Note de la traductrice :

Merci à tous ceux qui ont lu l'histoire, et encore plus à ceux qui ont laissé une review ! Ca fait vraiment chaud au cœur, et je suis ravie pour NeverQuiteAwake : son travail est tellement fabuleux, vous verrez. ) Merci pour tous vos compliments, qu'ils soient adressés à moi comme à l'auteur, ça me va droit au cœur. Je vous aime. ^^

Bonne lecture à tous, et n'hésitez pas à poster une review pour me dire ce que vous en aurez pensé ! :) Et profitez de l'entrée en scène de Loki : il arrive ! Bisous !

L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.


CHAPITRE DEUX

Bienvenue à Asgard


Arlessa courait dans tous les sens dans ma chambre, vérifiant et revérifiant que j'avais tout ce qu'il me fallait. Les trois jours de visite de la Reine Frigga étaient presque écoulés. Au matin, je partirai pour Asgard à ses côtés. Mon séjour était apparemment illimité j'espérai que mon apprentissage durerait longtemps, car j'avais beaucoup à apprendre.

Depuis la balustrade de mon balcon, j'observai une dernière fois la vue avant de me tourner vers ma servante. « Arlessa, mais qu'est-ce que tu emballes ? » Retenant un rire, je me faufilai près d'elle et saisis délicatement sa main. « Je n'ai besoin que de quelques robes. La reine m'a dit qu'elle me fournirait tout ce dont j'aurai besoin. »

Ses épaules s'affaissèrent. « Y compris des servantes. »

Mon cœur se serra, mais j'essayai quand même de sourire. « Elle m'a prévenue que je n'aurai pas de servante. En tant que son apprentie, je ne serai pas traitée comme une noble. » Après avoir vu son visage retomber, je déglutis pour faire passer la boule dans ma gorge et je la pris dans mes bras. Je connaissais Arlessa depuis que j'étais petite. Quelques fois j'avais l'impression qu'elle faisait plus partie de ma famille que mon propre père. « Tu vas me manquer » lui murmurai-je. « Je vais me sentir perdue sans toi, je le sais. »

Nous nous séparâmes en riant doucement. « Vous connaissant, je suis certaine que vous reviendrez plus tôt que vous ne le pensez » dit Arlessa. « Vous avez toujours été très rapide à apprendre. »

Je faillis lui dire que je n'espérais pas rentrer aussi tôt, et que peut-être je pourrais lui trouver une place à Asgard. Si je devenais une véritable soigneuse, peut-être que je pourrais demeurer à Asgard ? Vanaheim était devenu un lieu calme et paisible, et les maladies étaient rares. J'imaginai qu'Asgard – un royaume de guerriers – aurait bien plus besoin de mon aide. Mais je ne pouvais pas le lui dire. Moi-même je ne pouvais pas être sûre de ce que le futur me réservait.

Un coup résonna à la porte, me faisant brutalement sortir de mes songeries. Avant que je puisse réagir, Arlessa traversa la chambre pour répondre.

Mon père avança à grands pas, sa large stature remplissant l'embrasure de la porte. « Arlessa, puis-je rester un moment avec ma fille ? »

Après un bref hochement de tête, Arlessa sortit.

Quand nous fûmes seuls, je regardai mon père avec espoir. Comme il ne parlait pas, je me détournai de lui et me dirigeai vers ma petite table de toilette. Le silence était de plus en plus tendu alors que je rassemblai quelques objets de valeur sentimentale et que je les emballai dans du tissu en soie d'une main délicate. Le plus important d'entre eux était mon cher peigne à cheveux – un peigne en or incrusté de petites émeraudes. Il a appartenu à ma mère, et m'a été transmis après sa mort.

« Ce… séjour à Asgard sera une bonne chose pour toi » dit enfin mon père. Je finissais de ranger mes précieux objets dans le sac de voyage posé sur mon lit puis me tournai vers lui. Je ne dis pas un mot, attendant qu'il continue de parler. « Je veux que tu apprennes tout ce que tu pourras de Frigga. Et que tu découvres les Neufs Royaumes avant que tu aies à te marier. »

Je me figeai, mes doigts encore posés sur la fermeture de mon sac de voyage. « J'ai compris… J'essaierai d'apprendre un maximum de la reine. »

Il s'approcha de moi, faisant le tour de mon lit pour se tenir devant moi. C'était très important pour lui, ça je le comprenais. Mais je restais persuadée que cela n'avait aucun rapport avec l'amélioration de mes capacités en magie. Non, pour mon père, tout cela me servirait à apprendre de la Reine Frigga comment me comporter en dame – et en épouse. Il n'a jamais montré le moindre intérêt pour ma magie. Mais je savais qu'il se souciait de mon futur en tant que dame de haut rang depuis que ma mère s'était éteinte. Il s'inquiétait que je n'ai aucun modèle à suivre sous les yeux.

