Note de la traductrice :

Encore une fois, merci du fond du cœur à tous ces reviewers qui m'ont posté une review ! Vraiment, ça me fait plaisir, vous ne pouvez pas savoir à quel point ! :D Et je dis merci tout spécialement à ma guest revieweuse caroleanne qui m'a, je crois, suivie sans faille depuis le tout début. Gros gros bisous à toi ! Et bisous aux autres aussi, bien sûr ! :p

Beaucoup d'inquiétudes et de tourments intérieurs dans ce chapitre, je vous préviens. (Et une réaction qui m'a particulièrement étonnée, devinerez-vous laquelle ? :p) N'hésitez pas à me dire quelles sont vos intuitions sur ce qui s'est passé, ce que vous imaginez pour le futur, bref n'hésitez pas à me dire tout ce que vous en avez pensé dans une review. S'il vous plait ! :) *love you*

L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.


CHAPITRE SEPT

L'ombre des événements à venir


Trois jours s'écoulèrent avant que je ne revoie Loki. Je l'aurai bien suspecté de m'éviter, mais Thor était également absent. A dire vrai, je n'avais aucune envie de rencontrer Loki après tout ce que j'avais dit. Comme le temps passait, je me sentais incroyablement honteuse de ce qui s'était produit sur le balcon. Comment avais-je pu dire de telles choses à un fils d'Odin ? Ou à qui que ce soit, d'ailleurs.

Un beau matin se levait sur Asgard, et je flânai vers la cour d'entrainement pour aller lire un de mes livres et pour regarder le duel entre Sif et Fandral. Depuis le Tournoi Tonnerre, Sif était plus déterminée que jamais à battre Fandral en duel. Je fis une pause dans mes lectures pour observer leurs nouvelles techniques, vraiment heureuse qu'ils soient là pour me changer les idées. Même si je regardai les mots de mon livre, mon esprit était préoccupé par un certain prince.

Mon regard fixé sur le duel de guerriers se détourna quand ledit prince entra dans la cour avec son frère. Aucun d'eux ne nous accorda la moindre attention tandis qu'ils se promenaient sur l'herbe. Après quelques temps, ils s'arrêtèrent devant le banc à côté du mien et s'assirent en baissant la tête tous les deux. Ils discutaient en chuchotant, positionnés l'un face à l'autre : puis ils se voûtèrent, abattus. Les sourcils de Thor étaient froncés tandis qu'il parlait, et ses yeux semblaient ombragés.

Je les observai silencieusement, me demandant si je devais exprimer mes préoccupations. D'un côté, Thor était un ami, je partageai toute sa peine d'un autre côté, Loki et moi n'étions pas en bons termes. Pendant trois jours je me suis réprimandée pour tout ce que je lui avais dit, pour l'avoir titillé comme je l'ai fait pendant le tournoi, pour les sottes accusations que j'avais faites. Peut-être est-il temps de faire la paix, me demandai-je.

Ce n'est que lorsque leur conversation s'arrêta que Loki me lança un regard. Avalant ma salive, je soutins son regard et me levai pour approcher des deux frères. « Est-ce que tout va bien ? » Je me tenais devant eux, mes mains tenant fermement mon monstrueux tome.

Thor leva la tête et me fit un pâle sourire. « Ce n'est pas une affaire pressante » dit-il. « Père se prépare pour le Sommeil d'Odin. »

Mes sourcils se froncèrent. « Le Sommeil d'Odin ? »

« Cela se passe une fois par an. » Thor se racla la gorge. « Il va devenir… mortel pendant cette période. Cela peut durer d'un jour à une semaine. » Il secoua la tête et partagea un regard avec Loki. « Ce n'est jamais facile de le voir dans cet état. »

« Au moins son réveil va être marqué par une fête de célébration ! » lança joyeusement Volstagg juste à côté. Hogun lui mit rapidement un coup de coude dans son estomac volumineux.

