Oh la la, je suis tellement désolée ! Je suis passée sur mon profil y'a environ cinq semaines et j'imaginais pas du tout que ça faisait déjà plus de six mois que je n'avais pas posté pour cette fic ! Le temps passe tellement vite, et je me disais sans cesse que je m'y mettrais plus tard, mais j'ai vraiment abusé. Du coup je me suis boostée pour traduire ce chapitre, ça a pas été facile avec mes examens et le début de mon stage mais j'y suis arrivée, et je vais me booster aussi pour le suivant. Je vous prie d'accepter toutes mes excuses.

Disclaimer : Le monde d'Harry Potter appartient à JKR, la fic originale à Procrastinator-starting2moro, je ne suis que la traductrice.

Merci pour vos reviews, vous êtes géniaux !


DUN DUN DUN

James

Vous savez ce qui est pire que de se réveiller avec une horrible migraine ?

Se réveiller avec une horrible migraine et ne pas savoir ce qui bon sang s'est passé hier soir.

Je suis sûr que ça va me revenir...

Ça ne devrait plus tarder.

...

Oh par Merlin, je ferais tout aussi bien de m'activer pendant que mon cerveau redémarre et se souvienne de ce qu'il s'est passé hier.

Evaluant ma localisation, il s'avère que je me trouve heureusement dans ma chambre - oh non, s'il vous plaît faites que l'autre côté de mon lit soit vide. Aussi vide que le néant, je vous en prie.

Mes mains bougent jusqu'à l'autre côté du lit, mes doigts attrapent le matelas - un matelas ! Pas de postérieur ! Définitivement un matelas ! Je soupire de soulagement.

... Pourquoi j'ai une faucille coincée contre ma cuisse ? Qu'est-ce que c'est que ce bordel !

J'ai des chaussettes dans la main ! Je demande à savoir qui les a mises là ! Est-ce que c'est moi qui les ai mises là ? Est-ce que quelqu'un hier soir les a mises là ? Et pourquoi je ne porte qu'une seule chaussure ?

... Où est mon caleçon ?

Tout ça est incroyablement bizarre.

Quel jour sommes-nous aujourd'hui ? Je jurerais qu'aujourd'hui, en ce jour de migraine dont la douleur est inconcevable, est un jour plutôt important. C'est l'anniversaire de quelqu'un ? Est-ce que je vais encore devoir me cacher dans un gâteau et en jaillir pour McGonagall ? (Ce n'était pas son anniversaire ce jour-là - j'ai juste pensé que ça serait marrant).

Est-ce que j'ai cours là ? Non, attendez, on est dimanche, n'est-ce pas... Oh par Morgane, c'est dimanche ! La journée du repos !

Non, attendez, il y a quelque chose d'autre d'important aujourd'hui... Ma mère m'envoie de nouveaux sous-vêtements par hibou ! (Ce qui expliquerait le manque de vêtements qui me couvrent en ce moment... Je devrais vraiment mettre quelque chose).

Non ! Attendez ! Il y a autre chose, j'en suis sûr ! C'est la dernière chose de quelque chose, la finale de - oh par mon étourdissante tante Eponge, je vais tuer Sirius ! La nuit dernière me revient d'un coup complètement - Sirius m'a soûlé ! Il m'a soûlé alors que je ne voulais pas me soûler et je vais le dire à Remus et Sirius aura un aller direct pour le pays des problèmes, et je vais rire et rire comme si ma vie en dépendait et qu'elle dépendait juste de rire de Sirius et on m'appelera Celui Qui Rit de Sirius, à ne pas confondre avec Celui Qui Rit de Trucs Sérieux, un Serdaigle dont le vrai nom est Jack et qui rit de choses sérieuses de manière complètement inappropriée. Il n'a que douze ans et a déjà une moustache.

Un grognement bruyant m'échappe de temps en temps tandis que l'escapade d'hier soir émerge de la cachette du fond de mon esprit - quiconque a installé des bars dans un village si près d'une école pleine de jeunes gens, de jeunes gens stupidement influençables, est un idiot. Quelqu'un n'aurait pas pu y mettre un portrait de moi suivi par les mots "ne servez rien sous forme liquide à ce type" pour que ce genre de choses n'arrive pas ?

Mon esprit essaye incessemment de creuser pour se rappeler ce qui a suivi. Je me souviens de pas mal de danses embarrassantes (pour être honnête, et pour être honnête et également très réticent, je ne suis pas un super bon danseur - on va dire que j'essaye plutôt d'assassiner le concept même de la danse en fait), de chants embarrassants (depuis quand chanter juste est devenu si populaire ? Quand j'étais petit le plus important c'était de chanter fort), un bisou humide sur la joue de Mrs Rosmerta (ferais mieux de rien dire à Miss Evans à ce propos) et de m'être assis sur la monnaie de quelqu'un (ça expliquerait la faucille sur ma cuisse... peut-être).

Oh Merlin... J'ai le sentiment que Lily m'a probablement vu ivre - ça c'était une facette de ma personnalité que je ne désirais pas qu'elle voit. Le besoin de m'excuser auprès d'elle pour mon probable pénible comportement m'encourage à sortir de mon lit, à m'habiller et à conduire mon derrière jusqu'à la Grande Salle... Et aussi jusqu'à l'odeur des oeufs brouillés. Tout du moins, j'espère que cette odeur vient de vrais oeufs brouillés.

C'est alors que je me promène dans les couloirs et que les gens me tapent amicalement le dos que je commence à penser qu'il y a définitivement quelque chose que j'ai négligé de me souvenir. Je riposte en leur tapant également le dos - après tout, tu me tapes et je te tape encore plus fort, mec, et pourtant ceux à qui je montre mon soutien me lancent des regards bizarres alors qu'ils me disent qu'ils me souhaitaient seulement bonne chance, et je me dis, en grattant mon crâne avec perplexité, bonne chance pour quoi exactement, connard débile ?

Et finalement les choses se mettent en place : c'est le Jour Sept du pari que j'ai fait avec Lily. Il est dix heures du matin et il reste seulement quatorze heures sans Quidditch que je dois encore endurer avant minuit et le pari est fini, entraînant le fait que je gagne le coeur de Lily. Juste quatorze heures et je pourrais l'appeler ma copine, avec une tête qui sera loin, très loin d'être chauve.