Une de ses larges mains se posa lourdement sur mon épaule. « Rends-moi fier de toi, ma fille. »

Mon cœur se serra devant cette recommandation, ce but tellement impossible à atteindre à ses yeux. « Je le ferai » lui répondis-je, la voix grave. « Je vous rendrai fier. »

Cette nuit-là, je la passai à remuer et à me tourner. Tout était aussi silencieux que dans un bois obscur il n'y avait que la brise et le bruissement occasionnel des feuilles pour me tenir compagnie. Allongée sur le côté, je regardai à travers les fenêtres du balcon. Pas un seul nuage ne brouillait le ciel, et les étoiles semblaient veiller sur ce royaume paisible. Malgré la tranquillité de la nuit, j'attendais anxieusement l'aube. Je voulais sauter de mon lit et me préparer pour mon voyage sur Asgard pour être sûre de ne pas être en retard d'une seule seconde. Depuis des siècles je rêvai de quitter ma demeure, et à présent le jour était arrivé.

Quand le soleil se leva enfin, je fis de même. Comme toujours, Arlessa arriva peu de temps après. Elle parla peu tandis qu'elle m'aidait à enfiler une robe bleu ciel à longues manches. Je voulais porter mes culottes de cheval, mais Arlessa m'expliqua que je devrai être présentable pour mon arrivée au Royaume d'Or.

Une fois que je fus habillée, Arlessa m'assit devant ma table de toilette et brossa mes cheveux, les laissant retomber librement. Je me délectai de la sensation tandis qu'elle passait ses doigts dans mes cheveux, un sourire nostalgique étirant ses lèvres. « Votre mère avait exactement la même teinte de cheveux roux dorés » murmura Arlessa. « Comme le ciel au lever du soleil, avions-nous l'habitude de dire. »

Des larmes s'accumulèrent dans mes yeux, et Arlessa se retourna pour fouiller dans le contenu de mon sac de voyage. D'une main prudente, elle saisit mon peigne doré et s'approcha de nouveau de moi. Après avoir enlevé le tissu en soie le recouvrant, elle accrocha mon peigne dans mes cheveux.

« C'est pour ça que cela est aussi ravissant sur vous que ça l'était sur elle » termina-t-elle.

Je pris Arlessa dans mes bras. « Je reviendrai avant même que je ne commence à te manquer. »

Nous échangeâmes des adieux et jurâmes de nous écrire. Puis, mon sac de voyage sur l'épaule, je sortis de ma chambre.

Marchant à travers les escaliers sinueux et les longs corridors, je m'aventurai jusqu'à l'imposante entrée d'où j'attendrai l'arrivée de mon père et de la Reine Frigga. Depuis les portes grandes ouvertes du hall, je me tenais debout dans la lumière du soleil levant, regardant la progression du soleil dans le ciel. Il finit par disparaitre derrière des nuages, créant des trainées de rayons d'argent. Il allait pleuvoir, et le froid allait s'infiltrer dans l'air. Cela ne me manquerait certainement pas.

Une escorte de dix gardes arriva en premier, les meilleurs soldats de Vanaheim. Le capitaine de la garde se tenait parmi eux, m'honorant d'un bref salut. Mon père arriva peu de temps après, tout comme la Reine Frigga. Nous n'échangions que peu de paroles étant donné que tout le monde souriait et nous saluait. Nous montâmes sur nos chevaux sans préambule et chevauchâmes vers le château, traversant les plaines herbeuses qui rendaient Vanaheim si célèbre.