Sif vint se tenir à mes côtés, son épée de tournoi en argent toujours à la main. « Il n'y a pas grand-chose que nous puissions faire à part attendre et rester vigilants. » D'un sourire espiègle, elle pointa Thor avec le bout de son épée. « Peut-être qu'un peu d'entrainement va te détourner l'esprit de tes problèmes ? »

Cette suggestion lui rapporta un large sourire – feint, me semblait-il en voyant que ses yeux ne se plissaient pas comme ils le font d'habitude. « C'est une bonne idée, Dame Sif » dit Thor en se levant. Puis il se tourna vers son frère. « Mon frère, je te lance un défi. »

Loki leva un sourcil. Il resta silencieux pendant un long moment avant de se relever de son siège. « Je relève ton défi. »

Ils marchèrent à grands pas vers deux points opposés de la cour d'entrainement, choisissant chacun une arme de métal de leur choix avant de se rejoindre au milieu. Plantant son épée d'entrainement dans le sol, Sif s'assit lourdement à mes côtés, un soupir s'échappant de ses lèvres.

« Un combat sans tricheries, mon frère » dit Thor en tapotant Loki contre son torse avec son arme. « Je voudrais juste un combat sans tricheries. »

Avec un petit sourire satisfait, Loki écarta les bras. « Je me bats toujours sans tricheries. »

« Je n'ai pas Mjolnir » dit Thor en montrant l'arme inoffensive dans sa main. « Donc tu ne dois pas utiliser ta magie. »

Loki eut un petit soupir exaspéré. « Très bien. »

Sans prévenir, il se précipita en avant. Thor contourna l'attaque, l'extrémité émoussée de l'arme de Loki évitant sa cage thoracique d'un cheveu. Saisissant sa propre arme d'une main, Thor l'abattit avec un geste puissant. Loki tenait son arme à deux mains au-dessus de sa tête pour bloquer le coup. Un énorme bang résonna partout à travers la cour d'entrainement.

Ce duel se passait sans rires ni taquineries, mais leur habileté n'en était pas diminuée. Ils s'écartèrent avant de se ruer l'un vers l'autre pour se toucher, leurs attaques devenant floues. Thor était un guerrier dans le sang, avec sa charpente massive et sa vigueur. Lorsqu'il réussit à porter un coup – et ce ne fut qu'une seule fois – il envoya Loki trébucher en arrière, s'agrippant le flanc où il porterait sans aucun doute un énorme bleu.

Les mouvements de Loki étaient fluides et incroyablement rapides. Il esquivait, évitait et tourbillonnait hors de la portée de Thor, une lueur intense dans ses yeux chaque fois qu'il le faisait. Il dansait avec une grâce et une confiance que je ne pourrai jamais rêver d'atteindre. A cet instant, je fus clairement consciente du fait qu'il était un grand combattant, même sans sa magie toutes les affirmations que j'avais lancées pendant le tournoi avaient été injustifiées. Il y eut d'étranges palpitations dans mon estomac tandis que je l'observai. Malgré la mauvaise opinion que nous pouvions avoir l'un de l'autre, je devais admettre qu'il était fascinant à voir.

Lorsque la nuit tomba sur Asgard, le Père de Toutes Choses tomba dans le Sommeil d'Odin.

Ni Thor ni Loki ne vinrent manger avec nous pour le souper. Leur absence était devenue de plus en plus ordinaire c'était la quatrième fois d'affilée. Le reste d'entre nous – Sif, les Trois Guerriers et moi-même – étions assis tranquillement tandis que nous mangions. J'aurais été inquiétée par le mutisme de Volstagg si ce n'était qu'il avait un appétit vorace. Il n'avait jamais la moindre opportunité de parler avec toute la quantité de nourriture qu'il avait dans la bouche.

« Sont-ils toujours aussi inquiets à propos du Sommeil d'Odin ? » demandai-je, troublant finalement un long moment de silence.