J'admets que cette semaine a été plutôt difficile sans mon très cher Quidditch...

Ah, de qui je me moque ? Ça a été extrêmement difficile - d'une difficulté absurde, même. J'ai vu des gens, de vrais êtres humains, qui ressemblaient à des balais volants ; sans oublier cette curieuse période où je pensais que n'importe qui qui me parlait disait le mot Quidditch au lieu des pronoms normaux qu'on attend dans une conversation normale comme que. Maintenant que j'y pense, je me souviens spécifiquement d'avoir essayé de me suicider lors de quinze occasions différentes. Ah oui, j'ai presque réussi quand je me suis planté une plume dans l'œil, et du coup j'ai gagné ce pansement de pirate sur l'œil ce qui a plutôt valu le coup d'avoir mal momentanément.

Je pense que ça a été la semaine la plus dure de ma vie. En même temps, cette semaine m'a fait prendre conscience d'à quel point j'étais ridiculement obsédé par le Quidditch, au point de devenir un danger pour les autres et moi-même. Je suis juste tellement passionné, vous voyez ? Ce n'est pas mal d'être passionné par quelque chose, si ? À part si c'est illégal... Mais ne nous éloignons pas du sujet. Ces derniers jours m'ont appris une leçon très importante dans la vie : le Quidditch n'est pas tout ; c'est juste une partie de ma vie. Le Quidditch n'est que cette petite part de cet immense gâteau au chocolat dont on profite seulement si on en fait l'expérience avec modération (j'aime faire des métaphores avec la nourriture).

J'avais ce rêve de jouer au Quidditch dans l'équipe d'Angleterre quand je serais grand, avec plein de responsabilités. Le sport était pour moi quelque chose que je pensais être obligé de faire pour survivre ; maintenant je le vois plus comme un hobby. Ma vision de quand je serais grand est maintenant de me battre - et je ne parle pas des bagarres avec Sirius quand il mange la dernière part de tarte à la mélasse, mais me battre contre le mal, me battre pour retrouver toutes ces choses qu'il semble qu'on ne lit que dans les parfaites fins des contes de fées, sublimes et harmonieuses, mais ces fins viennent bien de quelque chose de réel à la base, non ? Elles ont sûrement déjà existé, et le monde magique a besoin qu'elles soient restaurées, et très vite plutôt que tard. Maintenant plutôt que très vite.

Ça a été des jours très durs mais finalement je me sens bien, je me sens confiant, j'ai l'impression que c'est le début de quelque chose ! Je pense... Oui, j'ai l'impression que James Potter vit sa toute première épiphanie. J'ai tellement envie de m'en vanter auprès de Sirius. Je parie qu'il n'en a jamais eu. Où est mon appareil photo ? Je devrais prendre une photo de mon visage épiphanique...

Lily

Le petit-déjeuner n'est normalement pas un moment où on craint pour sa vie, mais, vu que je suis chanceuse, il se trouve que c'est ce que je vis en ce moment, comme malheureusement souvent ces derniers temps.

Assise à ma table habituelle, je suis entourée par des Gryffondors, à ma gauche, à ma droite et devant moi, et je reçois des regards furieux de chacun venant de ma droite, de ma gauche et de devant moi. La raison qui explique ces œillades provocantes est tout simplement le match capital de Quidditch contre Serpentard dont l'école avait anticipé la survenue le week-end prochain mais qui se déroulera en réalité aujourd'hui. Je peux encore voir Matthew dans la chambre de James nous annonçant la nouvelle, et James faufiler sa main sur ma bouche ridiculement ouverte comme le salaud bourré qu'il était. Tout le monde est au courant pour le pari et tout le monde sait que James Potter ne peut pas jouer s'il s'en tient au pari et ça sera ma faute si on perd.

Ce n'est pas que Gryffondor ne peut pas gagner sans James - ils ont une chance. Mais de ce que Carly et Lauren m'ont dit, les Serpentards se sont entraînés, entraînés au point qu'ils n'avaient même plus besoin de s'entraîner mais ils continuaient de le faire simplement pour passer le temps, et ça montre selon moi à quel point ils sont assoiffés de victoire et de sang.

De la sueur se forme sur mon front avec malaise alors que je n'ose pas croiser le regard de mes camarades de maison. Ma mission consiste à manger mon porridge aussi vite que possible et m'échapper dans un lieu sûr, quelque part avec des meubles aux extrémités rondes.

« Hey, Evans »

Pensant qu'il s'agit de James, je ne lève pas le regard, jusqu'à ce qu'une main serre mon épaule si fort que ça me fait mal et je lève les yeux avec un air renfrogné ; c'est Lucas, capitaine et poursuiveur de l'équipe de Serpentard, avec l'habituelle prétention peinte sur ses traits. Il arbore la même expression que si Serpentard avait déjà gagné le match, ou gagnera indubitablement - le match n'a globalement aucun intérêt pour lui, seulement celui d'embarrasser les Gryffondors pour le plaisir.

Il se penche pour chuchoter dans mon oreille « Tu nous as rendu un grand service, Evans »

« Je l'ignorais » je réponds froidement. Mon attention se dirige vers la table des Serpentards, la plus proche de la mienne, dont les occupants m'adressent des sourires malicieux et un élancement coupable prend place dans mon estomac alors que je baisse les yeux. Je ne me sens pas digne de porter les couleurs de Gryffondor aujourd'hui.

Lucas continue « Pas qu'on soit uniquement capable de battre ta maison quand Potter ne joue pas. On aurait gagné qu'il soit présent ou non. Tu nous as juste donné un superbe avantage » Sa main glisse jusqu'à ma nuque, descendant lentement le long de mon dos, et ma figure se lève pour lui lancer un regard mauvais alors que je lui demande muettement ce qu'il fabrique, bon sang. « Tu t'es déjà félicitée ou dois-je le faire pour toi ? »

« Dégage tes mains » Je saisis son poignet avec force et le jette lourdement. Il chancèle un peu et, bizarrement, mon geste lui arrache un sourire amusé.

