Note de la traductrice :

*sourire jovial* Bonjour à tous ! *se reçoit une tonne de tomates pourries en pleine face* Aïe-heu !

Bon d'accord, je l'ai peut-être mérité pour avoir publié ce chapitre avec deux jours de retard. Mais je vous assure que je n'ai pas pu faire autrement : j'étais en vacances durant les deux dernières semaines, et donc cela veut dire que je n'avais aucun accès à internet. :/ J'espère que mon retard sera pardonné avec ce long chapitre, dont la fin devrait bien vous plaire. :)

Gros gros bisous à toutes et à tous, et n'oubliez pas les reviews, s'il vous plait !

L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.


CHAPITRE QUATORZE

Ce qui nous attend


Le jour anniversaire de Loki passa sans faire grand bruit, mais je suspectai qu'il préférait cela. A l'opposé de toute cette exhibition de force qui s'était tenue pendant le jour anniversaire de Thor, des concerts de musique furent tenus en l'honneur de Loki. Sous la lumière du soir, dans une des cours intérieures, se tenait un orchestre complet en plein concert. Une harpiste nous chanta une sérénade pendant le banquet, et un quatuor joua plus tard dans la soirée.

A la pensée que Loki entretenait une telle passion pour la musique, je ne pus m'empêcher de ressentir un certain amusement. Tout comme j'avais trouvé assez étonnant de le voir dans le jardin sous mon balcon, cela semblait très étrange qu'il porte un tel intérêt à l'art. Il ne semblait pas souvent s'intéresser à quoi que ce soit tant il paraissait indifférent à tout. Mais c'était clair qu'il aimait l'art et les œuvres esthétiques. Et lire, surtout lire.

Le quatuor de la soirée finit sa quatrième pièce sous des applaudissements vigoureux. Dans le grand hall, le public avait été placé autour d'une plate-forme centrale sur laquelle le quatuor a joué. Me levant de mon siège, je me joignis aux acclamations tandis qu'ils saluaient et prirent congé.

Sif était assise à mes côtés, ayant l'air plutôt charmante et majestueuse dans sa robe couleur cranberry. Sif la portait avec une grâce qui convenait autant à une guerrière qu'à une dame lorsqu'elle se mit sur ses pieds. « Veux-tu que nous allions chercher des rafraîchissements ? » me demanda-t-elle. « Ou préfères-tu rester ici ? »

« Je vais sortir sur la terrasse prendre un peu l'air » lui dis-je. « Est-ce que tu seras là à mon retour ? »

« J'imagine que Thor et Volstagg vont m'emmener de force pour aller boire d'énormes quantités de bière avec eux » répliqua tristement Sif. « Ils n'ont jamais été vraiment passionnés par les prestations musicales. Donc je vais peut-être réapparaitre, mais peut-être pas. »

Je ris doucement. « Alors je te reverrai plus tard, que ce soit cette nuit ou demain. »

Elle me rendit mon sourire, puis je lissai l'ourlet de ma jupe dorée et je me frayai un chemin à travers la salle. La plupart des spectateurs s'étaient levés et rassemblés en petits groupes pour faire l'éloge du quatuor. Inspirant légèrement, je passai à travers la foule et sortis sur la terrasse.

La brise nocturne était agréablement fraiche sur ma peau. J'inspirai profondément cet air frais et me délectai du son des chutes asgardiennes résonnant dans la distance. Mon exaltation fut coupée court lorsque le son d'une voix douceâtre atteignit mes oreilles.

« N'avez-vous pas l'intention de vous marier, Prince Loki ? »

En fronçant les sourcils, je jetai un regard vers l'angle opposé de la terrasse, devant m'étirer le cou pour trouver derrière d'autres courtisans la source de cette voix. Je repérai Loki appuyé à la balustrade tandis qu'il était harcelé par une des Trois Nigaudes – la blonde. Brynlar, si je me souvenais bien.

