalement pour ce piètre discours, Mathieu regagna sa chaise en vitesse. Il savait pertinemment qu'il avait attisé la curiosité de sa sœur, et que seul Antoine avait compris où il avait voulu en venir.

Il ne se sentait décidemment pas le courage de tout déballer ce soir.

Pour tenter de se redonner contenance, il attrapa le plat de patates sautées et se servit abondamment. Il entendait sans réellement écouter la discussion qui avait repris parmi les convives il tentait de se faire discret et de disparaître sous la nappe, mais sans grand succès. Même si les yeux des autres membres de sa famille n'étaient plus posés sur lui, il sentait toujours le poids de la curiosité qu'il avait créée plus tôt.

Il recommençait à avoir du mal à respirer.

Cette sensation lui rappelait celle qu'il avait connue en août dernier quand il avait retrouvé Antoine après son voyage à Londres. Une impression désagréable, des émotions contradictoires, un esprit embrouillé. Lui qui pensait que toute cette histoire était enfin derrière lui se retrouvait désormais dans une ambiance similaire.

Il cache un secret, et ne sait pas s'il doit le révéler ou non.

- Mathieu ?

Ses neurones se reconnectèrent immédiatement en entendant son prénom.

- Euh, ouais ?

- Je te demandais si tu avais déjà été en Angleterre.

Il jeta un regard à Gregory, son futur beau-frère. Il l'aimait bien, mais détestait quiconque interrompait ses réflexions.

- Une fois, ouais, mais c'était y a très longtemps. Un voyage scolaire, en fait.

- Ah, c'est dommage. Du coup tu ne connais sûrement pas la capitale moderne. Enfin, au moins tu as une destination pour ton prochain voyage ! Et même un endroit où dormir gratuitement.

- C'est sympa, merci pour la proposition. Mais je te manque tant que ça, dis donc, Greg ? Je sais qu'on s'est pas vu depuis deux ans, mais quand même.

- C'est plutôt à ta sœur que tu manques. T'imagines pas sa tête quand elle regarde tes vidéos, on dirait qu'elle va pleurer de joie à chaque fois.

- Greg !

Clara frappa sans retenue la tête de son fiancé qui venait d'avouer un de ses petits secrets. Et Mathieu et Antoine ne purent se retenir de rire ouvertement.

- Bah quoi ? T'as pas à avoir honte d'aimer ton frère !

Mathieu sentit son souffle se couper et son angoisse revenir au galop. Avoir honte d'aimer quelqu'un, hein… ?

- Il sait que je l'aime. Mais on a un contrat tacite, lui et moi : on ne le montre pas ! On se tape dessus, à la place !

- Je confirme, articula-t-il difficilement.

Il fallait qu'il respire.

- Bref, maintenant que mon côté guimauve a été révélé, changeons de sujet. Vous comptiez pas faire des travaux dans le garage, papa ?

- Oh, oui. Mais on parlera de la maison plus tard, je ne pense pas que cela intéresse Gregory et Antoine.

- Oh, ne vous dérangez pas pour moi, reprit Gregory.

- Pour moi non plus, ajouta Antoine.

- Je suis sûr que nous avons bien d'autres sujets de conversation, voyons. Par exemple, j'ai cru comprendre que tu as rencontré ma fille à Londres, Antoine.

Mathieu jeta un regard blanc à son compagnon. Il allait s'aventurer sur un terrain glissant, il le savait.

Il fallait qu'il respire.

- Par hasard. J'étais en vacances là-bas, et elle m'a reconnu. Grâce à mes vidéos, je suppose ?

- Oui, c'est ça. Je n'ai pas menti quand je t'ai dit être une fan, je les ai toutes regardées !

- Ah, merci, dit-il en riant.

- Par contre, si je devais choisir entre Mathieu et toi… désolée, mais ce serait lui. Tu comprends, l'amour fraternel avant tout.

- Pas d'inquiétude. Je choisirais sûrement Mathieu aussi, de toute façon.

- Oh ?