« Bien, en tout cas » Il commence à partir, pour mon plus grand plaisir « Encore merci »

« Je ne savais pas que ça allait arriver » je me défends d'une voix aiguë « Je ne ferais rien pour aider volontairement ton équipe. Si je vous ai encouragés en quoi que ce soit, ce n'est qu'un manque de chance pour moi »

Lucas n'a plus l'air amusé. « Malgré tout » Son ton est cassant « On te remercie encore une fois » Il fait une petite révérence avant de me sourire froidement. « Considère-toi comme l'une des nôtres »

Après ces mots, je ne peux m'empêcher de le fixer alors qu'il rejoint son équipe, dont chaque membre arbore un regard bien trop confiant. Les couleurs vert et argent me tourmentent de loin. Lorsque je regarde mon reflet dans ma cuillère je ne vois que le reflet de mes yeux verts et une violente nausée me vient. Serpentard, je ne le suis certainement pas.

« Où est James ? »

Sirius se tient devant moi, son front destitué du tatouage magique, résultat de ma vengeance, qui a dû disparaître ce matin. Habillé de son uniforme de Quidditch et son balai dans la main, ses cheveux sont bizarrement en bazar et il a l'air agité, un peu comme moi.

« Je crois qu'il dort encore »

« Pourquoi tu ne l'as pas réveillé ? » demande-t-il.

« Je ne suis pas sa nounou ! » je réplique sèchement. « Tu oublies le fait qu'il était complètement bourré par ta faute hier soir, espèce de brute dénuée de tout bon sens ? »

« Est-ce que tu oublies le fait que notre équipe est totalement dans la merde ? »

Je laisse échapper un sourire las. « Ce n'est qu'un jeu... »

« Non, ce n'est pas qu'un jeu » Il hoche la tête avec détermination. « Ça l'était au début, je l'admets, mais ce ne l'est plus, pas quand c'est la finale de la Coupe. Parce que maintenant ce n'est plus qu'un stupide passe-temps sur des balais - qui arrivera à lancer ce truc rond dans ce but rond. Tu sais ce que c'est maintenant, Lily ? »

Muette, je secoue la tête de gauche à droite.

« C'est un combat pour notre fierté »

« Votre fierté ? » je répète bêtement.

« Tu sais, cette petite chose têtue qui survient de temps en temps - surtout en toi, Lily, je l'ai déjà remarqué. Ça t'empêche de faire les bonnes choses parfois... Tu n'es pas humain sans ta fierté » Je l'observe avec attention alors qu'il dévisage l'équipe de Serpentard avec un œil féroce. « C'est de ça qu'il s'agit aujourd'hui, Lily, un combat pour notre fierté, parce que bordel ils ne nous la prendront pas »

Il serre étroitement les poings sur le manche de son balai. Ce qu'il a dit sonne effroyablement comme un aller simple pour la guerre.

« Qu'est-ce que vous allez faire si James ne joue pas ? » je ne peux m'empêcher de demander. Il éclate de rire et je lui demande ce qu'il y a de drôle.

« Evidemment qu'il ne va pas jouer » se moque-t-il. « Il est tellement amoureux de toi que ça me rend malade »

J'évite son regard et rougit à sa déclaration... pas que je le crois !

« Menteur » dis-je.

« C'est toi la menteuse » continue-t-il « Quand tu dis qu'il ne l'est pas »

Je ne fais aucun commentaire et espère que mon silence illustre mon malaise par rapport à ce sujet.

« Mais par contre, on va trouver un moyen » ajoute Sirius pour me réconforter.

Il jette un œil derrière son épaule, remarquant Matthew qui éclate en sanglot alors que le reste de l'équipe de Gryffondor essaye de le consoler à l'aide de tapes maladroites dans son dos trempé de larmes (les larmes se propagent comme une éruption cutanée chez ce type). « 'Ferais mieux de retourner voir l'équipe » mentionne-t-il en se dirigeant vers eux.

« Sirius ! » Je l'appelle alors qu'il est à peine suffisamment près de moi pour pouvoir m'écouter.

« Quoi, Préfète ? »

Ce que je dis ressemble a une supplique. « Gagnez, je t'en prie... Je ne pense pas que je... ou que James, nous ne pourrions le supporter si vous ne gagnez pas »

Ses traits se muent en une expression qui dit 'moi non plus'. « Contentes-toi d'attendre et de regarder, Lily. Cette Coupe brillera dans mes mains »

James

Vous savez ce qui est pire que d'entrer dans une pièce avec une horrible migraine ?

Entrer dans une pièce avec une horrible migraine et ne pas savoir ce qui bon sang se passe.

Etes-vous déjà entrer dans une salle et tout le monde vous regarde, et c'est juste évident que personne ne vous a tenu au courant du pourquoi ? Et bien, je suis en train de vivre ça en ce moment dans la Grande Salle... tout en ressentant le malaise que tous ces gens projettent sur moi. Tout le monde s'est habillé comme si, bien, c'était un jour de match. Les gens ont des écharpes aux couleurs attractives (les seules à mon goût étant les rouges et ors) et il y a ces horribles, hideuses bannières (celles en vert et argent) et - oh, l'équipe de Serpentard est habillée dans leur costume de clown, comme j'aime appeler leur uniforme. Mon équipe, bien sûr, est habillée d'une manière très séduisante et - oh, ils marchent à grands pas vers moi.

Je remarque Lily parmi eux et j'oublie instantanément les autres. J'attrape sa main « Lily, je - »

« Je suis tellement désolée » me coupe-t-elle soudainement, le teint cireux. Je fronce des sourcils avec confusion. « Je n'avais aucune idée que ça allait arriver »

« De quoi tu parles ? » Je la regarde étrangement. Mes yeux se déplacent instinctivement vers Sirius. « Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Je pense que tu ferais mieux de t'asseoir, vieux » me dit-il en me tapotant l'épaule. Sur ce, Matthew se met à pleurnicher tout d'un coup alors que l'attrapeuse Sara essaye de le faire taire avec un câlin, mais je sais que ses véritables intentions sont de le faire suffoquer dans sa poitrine pour le réduire au silence. Je suis mon équipe vers une place libre où Remus et Peter sont assis, également habillés dans les couleurs de Gryffondor, bien qu'il n'arbore pas l'enthousiasme habituel qui les envahit en portant ces couleurs mais plutôt ceci : le mal-être. Du genre j'ai-des-fourmis-dans-mon-pantalon-de-sorcier.