« Tu ne te fatigues jamais, n'est-ce pas ? » demanda-t-il en retour. Même de là où je me trouvai, je pouvais le voir utiliser son regard fixe si souvent pratiqué.

Brynlar sourit et but lentement le vin frais de sa flûte de cristal. « Ce serait négligent de ma part si je me fatiguais » dit-elle, ses yeux glissant sur sa forme. « Je sais qu'Afildys n'a pas… la langue la plus aimable. J'espère simplement que vous ne trouverez pas cette erreur en moi. »

Je luttai pour conserver une expression affable tandis que je me faufilai jusqu'à eux. Loki remarqua le premier mon approche, mais il ne dit rien, même lorsque je fus tout proche. « Je suis navrée de vous interrompre. » Dès que je parlai, la demoiselle blonde se retourna brutalement vers moi et plissa les yeux malgré ça elle resta discrète sur son aversion pour moi. « J'avais l'intention de partager un mot en privé avec le Prince Loki » dis-je. « Je suis certaine que vous comprenez à quel point il est difficile d'avoir un moment avec le prince pendant son jour anniversaire. » Même si je gardai le regard fixé sur Brynlar, j'étais consciente de l'amusement visible de Loki.

« Oui, je le sais, et c'est pourquoi j'avais saisi cette opportunité » répliqua-t-elle. « Si cela ne vous dérange pas, j'aimerais terminer notre conversation. »

Elle ne tient aucun compte de mes suggestions, soupirai-je intérieurement. « Pourtant, j'ai bien peur que le Prince Loki n'ai aucune envie de terminer votre conversation », déclarai-je avec un sourire poli. « Et une jeune femme bien élevée sait toujours lorsqu'elle n'est plus la bienvenue quelque part. »

Ses narines se dilatèrent, mais elle réussit à conserver son faux sourire. Pendant un instant, je crus qu'elle allait me renvoyer une réplique désobligeante, mais elle n'oserait pas dire le moindre mot en présence de Loki. A la place, elle lui fit simplement une révérence et me tourna le dos avant de s'éloigner à grands pas. Sa meilleure insulte à cet instant fut de ne pas nous avoir adressé la moindre salutation courtoise.

Malgré l'inconfortable chaleur qui me remontait le long du cou, j'osai tourner le regard vers Loki. Il souleva simplement un sourcil. « Je suis surpris de ta part » dit-il en croisant ses bras sur son torse. « Ne suis-je pas celui qui t'avais sauvée d'elle et des deux autres ? »

« Je pense que c'était à mon tour de les repousser, cette fois. » Souriant vaguement, je m'appuyai contre la balustrade, sa surface de bronze glaçant ma peau nue. « Son opinion me concernant ne peut pas empirer, ça je le sais. C'est une comploteuse qui pense que je complote. » Quelque part en moi, j'étais étrangement mal à l'aise à l'idée qu'elle et ses amies puissent me haïr, mais j'écartai rapidement cette pensée.

Les sourcils de Loki se froncèrent comme par curiosité. « Que lui as-tu dit à propos des jeunes femmes bien élevées ? »

Je retins un soupir, et à la place esquissai un sourire sec. « J'ai eu plus d'un tuteur dans ma vie. La Dame Svana fut mon instructrice concernant la convenance, la modestie et la grâce – comment être une jeune femme bien élevée. »

Il se tourna et posa ses coudes sur la rampe à côté de moi. « Et savoir lorsque tu n'es plus la bienvenue quelque part faisait partie de ses leçons ? »

« En effet » répliquai-je en inclinant légèrement la tête. « Mon père pensait que c'était très important, courtois et bienséant. Cela était censé être une des plus importantes leçons que je n'apprendrais jamais. Mais j'ai bien peur que les enseignements de Dame Svana n'aient pas eu un effet durable. »

« C'est évident. »