Sif jeta un regard à Fandral, et ils s'échangèrent un non-dit. « C'est plutôt inhabituel » dit Sif en secouant la tête. « Leur absence me trouble. »

Hogun acquiesça. « Ils étaient vraiment mal à l'aise aujourd'hui. »

« Oui, tu as vu la façon dont ils s'attaquaient tous les deux » marmonna Volstagg. « S'ils avaient utilisé de vraies armes, ils seraient en ce moment tous les deux dans la chambre de soin. »

« Eh bien, ça aura toujours été une manière de déstresser » remarqua Fandral. « Le Père de Toutes Choses est complètement vulnérable lorsqu'il est plongé dans le Sommeil d'Odin. » Son expression s'assombrit. « Et Asgard a déjà été attaquée durant le Sommeil d'Odin. »

« Mais cela fait des décennies depuis la dernière fois que nous avons été assiégés » répliqua Sif. « Et les Einherjars sont parfaitement préparés. Que pouvons-nous craindre ? »

J'écoutai avidement Sif et les Trois Guerriers spéculer sur ce qui pouvait rendre Thor et Loki aussi troublés. Peut-être qu'ils savaient quelque chose dont nous n'étions pas au courant ? Peut-être que l'état du Père de Toutes Choses était plus grave que ce que nous pensions. Sif fit la remarque qu'il était apparu plus las que d'habitude avant le Sommeil d'Odin. Ils parlèrent longtemps, cherchant toutes les possibilités auxquelles ils pouvaient penser. Finalement, ce n'était que de simples suppositions.

Sans me lancer dans une autre conversation, je finis mon repas. Sif et les Trois Guerriers me souhaitèrent une bonne nuit tandis que je quittai la salle à manger privée pour trouver le réconfort et le repos de ma chambre. Mes leçons continueraient à se dérouler chaque matin, comme on m'a prévenue, même si le Père de Toutes Choses avait succombé au Sommeil d'Odin.

Je passai quelques temps à mon bureau, penchée sur un texte, bien que mon attention ne fût pas aussi vive que ce que j'aurai voulu. Au moins, je pouvais m'assoir ici et regarder ma petite pile de livres avec fierté. Il me restait trois livres, un beau résultat comparé aux dix initiaux – qui s'étaient multipliés plusieurs fois avant de diminuer.

J'allai me coucher peu de temps après, ayant résolu que je ne pourrai lire un mot de plus.


Tandis que j'étais étendue, enroulée fermement dans mes draps, le sommeil refusait de venir. Des questions pesaient lourdement sur mon esprit : Est-ce que Thor et Loki sont aussi inquiets que ce que nous le craignons ? Qu'est-ce qui causait leur disparition prolongée ? Et Frigga alors ? Je n'avais pas vu la reine ce matin, car c'était mon jour de repos. Après avoir vu ses fils, je me demandai si ce Sommeil d'Odin la remplissait de la même inquiétude.

Un lourd soupir s'échappa de mes lèvres tandis que je m'asseyais bien droite, faisant glisser mes jambes d'un côté du lit. Je ne pouvais plus supporter toutes ces pensées et ces questions qui me trottaient dans la tête. Frottant mes yeux secs et fatigués, j'enfilai ma robe de chambre en soie et me dirigeai vers le corridor.

Tandis que le Père de Toutes Choses était dans le Sommeil d'Odin, le nombre de gardes dans le couloir s'était décuplé. Ceux qui étaient les plus proches de ma chambre se tournèrent pour me regarder attentivement. Je me demandai si je me sentais plus en sécurité ou plus gênée en leur présence je savais qu'ils étaient parfaitement préparés au cas où quelque chose de terrible se passerait, mais du coup ils me faisaient penser que quelque chose de terrible pourrait en effet se produire. Après avoir subi une sorte d'évaluation, leur regard retourna à leur position précédente.