Malgré l'humeur lugubre des personnes qui m'entourent, je tente de m'emparer d'un plat d'œufs brouillés pour calmer mon estomac, mais Peter m'arrête d'une tape sur ma main.

« Pettigrew ! Explication du pourquoi tu viens de courageusement faire ça avant que je ne te botte les fesses ! »

« Parce que » répond Sirius à la place « ce que je m'apprête à dire va te rendre malade »

Je plisse les yeux en le regardant « Tu vas me chanter une sérénade, par hasard ? » Une nouvelle fois, je tente de festoyer grâce à une assiette d'œufs brouillés quand cette fois c'est Remus qui décide de m'arrêter.

« Ecoute-le, James » me prévient-il « Ne mange pas »

Et c'est ce qui pouvait être la plus grande erreur de sa journée parce que si j'y réfléchis vraiment je ne suis pas du tout affamé. Mais puisque Moony a décrit les œufs brouillés comme le fruit défendu, je dois les avoir.

Repoussant la main de Remus, je fais glisser le plat d'œufs vers moi et, sans même prendre un couteau ou une fourchette, enfourne une poignée de cette divinité brouillée dans ma bouche comme un porc. « Je mangerais autant d'œufs brouillés qu'il me plaira, bordel » c'est ce que j'essaye de dire, mais ma bouche est tellement pleine d'œufs qu'à la place il n'en ressort qu'un « Bleeeeuuuuurgh ! » arrosé d'une petite quantité de moquerie.

« Prongs ? » m'appelle Sirius.

« Quoi ? » j'essaye, une nouvelle fois, de dire, mais le trop plein d'œufs entraîne un « Bleeeeuuuuurgh ! » encore une fois.

« Tu sais, le match contre Serpentard de la semaine prochaine ? »

« Bleeeeuuuuurgh ! »

« Ouais, et bien... c'est aujourd'hui »

Et voilà que je m'évanouis promptement.

Lily

James est plutôt grâcieux quand il s'évanouit, un peu comme une femme. Le dos de sa main se lève vraiment jusqu'à son front de la même manière que les femmes quand elles tombent dans les vapes dans les films, et il tombe un peu comme un arbre dans une forêt très dense, si l'arbre avait des lunettes, une coiffure comme s'il s'était coincé le doigt dans une prise électrique et un derrière plutôt rebondi.

À la seconde où il touche le sol, l'équipe, Remus et Peter se pressent instantanément autour de son corps inconscient, criant son nom avec un débordement de panique.

« Monsieur ! Monsieur, vous allez bien ? »

« Prongs, espèce de raté, lève-toi ! »

« Tu penses qu'il est mort ? »

« Je croise les doigts ! Comme ça je serais la nouvelle capitaine ! »

« Oh la ferme Marlene ! »

« Capitaine, est-ce que je peux avoir votre balai si vous êtes mort ? Attendez... Est-ce que vous seriez même capable de répondre à cette question - »

« Oh, par le caleçon de Merlin ! » je jure avec agacement. Je n'ai jamais vu un tel troupeau d'individus inutiles de toute ma vie. James vient de s'évanouir et il y en a un qui le déclare mort, un autre trouve qu'il est approprié de l'insulter alors qu'il n'est pas en état de répondre, deux se chamaillent quant à qui prendra le poste de James, et puis il y a Matthew qui pleurniche comme à son habitude.

« Dégagez ! » j'ordonne alors que je me fraye un chemin parmi la mince foule. « Je me, euh, souviens vaguement d'avoir pris des cours de secourisme quand j'étais plus jeune... Laissez-moi passer ! »

Sirius n'a pas l'air de vouloir bouger, s'amusant trop de traiter un James inconscient de noms d'oiseaux pour s'arrêter, je le frappe du pied dans le mollet et ceci règle la question. L'avertissement muet est flagrant pour les autres et ils se mettent également sur le côté. Je m'agenouille à côté de James et prend son visage dans mes mains.

« Oh, James » Je le secoue un peu comme s'il était une cannette coincée dans un distributeur, ce qui est un peu trop vigoureux quand j'y réfléchis. « James ? James, tu m'entends ? »

Zéro réponse.

Je vois que je vais avoir besoin d'étaler mes talents exemplaires de secourisme. Ça ne peut être autrement. Je me mets debout.

« Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? » demande timidement Peter.

« Un petit tour que j'ai appris en secourisme » je réponds en dépoussiérant mes mains. « Regarde et apprends »

« Qu'est-ce que tu fais avec ton pied ? » demande Sara, remarquant que j'ai levé mon pied en l'air.

« Oh, c'est un processus compliqué, ma chère. Tout est dans le placement du pied au bon endroit ; je vais le déposer juste... » Mon pied hésite au-dessus du corps de James avant de se placer au-dessus de la région de son entrejambe. « Ah, là ça ira très bien » Mon pied frappe brutalement et les portes de l'enfer s'ouvrent tandis que James émet un tendre hurlement. Inconscient, il ne l'est plus.

« Hum... Est-ce que la personne qui t'a appris le secourisme détestait les hommes à tout hasard ? » demande un autre membre de l'équipe, Dominic, avec un regard horrifié. Je hausse les épaules avec nonchalance. Nous regardons James se tordre de douleur sur le sol pendant un court instant.

« Petit Harry ne sera jamais conçu après ça » j'entends James grincer dans un souffle bref et douloureux.

Harry qui maintenant ? « Qu'est-ce que tu viens de dire ? »

« Rien du tout ! »

« James » Sirius se tourne vers James. « S'il te plaît dis-moi que tu as entendu ce que j'ai dit »

« Ouais... ouais, j'ai entendu » répond-il d'un ton bourru, découragé par-dessus tout. Il regarde son équipe avec un air misérable. « Je ne comprends pas ce qui a pu se passer »

« On ne sait pas non plus, monsieur » dit Matthew, tout aussi misérable. « Nous sommes allés voir McGonagall, monsieur. On lui a demandé pourquoi la date a été avancée et on a essayé de la persuader de la changer de nouveau »

« Mais elle a dit qu'elle n'avait aucun contrôle sur les dates de match » continue Sara. « Apparemment c'est Dumbledore qui décide de ça et il a avancé le match »

Je me demande si Dumbledore était au courant du pari... Je me méfierais, moi. Le timing de ce match est juste trop mauvais.