Ravalant un rire, je lui adressai un coup d'œil en coin. « Et qu'en est-il de Brynlar ? » Mon nez se plissa à sa simple pensée. « Est-ce qu'elle te faisait des propositions… inappropriées ? »

Loki sembla sur le point de se moquer ouvertement de mon incapacité à formuler ma question, mais il se retint de le faire, bien heureusement. « Si tu me demandes si elle me proposait de venir dans son lit, la réponse est oui » répliqua-t-il simplement. Je pouvais sentir mes oreilles se mettre à chauffer. « Ce n'est pas la première fois, et ça ne sera certainement pas la dernière. »

Un peu perturbée, je plongeai mes yeux dans la noirceur de l'eau sous nos pieds et raclai ma gorge. « Je suppose que Thor a également été le sujet de ce genre de choses. »

« Plus encore » acquiesça Loki. « En fait, j'ai bien peur qu'il soit déjà passé aux actes avec la moins courtoise de ces trois demoiselles – Afildys, c'est bien ça ? »

La toux de surprise qui me prit ne put être réprimée. « Par les Nornes » murmurai-je. « Voilà bien plus d'informations que je n'aurais jamais voulu apprendre sur les petites affaires de Thor. »

« Elles cherchent un avantage personnel, semble-t-il » remarqua Loki.

« Que veux-tu dire ? » J'inclinai la tête. « Tu penses qu'une d'elles veut devenir une princesse d'Asgard ? »

« Est-ce que la plupart des jeunes filles ne rêvent pas de devenir des princesses ? »

Cette suggestion, en particulier venant de lui, m'étouffa presque de rire. « Eh bien, c'est une pensée plutôt effrayante. Peux-tu imaginer une de ces nigaudes faire partie de la royauté Asgardienne ? »

Il eut une expression désabusée des plus amusantes. « Une pensée absolument effrayante, en effet. »

J'inclinai la tête. « Alors je t'ai fait une faveur en la repoussant. Est-ce que ça signifie que, par exemple, ma dette pour ta tutelle est remboursée ? »

En entendant ça, il rit franchement. « Ta dette envers moi vaut bien plus que ça. Je m'occupais très bien d'elle moi-même. »

« Eh bien, ça valait quand même le coup d'essayer. »

« Mais je dois admettre que ça valait quelque chose » dit-il en se tournant carrément vers moi. « Voir que ta langue est aussi acérée est une sorte de cadeau en soi. »

L'estomac palpitant, je m'humidifiai les lèvres. « Alors considère ça comme ton cadeau d'anniversaire. » Nos regards se croisèrent ses yeux semblaient sombres dans la nuit d'Asgard. « Joyeux jour anniversaire, Loki. »


« Faisons l'appel des troupes : ton frère, le demi-dieu un super soldat, légende vivante digne de sa légende un type avec un immense problème caractériel un couple de tueurs d'élite ; oh, et sans compter ton ex, la princesse – je crois deviner pourquoi elle t'a quitté. »

« Tu ne sais pas de quoi tu parles. »

« Vraiment ? Tu es vraiment tombé au fond du trou. Et laisse-moi te dire qu'elle n'est pas heureuse à ce propos. Pas du tout. En fait, mon grand, tu as réussi à les énerver tous. »

« C'était le plan. »

« Pas génial. Quand ils viendront, et ils viendront, ce sera pour toi. »

Je m'éveillai en sursaut, haletante.

Mon cœur tambourinait dans mon torse, ce qui le rendait douloureux et étrangement m'emplissait de désespoir. Ces voix… L'une d'elles ne m'était pas familière, mais je connaissais l'autre tout au fond de moi : c'était celle de la silhouette sombre. Pressant mes mains contre mes tempes, je luttai pour me concentrer sur le rêve, pour me souvenir du son de leurs voix, pour essayer de retenir le maximum. Mais les voix s'effacèrent lentement, tourbillonnant et disparaissant comme une bouffée de fumée s'échappant dans l'air. Et leurs paroles suivirent leurs voix. Les secondes s'écoulèrent, et bientôt je ne pouvais plus me souvenir de la moindre chose qui avait été dite.