Déconcertée, je fermai la porte derrière moi avec un léger bruit. Je fis une pause, la main toujours posée sur la poignée, et je fixai la direction de la chambre où Odin dormait. Pendant mes allées et venues, j'avais vu de la lumière filtrant à travers une fissure entre les deux portes massives. Je m'avançai tout près, mes pieds nus gelés sur le sol de marbre. Lorsque la lumière émanant de la chambre de sommeil atteignit mon pied, je me penchai en avant pour regarder à travers la fissure.

« Ma Dame, s'il vous plait, vous ne devez pas rester là » me dit l'un des Einherjars. Il était capitaine – probablement capitaine de la garde, si le casque en or ciselé au-dessus de sa tête était une indication. Il saisit fermement sa lance de ses deux mains, d'une manière très intimidante.

Je reculai d'un pas, et faillis trébucher sur mes propres pieds. « Je suis désolée, j'étais simplement inquiète. »

Sans prévenir, la porte s'ouvrit sur Thor. Il me regarda avec un air curieux avant de se tourner vers le garde. « Tout va bien, elle a la permission d'entrer. »

Le garde acquiesça brusquement, relâchant quelque peu sa prise sur sa lance. Je lui jetai un regard silencieux, puis je me dépêchai d'accompagner Thor dans la chambre de sommeil.

L'intérieur de la chambre était large, bien que plutôt nu : elle contenait à peine plus de deux torches, et il y avait une estrade où se trouvait le lit du Père de Toutes Choses. Loki et Frigga étaient assis de chaque côté, regardant tous les deux le Père de Toutes Choses avec la même consternation. Ils parlaient à voix basse, la reine semblant réconforter son fils. Lorsque les portes se fermèrent, ils regardèrent tous les deux en arrière. Frigga m'honora d'un petit sourire, tandis que Loki n'eut aucune réaction perceptible.

« Des difficultés à dormir ? » demanda Thor d'une voix feutrée.

Il était étrange de le voir d'une telle façon. Il a toujours été tout joyeux et n'hésitant pas à parler fort depuis le jour de notre rencontre. Mais à ce jour, il était épuisé et il semblait que tout son esprit l'avait quitté. « Oui, mais je ne savais pas ce qui m'inquiétait autant » répondis-je, puis je baissai la tête. « Je ne voulais pas déranger. »

« Tu ne nous déranges pas. » Thor posa une main sur mon épaule avant de faire un signe de tête en direction de sa mère.

Je me dirigeai vers elle, montant délicatement les marches conduisant à l'estrade du Père de Toutes Choses. Les fourrures recouvrant les marches étaient les plus douces que j'ai jamais senties. Les deux corbeaux, Huginn et Muninn, se tenaient perchés au-dessus du Père de Toutes Choses, à sa gauche et à sa droite, observant la chambre en penchant de la tête. Ils ne poussèrent des cris que lorsque je m'approchai, mais je ne faisais pas vraiment attention à eux. La vue du Père de Toutes Choses dans un tel état me transperça d'un frisson troublé. Il était l'être le plus puissant des Neuf Royaumes, et il était là, endormi. Mortel. Vulnérable.

Me tenant aux côtés de la reine, je me mis sans le vouloir à regarder Loki. Tout comme pour son frère, je sentais une très grande lassitude dans sa posture, comme s'il n'avait pas dormi depuis des jours. Il releva la tête pour croiser mon regard. Je voulais lui dire quelque chose, n'importe quoi qui puisse lui offrir une sorte de consolation, mais les mots m'échappaient. Je détournai le regard lorsque Frigga prit mon bras.

« Tu ne devrais pas être debout » dit-elle. « Nous avons une leçon tôt demain matin. »

Malgré la simple nature du sujet, je vis le scintillement de ses yeux, sentis le tremblement presque imperceptible de ses mains. Qu'est-ce qui la mettait si mal à l'aise ? Jetant un regard en arrière au Père de Toutes Choses, je remarquai qu'il semblait aussi normal que s'il était juste endormi. En fait, il semblait plutôt à l'aise, en paix.