Dominic reprend « On est même allé voir le vieux dirlo et on a tenté le coup à vouloir déplacer le match, mais il a pas flanché » Après avoir eu l'air triste pendant un certain moment, il parut soudain plus qu'enjoué en enfournant une sucrerie dans sa bouche, la suçotant avidement « Ça valait le déplacement, quand même - j'ai eu un tas de délicieux bonbons au citron »

Il reçoit une gifle de Marlene. « Tais-toi »

Nous regardons James, toujours assis et qui fixe le sol avec une telle force qu'on aurait dit que le sol l'avait personnellement provoqué. Je déteste le voir comme ça, si... silencieux.

« James, je suis désolée » je recommence.

« Ne t'en fais pas pour ça, Lily » Heureusement, il lève les yeux du sol vers moi, la compréhension prenant place sur ses traits. « Tu ne pouvais pas savoir »

Bien que j'aurais préféré savoir.

Finalement, il se lève et s'adresse à son équipe à la manière d'un véritable capitaine qui prend les choses en main « C'est bon, les gars, ce n'est qu'un petit contretemps. Nous nous étions préparés à ça. Où est le remplaçant, Gregory... C'est comme ça qu'il s'appelle ? Ça lui fera plaisir de jouer enfin »

Matthew fait preuve d'un immense courage en répondant « Il est malade, monsieur »

« Quoi ? » souffle James dans un murmure terrifié. Il regarde le reste de son équipe qui acquiesce pour confirmer l'indisposition de Gregory puis passe brusquement une main dans ses cheveux. Il avait encore une certaine confiance en sachant que son remplaçant Gregory jouerait à sa place, mais à présent qu'il sait que Gregory en est incapable, James a l'air désespéré.

« On est mort » dit-il à son équipe. « Par Merlin, on est mort ! »

« Prongs, calme-toi - »

« On a aucun Poursuiveur de rechange, Sirius ! » finit par crier James. « On n'a pas assez de joueurs pour former une équipe entière ! Gryffondor ne peut pas jouer ! »

« Prongs » répète Sirius calmement. « Calme-toi. On a trouvé un autre remplaçant pour toi »

Un autre remplaçant ? Cette simple annonce nous requinque James et moi.

« Qui ? » questionne-t-il.

L'équipe se sépare comme la Mer Rouge tout en révélant le remplaçant secret qui se tenait derrière eux. Après qu'ils aient finis de se séparer, je remarque Frank Longbottom, un énorme sourire sur les lèvres. Me hissant sur mes orteils, j'essaye de voir derrière Frank qui bloque la vue du remplaçant secret. James, de ce que je vois, pense comme moi alors que son regard tente de contourner Frank.

« Tu peux bouger de là, mon vieux, s'il te plaît ? » demande-t-il poliment à Frank. « Tu m'empêches de voir le remplaçant » Quoique, ce remplaçant doit être incroyablement petit ou doué pour se cacher pour être capable de si bien se cacher derrière Frank...

« Prongs, Frank est le remplaçant »

Et le voilà qui s'évanouit promptement.

James

Vous savez ce qui est pire que se réveiller avec une horrible migraine ?

Se réveiller avec une horrible migraine, Frank Longbottom penché sur vous avec des yeux qui iraient mieux sur un hibou perplexe.

Ce n'est pas que je n'aime pas Frank - loin de là, c'est un type sympa. Mais quand il est si proche de mon visage comme ça qu'il pourrait, vu la situation, ou parce qu'il aurait malheureusement trébuché, accidentellement m'embrasser, je suis plutôt terrifié. Heureusement je suis sain et sauf quand Remus m'aide à me lever de nouveau. Frank me sourit avec un air plutôt réjoui mais tout ce que je peux faire c'est envoyer un regard empli de panique à Sirius.

« C'est une blague » j'expose difficilement.

« De quoi tu parles ? Frank est un fantastique joueur de Quidditch » Sirius tapote solidement l'épaule de Frank comme s'il voulait montrer la force qui se dégage de lui.

« Je ne savais même pas que tu savais jouer au Quidditch » dit Lily avec pertinence.

« Bien sûr que je sais ! » insiste Frank. Ma réserve initiale quant à mon remplacement par Frank diminue légèrement. « Enfin... Depuis environ une demi-heure. Dominic m'a appris les règles de base »

« QUOI ? »

« Ne t'inquiète pas ; j'apprends très vite, James ! »

« Par les burnes poilues de Merlin... »

Je commence à hyperventiler. C'est forcément une mauvaise blague, forcément !

« Laissez-moi essayer de comprendre ce qu'il se passe ici » dis-je en m'asseyant sur un banc, me sentant brusquement faible de nouveau. « Jusqu'à il y a une demi-heure, tu n'avais aucune idée de comment jouer au Quidditch »

Silencieux, Frank acquiesce. Je tremble légèrement.

« Et donc Dominic t'a appris les règles, quelqu'un que j'estime être en permanence bourré »

« Objection ! » intervient-il.

« Tu tiens une flasque de Whisky Pur Feu, débile » fait remarquer Marlene.

« C'est pour calmer mon stress d'avant-match ! Sérieusement » Il prend une autre lampée de sa flasque. Je suis trop bouleversé par tout ça pour le sermonner.

« Frank, tu es déjà monté sur un balai ? » je demande, en espérant que la réponse sera aussi loin d'un non que possible.

« Une fois en première année » J'émets un grognement. « Oh, et je me suis un peu entraîné sur celui de Dominic quelques minutes. 'Suis même pas entré dans un arbre ! » annonce-t-il fièrement. « Tu le crois ça ? »

« Je pense que je vais m'évanouir encore » je proclame.

« N'y penses même pas » me prévient Lily, en montrant son pied puis mon entrejambe comme un avertissement menaçant.

Je vois que la Grande Salle se vide lentement mais sûrement au fur et à mesure que les étudiants en sortent, se dirigeant certainement vers leur prochaine destination à savoir le terrain de Quidditch.