Frissonnant de manière incontrôlée, je plongeai mes mains dans mes cheveux et balançai mes jambes d'un côté de mon lit. Chaque détail que j'avais pu saisir glissa simplement par les fentes de mon esprit. Tout ce qui resta fut la sombre sensation d'un pressentiment – la sensation que quelque chose de terrible allait arriver et qu'il n'y avait rien que je puisse faire pour l'empêcher.

Avec un grand soupir, je me levai et me préparai pour la journée. Comme je l'avais promis une fois au Père de Toutes Choses, je résolus de prévenir Frigga de tout ce que je pourrais me souvenir à propos de cette vision. Je ne pouvais rien faire de plus qu'espérer qu'elle pourrait être capable d'éclairer les ténèbres qui persistaient dans mon esprit.

Mon pas resta lent et mou pendant toute la matinée, mais je rencontrai à temps la reine dans la salle de guérison. Mes leçons à la librairie étaient terminées, et j'étais passée des leçons théoriques au commencement de ma pratique. Nous avions convenu de nous concentrer sur ma magie de soin, même si je continuai de craindre que mes capacités pour cette magie n'atteindraient jamais celles des autres guérisseurs.

« Tu as un air si paniqué qu'on dirait que tu as vu les esprits de tes ancêtres depuis longtemps décédés » dit Frigga à mon arrivée. Elle se tenait au chevet d'un garde Einherjar – un accident lors d'un entrainement, rien de sérieux. Elle effleura ma joue, sa main semblant chaude contre ma peau froide. « As-tu eu une autre vision ? »

Bien que son intuition me surprit quelque peu, je réussis à acquiescer. « Tout s'effrite chaque fois que je m'éveille, comme du sable s'égrainant sous mes doigts. Mais je le ressens toujours. Cela pèse sur mon esprit. Quelle que soit la personne dont je rêve… de sombres ténèbres l'entourent. »

« Je suis désolée » dit-elle. « Je comprends la souffrance que tu endures. Ne pas savoir, et ne pas être capable de l'arrêter. »

« Que pouvons-nous faire ? » lui demandai-je. « Est-ce que nous devons seulement… le chasser de notre esprit ? »

« Malheureusement, c'est tout ce que nous pouvons faire. »

Même après que je lui eus dit tout ce dont je pouvais me souvenir de la vision, mon bouleversement ne diminua pas. Suivant la suggestion de Frigga, j'ai essayé d'effacer ces visions de mon esprit, d'occuper mes pensées avec n'importe quoi d'autre. Mais mon effroi restait fermement implanté dans mon cœur tandis que la journée se déroulait. J'ai passé toute l'après-midi à lire un des nombreux livres de mon petit salon. Ou du moins j'ai essayé.

Je n'avais pas le moral et cela ne s'améliora pas. Même lorsque je participai à un bon dîner avec mes amis, cela ne put m'égayer. Assise à table dans notre salle à manger privée, je levai lentement la tête lorsque tout le monde rit à gorge déployée à une des histoires de Volstagg. A cause de ces ténèbres ancrées si profondément en moi, je remarquai que je ne pouvais pas rire. Je ne pouvais pas même sourire.

Mes amis se trouvaient là, vifs, heureux et riants. Rien de terrible n'était tombé sur nous. J'essayai de me convaincre que m'angoisser à propos de l'avenir était comme s'angoisser de la mort d'une étoile. Il n'y avait rien qu'on pouvait faire pour le changer ou pour l'arrêter. C'était dans l'ordre des choses, peu importe à quel point cela pouvait être destructeur. Je n'arrêtai pas de me répéter cela encore et encore. Pourtant mon cerveau refusait de l'intégrer.

