Note de la traductrice :

Alors là je n'ai qu'un mot à dire : WAOUH ! Je n'ai jamais reçu autant de reviews de votre part, mes lecteurs chéris. Je remercie d'ailleurs du fond du cœur tous ces reviewers, anonymes ou non, parce que recevoir un message d'une personne qui lit et apprécie ma traduction, vous pouvez pas savoir comme ça fait plaisir ! :)

Sinon, dans ce chapitre… Vous allez également être heureux, car après ce qui s'est passé à la fin du dernier chapitre, vous vous doutez bien qu'il va encore y avoir des moments avec Eirlys et Loki, forcément ! C'est une forme de rapprochement plutôt… corsée, dirons-nous, mais bon, là est le talent du vrai auteur. :p Mais je ne vous dis rien de plus, comme d'habitude, pour mieux vous laisser savourer ce chapitre. ^^

Enfin… n'oubliez pas la petite review en fin de lecture, s'il vous plait… *yeux larmoyants* Bisous à tous, et bonne lecture !

L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.


CHAPITRE SIX

Un combat de volontés


Mon petit accrochage avec Loki resta profondément ancré dans ma tête pendant les semaines qui suivirent. Chaque fois que je le croisai – ce qui était plutôt fréquent – je me sentais profondément embarrassée. Pendant toutes ces heures que je passai avec Thor, Sif et les Trois Guerriers, il ne me dit pas un mot. A tout le moins, il arrêta de lancer des regards glaciaux dans ma direction. Je considérai cela comme une bénédiction. Une bien petite bénédiction, mais une bénédiction tout de même.

Puis enfin, après mes quatre mois à Asgard, un premier grand événement se produisit : la fête d'anniversaire de Thor.

La semaine précédent cette occasion très spéciale, les servants du palais couraient dans tous les sens pour tout préparer. Mes leçons avaient repris normalement leur rythme de tous les jours. Mais quand je me levai tôt le matin, des servants fourmillaient dans tous les couloirs. Je n'étais pas certaine de ce qu'ils préparaient, mais leurs tâches étaient habituellement accompagnées par des bruits métalliques aigus et des sons de marteau.

Le matin de l'anniversaire de Thor, je fus dispensée de ma leçon, car Frigga avait des dispositions à prendre. J'étais plus qu'enchantée. Du matin à la fin d'après-midi, un tournoi allait se tenir dans la grande arène – le Tournoi Tonnerre, comme ils l'appelaient. Le plus passionnant était que Sif et les Trois Guerriers y participeraient. C'était l'événement le plus attendu de la journée. Peut-être même de l'année.

Le jour se levait, brillant et réjouissant – ce qui correspondait parfaitement au Prince Thor. Je m'étirai en gémissant, parfaitement reposée après un sommeil sans rêve. Après m'être levée, je me vêtis d'une robe bleu pervenche sans manches c'était une autre robe qui m'avait été donnée par la reine en personne, une robe plus belle et plus fine que toutes celles que j'ai pu porter avant. Une fois que mes boucles furent empilées sur ma tête, j'enfilai un fin bracelet en argent décoré de pierres bleues.

Me sentant plus prête que jamais, je sortis et me dirigeai dans le petit hall où j'avais promis à Thor de l'attendre. Il y avait peu de gardes dans les corridors royaux, car la plupart d'entre eux étaient dans la salle de banquet, où la majorité des gens de la cour et d'autres invités seraient.

Lorsqu'une porte s'ouvrit derrière moi, je me retournai. Je fus consternée de découvrir que ce n'était pas Thor qui venait d'entrer dans le hall – à la place, ce fut Loki, qui vint me rejoindre dans la pièce silencieuse. Il était habillé de sa tenue royale d'argent et de cuir, une cape verte flottant paresseusement dans son dos. Son regard tomba aussitôt sur moi, m'observant soigneusement de la tête aux pieds d'une façon qui fit battre la chamade à mon cœur.

Quand ses yeux remontèrent finalement sur les miens, je lui répondis en soulevant un sourcil. Nous nous regardâmes dans un silence très embarrassant, sans qu'aucun de nous ne prononce le moindre mot. Mes joues se mirent à rougir lorsque je me souvins de l'incident de la bibliothèque.

« Est-ce que Thor sera bientôt prêt ? » demanda Loki.