« N'aie aucune crainte, ma chère » me dit la Reine Frigga. « Tu vas peut-être te sentir un peu perturbée pour un temps. Mais je suis sûre que tu te plairas à Asgard. Thor et ses amis vont t'accueillir très chaleureusement. »

Je lui étais reconnaissante de son réconfort. Durant la nuit, je m'étais parfois mise à penser que je pourrais me sentir comme une étrangère à Asgard. A la cour Vanir, il y avait un bon nombre de demoiselles que je connaissais bien. Nous avons souvent discuté autour d'un thé, et nous avons fait de la danse et de la musique ensemble je n'ai jamais eu à rechercher de la compagnie. Me retrouver seule et perdue dans un endroit peu familier était une pensée angoissante.

Nous rejoignîmes le site du Bifrost au moment où les nuages se déplaçaient assez pour laisser le soleil percer au travers. Tournant mon visage vers le ciel, je profitai de la lumière du soleil une dernière fois avant de mettre pied à terre avec l'aide d'un garde. Je laissai courir ma main le long du cou de ma jument, Winifred, et lui fis mes plus profonds adieux. Elle s'ébroua en réponse, et je regrettai de ne pas avoir galopé avec elle à travers les terres verdoyantes de Vanaheim une dernière fois.

Saisissant mon sac de voyage, je me tournai pour faire face à mon père, qui s'était arrêté à mes côtés. Il me fixa, la posture raide, avant de me serrer austèrement dans ses bras. « Porte-toi bien, ma fille. »

« Vous de même, Père. »

Laissant derrière moi tout ce que j'ai toujours connu, je me déplaçai pour me tenir sur la rune complexe incorporée dans le sol. Mes jambes tremblaient en raison de mon malaise. Cela m'avait toujours effrayée de voir des personnes arriver et quitter Vanaheim par le Bifrost. J'imaginai que la vitesse devait être peu plaisante les gens étaient particulièrement troublés quand ils arrivaient. J'essayai de ne pas m'attarder sur de telles pensées.

La Reine Frigga prit place à mes côtés, se tenant droite et majestueuse. Elle me jeta un coup d'œil, rassurante à travers son allure calme. « Es-tu prête ? »

J'acquiesçai, ne préférant pas compter sur ma voix à cet instant.

Elle ne parla pas plus fort que si elle m'adressait ses mots. « Heimdall, nous sommes prêts pour notre voyage à Asgard. »

Une lumière descendit instantanément du ciel, et je sentis sa traction, comme si des mains invisibles me soulevaient dans les airs. Je profitai de l'occasion pour adresser à mon père un dernier sourire. Puis le Bifrost me souleva de Vanaheim et me transporta à une vitesse disproportionnée jusqu'à Asgard.

Les étoiles, les planètes et toutes sortes d'objets spaciaux terrifiants volaient autour de moi tandis que je m'aventurai à travers les Neuf Royaumes. Des trainées de lumière et de ténèbres défilaient telles des trainées de peinture. Je ressentais une forte envie de fermer les yeux, mais je craignais ce qui arriverait si je le faisais. Avant que je ne puisse seulement comprendre à quelle vitesse j'étais en train de voyager, je me retrouvai au cœur de l'observatoire du Bifrost.

Je trébuchais sur la piste d'atterrissage, et faillis agiter mes bras pour garder ma stabilité. Le temps que je retrouve mes appuis, la reine apparut à mes côtés, aussi gracieuse que toujours. Il semblait qu'elle n'avait effectué qu'une petite promenade dans les jardins, au lieu de notre voyage d'un monde à l'autre à travers l'immensité de l'espace.

Me redressant avec toute la dignité dont j'étais capable, je saisis cette opportunité pour examiner l'intérieur de l'observatoire. Je regardai, impressionnée, le dôme en or recouvert de magie ancienne. Je pouvais parfaitement le ressentir, tant son pouvoir était grand. J'avais seulement vu des représentations du Bifrost, et lu des informations dessus dans la bibliothèque de Vanaheim. La douzaine de livres que j'avais trouvés réussissait à transmettre sa splendeur, mais le fait de se tenir soi-même dans la structure était totalement différent.

« Le bon jour à vous, Heimdall » dit la Reine en saluant le gardien.

Il se tourna vers nous, son épée à deux tranchants reposant dans ses mains, la pointe enfoncée dans le sol. Avec sa taille imposante et son armure en or éclatante, il était très impressionnant à contempler. « Je crois que votre visite s'est bien passée, ma reine. » Sa voix était tellement basse qu'elle vibrait jusque dans mon torse.