« Eirlys, tu as été vraiment bizarre toute la journée » remarqua soudain Thor.

Je pus sentir tous les regards se tourner brusquement vers moi, alors même que je continuai à jouer avec la nourriture à peine touchée de mon assiette. Déglutissant difficilement, je levai les yeux vers lui. « J'ai juste… des problèmes de sommeil. »

Thor acquiesça, m'adressant un sourire de sympathie. Alors Sif et les Trois Guerriers se lancèrent dans une conversation déplorant les méfaits d'un sommeil troublé – quelque chose d'assez courant lorsqu'on s'embarque dans toutes sortes d'aventures incroyables. Le seul qui ne dit rien fut Loki. Il me regarda simplement, semblant plutôt sceptique. Bien sûr, le Dieu de la Tromperie et des Mensonges pouvait voir à travers mes bobards. Mais il ne fit aucune remarque à voix haute.

Je n'avais jamais parlé à l'un d'eux de mes visions. Je me souvenais avec une grande clarté de cette horrible inquiétude qu'ils avaient exprimée à la suite de la vision de Frigga. Je ne voulais pas provoquer de tourments excessifs avec des visions que je n'arrivai absolument pas à comprendre.

« Peut-être que tu voudrais m'accompagner au marché demain ? » me proposa Sif. « J'ai toujours trouvé qu'une sortie agréable m'apaisait l'esprit. »

Après un moment, je réussis à former un petit rire. « Une sortie agréable ? Exempte de situations impliquant de risquer de mourir, j'espère. »

Elle sourit avec un peu d'embarras. « Je ne peux faire aucune promesse. »

« Puis-je me joindre à vous ? » demanda Fandral en se penchant vers Sif – cherchant délibérément à l'irriter, j'en suis sûre. « J'ai besoin d'une paire d'yeux connaisseurs pour m'aider à choisir le bon bijou pour une belle demoiselle que j'espère conquérir. »

Sif feignit d'être outragée. « Une autre belle demoiselle ? Qu'Odin prenne cette pauvre fille en pitié. »

Fandral lui lança un regard cinglant. Avant qu'il ne puisse répliquer, je jugeai bon de fournir à Sif ma réponse. « Je t'accompagnerai avec plaisir, Sif. Tant qu'il n'y a pas de jorgandrs, je suis sûre que nous ferons une sortie plaisante. »

Souriant, Sif semblait vouloir ajouter quelque chose, mais Fandral intervint pour la harceler de le laisser nous escorter jusqu'au marché. Alors qu'ils commençaient à se quereller, je partageai un regard exaspéré avec les deux princes qui observaient leur différent.

Lorsque les yeux de Loki trouvèrent les miens, un étrange frisson me parcourut. Je pouvais le sentir… le poids sombre qui pesait dans mon esprit semblait grandir, comme une ombre sous le soleil. Ce sentiment d'appréhension enfla, tout comme ma peur, comme si Loki était le – Non, pensai-je, ça ne peut pas être lui. Mon cœur martelait douloureusement, et je dus poser fermement mes mains sur mes genoux pour les empêcher de trembler.

Notre échange de regards stoppa lorsque Hogun se tourna pour demander quelque chose à Loki. Il détourna le regard, et l'ombre dans mon esprit s'estompa. Mes mains arrêtèrent de trembler et mon pouls se calma. Je me dis que ça ne signifiait rien et que l'effroi de mes visions apparaissait et disparaissait de lui-même. Mes visions sont dépourvues de sens, insistai-je. Elles n'ont absolument rien à voir avec Loki.

Puis, par désespoir, je choisis de ne plus jamais penser à cela.


Très tôt le matin suivant, je me levai avec un peu plus de joie dans mon cœur au milieu des ombres fragmentées qui hantaient toutes mes pensées. Avec zèle, je gardai mon esprit occupé par des tâches subalternes : réorganiser mes livres, polir les vieux bijoux de ma mère, trier ma garde-robe. J'étais sur le point de réarranger mes meubles lorsque Sif vint me chercher. Sans Fandral, apparemment.