Je me tendis, effarée qu'il soit en train de me parler. Tout en reprenant mes esprits, je répondis précipitamment : « Je ne sais pas. Je ne l'ai pas encore vu de la matinée. »

Son regard s'attarda sur moi un peu plus longtemps. Je commençai à penser que je ferais mieux de me détourner de lui lorsqu'il tourna son regard vers les appartements de Thor.

Je retins un soupir de soulagement quand Thor sortit enfin en trombe de ses quartiers. Lui aussi était habillé dans sa tenue royale, qui était composée d'une parure de cuir et de métal, ainsi que d'une cape rouge sang. Le sourire qu'il arborait était tout simplement contagieux.

« Mon frère ! Quelle belle journée que celle-ci ! » dit-il en serrant Loki dans ses bras.

Je fus plutôt amusée en voyant Loki le serrer lui aussi dans ses bras. « Bien sûr. Joyeux anniversaire, mon frère » lui répondit-il lorsque Thor le libéra de sa prise.

Puis le prince blond me remarqua et, au lieu de s'approcher, désigna d'un grand geste ma tenue. « Dame Eirlys, tu es d'une beauté à couper le souffle. » Je souris tout en baissant les yeux vers ma robe. « Est-ce que ma mère t'a invitée à t'asseoir avec nous pendant les festivités ? »

« Oui, en effet » le prévins-je. « Et bon anniversaire, Thor. »

Il ne fit que rayonner davantage, et me fit un baisemain. « Merci beaucoup, chère amie. »

« Sommes-nous prêts à partir ? » demanda abruptement Loki, en se plaçant à côté de son frère. « Ou va-t-on rester ici les bras croisés en faisant attendre tout le monde ? »

« Impatient que le divertissement du jour commence, n'est-ce pas Loki ? » dit Thor en riant, écrasant son énorme main sur l'épaule de son frère. Je dois reconnaitre que Loki a à peine bougé sous le poids.

« Oui, je suppose que je le suis. » Loki lança un léger coup d'œil dans ma direction. « J'aime une bonne compétition. »

Restant dans le sillage de Thor, Loki et moi progressions avec environ deux mètres d'écart entre nous.


Presque vingt minutes plus tard, l'amphithéâtre grondait et rugissait tandis que nous prîmes nos sièges dans la partie réservée à la famille royale et à leurs invités. Ce jour-là, j'étais un de ces invités. Selon mon estimation, l'arène devait posséder trente mille places, toutes disposées en plusieurs étages et en cercle autour du sol. Nos places privilégiées étaient à mi-hauteur dans des gradins, nous donnant une vue parfaite sur le sol en-dessous de nous. Frigga et Odin étaient déjà assis et se parlaient doucement l'un à l'autre. Devant eux, je m'assis à la droite de Thor tandis que Loki s'asseyait à sa gauche.

Frigga nous salua lors de notre arrivée, mais le Père de Toutes Choses lança à Thor ce que je pensais être un regard de désapprobation – sans aucun doute à cause de notre retard. Néanmoins, Odin se leva promptement, bien que calmement, pour s'adresser à cette foule de personnes.

D'un simple geste de la main, la totalité de l'arène se recouvrit d'un silence total. « Ce jour, tout comme chaque année, est un jour très spécial. Aujourd'hui, nous célébrons mon aîné » déclara-t-il. Ceci fut suivi de forts applaudissements. Odin attendit que le calme revienne avant de continuer. « En ce jour, nous honorons Thor Odinson. Le jour de sa naissance fut un jour très important, car il est le futur Roi d'Asgard. »

Thor sourit à son père, et celui-ci observa son fils avec fierté.

« A présent » dit Odin, en levant bien haut ses bras. « Que le tournoi commence ! »

Il y avait bien une douzaine de compétiteurs, parmi lesquels Sif et les Trois Guerriers. Les spectateurs acclamèrent et applaudirent lorsque les participants approchèrent de la tribune, chacun avec un gardénia blanc dans la main. A Asgard, donner à un membre de l'audience un gardénia voulait dire qu'on apportait au participant une bonne chance.

Je regardai Volstagg gravir les gradins pour offrir sa fleur blanche à Hildegund. Elle rougit, accepta la fleur et se pencha pour lui embrasser la joue. Cette marque d'affection effectuée devant des milliers de personnes enflamma d'une teinte plus rouge que jamais les joues de Volstagg, pourtant rougeaudes.

