17.

De fait, face à son ami borgne et balafré, Warius n'avait pas mâché ses mots.

- J'apprécierais que tu arrêtes de jouer ta Diva de Pirate et de nous tous soumettre aux pires tensions, de disparaître à chaque fois au gré de tes envies suicidaires ! A présent, tu cesses de tourner en boucle, tu cesses de geindre et tu prends ta vie en mains !

- Mais, c'est ce que j'ai toujours fait ! protesta Albator, pris de court par l'interpellation qui était la dernière à laquelle il s'était attendu ! De quoi peux-tu donc bien parler, Warius ?

- Tu ne comprends vraiment pas, Albator ? reprit Warius, plus doucement, faisant s'asseoir le Pirate dans son salon du Karyu, lui servant un verre de vin rouge millésimé de sa République. Tu ne veux donc rien modifier à tes nouvelles intentions ? Un jour tu veux mourir, un jour tu veux vivre, un jour tu veux être un mort-vivant !

- De quoi ? ! Un « mort-vivant » ? Je ne vois pas ce que tu veux…

Warius serra les poings, toute sa personne furieuse, mais son regard de façon opposée triste au possible.

- Albator, je ne reviens pas sur ce qui s'est passé. Mais le présent là c'est Alérian et la famille qu'il s'apprête à fonder dans ma République, et toi c'est Chalandra qui est là pour toute ta vie. Aussi, arrête de tergiverser…

- … Ce n'est pas toi qui t'es fait jeter par ton fils…

- Cette histoire-là, je l'ai entendue et répétée, de vos deux points de vues ! reprit Warius avec virulence. Alie croyait avoir une touche, il s'est trompé, tu as eu ta chance et tu as eu raison.

- Et ce que j'ai fait à Alie…

- La ferme, Albator ! rugit Warius en faisant les cent pas. La situation actuelle est pourtant claire : Alérian découvre sa vie de futur papa dans ma République, et toi tu as donc toute liberté ici avec Chalandra !

- Mais à quoi veux-tu venir, Warius ? s'étonna Albator. Il n'y a jamais rien eu de possible avec Chalandra, si je l'avais compris je n'aurais pas brisé le cœur de mon fils !

- La ferme ! répéta Warius, poings serrés, presque paré par pour des points sur les i un peu forcée ! Tous les parents se sacrifient pour leur progéniture, toi et moi le savons, mais seul toi avons mené cette affirmation jusqu'à l'abnégation absolue ! Alie est parti rejoindre sa vie, il va enfin trouver la paix, tu as donc tout le loisir d'accepter l'amour !

- Warius…

- Chalandra est venue à toi de son plein gré, elle t'a dans la peau à un point absolu, celle d'une amoureuse de folie ! Tu as le droit de l'aimer, tu peux laisser parler tes sentiments !

- Warius…

- Albator, tu es un adulte, tu sais que j'ai entièrement raison ! Chalandra est pour toi, tu la mérites et elle ne voit plus que toi dans sa vie. C'est rare, un tel sentiment !

- Je l'ai volée à Alie…

- Oui, c'est une évidence, c'est une réalité, et c'est du passé ! asséna encore Warius. Alérian a sa vie à venir, Danéïre, et leur bébé à naître. Toi, tu as donc Chalandra et tous vos projets de vie ! Ce dernier point me semble une évidence, il me semblait que même un obtus comme toi aurait fini par percuter !

- Chalandra…

- Oui ! reprit Warius, rageur au possible, poings sur les hanches, le regard fulminant. Elle est libre, tu l'aimes comme plus jamais tu ne devais espérais avoir ce sentiment pour une femme ! Alors, vas-y, sans plus aucun remords !

- Alie…

- La trahison est faite, rien ne reviendra là-dessus, rien ne l'effacera, murmura Warius d'une voix plus douce et chagrinée au possible. Le saccage est complet, mais du chef seul du gamin fou furieux et incapable de revenir sur ses propres sentiments, il a ton épouvantable orgueil !

Warius posa les mains sur les épaules de son ami borgne et balafré, le forçant à le regarder en face.

- Albator, par sa résurrection et sa fuite même, Alérian te laisse Chalandra. Elle est à toi, entièrement ! Alors, elle et toi, arrêtez de vous tourner autour, de ne presque plus oser vous regarder ! Vous vous aimez, c'est tout ce qui importe. Oh oui, dans ces univers de folie, il n'y a que l'amour pour nous sauver, nous les guerriers ! Tu vas enfin comprendre, espèce de vieux kamikaze ! ?

- Warius…

Toujours secoué par son ami, le grand brun balafré leva les yeux sur lui, croisant le regard marron qui évoquait tant le sien, mais tellement plus serein !

- Warius, je peux vraiment retourner vers elle ? chuchota presque Albator.

- Tu dois ! intima Warius. Chalandra est à toi, depuis l'instant où elle désirait plus que tout se donner à ton corps, trop tôt pour Alie, mais la seule vérité qui soit ! Chalandra et toi, vous devez au moins tenter votre histoire !

- Merci, Warius.

- Pas trop tôt que tu percutes, vieux !

- Pas d'insultes, je te prie…

- Albator, cette question me taraude puis trente ans quasi : pourquoi m'as-tu laissé dans les décombres de l'Observatoire de ma famille ?

- Des Sylvidres arrivaient, en formation j'avais à faire face aux bombes noires qu'elles destinaient à la Terre…

- Des Sylvidres… ?

- En me retirant sur la planète de Lumiane j'ai dû change le cours de l'Histoire… Les Sylvidres ne sont jamais arrivées, la Terre a été sauve de leurs sphères noires… Je peux aimer Chalandra ?

- A fond, mon ami !

- Là, tu es un peu scabreux…

- Aime-là de toute ton âme !

- Merci, Warius !

Albator se dégagea légèrement de l'étreinte.

- Où vas-tu ? s'inquiéta néanmoins Warius.

- Mais : aimer la rose de ma vie !