Bien que je n'y sois pas allée souvent, je portais une grande affection pour le marché d'Asgard. Pour s'aventurer du palais au marché, on devait être capable de circuler dans les larges avenues serpentant d'Asgard. Je n'ai jamais été capable de retrouver seule mon chemin par ici. Sif, pour sa part, avait l'esprit vif pour ce qui est de reconnaitre et suivre les directions. Nous nous aventurâmes au-delà des statues imposantes des anciens guerriers Aesir, et plus loin que les célèbres arches dorées de la Cité des Dieux.

Tandis que nous marchions, Sif parla avec une certaine vivacité des nouveaux articles d'armure qu'elle espérait acquérir. « Je crois que nous devrions peut-être te trouver aussi tout un ensemble d'armures complet. »

Je plissai les yeux vers elle dans la lumière du soleil. « Oh, je ne suis pas sûre que ça serait une bonne idée. »

« Et une épée ! » dit Sif, ne tenant clairement pas compte de mes protestations. Lorsqu'elle vit mon air sceptique, elle sourit. « Est-ce le manque de convenance de tout ça qui t'effraie, Eirlys ? Ou les mauvaises opinions des autres ? »

« Apparemment, je me soucie bien peu des convenances » raillai-je, à son plus grand étonnement. « Mais par contre j'ai une aversion pour… pour le dédain. » Je vis un léger froncement de sourcils tirer ses traits. « Les courtisans ont été désobligeants envers toi, n'est-ce pas ? Pendant toutes ces années. Comment supportes-tu leurs paroles ? »

Elle regarda fixement l'horizon avec une expression contemplative tandis que nous tournions au coin d'une autre route. « Ce n'était pas facile. Tout et tout le monde me recommandait de ne pas devenir une guerrière. » Il y avait une certaine solennité dans ses yeux, encore que cela ne l'empêcha pas de sourire fièrement. « Mais la simple pensée de ne pas être une guerrière m'était intolérable. Etre quoi que ce soit d'autre aurait été ma mort. Tu choisis qui tu veux être, Eirlys, et ne laisse personne d'autre t'en empêcher. »

Ses paroles me firent réfléchir sur quelle sorte de personne je voulais être. Qui suis-je censée devenir ? Il y eut un temps où je rêvai de devenir une guérisseuse, servant aux côtés de Frigga dans les maisons de guérison d'Asgard. Mais à présent, je commençai à croire que mon talent ne se trouvait pas dans la magie de soin.

Le visage de Sif s'éclaira lorsque nous approchâmes du marché. « Et voilà, nous sommes finalement arrivées. »

Le marché s'étendait tout le long d'une grande avenue pavée, s'étendant aussi loin que l'œil pouvait voir. Il y avait quelques bâtiments, des taudis comme des maisons dorées, qui se dressaient sur le chemin. Mais c'était les marchands qui composaient la plus grande majorité du marché. Ils étaient alignés de chaque côté de la route, certains nichés entre deux bâtiments, leurs tentes aux couleurs vives flottant dans le vent comme les ailes des oiseaux. L'assemblée animée du peuple se bousculait d'étal à étal. Les Aesirs – les hommes, les femmes comme les enfants – regardaient les marchandises avec un grand enthousiasme, et certains d'entre eux s'arrêtaient pour marchander avec les vendeurs.

« Oh, comme j'aime l'animation du marché » m'extasiai-je en me hâtant vers le plus proche marchand. C'était un Vanir – ses cheveux brillants couleur de cuivre le trahissaient. Ses marchandises consistaient en assiettes, plateaux et argenteries. « On pourrait passer toute la journée ici à tout observer. »

« Même plusieurs jours » remarqua Sif tandis que nous avancions.