« Dame Eirlys. »

Clignant des yeux, je me retournai pour voir Fandral sur les marches, son visage souriant apparaissant juste au-dessus de l'estrade qui nous mettait à l'écart. Son bras était tendu, avec le gardénia tenu délicatement entre ses doigts. « Pour moi ? » Je me levai de mon siège, ravalant un gloussement, et lui pris la fleur des doigts. « Je te souhaite la meilleure des chances. » Je me penchai par-dessus le mur et lui embrassai la joue, comme beaucoup d'autres jeunes demoiselles firent à leur champion lorsqu'elles reçurent leur propre fleur.

Sif s'approcha également près de l'estrade, et Fandral et moi l'observèrent avec curiosité quand elle vint se tenir à côté de Fandral. « Pour le prince d'Asgard. » Son regard était intensément fixé sur Thor. « Voici mon cadeau d'anniversaire. »

Thor eut un petit rire et se leva pour recevoir son gardénia. « C'est un honneur, grande guerrière. » Puis il déposa un baiser sur la joue de Sif.

J'aperçu une faible rougeur s'étaler sur ses joues avant que les deux compétiteurs ne saluent de la tête et retournent en bas des marches. Comparant nos fleurs, Thor et moi rîmes de bon cœur. Quand nous retournâmes sur nos sièges, je surpris Loki nous fixant tous les deux des yeux, son expression indéchiffrable.

Le maître de cérémonie entra dans l'arène le premier, marchant gracieusement sur le sol poussiéreux des combats. « Seigneurs et dames d'Asgard ! Je vous présente les premiers compétiteurs de cette journée. » Sa voix portait jusque dans les gradins, nette et claire pour que tous puissent l'entendre. « Introduisons le Colossal Balrohg, champion du Tournoi Tonnerre depuis neuf ans. »

Un guerrier massif portant deux larges haches de tournoi avança pas à pas dans l'arène. Il semblait avoir traversé de nombreuses batailles étant donné ses cicatrices et son armure bien usée. Je n'avais encore jamais vu quelqu'un d'aussi grand il devait mesurer plus de deux mètres quarante. Il fut accueilli par l'audience avec des hurlements d'excitation.

« Et sa concurrente, qui entre dans l'arène pour la première fois, la Dame Sif. »

Sif avança pour se placer en face de son concurrent. Elle avait l'air minuscule comparée au Colossal Balrohg, particulièrement quand elle brandit une petite lance. Thor applaudit bien fort et lança un long sifflement, couvrant les murmures de curiosité. Il semblait qu'aucune femme n'avait jamais pénétré dans l'arène auparavant. C'était forcément une étrange nouveauté pour les Asgardiens, mais pas assez pour les pousser à l'indignation. Chez les Vanirs, une femme guerrière aurait été considérée comme un outrage.

« Comme nos règles le stipulent bien : ne blessez pas trop gravement votre adversaire » déclara le maitre de cérémonie. Dans un tournoi, les compétiteurs s'équipaient d'armes de tournoi – dont les lames n'étaient pas aiguisées – mais malgré ça, un guerrier pouvait toujours provoquer de graves dommages. « Battez-vous jusqu'à ce que l'un de vous se rende à l'autre. C'est parti ! »

Ils commencèrent à se tourner autour, sans se quitter des yeux, tels deux bilgesnipes se préparant à se foncer dessus. Balrohg fut le premier à faire un mouvement, attaquant avec une de ses haches avant de faire de même avec l'autre. Sif esquivait et feintait, tournant autour de lui seulement pour s'éloigner d'un bond dès qu'il brandissait de nouveau ses haches. Malgré sa taille et sa force, le Colossal Balrohg était lent et lourd. Sif, par contre, était rapide et ne tenait pas en place, telle un colibri le piquant régulièrement avec sa lance.

Cela durait encore et encore. Les acclamations de la foule étaient pratiquement noyées sous le battement des tambours. De mon point d'observation, je pouvais voir que Sif harcelait Balrohg, un sourire pointant presque sur ses lèvres. Elle essayait de l'épuiser, et il tombait dans le panneau avec chaque attaque ratée qu'il effectuait.

« Je l'ai déjà vue faire cela » m'expliqua Thor. « Elle ne se fatiguera pas. Elle pourrait faire ça toute la journée. »

« Est-ce que tu penses qu'elle pourrait gagner le tournoi ? » lui demandai-je.

« C'est possible » dit Thor d'un signe de tête en réfléchissant. « Même si… Fandral est considéré comme la plus fine lame de tout Asgard. Il la bat souvent lorsqu'ils combattent, mais elle a eu sa part de victoires. »

« Vraiment, ce sont les plus grands guerriers d'Asgard. » Une sorte d'exubérance montait en moi tandis que je continuai de regarder le combat d'un œil passionné. Balrohg commençait à ralentir, alors que Sif ne se reposait pas une seconde.

