6.
Rei, Yattaran, Maji, et moins de la dizaine de survivants de l'Arcadia saluèrent leur capitaine qui les avait déposés sur un quai d'arrimage de la station spatiale du Marché de Torguèse.
- Ne nous oubliez pas, tenta malgré tout la jeune femme blonde. Si jamais…
- Non, justement, c'est bien le terme approprié : plus jamais ! Je ne pensais pas commettre plusieurs fois la même erreur… Mais c'est bien ce que j'ai fait en laissant Kei et l'équipage. Et j'ai à recommencer en ce jour. Toujours pour mes erreurs. Je n'apprendrai jamais, semble-t-il… Je suis un poison mortel pour tous ceux que je côtoie, tous ceux à qui me font confiance. Je pensais être allié, je ne suis que le destructeur !
- Capitaine, je ne sais où aller ? gémit Rei.
- Et là où je vais, je ne peux plus emmener personne.
Et sans plus un mot, Albator tourna les talons, disparaissant rapidement dans le brouillard des vapeurs d'autres appareils sur le pont d'envol.
Yattaran tendit un mouchoir à une Rei qui sanglotait comme une madeleine.
- Je suis là, moi, murmura-t-il.
Mais Rei n'en pleura que de plus belle.
Bien que le ciel blanc et ambré de sa planète soit d'une pureté absolue, Lumiane leva les yeux.
« Il arrive… ».
Un moment, Chalandra demeura sur le seuil de l'appartement du château arrière de l'Arcadia.
- Puis-je entrer ?
- Je vous en prie, répondit machinalement Clio. Albator est auprès du Grand Ordinateur par contre.
- C'est vous que je suis venue voir.
- Prenez place, fit la Jurassienne en lui indiquant un siège. Désirez-vous boire quelque chose ?
- J'avoue une faiblesse pour le red bourbon. S'il vous reste un fond de bouteille, je veux bien.
Clio se leva pour servir la visiteuse.
- Vous ne m'aimez pas, remarqua cette dernière alors qu'elle se rasseyait.
- Je n'arrive pas à me faire à cette situation, avoua la Jurassienne. Je savais que les combats contre les Erguls causeraient des dégâts, il m'arrivait d'envisager le pire pour mes meilleurs amis, mais…
- Mais vous n'imaginiez pas que ce serait une rousse qui les séparerait, compléta Chalandra.
- Tout aurait été plus simple si vous aviez eu une jumelle !
- J'ai cinq sœurs, et nous avons toutes une couleur de cheveux différente. Mais je n'ai vraiment pas le cœur à plaisanter.
- Pas plus que moi, admit Clio. Que me voulez-vous ? Ou plutôt qu'attendez-vous de moi, Mlle Kendroff ?
- J'ai peur ! jeta alors Chalandra. Qu'est-ce qui nous attend au bout de ce voyage ?
- Nous retournons d'où nous venons. Enfin, Albator, Toshiro et vous. Moi, il me dépose sur Jura avant de finir son plan de vol.
Chalandra se tordit involontairement les mains.
- Quand Albator et toi parlez de « fin du voyage » j'espère qu'il n'envisage pas de jeter l'Arcadia dans un soleil ou autres joyeusetés du genre ? Je me suis engagée à le suivre n'importe où mais je ne suis pas prête à mourir !
En un geste spontané, Clio posa ses doigts légers sur le bras de la jeune femme.
- Albator ne voudrait pas sacrifier une vie de plus, je peux vous l'assurer ! Et quand je disais qu'il retournait à son point de départ, il s'agit de la planète où il a passé quinze ans avant qu'Alérian ne vienne le trouver pour combattre les Drakkars !
- Je vais à mon tour découvrir cette fameuse planète idéale ?
Clio inclina positivement la tête.
- Là, plus aucune des souffrances de cette mer d'étoiles ne pourra vous atteindre.
- Peut-être finira-t-il par pouvoir enfin me regarder en face sans que le souvenir d'Alie ne passe entre nous, hasarda la jeune femme rousse. Je pensais qu'avec le temps il oublierait cette ébauche d'étreinte mais j'ai la sensation que même l'éternité n'y suffirait pas ! J'avais moi rêvé de lui rendre goût à la vie, et je n'ai fait que provoquer l'inverse !
- Ce n'est pas de votre faute, murmura la Jurassienne. Votre cœur hésitait, balançait, il n'a compris que trop tard.
- Croyez-vous qu'il reste un espoir, pour Albator et moi ?
- Sincèrement, je n'en ai pas la plus petite idée !
- C'est bien ce que je redoutais d'entendre. Mais il fallait que je l'entende justement ! Je tâcherai au moins de lui rendre ce temps doux.
- Merci, Chalandra !