« On ferait mieux d'y aller » dit Marlene en regardant sa montre. « C'est l'heure. Le match va bientôt commencer »

Je regarde mon équipe partir, leur balai sur l'épaule et une lueur déterminée dans leurs yeux brillants d'optimisme. Et ils oublient de m'adresser un de ces regards, et je me sens si exclu, tellement exclu de cet événement auquel je devrais tellement participer, parce qu'une équipe ne joue jamais sans son capitaine. Jamais. Et pourtant, les voilà partis.

Je remarque Frank paralysé derrière eux. Il semble soudain nerveux - il s'attendait à avoir plus de temps pour se préparer, je le vois.

« Juste... Fais de ton mieux, Frank » J'aimerais lui donner de meilleurs conseils.

« Mais si mon mieux ne suffit pas ? »

Je ne sais pas quoi dire. Je suis pris de court par sa question. Il a de nouveau ses yeux de hibou perplexe.

« Allez, Frank ! » crie Dominic plus loin. Frank me jette un dernier regard empli de doutes avant de trotter jusqu'à ce qu'il rattrape les autres.

Quand la Grande Salle est finalement vide, les chandelles flottant au-dessus de personne, je suis toujours là, redoutant le moment où je devrais bouger.

« Viens, James » dit Remus. Soupirant, je fais ce qu'il dit.

« Attends une seconde, James » intervient Lily. « Je ne suis pas sûre que les règles du pari t'autorisent à regarder le match »

« Quand tu me les as expliquées, tu as dit que jouer au Quidditch et toucher tout ce qui était en lien avec le Quidditch étaient interdits, rien à propos de le regarder » lui fais-je remarquer.

« Il a raison, Lily » me soutient Remus. « Je m'en souviens - j'étais là »

Elle n'a pas l'air content.

« Lily, s'il te plaît, il faut que j'y aille »

Je la regarde fixement jusqu'à ce qu'elle abandonne dans un soupir. « D'accord » dit-elle calmement. « Allons-y »

Et bien, ce doit être la première fois que je vais voir un match où Gryffondor joue sans que j'y participe.

Ce sera certainement une nouvelle expérience.

Lily

James, Remus, Peter et moi nous emparons du premier rang des gradins, bien que je ne trouve pas que cette place soit entièrement sans danger pour moi, facilement exposée à une mort certaine juste sous moi. Malheureusement, mes camarades de maison n'ont pas changé d'avis sur à qui revient la faute si James Potter ne peut pas jouer aujourd'hui, et ils sont encore plus mécontents du fait qu'un individu sans expérience ne prenne sa place.

« Nous assistons certainement à un match intéressant aujourd'hui, les amis ! » commenta Danny de Serdaigle au reste de l'école. « Ce match va déterminer qui gagnera la Coupe cette année, et quelles sont les maisons les mieux placées pour jouer ce match que les rivales Gryffondor et Serpentard ! Il y a une telle tension entre ces maisons qu'on ne peut qu'aimer ! »

« Les deux maisons meurent d'envie de montrer ce qu'ils ont dans le ventre ! Ah, ce match va être fabuleux ! Après les pauvres performances de Gryffondor et de Serpentard de l'année dernière, et Poufsouffle pourra vous le confirmer » Les gradins se remplissent de hurlements appréciateurs des Poufsouffles pour marquer leur victoire impressionnante de la Coupe l'année précédente « Ces deux maisons se sont entraînées comme des fous pour se rattraper »

Alors que les deux maisons se rassemblent sur le terrain, points rouges écarlates contre points verts, deux silhouettes se rapprochent l'une de l'autre accompagnées par Mrs Bibine, c'est l'heure pour les deux capitaines de se serrer la main ; c'est Sirius qui sert celle de Lucas aujourd'hui, un devoir qui ne semble pas lui plaire. Le cri du sifflet retentit et quinze balais s'envolent vite et haut, la foule explose dans des cris excités d'encouragement.

« Et c'est parti ! Sirius Black de Gryffondor prend rapidement possession du Souaffle - bon, vous avez sûrement remarqué que l'équipe de Gryffondor est différente aujourd'hui puisque le capitaine, James Potter, ne peut pas jouer »

James se raidit à mes côtés. Les gens se retournent dans leur siège pour le voir.

« Mais il semble que Potter soit au sommet de sa forme, donc pourquoi exactement est-il absent aujourd'hui pour ce match plus qu'important ? Certaines sources m'ont révélées qu'il est impliqué dans un certain pari avec Lily Evans » Je rougis en entendant mon nom « - qui concernerait Gryffondor - »

« THOMPSON ! Assez de commérages ! Contentez-vous du match ! » l'interrompt McGonagall. Je la remercie silencieusement.

« Gryffondor est toujours en possession du Souaffle, et c'est Marlene Mannings qui s'envole avec, elle le passe à - oh, voici le remplaçant de James Potter, Frank Longbottom, un suppléant surprenant, très surprenant en effet - le Souaffle est intercepté par Lucas Foster, le capitaine de Serpentard, qui plonge joliment pour éviter Black, heureusement que le Cognard lancé par Alderson le manque - le gardien Simmons plonge - dommage il le rate - SERPENTARD MARQUE ! »

Les grognements désapprobateurs des Gryffondors sont noyés par les hurlements triomphants de Serpentard.

« Merde » jure immédiatement James, frappant le mur des gradins de son pied. Peter lui offre des mots de soutien pendant que je regarde autre part, mal à l'aise à l'idée d'être assise à côté de James quand il est ainsi ; en colère et sur les nerfs. Je prie pour que le reste du jeu soit à la hauteur...

« Le Souaffle est aux Gryffondors, Mannings à Black, Black à Mannings de nouveau et - OH, voilà un coup qui a l'air de faire mal pour Mannings qui s'est pris le Cognard lancé par Glyn. On dirait qu'elle va bien, mais - c'est une fille forte, celle-là. Serpentard reprend le Souaffle, Foster pousse son balai à ses limites, dépasse brusquement Longbottom - Taylor lui fait signe mais Foster ne veut clairement pas partager le Souaffle aujourd'hui et - OH, Foster est touché par un Cognard ! Très belle revanche par Dominic Alderson. Je peux confirmer qu'il saigne pas mal - »

« Trop d'information, Thompson ! » intervient McGonagall.