Tous les regards de la tablée se tournèrent vers Antoine. Il sentit comme une tension naître en lui, et n'eut pas le cran de tourner la tête vers Mathieu qui était toujours aussi blanc.

Il fallait qu'il respire.

- C'est bien de voir que vous êtes devenus de vrais amis, et pas juste des collègues de travail, ajouta sa mère. Je m'inquiète moins, je sais qu'il n'est pas seul dans la capitale.

- Je suis grand, maman… avança-t-il de façon presque inaudible.

- Pas d'inquiétude pour ça, madame. Je m'assure qu'il mange bien et qu'il rentre entier tous les soirs !

- Une deuxième maman, en somme ! conclut Clara.

- Je suis sûr que si je me laissais pousser les cheveux, je serais très crédible en femme, sourit Antoine.

- Certainement. Ensuite, vous tomberiez amoureux, et tu irais faire des courses pour lui et tu lui cuisinerais de bons petits plats.

La vue de Mathieu se troubla. Il n'entendit même pas le rire faux de son ami.

Merde.

Il fallait qu'il respire. Tout de suite.

- C'est-à-dire qu…

Merde.

- Antoine et moi, on est ensemble.

La phrase trancha net la tentative d'Antoine de changer de sujet.

Et voilà, merde.

Mathieu n'essaya même pas de relever la tête ou d'ouvrir les yeux. Il entendit son compagnon souffler quelque chose ressemblant à un « t'es sûr ? », mais n'y prêta guère attention.

La bombe était lâchée.

- Ensemble ? reprit Clara. Ensemble comme dans « ensemble » ?

- Ensemble comme Greg et toi, crut bon d'ajouter son frère. Oui.

Il prit enfin la peine de regarder sa sœur en face pour constater qu'elle était mi-choquée, mi-amusée. Sa mâchoire qui pendait dans le vide s'étirait inexorablement en sourire. Que devait-il en conclure… ?

- Oh. Eh bien, ça…

Mathieu posa cette fois ses yeux sur sa mère qui semblait en pleine réflexion.

- C'est pour ça que tu m'as dit que c'était compliqué quand je t'ai demandé comment ça allait, au téléphone ?

Un peu surpris par la question, il se contenta d'acquiescer. Ses parents ne devraient-ils pas être en train de lui faire des reproches, des critiques, ou même de lui faire passer un interrogatoire sur le pourquoi du comment de cette révélation inattendue ?

- Tant mieux. J'ai eu peur que tu ne reviennes à la maison déprimé comme cet été.

- Euh… tenta-t-il sans grand succès.

- Je suppose que c'était à cause d'Antoine, donc, cette histoire en août ? compléta son père.

- Oui, c'était de ma faute, crut bon d'ajouter le jeune homme, voyant la mère de son ami le regarder en souriant malicieusement.

- Eh bien. Ce n'est pas plus mal. Tout ça, c'est derrière nous, alors. Même si je suis un peu étonnée que tu aies douté de nous, Mathieu. Tu pensais qu'on allait si mal réagir à la nouvelle ?

Il inspira pour se donner un peu de courage.

- Un peu… Ok, j'avais absolument aucune idée de ce que vous alliez penser.

- Je pense que ce n'est pas à nous de te juger. Tu me répètes sans cesse que je te couve trop, mais je sais que tu es assez grand pour faire tes propres choix. Tu as choisi seul de tout lâcher pour travailler sur internet, et tu as choisi seul de déménager sur Paris. Tu es aussi libre de choisir avec qui tu veux être. Et je suis sûre que ton père est d'accord, n'est-ce pas ?

Mathieu n'eut pas besoin de regarder son père dans les yeux pour savoir qu'il approuvait ce qui venait d'être dit. Son sourire suffisait à transmettre ses pensées.

Voilà.

Il était officiellement maître de sa vie, désormais.

- Au moins, je n'ai pas à m'inquiéter que tu nous ramènes une fille trop mignonne qui fasse tourner la tête à ton père.

- Tu sais bien que je n'aime que toi, voyons !

Un petit rire s'immisça et l'ambiance commença finalement à se détendre.

