14.
Lorha et Mulien Schormel serrèrent interminablement Alérian contre leur cœur.
- Cela aura été la pire des peurs que tu nous auras faite dans ta jeune vie !
- Ce n'était pas vraiment dans mes intentions, s'excusa le jeune homme. J'étais en réalité complètement incapable de réfléchir. Je ne voulais que mourir après ce que mon père m'avait fait…
Les larmes envahirent soudain les yeux d'Alérian, embuant ses prunelles d'un vert magnétique, avant de couler sur ses joues.
- Albator a été plus que maladroit, admit Lorha en passant ses doigts dans la longue mèche de neige. Il aurait dû attendre, se retenir.
- Mais plus encore que toi qui es si jeune, il sait depuis toujours qu'il faut vivre à vitesse-lumière toutes les sensations qui se présentent, ajouta Mulien en étreignant plus encore le jeune homme pour le consoler.
- En me piquant ma petite amie ? sanglota ce dernier.
- Il a commis une terrible erreur de jugement, poursuivit son Tuteur. Il va vivre avec ce remord pour le reste de sa vie. Son désespoir…
- … déchirait le cœur, j'ai déjà entendu ça !
Alérian essuya rageusement ses joues ruisselantes.
- Ma vie est dans la République Indépendante, je vais y partir et y rester avec Dana et le bébé qu'elle attend. Je vais avoir ma propre famille, je n'aurai besoin de rien d'autre ! Et que personne ne s'avise jamais d'y toucher, je peux me transformer en véritable démon si on s'approche des miens.
- Ca je veux bien le croire, murmura Mulien à l'oreille du jeune homme.
Alérian avait passé quarante-huit heures dans la base souterraine d'Heiligenstadt, puis il s'était à nouveau séparé de ses Tuteurs, reprenant sa navette de commandement pour regagner le Starlight.
- Direction la République Indépendante ? s'enquit Oshryn qui était venu l'accueillir sur le pont d'envol.
- Oui, je rentre chez moi !
- Le commandant Zéro et son épouse t'attendent à ton appartement.
- Je vais les voir ! se réjouit Alérian.
Le jeune homme se précipita à son tout petit univers, y retrouvant ses deux amis de cœur et de combats.
- Je craignais de vous rater…
- Qu'importait, remarqua Marina en serrant ses mains gantées. Nous n'en avons plus que quelques semaines ici de mission secrète pour nous assurer que ta Terre est bien sauve, même sans plus nous mêler à un affrontement. Nous nous serions retrouvés dans la République, comme c'est bel et bien ce qui nous attend dans un futur proche.
- Contente de te revoir, Marina.
- Tu es magnifique, Alérian, un jeune grand fauve dans toute sa splendeur !
- Merci, fit Alérian en rougissant jusqu'aux oreilles.
Warius passa le bras autour des épaules de son frère de cœur.
- Marina est venue dans un but infiniment personnel, releva-t-il.
- Oui, pour toi ! gloussa le jeune homme. Veinard !
- Je rectifie : pour toi, assura Warius en flattant avec infiniment de tendresse la nuque de son jeune ami.
- Moi ? s'étonna Alérian avec une curiosité naïve et adorable dans le regard.
- J'ai à te parler de Danéïre, de votre petit. J'ai des centaines de photos, des vidéos. Tu vas avoir les jours de voyage de retour à la République pour rattraper cinq mois de grossesse dont tu ignorais tout !
- C'est merveilleux… Et ça me fait très peur, souffla Alérian, déstabilisé au possible, ne sachant si soudain il avait envie de tout découvrir !
Marina éclata de rire, passa les paumes sur les pans de sa tunique rose, puis dans les macarons de ses boucles bleu pâle.
- Ne sois donc pas angoissé, Alie : c'est ton petit et toute ta vie à venir. Tu verras, c'est merveilleux ! Tu vas vivre avec Dana la fin de sa grossesse. Contrairement à Warius et moi tu n'auras pas des bébés déjà tous dodus, ayant à te connaître et inversement. Ton enfant saura même tout de toi avant de pointer le petit bout de son nez, et tu vas l'adorer !
- Merci, Marina. Si seulement mon père avait su ce que je pouvais ressentir avant d'embrasser ma petite amie à bouche que veux-tu et ne la tripote tout partout !
Se dégageant, Alérian se dirigea vers sa chambre, s'y enfermant.
Marina eut un regard désolé pour l'homme de sa vie.
- Warius, il est si remonté… Je ne suis pas sûre qu'il pardonne jamais…
- Il le faudra bien, soupira Warius, peiné au possible.
- Et si… ? gémit la Mécanoïde aquatique.
- Je ne veux pas l'envisager ! rugit Warius, le cœur brisé.
Recroquevillé sur son lit, Alérian finit d'éventrer l'oreiller.
« Pourquoi as-tu tout saccagé, papa ? Tu as commis l'impardonnable, et je t'ai perdu ! Et je ne peux pas vivre sans toi ! Mais je dois te haïr pour ta trahison ! Nous n'aurons plus rien avoir ensemble, jamais… ».
