11.

- Tu sais que tu as beaucoup de chance, Alie ! ?

- De quoi ? ! se révolta le jeune homme aux propos de son père. Comment oses-tu parler ainsi ? De la chance ! ?

- Oui, insista Albator. Danéïre porte votre enfant, tu vas pouvoir le vivre en direct, avec juste un peu de retard. Ce sera le bonheur de toute une vie. Moi, j'en ai été privé, je ne l'ai découvert qu'à tes quinze ans révolus ! Oh oui, tu peux me croire, Alérian, tu as la chance de pouvoir être avec la femme que tu aimes et le bébé de votre amour !

- En parlant de femme aimée, tu m'as volé Chalandra ! rugit Alérian.

- Je ne le sais que trop. C'est juste arrivé ainsi…

- « juste arrivé ainsi »… Voilà un fameux raccourci qui ne peut que t'arranger ! Je t'avais dit que Chalandra m'était précieuse. Elle est allée sur ton Arcadia et rien ne t'aurait retenu de lui sauter dessus si je n'étais arrivé…

- Et elle aurait accepté de m'accueillir, rectifia le grand brun balafré avec ironie, son naturel refusant de se faire piétiner, même par son propre et seul fils. Chalandra est entièrement libre de ses sentiments, de sa vie, de son corps. Elle et moi, nous avons commis une terrible erreur, j'en conviens et je ne cesse de me le reprocher depuis toutes ces semaines !

- Ça me fait une belle jambe, tes prétendues contritions, gronda Alérian. J'aimais Chalandra, nous étions ensemble, et tu as voulu y mettre ta queue !

- Tu es injuste et injurieux, Alie. Bien que je reconnaisse que si tu n'étais arrivé, Chalandra et moi aurions tenté notre chance… avoua Albator. Mais ce seul instant a confirmé l'infime sensation de mes hormones en folie « d'ado attardé » comme l'aurait rectifié Warius : Chalandra a pris sa décision.

- Elle ne m'a jamais rien dit…

- Forcément, tu as filé, tu es parti mourir !

- Je ne veux plus rien avoir à faire avec un traître de ton espèce !

L'ombre de Chalandra se projeta dans la discussion entre les deux Mâles balafrés.

- Je suis la seule responsable de cette tragédie ! Et j'ai bel et bien choisi, en adulte. Je tenais à ce que tu le saches, Alie, et je ne regrette pas un instant avec toi ! C'est juste que la destinée me menait à ton père et non à toi !

- Chalandra…

Paraissant apaisé, mais toujours dans le refus de la discussion, Alérian s'était dirigé vers l'une des rivières d'or de la planète, s'était assis sur un rocher de la berge, pensif au possible.

Bien que sachant le déranger, mais conscient aussi qu'il fallait absolument le bousculer dans ses retranchements, Albator l'avait suivi, observé, avant de s'approcher.

- Nous n'avions pas à mêler Chalandra à notre opposition. Lumiane l'a choisi sans nous consulter toi et moi. Et Chalandra a enfin pu exprimer ses sentiments les plus profonds.

- Elle ne veut plus de moi…

- Chalandra a fait son choix, insista à nouveau le grand brun balafré.

- Et moi, je deviens quoi ? gémit Alérian. Chalandra a apprécié ma fraîcheur pour finir dans tes bras de barbon ! Je dois l'accepter ? Jamais ! C'est hors de question ! C'est impossible !

Albator soupira, glissant légèrement les mains sur les côtés de ses pantalons noirs.

- Lumiane t'a ramené, quelles sont tes intentions, Alie ? Moi, je ne peux plus rien, je n'ai plus d'excuses à avancer… Je suis ton père, j'ai commis l'impardonnable erreur d'avoir songé avoir une chance avec une femme qui me plaisait infiniment. C'est arrivé, il n'y aura jamais rien qui pourra nous ramener en arrière dans le temps…

Albator soupira à nouveau.

- Lumiane te donnant une nouvelle chance de vie, à quoi vas-tu l'utiliser ?

- Je retourne dans la République Indépendante de Warius ! Danéïre en est une des citoyennes, elle porte notre enfant ! Et j'ai été durant plus d'un an commandant de Destroyer ! Oui, ma vie est là-bas, et surtout cela implique que ce sera bien loin de toi !

- Alie…

- Je ne veux plus rien avoir avec toi ou Chalandra ! hurla encore Alérian. Disparaissez de ma vie, ou de ma mort ! Je vous hais de toutes les fibres de mon corps et de mon âme ! Vas pourrir aux Enfers, papa ! Toi, Chalandra, et toute la saloperie de progéniture que vous pourriez engendrer et que je vomis de tout mon être !

Et sur sur ces pires mots vengeurs, Alérian retourna vers les temples du Sanctuaire de Lumiane.