19.
Albator s'étira, se redressant sur un coude pour flatter du bout des doigts la peau douce de Chalandra.
- Ne t'arrête pas, murmura-t-elle sans bouger, sans ouvrir les yeux.
- Tu en veux encore après tout ce que nous avons fait cette nuit ?
- Je suis toujours partante pour un nouveau round, susurra-t-elle. Mais là on doit vraiment se lever.
- Oui, malheureusement.
La belle rousse eut un petit soupir, fronçant légèrement les sourcils.
- J'ai rêvé ou ton téléphone a sonné durant la nuit ?
- Un appel de Warius. Alie et Danéïre sont parents !
- Quelle bonne nouvelle ! Et… ?
- Un petit gars.
- Et… ?
- Warius n'en savait pas plus sinon qu'il est en parfaite santé tout comme sa mère.
Chalandra souleva ses paupières.
- Un petit garçon qui n'aura pas de prénom en « al ». C'est vraiment une tradition familiale pour le premier né mâle ?
- Aucune idée ! En réalité, ça c'est toujours fait ainsi, sans concertation ou autre ! Mais, en effet, ce gamin n'aura pas de prénom en « al », conclut le grand brun balafré, attristé.
- Et ce garçon est aussi ton petit-fils… Il ne serait pas temps d'aller sur Déa ?
Albator soupira.
- J'en meurs d'envie. Mais ce serait un long voyage pour qu'on ne m'ouvre même pas la porte !
- Après tous ces mois, Alie a peut-être révisé ses jugements ? hasarda la jeune femme.
- Si tel était le cas, j'imagine qu'il se serait manifesté…
- Mais lui aussi redoute éventuellement que tu n'accuses même pas réception de son message !
- Je ne prendrai pas ce risque d'aller jusqu'à la République Indépendante, grogna Albator. Je repars en effet, mais pour quelque chose d'aussi peu réjouissant qu'une possible nouvelle guerre avec Alérian, je préfère de loin me colleter avec les Drakkars !
- Je t'adore, papy ronchon au saut du lit !
- Et toi, tu es trop charmante pour que je t'en veuille.
La jeune femme se leva et se dirigea vers la salle de bain.
- Chalandra !
- Oui ? fit-elle en se retournant sur le seuil de la pièce d'eau.
- Tu veux m'épouser ? lança-t-il sur un ton badin.
Jurgen Kendroff avait chaleureusement félicité les deux fiancés.
- Dommage que tes sœurs soient reparties sur les autres continents, elles se seraient réjouies avec moi. Mariage ici ou dans la mer d'étoiles ?
- Pas pour tout de suite, grimaça légèrement Albator. Il y a beaucoup trop de choses à régler avant. Des choses qui n'ont rien à voir avec notre union !
- Je devine. J'en suis désolé. Mais je vous souhaite tous les bonheurs des univers ! Vous repartez donc tous les deux à bord de l'Arcadia ?
Albator inclina positivement la tête.
- J'ai un équipage à embaucher, une amie Jurassienne à récupérer. Tout va recommencer, comme il y a plus de vingt ans, mais cette fois je ne serai pas seul ! conclut-il avec un regard pour la superbe rousse à ses côtés.
- Bon voyage, fit encore l'ancien leader des souterrains d'Heiligenstadt. Soyez prudents tous les deux.
Par réflexe, il prit le bras de son interlocuteur borgne et balafré pour l'entraîner à quelques pas.
- Je vous confie l'aîné de mes biens les plus précieux, veillez bien sur elle !
- Vous avez ma parole !
- Je n'en doutais pas, Albator.
L'Arcadia ayant quitté l'orbite terrestre, la planète retrouvant une très légère coloration bleue vue depuis l'espace, il avait reçu une communication venue de la République Indépendante.
- Tu pars sans plan précis ? aboya Warius.
- Je trouverai bien en cours de route. J'ai laissé un message à Maetel, on doit se croiser non loin du relais d'Andromède !
- Je n'aime pas voir mon meilleur ami pris par une nouvelle lubie de suicide ! Tu n'as aucune chance face aux Erguls, et aucune escouade de Résistants, ne te connaissant pas, ne s'alliera à toi.
- Je ferai à ma guise, comme depuis toujours dès que j'ai eu un cuirassé de guerre entre les mains !
- Tu es un électron libre, tu as à demeurer vivant et tu n'as pas à ficher comme à ton habitude la pagaille dans d'autres systèmes solaires !
- Mais en quoi ça te regarde ? s'impatienta le grand Pirate balafré.
- J'ai été nommé amiral de ma Flotte !
