7.
Sortant de sa maison de bois, Pline se dirigea vers le potager où Clio était occupée, en courte jupe, petit haut tout aussi court, les cheveux noués, nue pieds.
- Je t'ai apporté un peu d'eau. Le soleil tape dur bien que la journée soit à peine entamée !
- Merci, papa. Comment va Albator ?
- Le séjour sur notre sol lui fait du bien, mais le ressort est brisé. Il apprécie la sérénité de Jura, il en recherche néanmoins une autre, divine, dorée !
- Il a pris son petit déjeuner ? J'avais préparé de la bouillie de maïs, il en raffole, et j'ai rajouté un peu de filet grillé du poulet sacrifié hier. C'est un Humain, un grand carnivore !
- J'ai remarqué, depuis le premier jour. Bien qu'il se plie la plupart du temps à notre régime végétarien et alcoolisé, nous honorant ainsi. Et à ta question, non il n'a pas encore mangé, il dort à poings fermés.
- Il est tellement épuisé, soupira Clio en se redressant, buvant à la gourde de verre. Je ne sais pas comment il a pu tenir jusqu'ici… Il a grand besoin de reprendre des forces avant de finir son voyage vers la planète de Lumiane, pour la seconde et dernière fois.
- Il n'y a aucun moyen de l'en dissuader ?
Avec désespoir, Clio secoua négativement la tête, prenant ensuite la serviette aussi amenée par son père pour éponger son épiderme pâle ruisselant de sueur.
- Comment pourrait-il survivre à ce dernier coup du sort. Et il ne pourra jamais se pardonner le crime qu'il a involontairement commis.
- J'en suis désolé… Cette Chalandra aurait pu le sauver, s'il avait accepté.
- Cela lui est impossible.
- J'ai constaté. Peut-être que s'il était resté, si nous avions eu suffisamment de temps, nous aurions pu utiliser nos pouvoirs psychiques, à dose infinitésimale, pour soigner son âme.
- Je crois que c'est ce qu'il redoute et ce pourquoi il ne désire plus que partir au plus vite. Ses pensées sont limpides bien qu'il n'en exprime aucune !
- J'ai promis un jour de ne jamais influencer ses sentiments, je me serais opposée à ton intention, aussi louable soit-elle !
- Tu as tellement changé ! remarqua son père. Et pourtant, en même temps, je te retrouve au meilleur de toi-même ! Tu as tant appris au contact de cet ami Pirate !
- Oui, je ne pouvais le réaliser avant de rentrer chez moi, soupira Clio. Mieux que nos prières à nos Dragons Protecteurs, sans les offenser, il a fait rejaillir ce que j'avais de plus beau enfoui en moi ! Je prierai durant mes deux siècles encore de vie, pour l'en remercier !
- Je t'aime, ma fille !
- Je t'adore, papa !
- Tu vas encore jardiner un peu ? questionna Pline.
- Oui. Ensuite j'irai voir les plantations de houblon et je finirai par l'alambic.
- Reviens pour le déjeuner !
- Et comment ! Albator nous offre sa dernière bouteille de red bourbon, il faut savourer ce nectar !
- J'ai hâte, sourit Pline.
Réveillé en milieu de matinée, Albator était demeuré encore un long moment sur le matelas rempli de paille du lit qui composait avec la table de toilette le seul mobilier de la chambre.
La chaleur était étouffante, les fenêtres ouvertes ne provoquant aucun courant d'air, et son corps nu était déjà mouillé de transpiration.
« Heureusement, je rejoins la climatisation de l'Arcadia ce jour. Mais pas avant m'être de régalé de la cuisine de Pline et de Clio ! Une nourriture terrestre avant le Philtre d'Eternité de Lumiane – bien que je songe davantage à lui réclamer un Philtre de Mort ! ».
Habitué à ses séjours sur Jura, bien qu'ils se comptent sur les doigts d'une seule main, Albator se leva, vida dans la vasque la moitié du contenu du broc d'eau, avant de se saisir du pain de savon pour procéder à son ablution.
Descendu à la table qui faisait partie de l'unique pièce du rez-de-chaussée, il remua les braises du four pour faire réchauffer la marmite contenant la bouillie, ainsi que la plaque où de la viande blanche n'attendait qu'à être grillée.
« Merci pour cette attention, Clio et Pline ! J'apprécie infiniment ! ».
Mais encore plus assoiffé qu'affamé, il se jeta sur la cruche de lait trait du matin.
« Je ne vous oublierai jamais, mes amis ! ».
Et son repas fumant, il remplit une assiette creuse en bois avant de se régaler, bien que ses pensées soient déjà bien loin de Jura, noires au possible.