« J'étais simplement inquiète » dis-je à Frigga.

Elle me répondit par un sourire. « Tout ira bien pour nous. Tu devrais retourner te coucher. » Puis elle serra ma main et la relâcha. « Tout comme vous deux. » Elle regardait ses fils l'un après l'autre.

Loki se leva de son siège et, après un dernier regard à son père, descendit les marches de l'estrade. Thor hésita un instant, puis il apparut trop épuisé pour argumenter. Il prit finalement son congé. Après avoir salué convenablement la reine, je les suivis et sortis rapidement de la chambre de repos.

Tandis que Thor était en train de fermer la porte de la chambre, Loki se tourna vers moi comme s'il voulait me parler. Mais il ne dit rien. Si je pensais que c'était étrange de voir Thor si solennel, ça l'était encore plus de voir Loki aussi épuisé. Trois jours qu'ils étaient absents, et je supposai que ces jours comptaient de nombreuses nuits blanches.

A la place, Thor fut celui qui commença la conversation. « Notre mère est inquiète, plus que je ne l'ai jamais vue auparavant. » Ses sourcils se froncèrent davantage. « Que veux-tu dire par ''elle a 'vu' quelque chose'' ? Est-ce que tu penses – » La compréhension s'abattit immédiatement sur moi. Bien sûr qu'ils pensaient que je pourrai comprendre. « Oh… elle a le pouvoir de voyance. »

« C'est assez commun parmi les Vanirs, non ? » dit Loki. En réponse, j'acquiesçai simplement. Mon peuple voyait ou entendait souvent des choses qui ne s'étaient pas encore passées. De telles visions étaient souvent accompagnées de malentendus et de confusion. Et de peur. Le don ressemble plutôt à une malédiction, me dit Hyldir un jour. « Elle ne peut pas exactement définir ce qu'elle a vu : une ombre, l'obscurité qui s'avance, la mort sur des terres sanctifiées – ce sont ses mots, mais ils n'ont pas vraiment de sens. »

« Peut-être que c'est tout ce qu'elle a pu voir » remarquai-je. « Les visions des Vanirs sont rarement compréhensibles. »

« Nous avons recherché des voyants Vanirs, tous ceux qui se sont installés à Asgard » m'avoua Thor. « Pendant des jours, nous les avons recherchés. Nous voulions savoir si un futur si sombre allait bientôt arriver. »

Loki se frotta les yeux d'une main. « Aucun d'entre eux ne put confirmer la… vision de notre mère. » Baissant sa main de côté, il me regarda fixement. « Est-ce qu'une vision peut être fausse ? »

Je mordis d'inquiétude ma lèvre inférieure avant de leur fournir la réponse que je pus. « Je connais très peu le pouvoir des voyants. Mais j'ai déjà entendu que ces visions pouvaient être confondues avec des rêves… et des rêves peuvent être pris pour des visions. En particulier les cauchemars. »

« Alors, les craintes de notre mère pourraient être totalement infondées ? » me demanda Thor.

« Il y a des chances, mais je ne peux pas l'assurer. »

Thor soupira, baissant les yeux sur le sol, l'air absent. « S'il n'y a rien qui puisse être fait, alors je vais me retirer pour cette nuit. »

« Dors bien, mon frère » dit Loki.

« J'imagine que le sommeil ne viendra toujours pas cette nuit » lui répliqua Thor. Puis ensuite il entra dans ses appartements, me laissant en compagnie de Loki.

Nous nous tenions sur les murs opposés du couloir, essayant de soutenir le regard de l'autre. Bien trop consciente de mes pieds et de mes jambes nues, je changeai de position, ne trouvant pas encore les mots. Puis il se redressa et me dit « Que vos rêves soient agréables. »

Je le regardai tandis qu'il se dirigeait vers ses propres appartements, sa silhouette semblant basse comparé aux autres jours. Une partie enfouie profondément en moi me hurlait de lui dire quelque chose. Cette hostilité entre nous me rendait complètement folle. Il fallait que cela cesse.