Lors de l'heure qui suivit, regarder ce match fut insoutenable. Frank joue bien, remarquablement bien, mais rien à voir avec James Potter. Les Serpentards se sont énormément entraînés et le nombre de points qu'ils marquent en est le reflet direct et proportionnel ; cent vingt contre les cinquante de Gryffondor, chaque but suivi par les injures vives de James. Sirius perd son sang-froid à plusieurs reprises, dont une fois où il a failli envoyer son balai dans la figure de Lucas. Le jeu des Serpentards n'est pas loyal, mais moins déloyal que d'habitude, à la manière douce.

« Et Serpentard marque encore ! »

Je dois arrêter James avant qu'il ne se jette du haut des gradins. « Merde ! » crie-t-il de nouveau.

Je soupire avec lassitude. « Tu es obligé de dire ça chaque fois qu'ils marquent ? »

« Tu m'as pris le Quidditch, Lily ; je refuse que tu me prennes aussi mes injures » je l'observe serrer de ses mains le rebord des gradins jusqu'à ce que ses phalanges soient blanches, ses yeux bougeant d'un bout à l'autre du terrain. « Défense, Alderson, DEFENSE ! SIRIUS ! Comment as-tu pu laisser passer ce Souaffle bordel ?! Poursuis-le, Mannings, POURSUIS-LE ! »

« Prongs, calme-toi- »

« Je ne me calmerai pas, Moony ! » Il recommence à hurler, éclatant les tympans de tous ceux qui l'entourent. « Oh, allez, ça c'était vicieux ! » Il lève violemment ses mains dans les airs avec colère.

Je ne peux m'empêcher de lui poser cette question qui ne m'a pas lâchée depuis que je le vois dans un tel état d'hostilité. « Pourquoi est-ce que ce match est si important pour toi ? »

Il détache son regard du jeu pour me fixer étrangement. « Ce n'est pas qu'un match, Lily ; c'est combat pour notre - »

« Fierté » finis-je dans un soupir sa phrase pour lui. « Oui, je sais, Sirius m'a fait le même discours » Faisant la moue, je croise les bras sur ma poitrine. Je regarde ébahie James s'asseoir quelques instants, oubliant le jeu et se concentrant uniquement sur moi.

« Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes, Lily »

« Explique-moi mieux, alors »

Il sourit légèrement à ma phrase puis reprend un visage sérieux. « Je voulais m'en aller d'ici sur un grand coup d'éclat, tu comprends ? Quitter Poudlard en gagnant la Coupe de Quidditch pour Gryffondor... Merlin sait à quel point j'ai laissé tomber notre maison l'année dernière »

Il parle comme s'il était le seul à blâmer pour leur défaite. J'ai ce terrible sentiment que lorsque son équipe perd, il se punit lui-même.

« Ce n'est pas parce que tu es le capitaine que c'est ta faute si vous ne gagnez pas tous les matchs » je remarque sans détours. Malheureusement, James n'a pas l'air convaincu.

« Ce match n'est pas important seulement pour moi mais pour tout le monde, Lily. Et les Gryffondors ne veulent pas juste gagner pour effacer ces arrogants sourires de la figure des Serpentards - quoique c'est principalement pour cette raison - mais pour être heureux, pour qu'un rare sourire apparaisse sur les visages de ceux qui ont souffert d'une manière qu'ils n'auraient jamais dû avoir à vivre à cause de cette putain de guerre idiote contre Voldemort. Bon sang, c'est la principale raison pour laquelle on joue au Quidditch ces jours-ci, juste pour penser à autre chose que ce qu'il se passe à l'extérieur de Poudlard »

Il a ce pouvoir de me captiver avec ses monologues.

« Je crois que je comprends » lui dis-je avec un léger sourire.

« Bien » répond-il avec un hochement de tête, avant de se reconcentrer sur le match mais il est plus silencieux que toute à l'heure. « Par Merlin, j'aimerais tellement y être » marmonne-t-il, incapable de cacher la jalousie qu'il éprouve envers Sirius.

Je deviens légèrement amère devant ses paroles. « Pourquoi tu n'y vas pas, alors ? » j'assène un peu sèchement.

« Quelque chose m'en empêche »

« Ce n'est définitivement pas moi qui t'en empêche » je me défends. « Vas-y si tu veux »

« D'accord, le pari m'en empêche ; qu'importe comment tu veux le formuler »

« Un autre but de Serpentard ! » intervient Danny.

« M- » James s'interrompt, détectant mon air insistant. « Mercredi » dit-il à la place. Embarrassé par son utilisation de ce juron plus que ringard, il cache son visage dans ses mains, bien que je soupçonne que c'est en partie pour montrer à quel point ce match le tue.

« On va gagner » Je saisis sa main et la serre pour le rassurer. « Sara trouvera le Vif d'Or, je sais qu'elle y arrivera ! J'ai un bon pressentiment »

Il ne répond pas pendant un moment, son visage toujours enfoui dans ses mains, n'osant pas lever le regard. C'est quand il serre à son tour ma main que je souris.

« OUCH - bon sang, ça a faire mal ! »

James lève les yeux et nous examinons le terrain ; nos yeux s'arrêtent sur Frank Longbottom, faisant des signes de main de son balai tout en serrant son bras avec douleur.

« Un Cognard en plein dans le bras grâce à Jenkins ! On dirait que Longbottom va avoir besoin d'aide avant qu'il ne tombe de son balai ! »

Comme l'a dit Danny, le balai de Frank se met sensiblement à vaciller, surtout à cause du vent frais - la douleur de son bras lui semble simplement trop insupportable. Ses hurlements de souffrance font écho à travers le terrain pendant que les Gryffondors injurient les Serpentards et que les Serpentards grimacent en retour. Finalement, deux de ses équipiers et Mrs Bibine volent jusqu'à lui, le guident jusqu'au sol et en direction des vestiaires.

« Tu penses qu'il va bien ? » je demande à James mais je regarde autour de moi et découvre qu'il a disparu de ma vue ; je le repère qui se dépêche de descendre les escaliers de la tribune, presque certainement pour aller voir Frank.