« Tout à fait » lui répondit la Reine Frigga. « Et je suis sûre que vous le savez déjà. »

« En effet » dit Heimdall en tournant vers moi ses yeux d'ambre. « Bienvenue à Asgard, Dame Eirlys. J'espère que votre séjour vous sera agréable. »

Je fis la révérence devant le grand gardien du Pont Arc-En-Ciel. « Merci à vous, Heimdall. »

La Reine Frigga désigna l'entrée. « Viens, Eirlys. Allons jusqu'au palais. » Son visage était illuminé. Elle semblait tellement heureuse de retrouver son monde que je me sentis anormale d'être si heureuse de quitter le mien. « Tu as beaucoup à voir. »

Nous primes congé, et Heimdall nous fit un signe de tête en salutation.

Tout comme à Vanaheim, une escorte de gardes nous attendait. Mais j'étais trop préoccupée à regarder, émerveillée, la vision qui s'étalait devant moi pour la remarquer tout de suite. Le Pont Arc-En-Ciel était envoûtant. Sa surface en cristal miroitait de toutes les couleurs, s'illuminant sous mes pieds à chacun de mes pas. Debout à l'entrée de l'observatoire, je pouvais voir la structure de la ville, et les immenses flèches formant le palais. Les peintures que nous avions à Vanaheim ne rendaient pas justice au Royaume Eternel.

« Eirlys. » La Reine toucha mon bras, un petit sourire jouant sur ses lèvres. « Pouvons-nous continuer ? »

J'acquiesçai et montai le cheval à côté du sien avant d'entamer le chemin. Tandis que nous avancions le long du pont, je levai les yeux et vis les étoiles et la nuit éternelle qui s'étendaient au-delà du Bifrost. Je m'étonnais en observant le ciel nocturne se métamorphoser en ce qui semblait être le jour au-dessus d'Asgard. Agrippant les rênes de mon coursier, je me penchai pour apercevoir les eaux profondes glissant en-dessous, sombres et calmes.

Je m'imprégnai de tout ceci, essayant de repérer tous les moindres détails en ouvrant grand les yeux, comme si tout pouvait disparaitre en un instant. Comme dans un rêve. Un rêve merveilleux.

Quand nous avançâmes à travers la porte dorée à mi-chemin du pont, je pus voir Asgard dans toute sa gloire. La cité brillait sous le soleil levant. Au plus près du palais, le Pont Arc-En-Ciel se stoppa, et nos chevaux avancèrent alors sur un chemin de bronze aux motifs finement ouvragés. Des statues de guerriers révérés se tenaient de chaque côté du chemin en projetant d'immenses ombres.

Nous finîmes par nous arrêter devant la grande entrée, où des garçons d'écurie attendaient de recevoir nos montures. Je réussis à descendre de ma selle sans trébucher sur ma jupe, à mon plus grand soulagement. Rapidement, la Reine Frigga arriva à mes côtés et me guida plus avant. Ma bouche faillit s'ouvrir d'étonnement quand les portes massives s'ouvrirent devant nous.

A Vanaheim, le château avait un vestibule pour accueillir ses invités, un vestibule pas plus large que ma chambre. A Asgard, j'étais accueillie par un hall des plus imposants. Il était presque trois fois plus long que le château de Vanaheim, quatre fois plus large que ma chambre, et sa longueur dépassait toutes mesures. Deux rangées de piliers s'alignaient de chaque côté du tapis rouge central, et les murs étaient bordés d'une douzaine d'arches dorées. La reine se fraya un chemin le long du tapis rouge, me laissant presque sur place tandis que je restai immobile, abasourdie par la vue.

Nous avançâmes jusqu'à une double porte située entre deux bannières. Les deux étendards étaient identiques : un tissu rouge vif supportant trois nœuds – le symbole d'Asgard. Deux gardes étaient postés de chaque côté, surveillant l'entrée. Ils étaient vêtus d'une armure de bronze, et armés de lances plus grandes qu'eux. Des Einherjars, forcément. Les gardiens d'Asgard.

« Dites à mes fils que je suis rentrée » leur demanda la Reine Frigga. « Et dites-leur de me rejoindre ici, je vous prie. »

Ils acquiescèrent promptement et se dirigèrent dans deux directions différentes.