« Loki, il faut que je m'excuse pour nos précédentes conversations » lâchai-je. Il resta immobile, ses longs doigts frôlant la poignée de sa porte. « J'admets que… j'ai honte de ma conduite. Je n'aurais pas dû dire ce que j'ai dit. »

« Pas besoin de parler de ça. » Il se tourna juste assez pour que je puisse entrevoir ses yeux fatigués, semblant bleu-vert dans la lumière terne du couloir. « Bonne nuit, Eirlys. »

Il entra dans ses appartements, et je m'attardai dans le couloir, incapable de formuler la moindre réponse.


La silhouette est baignée dans l'ombre. Il n'y a pas de lumière, pas même la moindre petite tache. Il se tenait devant la créature ayant la forme d'un homme, mais étant un monstre en tous points. La face de cette silhouette sombre était froide, stoïque. Profondément à l'intérieur, la créature était morte de peur. De peur d'un échec. Car échouer équivaudrait à un destin pire que la mort.

Mes yeux s'ouvrirent brusquement. Je paniquai presque, me croyant en présence de ce monstre et de la sombre silhouette. De longues secondes s'écoulèrent avant que je ne réalise que ce dont j'avais été témoin n'était qu'un rêve. Me réinstallant sous les draps, je fixai une lueur sur le baldaquin au-dessus de moi. Cela semblait si merveilleux de voir les premiers rayons du soleil du matin après un rêve si sombre. Je soupirai profondément, pressant une de mes mains fraiches contre ma tête qui me martelait si fort.

La silhouette qui baignait dans l'obscurité m'était familière… dans le sens où j'avais déjà rêvé d'elle. C'est lui qui était tombé dans l'abysse. Malgré cela, cette familiarité ne m'aidait pas à déterminer l'identité de cette silhouette. Cela me faisait une impression bizarre, comme si j'avais son nom sur le bout de la langue. Un souvenir qui m'échappait. Des cendres dans le vent.

Je me levai de mon lit, les bras tremblants tandis que je me préparai pour ma journée. Le rêve me pesait lourdement sur l'esprit. Depuis que la reine avait eu ses propres visions, je commençai à me demander si ce n'avait été qu'un rêve. Constamment, mes doutes subsistaient. Je n'avais jamais eu la moindre vision du futur, pas un seul pendant tous ces siècles où j'avais vécu à Vanaheim.


La librairie était mortellement silencieuse lorsque j'arrivai. Mon cœur se serra à la vue de la reine assise à notre table : des rides de fatigue creusaient ses sourcils, sa pâleur semblant presque maladive. Elle était assise, ses mains posées sur ses genoux, ses épaules effondrées. Néanmoins, lorsqu'elle entendit que j'approchai, elle se redressa pour apparaitre aussi majestueuse que toujours. Digne même pendant les temps les plus troublés.

« Le bon jour à toi » me dit-elle.

« Le bon jour » répondis-je. « Comment se porte le Père de Toutes Choses ? »

« Mes fils sont auprès de lui. » Elle m'examina quelques peu avant de plisser les lèvres. « Tu n'as pas bien dormi ? »

La question semblait étrange venant d'elle il était clair pour moi qu'elle n'avait pas dormi du tout. Je finis par soupirer et me laissai tomber dans le siège face à elle. Malgré mon inquiétude – ou à cause de mes soucis – je décidai de lui en parler. « J'ai fait un rêve… un rêve étrange. » Je me passai une main dans les boucles indisciplinées de mes cheveux. « Cela semblait si réel, si sinistre. Je commence à croire que ça n'était pas un rêve… et je le soupçonne d'être une vision. »

Son expression sembla s'adoucir. « Les visions du futur ne sont pas rares parmi les Vanirs. » J'acquiesçai pour montrer mon accord. « Etait-ce le premier de ce genre ? »