Il y avait des vendeurs pour n'importe quoi, et tout ce à quoi on pourrait penser : des armes, des armures, des vêtements, de la nourriture, des livres, des outils, des instruments d'astronomie, des animaux – les possibilités étaient infinies. Leurs vendeurs criaient et cherchaient à attirer les passants, leur tendant toutes sortes d'objets pour qu'ils puissent mieux les examiner. Ils étaient venus de partout à travers les Neuf Royaumes pour trouver une nouvelle demeure à leur marchandise.

Les vendeurs d'armures du marché étaient particulièrement nombreux. Ils vendaient des gants, des jambières, des ceintures, et des plastrons de toutes les formes et de toutes les tailles. Certains étaient simples, d'autres plus ostentatoires il y avait un casque paré de bijoux qui me coupa le souffle. Nous errâmes entre les étals, et Sif regarda attentivement chacun d'entre eux. Un marchant vendait plusieurs arcs élégamment taillés – provenant d'Alfheim, sans aucun doute.

Après ce qui devait faire une heure, Sif s'arrêta finalement devant un vendeur. Le marchant était un nain, et, à en juger par la bonne qualité naine de sa marchandise, il en était probablement l'artisan. Un large sourire étira ses traits tandis que nous approchions, la blancheur de ses dents ressortant à travers son épaisse barbe. Son sourire ne fit que s'accentuer lorsque Sif voulut se renseigner sur une paire de protège-bras, une boucle de ceinture, des épaulières et un tout nouveau bouclier. Après quinze bonnes minutes de réflexion, elle les acheta tous. Le nain semblait à deux doigts de s'évanouir.

Après que Sif lui ait donné pour dernière requête de tous les envoyer dans ses quartiers, nous quittâmes le très heureux et très riche marchant. « Je n'ai jamais vu autant d'armures de toute ma vie » commentai-je tandis que nous continuions notre chemin sur la route marchande.

Sif rayonnait. « Je me sens comme si j'avais atteint le Valhalla. »

Je jetai aux alentours un coup d'œil perplexe lorsque nous passâmes devant les marchands d'armes et entrâmes dans le quartier des vendeurs de vêtements. « J'imagine que tu as en tête de faire encore d'autres d'achats. »

« J'ai besoin d'une nouvelle robe. » Les mots semblaient étranges dans de telles circonstances : elle venait tout juste d'acheter un assortiment de nouvelles pièces d'armure, et elle portait également une de ses cuirasses – les taches d'herbe le couvrant indiquaient qu'elle avait effectué quelques combats d'entrainement matinaux. « Il y a une couturière que je privilégie tout particulièrement. Nous devrions rendre une petite visite à son échoppe. »

N'étant pas du genre à renoncer à l'opportunité de me procurer de nouveaux vêtements, j'étais plus qu'heureuse de l'accompagner. « C'est pour une occasion particulière ? »

« Pour le jour anniversaire de Thor. »

Mes yeux s'agrandirent. « Nornes, comment ai-je pu l'oublier ? » dis-je avec un rire court. « J'ai vécu ici depuis plus d'un an à présent… Parfois je trouve ça difficile à croire. »

Sif soupira pensivement. « On dit qu'à mesure que nous vieillissons, le temps semble passer plus rapidement. »

« A notre âge, je suis surprise que plusieurs décennies ne se soient pas déjà envolées en un battement de cil. »

Nous nous faufilâmes à travers la foule toujours en déplacement et nous nous frayâmes un chemin jusqu'à l'échoppe. Il semblait que la couturière renommée occupait l'un des rares bâtiments placés le long de l'avenue du marché. Son établissement était assez petit, du moins pour les standards Asgardiens.