La Reine Frigga ouvrit alors la double porte et me conduisit le long d'un immense couloir bordé d'un vaste nombre de salles. « C'est ici que se trouvent les chambres » m'apprit-elle. Tout au bout se tenait un large escalier apparemment sans fin et vertigineux. « En haut se trouvent les appartements royaux. C'est là que tu auras ta chambre. »

Le rire étonné qui s'échappa de mes lèvres fit sourire la Reine. Elle disait que je n'aurai pas besoin d'une servante, mais nous n'avions pas parlé de mes appartements. Après avoir monté le grand escalier, nous marchâmes le long du corridor jusqu'au niveau d'une double porte en bronze. Je remarquai ces portes imposantes au dernier moment, et je notai que l'une d'elle était bien plus large et ornée que la seconde.

Ma curiosité fut récompensée lorsque la Reine Frigga me fit entrer dans ma première salle : le salon. Il était équipé d'une cheminée, de plusieurs canapés, d'un fauteuil près de la fenêtre, et d'un bureau en bronze et d'une chaise assortie. J'étais enchantée de découvrir que les murs étaient couverts d'étagères à livres du sol au plafond. Mais pour le moment, seuls quelques livres se tenaient sur une des étagères du bas. Le reste était vide. J'anticipai avec impatience le moment où je les remplirai avec des livres de magie.

« Qu'en pensez-vous ? »

Le sourire sur mon visage commençait à rendre mes joues douloureuses. « C'est plus que tout ce que j'aurai jamais pu demander » lui affirmai-je. « Je pense que je serai parfaitement heureuse ici. Vraiment très heureuse. Merci à vous, ma reine. »

Elle me rendit mon sourire. « Je t'en prie, tu n'as pas besoin de m'appeler ainsi. Comme je ne suis rien de plus que ton professeur, et que tu es mon apprentie, tu peux m'appeler Frigga. »

J'hésitai. « Bien sûr. »

« A présent, je crois que je vais te laisser t'installer et prendre un instant de repos. » La reine désigna les dernières portes des appartements. « La chambre à coucher est par ici. Quand tu seras prête, viens au hall d'entrée. Tu pourras ainsi rencontrer mes fils. » En passant à côté de moi, elle me tapota l'épaule. « Quant à moi, je dois m'occuper de plusieurs affaires. Si tu as besoin d'assistance, appelle un des gardes. »

J'acquiesçai silencieusement tandis qu'elle s'en allait en refermant la porte derrière elle. A la pensée de rencontrer les princes d'Asgard, un étrange effroi s'éveilla en moi. Mon père m'a toujours dit que la première impression est la plus durable. Je voulais absolument ne pas faire une mauvaise impression aux deux fils de ma nouvelle mentor. Ils faisaient partie de la royauté, les fils d'Odin, et je ne savais pas à quoi m'attendre.

Prenant une grande inspiration, je me calmai et entrai dans ma nouvelle chambre à coucher.

La salle était immense il me semblait qu'elle pouvait avoir deux fois la taille de ma chambre de Vanaheim. Un lit à baldaquin en bronze se tenait sur une plateforme, et de petites marches conduisaient jusqu'à lui. Les montants du lit supportaient une voûte d'or profond, et les rideaux étaient brodés dans un tissu semblant luire sous la lumière. A gauche du lit se trouvait une cheminée, et à sa droite un balcon. A côté du balcon se trouvait une petite table avec un nécessaire de toilette, et la plus grande garde-robe que je n'ai jamais vue. Avec une chaleur agréable dans le cœur, j'approchai lentement et posai mon sac sur le couvre-lit soyeux d'ivoire.

Je m'aventurai jusqu'à ma petite table de toilette et ajustai le peigne à cheveux de ma mère, m'assurant que les émeraudes scintillaient sans être cachées. Lissant la jupe de ma robe du bout des doigts, je me sentais quelque peu embarrassée de ne pas pouvoir m'habiller plus finement pour rencontrer les fils d'Odin. Ce que j'avais apporté n'approchait pas le moins du monde des vêtements de la reine.

Résolue à être plus que ponctuelle, je quittai mes appartements après un court temps de repos. A pas presque silencieux, je redescendis les escaliers et retournai jusqu'au hall d'entrée. Les gardes Einherjad remarquèrent mon approche de loin et ils ouvrirent les portes pour moi. Je les remerciai avant de pénétrer à l'intérieur.