« Eh bien, en dehors de moi-même » dit Thor en riant. « Et de Loki, bien sûr. »

Son frère se tourna vers nous, ayant certainement entendu toute notre conversation. « Oh, je ne doute pas un instant que je pourrai battre chacun de ces participants » dit Loki d'un ton neutre. « Pas un seul n'aurait la moindre chance contre moi. »

« Vous êtes certain de vos capacités » répondis-je, en levant un sourcil, « et pourtant vous n'osez pas participer ? »

Il rit, bien que ce ne fût clairement pas par amusement. Plutôt par moquerie. « Si j'avais participé, ces imbéciles seraient tellement perturbés qu'ils se frapperaient eux-mêmes avec leurs propres armes. »

Je me penchai pour le voir, plissant les yeux, une désagréable chaleur rampant le long de mon cou. Parmi ces imbéciles, comme il les appelait, il y avait mes amis. Je ne pouvais tout simplement pas tolérer un tel manque de respect envers eux. Pas de sa part. Plus jamais. « Et si vous ne pouviez pas utiliser votre magie et vos tromperies ? Comment vous débrouilleriez-vous alors, Prince Loki ? »

Loki s'apprêtait à répliquer, mais Thor nous interrompit au moment opportun. « C'est la raison pour laquelle nous ne permettons pas à Loki de participer. Il est bien trop trompeur pour se battre à la loyale. »

« Oui, je vous ai vus vous battre tous les deux » ajoutai-je en lançant un coup d'œil à Thor. « Je n'ai jamais vu Loki te battre sans utiliser sa magie. »

« Je suis entièrement capable de me battre à la loyale » soutint Loki, ses yeux fixés dans les miens. « Je suis un grand guerrier, indépendamment de mes compétences en magie. Suggérer l'inverse serait une insulte envers moi, je vous – »

« Mon frère, ça suffit » ordonna Thor. Loki regarda son frère de travers. « Nous sommes ici pour prendre plaisir à observer ce tournoi. Tu ferais mieux de ne pas te disputer avec la Dame Eirlys. »

Loki ne répondit rien en retour. Il tourna simplement de nouveau ses yeux vers le tournoi, avec rien de plus qu'un dernier coup d'œil dans ma direction. Même s'il ne dit plus un mot, je pouvais pratiquement sentir sa rage, malgré la présence de Thor assis entre nous deux. J'essayai de reporter mon attention sur le duel face à nous, mais mes pensées demeuraient fixées sur ce prince toujours exaspéré.

Le comportement de Loki n'a été rien d'autre que glacial à mon encontre durant tous ces mois, de temps en temps frisant le mépris. Ses échanges avec Sif et les Trois Guerriers étaient généralement corrects – même s'il semblait plutôt sarcastique envers Sif. C'était uniquement lorsqu'il parlait avec Thor qu'il semblait plutôt agréable. Après tout, Thor était son frère, et le seul pour lequel il n'ait jamais eu de l'affection.

Avant que je ne le réalise, Sif avait renversé les jambes de Balrohg sous lui. Le guerrier colossal tomba comme une masse, et elle pressa sa lance contre son cou pour mieux l'inciter à abandonner.

Thor se leva de sa chaise et s'avança jusqu'aux bords de notre balcon, où il acclama et cria des éloges à Sif. La demoiselle guerrière s'inclina joyeusement et aida Balrohg à se remettre sur ses pieds.

Sans Thor pour nous séparer, Loki me regarda alors, ses yeux bleus perçants et virulents. Je lui lançai un regard pointu avant de me retourner face à l'arène, mes oreilles devenant rouges tandis que son regard sur moi persista plus longtemps que ce que j'aurais voulu.

Le tournoi s'enchaina, les combattants s'engageant dans des duels glorieux. Quelques blessures furent reçues par certains, mais ce n'était jamais trop sérieux. Je me surpris à être fascinée par le style avec lequel tous ces différents guerriers d'Asgard se battaient. Certains étaient larges, d'autres petits. Certains utilisaient de petits coups, d'autres de larges oscillations. Et toutes ces variétés d'armes étaient stupéfiantes : je vis beaucoup d'armes que je ne pourrai pas même nommer.

Après des heures de combats, deux guerriers atteignirent le stade final : Sif et Fandral.