- J'espère bien. Enfin. Bienvenue dans la famille, donc, Antoine.

Et Mathieu respira enfin.

Oui, c'était ça, ses parents. Des gens normaux, calmes et compréhensifs. Des gens qui acceptent leur fils, peu importe ses croyances et ses actes, et qui sourient quand ils voient que leur enfant est heureux.

Il avait de la chance de les avoir.

Antoine et lui remontèrent peu après le repas terminé, avec l'idée bien arrêtée d'aller faire les loques sur le lit, devant un film qu'ils avaient certainement déjà vu douze fois. Ils ne se sentaient pas mal à l'aise, étonnement, mais plutôt l'envie de se retrouver un peu tous les deux, dans leur petit monde.

S'installant le premier sur le lit, Mathieu ouvrit son ordinateur.

- Hunger Games ?

- Pitié, on l'a vu lundi.

- Avatar ?

- Pas la foi pour trois heures de film, là.

- Ok, j'avoue. Et…

Trois coups distincts furent frappés à la porte.

Encore juste à côté, Antoine se retourna pour saisir la poignée. Devant lui, Clara souriait tranquillement, deux paquets en main.

- Coucou. Je dérange pas, j'espère ?

- Non, non, enchaîna Mathieu en se relevant. Tu avais besoin de quelque chose ?

- Je voulais parler un peu avec toi, mais si vous êtes occupés on peut faire ça demain, c'est pas grave.

Les garçons se regardèrent quelques secondes, avant qu'Antoine ne se mette à sourire à son tour.

- Bon, bah preum's à la douche.

- T'es sûr que ça t'ennuie pas ?

- D'aller prendre une douche ? Je suis pas un gros dégoûtant, merci bien.

- Sois pas con, tu sais ce que je voulais dire.

- C'est justement pour ça que j'y vais. A toute !

- Ok, ça roule alors, termina-t-il en souriant également.

Aussitôt la porte refermée derrière eux, Mathieu et Clara allèrent s'asseoir sur le lit. Elle déposa par terre ses deux fardeaux et se mit à rire doucement devant le regard intrigué de son frère.

- Je m'attendais pas du tout à ce que t'as dit tout à l'heure, à table.

- Ah, ça, j'ai cru comprendre. Et je pense que les parents non plus.

- Je pensais pas que c'était vrai, toutes ces rumeurs sur vous.

- Tu veux dire comme quoi on est ensemble, Antoine et moi ?

- Oui.

- C'est super récent, en fait. C'est pas un truc qui date de notre première rencontre comme se l'imaginent les fans.

- Je vois, je vois.

- Je t'ai pas trop choquée ?

- Un peu, quand même. J'étais habituée à te voir fantasmer sur mes copines…

- Sympa, merci pour l'image.

- Je dis pas ça pour te mettre mal à l'aise, ou quoi que ce soit. C'est juste… faut que je m'y fasse, voilà tout. Mais tant que c'est ce que tu veux, je suis contente pour toi.

- J'apprécie, répondit-il en souriant à nouveau.

- Du coup, j'espère que j'ai pas trop fichu le bazar avec cette histoire à Londres, cet été.

- Tu veux dire, outre le fait qu'Antoine a cru que tu le draguais, et que quand il m'a dit ça, j'étais tellement jaloux que je lui ai presque hurlé dessus et qu'on s'est plus parlé pendant une semaine ? Non, sinon ça va.

- Sérieusement ? Oh, merde. Je pensais pas que ça créerait un tel bordel. Je voulais juste le rencontrer pour voir un peu avec quel genre de personne tu traînes à Paris, histoire de connaître ton univers et tout ça. Comme je t'avais pas vu depuis plus de deux ans, je me suis dit que c'était une bonne occasion de découvrir ta nouvelle vie.

- Je t'en veux pas, tu sais. Ça peut sembler énorme, ce qui s'est passé entre Antoine et moi cet été, mais au final c'est parce qu'on s'est disputé comme deux cons qu'on a fini par se mettre ensemble.