J'aperçus tout d'abord la reine. Un sourire brillant illuminait ses traits tandis qu'elle parlait à ses fils. Ils se tenaient aux pieds de grands escaliers, qui menaient assurément à des halls encore plus magnifiques. Quand j'approchai, ils se tournèrent tous vers moi, et je fis de grands efforts pour ne pas m'arrêter, effrayée comme un écureuil perdu sur le trajet d'une course de chevaux.

« Eirlys, viens rencontrer mes fils » m'appela Frigga, tandis qu'elle s'approchait gracieusement pour me rejoindre à mi-chemin. Elle soutint doucement mon coude et me mena près d'eux. De sa main libre, elle désigna successivement chacun d'eux. « Voici Thor, mon aîné. Et voici Loki. »

Thor et Loki étaient aussi différents que le jour et la nuit. Thor était rayonnant et robuste, chaque parcelle de son corps rappelant qu'il était le Dieu du Tonnerre. Loki, d'autre part, semblait sombre et pâle à côté de son frère – une ombre face au soleil. Malgré leurs différences apparentes, ils se tenaient tous les deux droits et fiers devant moi, et leur allure était saisissante. Tellement que je me sentais petite et insignifiante en comparaison, presque comme une jeune enfant.

« Dame Eirlys ! » s'exclama Thor. « Ma mère a remarqué votre talent pour la magie, mais elle a oublié de mentionner votre beauté. »

Je sentis mes joues s'enflammer lorsqu'il déposa un baiser sur le dos de ma main. Par-dessus l'épaule de Thor, je remarquai Loki détourner le regard devant les singeries de son frère. J'aurai juré l'avoir vu lever les yeux en l'air.

« C'est un plaisir de vous rencontrer » réussis-je à lui répondre.

Thor recula d'un pas et se tourna vers son frère, tentant clairement d'inciter Loki à effectuer une sorte de salutation. Etant donné son attention portée ailleurs et son expression impassible, je pensais que le plus jeune prince allait continuer à m'ignorer. Mais alors son regard d'un bleu glacé croisa le mien, et tout ce qu'il m'offrit fut un simple « Dame Eirlys ».

« Prince Loki » lui répondis-je aimablement. Il m'examina alors de la tête aux pieds, non pas d'une manière obscène, mais en semblant effectuer une évaluation minutieuse. Il était évident qu'il n'était pas impressionné par ce qu'il voyait, car il détourna à nouveau le regard, peu disposé à vouloir continuer davantage la moindre conversation.

Je clignai des yeux, ne sachant pas vraiment s'il était toujours aussi peu avenant ou si j'étais la seule à avoir droit à un tel traitement. La Reine Frigga était de toute évidence consternée, à en juger par le regard plus perçant qu'un millier de poignards qu'elle lui lança. Loki n'en tint pas compte son intérêt se portait définitivement sur tout sauf notre présence.

Le silence gênant qui menaçait fut rempli par Thor. « Vous devez avoir un grand don pour la magie. » Je me demandai s'il avait seulement remarqué la froide salutation de son frère. Peut-être était-il habitué à couvrir les silences tendus. « Je suis très impressionné que ma mère vous ai prise comme apprentie. Vous êtes l'une des rares. »

Je souris avec douceur. « Je sens que j'aurai beaucoup à faire pour être à la hauteur. »

« Ne vous épuisez pas au travail » dit-il. Puis ses traits s'illuminèrent soudain avec excitation. « Nous devrions organiser un banquet en votre honneur. Une célébration ! Qu'en pensez-vous ? »

Mon estomac se serra à cette idée. « Oh, je ne pense pas que – »

« Ce serait une joyeuse occasion ! » Sa joie à cette idée la rendait très difficile à refuser. « Qu'en dites-vous, Mère ? Est-ce que le reste de la cour ne devrait pas faire la connaissance de la Dame Eirlys ? »

« En effet, un banquet serait approprié » remarqua Frigga.

Malgré mon hésitation, je me sentis sur le point de rire devant son enthousiaste si dynamique. Un tel enthousiasme ne pouvait pas laisser indifférent. « Je vous suis très reconnaissante, Prince Thor. Je… Je suis impatiente de rencontrer le reste de la cour. » En fait, je n'étais absolument pas impatiente de rencontrer le reste de la cour le seul fait d'y penser me terrifiait, mais je voulais faire bonne impression.