Avant que le dernier duel ne commence, nous pûmes nous délecter d'un entracte. Les gens de la cour se rassemblèrent dans le hall du banquet pour participer à un repas de fin d'après-midi, les spectateurs comme les compétiteurs. Au lieu de nous rejoindre dans la salle, Sif et Fandral furent salués par des félicitations pour avoir atteint le duel final du Tournoi Tonnerre, un grand honneur en soi.

Affamée, je me séparai de mes compagnons pour aller chercher de la nourriture. Sur un plateau d'argent, j'empilai des pains, des fruits et de la viande fumée. Tandis que je savourai une délicieuse grappe de raisins tout en marchant, je tournai et faillis rentrer dans un groupe de jeunes demoiselles. « Oh, je m'excuse » dis-je, faisant une révérence avec mon plateau d'argent en équilibre dans une main. « Je ferais mieux d'être plus attentive la prochaine fois. »

« Ne vous tracassez pas autant » répondit une jeune demoiselle blonde. Nous nous saluâmes de la tête et allions continuer nos chemins, mais elle s'arrêta pour m'observer plus attentivement. « Attendez un instant. Etes-vous Dame Eirlys de Vanaheim ? »

Clignant des yeux, je retournai auprès de ce groupe de demoiselles. Elles étaient trois, toutes très dissemblables : une demoiselle blonde, une autre brune et une autre rousse. Elles étaient toutes trois de jeunes et belles Aesir de la cour. « En effet » répondis-je. « Vous connaissez mon nom, mais je crains d'être désavantagée de ce point de vue. »

Avec un sourire bien trop impatient, la demoiselle blonde me répondit. « Bien sûr, où sont nos manières ? Je me nomme Brynlar. Voici Afildys et Dagmar. » Elle désigna respectivement la brune, puis la rousse.

« Nous sommes impressionnées que vous ayez pu faire votre chemin en vous faufilant dans la famille royale si aisément » remarqua Afildys en se servant dans la grappe de raisin de mon plateau.

Serrant ma main libre, je leur offris un sourire austère. « Je suis navrée, je ne me suis pas « faufilée » où que ce soit. »

« Oh, bien sûr que non. Nous ne voulons pas insinuer quoi que ce soit de douteux. » Brynlar souleva un élégant sourcil. « Tout de même, vous devez avouer que vous êtes dans une position avantageuse. Ils vous traitent déjà comme si vous faisiez partie de leur famille. »

Je les regardai toujours, piquée à l'idée que j'aurai fait mon chemin en me faufilant dans la famille royale. Comme si je cherchai seulement à m'élever socialement, et pas à réellement étudier la magie. Cette idée me donna envie de leur lancer un regard noir, mais j'ai soigneusement rassemblé mes affaires et leur ai répondu : « Vous vous trompez. La reine est mon professeur, Thor mon ami, et rien de plus. »

Elles sourirent et acquiescèrent comme si je venais de partager avec elles un secret codé.

« Oh non, et voilà cette effrontée de femme » dit Dagmar. « Je n'arrive pas à croire qu'elle ait eu le culot de participer au tournoi. » Toutes les trois baissèrent rapidement leur tête et cachèrent leur visage.

Je regardai dans la même direction qu'elles, les sourcils plissés, avant de repérer Sif à une courte distance. Plusieurs hommes de la cour lui faisaient des éloges et lui faisait des baisemains. La colère se mit à bouillonner en moi. Elles se référaient à Sif comme à une femme effrontée ?

« Elle est une honte pour notre sexe » insista Afildys. « Et ils osent l'appeler une dame. »

Lorsque les trois demoiselles rirent, je mordis l'intérieur de mes joues et retins ma langue. Dans mon esprit tordu, il semblait parfaitement acceptable d'aiguillonner et de chercher l'arrogant Prince Loki, mais je ne pouvais faire de même avec ces demoiselles. L'opinion de Loki envers moi était déjà au plus bas. Mais je ne pouvais pas supporter l'idée d'accumuler encore trois autres mauvaises opinions de moi. « Je vous demande pardon » dis-je calmement – plus calmement que je ne l'étais à cet instant, « mais je crains d'avoir perdu mon appétit. Je vous laisse continuer à profiter des festivités. »

Sans même attendre la moindre réponse, je serrai des lèvres et m'éloignai, déposant mon plat en argent sur une table proche. Je refusai de me retourner pour observer leurs réactions.

Sif souleva un sourcil en me voyant approcher. Juste avant que je ne la rejoigne, tous ses admirateurs s'étaient dispersés.