Je fronçai les sourcils, mes pensées me ramenant à cette semaine de tourments que Loki avait lâchée sur moi. La seule nuit où j'avais trouvé le sommeil, j'avais eu un rêve. Ce rêve ne venait pas de lui. J'aurai dû le remarquer plus tôt. « Non… J'ai eu un rêve similaire il y a quelques mois » répondis-je. « Sur le moment, j'ai simplement cru que c'était un cauchemar. Car les… visions, toutes les deux, ont été plutôt obscures. Je n'en ai eu que deux. Je ne sais pas quelle est la signification de ces rêves. »

« Le pouvoir de voyance peut être très fort parmi les Vanirs, bien qu'il semble faible en toi, tout comme il l'est en moi. » Elle posa soigneusement ses mains sur la table et se pencha en avant. « Tu penses que le sujet de ces deux rêves est le même ? »

« Oui. Mais ce n'est qu'une sensation. »

« Les Vanirs ont souvent des visions de ceux auxquels ils tiennent. » Sa voix avait un léger tremblement, et je savais qu'elle pensait à Odin. A l'obscurité qui s'avance, et à la mort sur des terres sanctifiées. « Nous pouvons voir le bon et le mauvais qui est à venir. »

« Mais pourquoi est-ce que cela m'arrive maintenant ? Je n'ai jamais eu de visions de cette nature avant. »

« Peut-être que cela vient de tes pouvoirs grandissants » suggéra-t-elle. « Tu continues de prendre le contrôle de ta magie. » Elle fit un geste en direction de la table avant de croiser les mains au-dessus. « Ce qui nous amène à notre leçon du jour : les bienfaits de la méditation. »

Sa tentative pour changer de discussion m'alarma. « Est-ce que ce n'est pas quelque chose dont je devrais m'inquiéter ? » demandai-je. Cette terrible sensation de tomber demeurait en moi, et je continuai à espérer que sa réponse pourrait me rassurer.

Elle hésita avant de secouer la tête. « Si cela est vraiment une vision, cela n'est pas bon de s'arrêter sur ce que tu as vu. Les Vanirs avec ce pouvoir supportent souvent leur détresse seuls. Si ce que nous avons vu est en effet le futur, alors rien ne pourra l'empêcher. » Elle dût remarquer mon inquiétude, car elle tandis le bras pour étreindre ma main. « Je sais que c'est une vérité difficile à accepter, mais tu dois le savoir. Comme le passé, une fois vu, le futur ne peut pas être changé. »

Mes épaules s'affaissèrent. Je ne pouvais pas réfuter sa sagesse sur le sujet. Cela n'est pas bon de s'arrêter sur ce que tu as vu. Il m'apparaissait pourtant qu'elle-même ne pouvait pas s'empêcher de ressasser ses propres visions, à en voir sa forte agitation. Je trouvai quelque peu de réconfort en sachant qu'il y avait de nombreux Vanirs comme nous eux aussi ne devaient pas pouvoir s'empêcher de ressentir de telles souffrances concernant les présages dont ils étaient chargés, indépendamment du fait que cela pouvait ou non se passer.

Frigga reprit la leçon du jour sans préambule. « La méditation peut donc être utilisée comme un moyen de se connecter avec son esprit intérieur – son centre, là où ton énergie se trouve. A travers la méditation, tu pourras mieux contrôler cette énergie, et donc ta magie. »

Ensemble, nous méditâmes, nous délectant du calme de la bibliothèque. Je me mis à penser que la méditation lui a apporté autant de bienfaits que cela m'en a apportés.


Note de l'auteur :

Je remercie tout spécialement ma beta adorée, Hr'awkryn. Merci aussi à ma guest revieweuse, Amanda, et encore une fois merci à tous mes autres reviewers – vos mots m'ont vraiment touchée profondément.

A la prochaine !