8.
Chalandra humecta de la langue ses lèvres sèches.
- Je peux te rejoindre, Albator ?
- Il n'y a plus personne à ce bord pour t'en empêcher. Il n'y a plus personne, tout court ! J'apprécie que tu restes. Mais je te répète à nouveau qu'à tout instant tu peux être ramenée sur Terre, auprès de ton père et de tes sœurs !
- Je sais, tu me l'as martelé, toi aussi, à nouveau, encore et encore ! Mais je reste avec toi, parce que je l'ai choisi, que je n'ai su que trop tardivement qui j'aimais enfin, et que bien que plus ne soit possible entre nous je demeurerai à tes côtés – pour apaiser ton âme, pour payer le mal fait à Alérian !
- Merci, Chalandra. Le but de mon voyage est bientôt proche. Mais, pour la dernière fois je veux souligner que tu n'avais pas à partager mon expiation !
- J'ai participé à la créer, je ne réalisais pas… Je ne t'abandonnerai jamais, mon Pirate !
Albator soupira, la main de la jeune femme rousse dans sa paume gantée, l'embrassant du plus légèrement possible de ses lèvres.
- Tu ne publieras jamais ton bouquin ! ?
- Mon bouquin est fini ! J'avais tant de matière ! J'aimerais te l'offrir, quand le moment sera venu. Aucune diffusion, juste une publication confidentielle. Le témoignage à jamais de mon amour pour toi !
- Je me serais tellement réjoui, quelques semaines plus tôt… Tout en t'interdisant toute publication au passage !
Albator se dirigea vers la grande barre en bois de son cuirassé.
- Lumiane a accepté de nous ouvrir son vortex. Une bénédiction de plus. J'y fonce… L'Arcadia va y disparaître ! La mer d'étoiles et tous ces sangs versés ne me concernent plus ! Chalandra ?
La jeune femme rousse tenta quelque chose qui ressemblait à un salut Militaire.
- A tes ordres, capitaine !
- Merci…
La mine décomposée, le teint de papier mâché, sans aucune force, Albator tenta malgré tout de faire contenance honorable face à la Déesse Dorée apparue devant lui dans toute sa splendleur.
- Je reviens… Ai-je encore une place ?
- Vous avez toujours eu votre place, capitaine Albator ! Et vous n'arrivez toujours pas à me tutoyer ! ?
- Je ne le pourrai jamais… Vous êtes magnifique, tous mes espoirs. Et je le réalise aujourd'hui plus que jamais ! Merci, Lumiane. Je reste !
- Repose-toi, capitaine Albator. Mon Sanctuaire a été ouvert à tous ceux qui y demandaient asile. Bien que j'avoue que tu fus le seul à avoir trouvé le chemin jusqu'à ma planète, grâce au Pr Oyama, tout l'amour à bord de l'Arcadia ! Je ne reviens jamais sur ma décision ! Je t'accueille, hier, aujourd'hui, et toutes les fois qu'il le faudra !
- Il n'y a plus personne, soupira Albator, qui avait le plus grand mal à tenir sur ses deux jambes, tremblant comme une feuille, épuisé comme il ne l'avait jamais été autant de sa vie.
- Bienvenue, fit la Déesse d'Or.
Praize, l'une des Suivantes de la Déesse s'approcha, s'agenouillant dans le froufrou de sa robe vert pâle.
- Le Pirate s'est effondré de fatigue. Il y a-t-il quelque chose à faire ?
- Non rien. Il doit se reposer.
- Mais…
- Je m'occupe de tout !
- A vos ordres, ma Déesse.
Albator profondément endormi, Lumiane se pencha sur lui, passa juste une main amicale au-dessus de son front.
- Tu es revenu. Je vais t'aider ! Dors paisiblement, Pirate. Tu l'as bien mérité. A bientôt !
Soudain rassurée, mais n'y croyant elle-même pas trop, Lumiane se retira, rejoignant sons grand sanctuaire pour des prières universelles.
La Déesse s'arrêta, ressentant de terribles pressions extérieures
« Mais dois-je œuvrer pour votre réconciliation ? Car c'est tout sauf la paix dont le futur est fait ! ».
