15.
Une femme aux cheveux gris était venue au devant du visiteur qui avait arrêté sa voiture dans la grande cour du ranch.
- Bienvenue. Je suis Sokka, je m'occupe du domaine en l'absence des Zéros. Vous, vous ne pouvez qu'être Alérian Rheindenbach !
- En effet. Et ce ranch est encore plus beau qu'auparavant ! Avancerais-je que vous êtes Mécanoïde pour parvenir à faire tourner la propriété, vous occuper des jumeaux et prendre soin de Danéïre ?
- Bien vu, jeune homme. Warius m'a fait toutes ses recommandations, je serai aux petits soins pour vous !
- Je vous en remercie.
- Vous paraissez épuisé, reprit-elle après qu'on soit venu prendre les bagages d'Alérian pour les amener à l'intérieur.
- Du repos ne sera effectivement pas du luxe, admit ce dernier. Je ne suis de toute façon plus bon à grand-chose dans cet état de fatigue… Où est Danéïre ?
- Marina l'a installée dans l'un des appartements entourant le patio, ainsi Dana a accès à toutes les commodités sans effort. Vu l'heure, elle doit justement être dans le jardin… Comme l'a suggéré Warius, je ne lui ai rien dit, mais je vais la prévenir d'une visite afin que le choc ne soit pas trop rude !
- Je vous en prie.
- Oh, Alie, je ne t'espérais plus… murmura Danéïre. Et tu as dû en voir de belles si j'en crois cette mèche blanche…
- Une très longue histoire. Je ne suis pas sûr qu'elle te plaise. Mais je ne suis surtout revenu que pour notre bébé, et pas pour évoquer de fâcheux souvenirs !
- Je te comprends. Je ne te poserai aucune question. Tu me parleras, si tu veux. En revanche, il faut que je t'explique pour mon silence…
- Marina a été une très agréable messagère. Tu as eu raison et tort. Tu devais me le dire, mais ensuite me prier de regagner mes pénates pour me battre pour la Terre ! Mais qu'importe, je suis présent et nous allons l'attendre ensemble, ce bébé !
Danéïre passa les mains sur ses joues humides, son regard bleu glace éperdu d'amour pour l'homme de sa vie.
- Quel bonheur, mon Alie ! Aujourd'hui, je suis comblée par les dieux ! Ton père doit être fou de joie, non, bien qu'il soit encore fort jeune pour devenir papy !
Le visage d'Alérian se durcit instantanément.
- Je ne parle plus à mon père !
- D'accord…
Quittant sa chaise longue, Danéïre se blottit contre le jeune homme.
- Faisons quelques pas, l'inaction me pèse et je retrouverai bien assez tôt le lit.
- Tu dois être extrêmement prudente !
- Je sais, on m'a déjà fait toutes les recommandations d'usage, mais j'apprécie que tu prennes soin de moi !
Elle sourit soudain, mutine.
- Est-ce que tu veux connaître le sexe de ce bébé ?
Alérian tressaillit, des émotions inconnues et violentes le secouant tout entier.
Chalandra très discrète depuis plusieurs jours, l'évitant même, Albator avait fini par aller la débusquer près des volières.
- Qu'est-ce qui te préoccupe ?
- Un problème insoluble, je le crains.
- Parle m'en, pria le grand brun balafré. C'est toujours plus facile d'y réfléchir à deux, à ce problème !
La belle rousse secoua négativement la tête.
- Ce n'est pourtant pas le moment de te faire plus de peine que tu n'en ressens depuis toutes ces semaines… soupira-t-elle.
Albator demeura un moment silencieux, ses doigts se crispant légèrement sur les épaules de la jeune femme.
- Tu souhaites rentrer sur Terre, c'est ça ?
- Oui… Cette vie est merveilleuse dans cet endroit préservé de tout, mais ce n'est pas une vie ! lâcha Chalandra. Tu n'étais venu t'y réfugier que parce que tu croyais à la mort d'Alie… La vie justement se poursuit hors de la planète de Lumiane. La Terre est sauve mais les Erguls sévissent toujours !
- Ta famille te manque aussi, compléta Albator.
- Bien moins que je ne l'aurais cru puisque je suis avec toi… Sauf que rien n'est plus possible entre nous.
- Je ne peux pas lui faire plus de mal, reconnut le grand brun balafré. Et ce même s'il ne veut plus jamais me revoir…
Chalandra tenta un petit sourire.
- Et puis, j'ai fini mon bouquin sur toi ! J'ai à contacter mon éditeur habituel !
- Pas une bonne idée, marmonna Albator. Mais nous ne pouvons rester indéfiniment ici et je n'ai pas non plus le droit de te priver de la vie réelle ! J'étais prêt à m'enterrer ici pour pleurer Alie, cela ne se justifie plus… Clio et Warius doivent également s'inquiéter, j'ai à les rassurer !
- Nous partons ? interrogea la jeune femme.
- Oui ! Il faut trouver le moyen ultime contre les Erguls car il est impensable de redouter leur retour un jour !
Chalandra sourit plus largement.
- Merci, mon bel amour !