« Eirlys, est-ce que tu étais en train de parler à ces trois-là ? » me demanda Sif. Je me hasardai alors à jeter un coup d'œil en arrière pour voir les jeunes filles chuchoter entre elles et jeter des regards cinglants dans notre direction.

Mon estomac s'agita. « Oui » soupirai-je. « Malheureusement. »

« Les Trois Nigaudes ont encore frappé » dit-elle. « Ne t'éternise pas sur leur ignorance. Ça n'en vaut pas la peine. »

« Les Trois Nigaudes ? » Je ris plutôt fort, négligeant mes bonnes manières. « Je vais devoir me rappeler de celle-là. »

« Elles ne valent pas la peine qu'on se souvienne d'elles » ronchonna Sif en saisissant une branche de raisin au passage d'un servant.

Le froncement de sourcils de Sif ne pouvait pas être ignoré. Malgré toute sa confiance en elle, sa fierté pouvait toujours être blessée par un groupe de courtisanes hautaines. Ou peut-être que c'était le match à venir qui la rendait mal à l'aise. Après tout, c'était une des plus importantes compétitions d'Asgard. « Je suppose que je dois te féliciter » dis-je en souriant. « La première demoiselle guerrière à participer. Et tu as atteint la finale, rien de moins. »

« Oui, enfin… » Elle sourit d'un air piteux en retour. « Fandral va me battre, je n'en doute pas un instant. »

« Tu doutes autant de toi ? »

« Oh, ça n'est pas un doute puisque je sais que c'est vrai » répliqua-t-elle. « Je sais que j'ai été incapable de battre Fandral ces derniers mois. Son niveau de compétence augmente avec son âge, même après si longtemps. J'en suis totalement perplexe. »

A vrai dire, elle s'avérait avoir raison dans son évaluation. Avant d'entrer dans l'arène, ils se sont battus plus d'une fois avec des épées de tournoi, et je pouvais remarquer qu'elle avait bien du mal à répondre à ses attaques. Elle était rapide, mais il semblait encore plus rapide.

Regarder les guerriers de Vanaheim s'engager au combat avait suscité mon intérêt dès l'enfance. Les soldats de Lord Njord étaient des hommes larges et bourrus donnant des coups pleins de force. Mais leurs attaques manquaient de grâce. J'ai souvent observé les soldats de Njord en combats singuliers vers les remparts. Lorsque j'étais jeune, j'étais même allée les rejoindre, et je courais dans la cour avec un bâton, provoquant en duel tous les guerriers que je voyais rire. Mon amusement se finit de façon abrupte lorsque mon père fut témoin de mes actes, et déclara que de telles activités ne convenaient pas à une dame de ma stature.


Regarder le duel de Sif et Fandral, c'était comme regarder une danse. Tous deux étaient très agiles, frappant et feintant aussi rapidement l'un que l'autre. Fandral tournoyait et oscillait en beauté, riant devant le regard irrité de Sif. Je devais ressembler à une idiote à la façon dont je les scrutai, sans même cligner des yeux. Oh, comme j'aurai voulu être aussi gracieuse qu'eux. Manier une arme d'une aussi belle manière aurait été un grand privilège.

Une main vint se poser sur mon épaule. « Est-ce que vous passez un bon moment ? »

Je regardai en arrière, et aperçus le sourire bienveillant de la reine. « Oui, un très bon moment. »

« Cela est très différent de nos célébrations à Vanaheim, n'est-ce pas ? » dit Frigga.

Baissant les yeux, j'acquiesçai. « Oui, parfois il semble qu'Asgard n'a rien en commun avec Vanaheim. » Et, bien que je ne le lui aie pas dit, je préférai largement Asgard.

Comme Sif l'avait prévu, elle perdit son duel contre Fandral. Il était à un pas d'elle, et elle ne frappa rien d'autre que de l'air. Il arracha l'épée de ses mains en utilisant le plat de la sienne. Avec la pointe de l'épée de Fandral pointée sur sa gorge, Sif se rendit.

Les spectateurs firent un tonnerre d'applaudissements, et Fandral lança son épée dans les airs avant de la rattraper, comme pour mieux montrer sa victoire. Les concurrents se serrèrent la main, même si Sif levait les yeux en l'air devant le sourire idiot de son adversaire. Après qu'on lui a posé la couronne de laurier blanc sur la tête, Fandral salua toute l'audience avec un grand enthousiasme.

« Beau spectacle, mes amis ! » dit Thor en acclamant.