« A présent, nous avons beaucoup à discuter, apprentie » intervint Frigga, amusée. Il semblait que l'inépuisable gaité de son fils était contagieuse. Même si Loki y était clairement immunisé. « Allons dîner ensemble. Vous êtes sûrement affamée. »

« En effet, ma dame. »

Nous échangeâmes des salutations avec Thor et Loki, bien que Thor soit le seul qui répondit avec un salut approprié.

Tandis que je suivais Frigga vers une des portes conduisant vers la grande entrée, je jetai un dernier coup d'œil aux princes de ce royaume. Thor bavardait avec son frère, s'animant et souriant vivement malgré le regard noir de son frère. Quand Loki lui répondit, son regard se tourna vers moi. Même depuis cette distance, je pouvais sentir la froideur dans ses yeux bleus. Un frisson parcourut mon dos, et je dus me forcer à détourner le regard.

Je passai le reste de la journée en compagnie de la reine. Avec chaque minute qui passait, je me sentais plus à l'aise en sa présence, et je commençai à la voir plus comme mon mentor que comme la Reine des Neuf Royaumes. Nous dînâmes ensemble dans une chambre privée, et elle m'exposa ce qu'elle attendait de moi. Je devais me lever aux premières lueurs de l'aube et être dans la librairie avant le milieu de la matinée. La reine me donnerait alors plusieurs heures de cours, puis j'aurai mes après-midi pour moi. Bien sûr, elle m'assigna de la lecture : cinq grands tomes que je devais avoir lu avant la fin du mois.

Après que nous eûmes fini notre repas, je retournai dans mes appartements, mes livres empilés dans mes bras. Dans les ombres du crépuscule, j'entrai dans ma chambre à coucher, posai mes livres sur ma table de toilette, et j'entrepris de les observer. Il n'y a aucun doute que la pile continuerait à s'élever. J'étais une lectrice avide, mais tous ces tomes représentaient une tâche décourageante.

Avec un soupir, je me détournai et avançai dans ma chambre pour aller enfiler ma chemise de nuit. La soirée était chaude, alors j'ouvrai les portes de verre et de bronze qui conduisaient à mon balcon. Pieds-nus, je franchis le seuil, me languissant de voir quelle vue allait s'offrir à moi.

Un jardin s'étendait sous moi, collé contre le palais. Au bord du jardin, il n'y avait rien de plus qu'un mur en pierre trapu le séparant des chutes d'eau abruptes Asgardiennes. Des parterres de fleurs étaient rassemblés contre le mur, leurs pétales se balançant doucement dans la brise. Une fontaine a été placée près du centre, et le son apaisant de sa cascade emplissait l'air.

A côté de la fontaine se tenait un saule immense, au cœur même du jardin. La lumière du clair de lune s'infiltrait à travers le balancement de ses branches, illuminant l'herbe sous ses pieds. C'est alors que je remarquai la silhouette assise dans l'ombre de l'arbre, s'appuyant contre le tronc. Son teint était pâle, son visage tourné vers le livre tenu dans ses longs doigts. J'observai ses traits, ses pommettes hautes, la noirceur de ses cheveux. J'inspirai brusquement quand je réalisai que c'était le Prince Loki.

Il leva alors les yeux, et son regard trouva immédiatement le mien. Le souffle coincé dans ma gorge, je me retournai aussitôt et m'élançai dans ma chambre. Dans ma hâte à fermer les portes, je me coinçai les doigts entre eux. Lançant un juron, je grimpai sur mon lit et m'enfonçai dans les draps soyeux. Le silence m'entourait tandis que je forçai les battements erratiques de mon cœur à ralentir.

Tandis que je me tenais là à fixer la canopée sous mes yeux, une chaleur brûlante remonta par mon cou et enflamma petit à petit mes joues. Serrant très fort les yeux, j'inspirai profondément et exhalai de la même façon. J'attendis quelques temps pour me calmer avant de soupirer avec colère. Les poings serrés contre mon oreiller, je tournai le dos au balcon et m'enfonçai plus profondément dans mes draps. Je me recouvrai la tête de mes draps pour me refermer sur moi en essayant de trouver le sommeil.

Lentement, très lentement, je dérivai dans un sommeil bien mérité.

Cette nuit-là, je la passai uniquement à rêver de deux yeux bleus d'un froid glacial.


Note de l'auteur :

Un grand merci à tous ceux qui ont posté une review et qui ont mis cette histoire en alerte.

S'il vous plait, laissez une review ! Je voudrais savoir pour le moment vous êtes intéressés par l'histoire.