- Oh… ? Pour de vrai ?

- Ouaip.

- Donc, vous êtes un peu ensemble à cause de moi ?

- J'aurais dit grâce à toi. Mais tu le prends comme tu veux, ajouta-t-il en rigolant franchement.

Et elle ne put s'empêcher de rire avec lui.

- C'est cool, alors. Mais du coup, je me sens encore plus coupable…

- De quoi ?

- Tu vois ça ? dit-elle en pointant les paquets qu'elle avait apportés. C'est ton cadeau d'anniversaire.

- Oui, et ?

- Et, il se peut que ce soit assez étrange, du coup, de te donner ces trucs. A la base, y'en a un pour Antoine et un pour toi. Je voulais vous faire une blague mais…

- Tu sais, je suis assez ouvert d'esprit, ça devrait aller je pense.

- Honnêtement. Ne le prends pas mal quand tu l'ouvriras, je ne savais pas, je te promets.

- Euh, c'est pas rassurant, ça.

- T'en fais pas, c'est rien de suspect. Juste un truc un peu déplacé vu votre « situation ».

- Je tâcherai de m'en souvenir, promis.

- Bon, ça va alors.

- Bah… merci quand même, du coup.

- Je t'en prie, répondit-elle avec un sourire un peu désolée.

Clara se leva, saisissant les paquets pour les remettre en main propre à son frère. Elle ne put retenir son sourire et tenta autant que possible de s'empêcher de rajouter quoi que ce soit. Il fallait garder la surprise.

Et maintenant que c'était fait, elle n'avait plus qu'à attendre qu'Antoine revienne, et coller son oreille contre la porte pour connaître leurs réactions. Il fallait dire qu'elle n'y était pas allée de main morte, avec ces cadeaux. Et elle n'aurait manqué ça pour rien au monde.

Disparaissant de la chambre de son frère pour aller se cacher dans le couloir, elle attendit patiemment que son nouveau beau-frère décide de revenir.

Et cette remarque la piqua au vif.

C'était un peu étrange, tout de même, d'imaginer qu'elle avait désormais un beau-frère. Pas de belle-sœur taquine avec qui elle aurait pu partager ses dossiers sur son frère, ou faire du shopping. A la place, elle avait Antoine Daniel, une icône du web, toujours prêt à faire des blagues et dont elle était fan.

Bien sûr qu'elle n'aurait jamais pensé à ça.

La porte de la salle de bain s'ouvrit soudainement, et elle vit une ombre se faufiler dans le couloir et une porte se refermer.

Voilà le moment qu'elle attendait.

Elle colla son oreille contre la porte et patienta. Elle savait que son frère était d'une nature curieuse, comme elle. Il allait forcément ouvrir ces paquets ce soir.

Deux minutes plus tard, et après avoir décidé de déballer les fameux présents soit disant déplacés, il fallut à Mathieu et Antoine tout le self-control dont ils disposaient pour ne pas se taper la tête contre les murs et mourir de rire en découvrant deux T-shirts personnalisés à leur effigie avec, au dos, une punch line à l'ancienne.

« SWAG. Secretly we are gay. »

Mathieu devait bien reconnaître que sa sœur avait de l'humour.

Désormais, ils pourraient au moins parader et s'afficher sans se poser de questions. Les autres, par contre, risquaient fort de commencer à s'en poser.

Leur couple allait réveiller l'imagination des fangirls et faire imploser les réseaux sociaux d'ici très peu de temps. Ils avaient tout intérêt à aller s'enterrer à l'autre bout de la galaxie s'ils voulaient conserver un semblant d'intimité.

Quoique.

Ils n'avaient plus de raison d'avoir peur d'être différents.

Beaucoup de choses s'étaient passées ces derniers mois, et ils avaient bien changé. Ils n'étaient plus ces deux garçons marginaux qui craignaient le regard des autres et qui vivaient encore à moitié dans le passé.

Désormais, ils étaient prêts à tout affronter.

A deux.

Et ça, ce n'était définitivement pas rien.

FIN