J'espère vraiment que Frank va bien, ou une certaine demoiselle du nom d'Alice Meads s'occupera du cas de James.

James

Le pire s'est empiré ; Frank est blessé, blessé au bras, vraiment blessé, tellement blessé qu'il ne peut plus jouer.

« Je suis désolé, James » arrive-t-il à grincer entre deux respirations douloureuses. Je lui dis que ce n'est pas grave alors que Mrs Pomfresh le mène hors des vestiaires et vers l'infirmerie. Son bras a l'air tordu.

Je me sens responsable de sa blessure, mais ce terrible poids au fond de mon estomac n'est rien comparé à celui qui grandit en moi lorsque Mrs Bibine entre dans les vestiaires. Je sais ce qu'il va se passer mais pourtant je suis quand même nerveux.

« Vous avez deux minutes pour trouver un Poursuiveur remplaçant ou vous serez obligés de déclarer forfait » Son visage est inquiet « Je reviens dans deux minutes »

Elle sort et la pièce reste muette pendant un moment, bien que nous gâchons de précieuses secondes en restant sidéré. Marlene rompt le silence en envoyant son balai contre le mur avec colère, le cassant presque, et Dominic, plutôt gentiment pour l'alcoolique qu'il est, s'avance vers elle, mais elle le repousse.

« On a perdu, on va devoir déclarer forfait » soupire Sara, défaite.

Sirius hausse les épaules avec un air découragé. « On ne peut rien y faire, je suppose »

Je ne peux pas croire qu'ils abandonnent si facilement !

« Non ! Non, on va trouver un autre remplaçant - »

« Il n'y a pas d'autre remplaçant, capitaine » me coupe Dominic.

« Mais on ne peut pas perdre comme ça ! » dis-je. « On doit perdre en se battant pas en déclarant forfait ! »

Pour encore plus aggraver la situation, une McGonagall furieuse entre dans les vestiaires - incroyablement passionnée, elle porte la tenue de Quidditch des Gryffondors, comme tous les ans, ne souhaitant rien d'autre que sa maison remportant la Coupe. (2)

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Potter, pourquoi ne jouez-vous pas ? » m'interroge-t-elle. J'en déduis que le pari n'est pas allé jusqu'aux oreilles des professeurs...

« C'est compliqué, Professeur »

Tout d'un coup, en tendant vraiment l'oreille, je peux entendre les élèves dans les gradins à l'extérieur qui crient quelque chose, quelque chose de court et répété, tout en applaudissant en rythme et en hurlant de cette manière qui fait saigner vos oreilles.

« Vous entendez ça ? » je demande.

« Potter, je pense vraiment qu'il y a d'autres sujets sur lesquels vous devriez vous concentrer » me réprimande le professeur.

Je lui lance un regard désolé mais je ne peux m'empêcher de m'approcher de la porte et de l'ouvrir légèrement. D'un coup, le bruit s'infiltre dans les vestiaires comme si un milliers de personnes venaient d'y apparaître. Ce qu'ils scandent devient clair comme de l'eau de roche...

« POT-TER ! POT-TER ! POT-TER ! POT-TER ! »

Ils chantent plus vite, tellement plus vite que mon nom de famille devient impossible à comprendre clairement, et je ris un peu.

« Tu n'es vraiment pas populaire, n'est-ce pas Prongs ? » me sourit Sirius. Je ne peux pas le nier ; entendre toutes ces personnes appeler mon nom avec tant d'énergie et de désespoir est le meilleur sentiment du monde.

« Les deux minutes sont passées » Mrs Bibine vient d'entrer dans les vestiaires. On n'aurait pas dit que les deux minutes étaient déjà passées. « Avez-vous un remplaçant ? »

L'équipe me regarde, et ce n'est pas juste parce que je me sens capituler tant leurs regards sont intenses. C'est trop dur de faire comme si je n'entendais pas les encouragements venant de l'extérieur ; même si je ferme la porte, je peux sentir le mantra qu'est devenu mon nom se répercuter dans mon crâne.

« Capitaine... »

« Matthew, non... »

« Capitaine, s'il vous plaît »

Nous sommes interrompus par le grincement de la porte qui s'ouvre une nouvelle fois - Lily, Remus et Peter entrent, mais Lily est vraiment la seule que je regarde.

« Est-ce que Frank va bien ? » me demande-t-elle.

« Infirmerie. Peut plus jouer » je réponds brièvement.

« Potter » me presse Mrs Bibine dans l'attente d'une réponse.

« POT-TER ! POT-TER ! POT-TER ! »

« Prongs, par Merlin, prends une décision bordel »

« POT-TER ! POT-TER ! POT-TER ! »

« Je ne le demanderai pas une troisième fois, Potter. Avez-vous ou n'avez-vous pas un remplaçant ? »

Je me masse les tempes alors que les questions continuent. Que quelqu'un les fasse taire.

« Capitaine » recommence la voix désespérée de Matthew, et j'ai ce désir de lui hurler de la fermer alors que j'essaye de penser à un moyen de réparer ce désastre, mais je sais au plus profond de moi que je pourrais disposer de toute une vie pour y réfléchir et qu'il n'existerait pas de solution plus simple. Cédant à Matthew, je lève finalement les yeux et le découvre qui me tend un balai et, étrangement, tout semble si simple.

« Jouez s'il vous plaît, monsieur »

Mon regard se déplace vers Lily mais je n'arrive pas à déchiffrer l'expression de son visage - elle attend, tout le monde attend.

« On dirait que les Gryffondors ont des problèmes ! » arrive jusqu'à nous la voix de Danny « Frank Longbottom ne peut plus jouer et il manque un Poursuiveur à Gryffondor. James Potter est en plein dilemme sur ce coup. Que choisira-t-il, telle est la question : le jeu ou la fille ? »

Ma main s'avance lentement...


(1) : en VO : "multiplied by a hundred squirms", squirm signifiant ne pas savoir où se mettre, se tortiller, honnêtement je savais pas du tout comment traduire j'ai fait un peu à ma sauce, si quelqu'un a une suggestion...

(2) : ne souhaitant rien d'autre que sa maison remporte sa coupe ? Remporte ou remportant ? Vous en pensez quoi ? J'ai buggé au moins 5 minutes sur cette phrase...