Je me levai de mon siège lorsque Fandral s'approcha de notre balcon une nouvelle fois. Il atteignit mon bras et me fit un baisemain. « Je n'aurais pas pu le faire sans toi, ma dame », dit-il avec un clin d'œil.

La fête d'anniversaire continua toute la nuit. Le diner fut servi peu de temps après la fin du tournoi, et une centaine d'Asgardiens prirent place à table dans le hall du banquet. Nous prîmes nos places habituelles, sauf Thor et Odin. Thor s'assit en bout de table – il était le roi de la journée, après tout.

Au milieu du second service, je ne pus m'empêcher de remarquer l'air las du Père de Toutes Choses, la légère baisse de ses épaules. Il avait presque l'air d'être à deux doigts de s'endormir au milieu de la table, ce qui était une vision bizarre et effrayante. Pendant que je l'observai silencieusement, Loki se pencha et murmura quelques mots à Odin, qui ne répondit que d'un signe d'acquiescement de la tête.

Loki se détourna pour échanger un regard avec Frigga, ses sourcils froncés. Je sentis mon cœur se serrer de ne pas savoir ce qui se passait, mais je sentais que ce ne serait pas une bonne chose de me renseigner. Pire : l'événement semblait concerner Loki, et rien n'avait jamais causé un tel malaise au prince si glacial.

Après le festin, la cour alla dans le grand hall. Le grand hall était une des plus belles salles du palace. Une plateforme se tenait au centre de la salle, avec des piliers en or finement ouvragés s'alignant à ses bords. Cinq musiciens prirent place au pied des marches, et commencèrent à jouer un air Asgardien à l'instant où nous entrâmes.

Des gens de la cour montèrent au-dessus des marches et dansèrent sans aucune hésitation. Leurs danses étaient très enlevées et ne m'étaient pas familières regarder leurs mouvements suffit à me faire avoir le vertige. Je n'osai pas essayer de les joindre. A la place, j'observai Fandral – toujours avec la couronne de laurier blanche sur la tête – flirter sans pudeur avec les demoiselles que Sif avait désignées comme étant les Trois Nigaudes. Avec un soupir, je secouai la tête et me détournai.

Il y avait trois larges fenêtres cintrées dans le grand hall, dont le sommet atteignait presque la hauteur de la salle même. Au bas de chaque fenêtre se tenait une porte vitrée qui donnait accès à une terrasse. Fatiguée par la musique et tous ces rires, j'avançai rapidement à travers la salle resplendissante et me glissai par une fenêtre à l'extérieur.

Mes yeux se fermèrent tandis que je respirai l'air frais d'Asgard, reconnaissante de ce premier moment de silence qui m'était accordé de toute la journée. Au moment où je rouvris les yeux, je fus alarmée en réalisant que je n'étais pas seule.

Loki se tenait à la balustrade, les bras tendus sur sa surface de bronze, sa cape verte flottant dans la brise légère. Il lança un coup d'œil par-dessus son épaule, remarquant tout juste ma présence. Sans un mot, il poussa un grand soupir et se dirigea vers les portes. Depuis des mois à présent, il s'était montré impoli envers moi. Pire, il me traitait avec dérision. Sans que je ne puisse l'expliquer, c'était pour moi insoutenable de ne pas savoir pourquoi.

Quand il passa à côté de moi, je clignai des yeux et dis légèrement : « Pourquoi me haïssez-vous autant ? » Dans le silence, je savais qu'il m'avait entendue.

Il s'arrêta, la main suspendue au-dessus de la poignée de la porte. Après un battement de cœur, il abaissa son bras et se tourna pour me faire face. « Je ne porte aucune haine envers vous. »

« Mais, assurément, vous ne m'aimez pas. » Je traversai la terrasse pour me tenir juste à portée de main de lui. « Je veux juste comprendre pourquoi. »

« Je n'ai aucune opinion envers vous. »

« Oh, alors vous êtes totalement indifférent envers moi ? »

« Où est donc passé le 'je vous laisserai tranquille si vous me laissez tranquille' ? »

Je serrai la mâchoire et le fixai sèchement. « Avez-vous oublié ? Vous étiez celui qui nous a interrompus tandis que je conversai avec Thor. Vous sembliez vouloir vous disputer avec moi, tout ça est très clair. Vous ne me laissiez pas tranquille. Allez-vous prétendre que vous ne comprenez pas de quoi je parle ? »

« Pourquoi mon opinion est-elle si importante pour vous ? » me demanda-t-il alors. Mon cœur bondit en entendant cette question. « Oh, je sais bien comment vous êtes. » Je soulevai un sourcil, vraiment curieuse d'entendre ce qu'il pensait être mes pensées. « Vous cherchez désespérément l'approbation de tous ceux que vous croisez. Même de ces courtisanes simples d'esprit qui insultaient très ouvertement Sif – votre amie – devant vous. Et vous n'avez rien dit pour la défendre. »

Je blêmis, trop bien consciente qu'il avait raison. Et le pire fut de savoir qu'il avait entendu tout notre échange. « Votre opinion compte pour moi. » Je me mordis ma lèvre inférieure et me tins encore plus près de lui. « Vous êtes le fils de mon mentor. Le frère d'un ami. Un maitre de la magie, ce qui est quelque chose… quelque chose que j'admire profondément. » Ses yeux se rétrécirent. « Pourtant vous ne m'avez traitée avec rien d'autre que du dédain. »

« Je ne me soucie pas assez de vous pour vous traiter d'une autre façon. »

« Qu'ai-je fait pour justifier une telle conduite ? » lui demandai-je. Il m'avait traitée de cette façon depuis le jour de notre rencontre. Cette pensée ne servit qu'à renforcer ma perplexité. « Je n'ai rien fait pour vous contrarier. » Dans ma recherche pour comprendre la vérité, je finis par me souvenir de la façon dont il me lançait des regards noirs lorsque Sif et les Trois Guerriers étaient aimables avec moi et pas avec lui, lorsque son frère me montrait de l'affection, lorsque sa mère me faisait des éloges. Je faillis prendre un air de tristesse. « Vous êtes jaloux. »

Il me lança le plus incrédule des regards. « Vous pensez que je suis jaloux ? » Son rire résonna dans mes oreilles. « C'est une idée des plus absurdes. »

« Je comprends maintenant. » Les mots sortaient spontanément de mes lèvres. Des semaines de frustration ressortirent à travers cette porte enfin ouverte. « Depuis le jour où vous avez posé les yeux sur moi, vous avez été froid et dédaigneux. Tous ces tours ne servaient qu'à m'embarrasser. Vous espériez vous débarrasser de moi, n'est-ce pas ? Vous espériez que j'aurai l'air d'une élève si incompétente que votre mère m'aurait renvoyée. Pourquoi ? Etait-ce par fierté ? Est-ce que… est-ce que vous pensiez que vous perdriez l'affection des autres à cause de moi ? »

Nous nous fixâmes tous les deux, un silence embarrassant se tenant entre nous. Un frisson courut dans mon dos quand il s'approcha assez près pour que je puisse sentir son souffle se mêler au mien. « Avec de telles idées irrationnelles, c'est dommage que je n'ai pas réussi. Ma mère aurait dû mieux choisir. » Ces mots me frappèrent plus que tout. Il me considéra un instant, semblant avoir quelque chose de plus à dire, mais à la place il effectua un salut de la tête des plus superficiels. « Passez une belle soirée, Dame Eirlys. »

Je le regardai s'éloigner de moi tandis que mon pouls s'emballait. Ses remarques réveillèrent une colère méconnue en moi. Une colère que je ne semblais plus pouvoir contenir. Il était à mi-chemin de la porte lorsque je fis un simple pas en avant et lui dis : « Vous dites que j'ai un grand besoin de me faire accepter, et pourtant vous ne pouvez pas reconnaitre que vous avez un grand besoin d'affection. Nous ne sommes pas si différents, Loki. » Je secouai la tête. « Vous vous ridiculisez autant que vous me ridiculisez. »

Loki s'arrêta, semblant se raidir. Il ne dit rien, mais je savais qu'il avait compris. Après un instant, il continua son chemin et replongea dans la cacophonie du grand hall.

Bien après son départ, je continuai à fixer la porte d'où il était parti, gênée par mon manque de bienséance, et regrettant ce que je lui avais dit.


Note de l'auteur :

Je remercie tout spécialement mon incroyable beta, Hr'awkryn ! Merci aussi à mes reviewers, tous vos mots sont vraiment appréciés. :) De toute évidence, j'ai décidé de continuer cette histoire. Show must go on !

Et, s'il vous plait, reviewez ! Dites-moi votre phrase préférée, votre passage préféré, vos différentes pensées, vos questions, vos inquiétudes, votre parfum de glace préféré, quoi que ce soit ! Devenez fous et criez-moi dessus. J'adorerai savoir ce que vous pensez, mes chers lecteurs. :)