Lorsque nous entrâmes, je considérai le salon d'entrée avec admiration. Le plafond était tout en verre, permettant au soleil de passer à travers. Les murs étaient couverts de tissus variés aux différentes nuances éclatantes. Certains scintillaient dans la lumière du milieu de journée, d'autres paraissaient aussi sombres que la nuit elle-même. « Je suis toujours bouleversée par cette salle » remarqua Sif. Nous marchâmes toutes les deux le long des murs, observant les tissus de près et nous délectant des textures délicieusement soyeuses.

« Oh, quel plaisir que de vous voir à nouveau, Dame Sif. »

Une paire de couturières apparut de la pièce adjacente. Elles se hâtèrent à travers la salle de tissus pour nous rejoindre. L'une était une femme rousse et dodue ressemblant à une matrone l'autre était une jeune fille mince aux cheveux blonds. « Et tu as amené une amie ! Dame Eirlys, je présume ? » La matrone rousse m'examina, scannant mon visage des pieds à la tête.

J'inclinai la tête. « Oui, en effet. »

« Bien sûr, pour vous deux, il n'y aura pas de charges » déclara la couturière dodue. Je jetai un regard à Sif, mais elle ne dit rien. La matrone se tourna alors vers la jeune demoiselle à ses côtés. « Sighild, allez me chercher mes instruments de mesure ! »

« Oui, Vreyja. » La demoiselle retourna immédiatement dans la salle d'où elle était venue.

« Venez, venez. » Vreyja nous fit signe d'avancer vers le coin du mur couvert de tissus.

Elle observa chacune de nous soigneusement, ses yeux glissant encore et encore de haut en bas. La profondeur de sa concentration rivalisait avec celle des personnes qui sont sur le point de formuler un sort particulièrement complexe. Sif fit un geste pour parler, mais Vreyja leva sa main pour l'en empêcher.

« Je sais exactement quoi utiliser » annonça-t-elle. Elle se tourna, prit un rouleau de tissu d'un bleu nuit soyeux et le tint contre le torse de Sif. « Parfait. » Le tissu miroitait dans la lumière tandis qu'elle lui donnait toutes ses nuances. Comme des étoiles dans le ciel nocturne. « Êtes-vous d'accord, Dame Sif ? »

« Je remets entièrement le destin de ma tenue entre vos mains » répliqua Sif.

Cela fit sourire Vreyja. « Merveilleux, merveilleux. » Elle saisit ma main et me conduisit à travers la salle jusqu'à un ensemble de tissus très différents. Dans cette partie de la salle, les tissus aux couleurs variées étaient fins comme de la gaze ils étaient superposés les uns aux autres pour créer un effet très délicat. « Et ici, celle-ci ? »

Elle tenait haut le tissu si fin. Il était d'un vert profond qui me rappelait les forêts de Vanaheim. Je souris et acquiesçai. « Vous avez la confiance de Dame Sif, alors vous avez la mienne. »

« Exactement ce que je voulais entendre » dit-elle. « La couleur ira admirablement avec vos cheveux. A présent, attendez juste ici. »

Vreyja rayonnait tandis qu'elle allait s'affairer, se dirigeant dans une autre salle. Me tournant, j'admirai la multitude de tissus purs. Ils semblaient si doux j'aurais pu faire courir mes doigts sur eux sans fin.

« J'ai remarqué que tu as passé beaucoup de temps avec Loki dernièrement » dit Sif.

Je clignai des yeux en la regardant, stupéfaite par le tournant inattendu de notre conversation. En vérité, j'ai été en compagnie de Thor, Sif et les Trois Guerriers plus souvent que jamais, m'entrainant à manier l'épée. Mais, de temps en temps, j'ai voulu passer un après-midi calme, et je me suis retrouvée assise avec Loki dans la bibliothèque ou dans la tour d'astronomie, pour lire. Je dois admettre que j'éprouvais de plus en plus de plaisir à être en sa compagnie. « Je suppose que oui » répliquai-je. « Qu'est-ce qui t'a inspiré cette remarque ? »

Elle secoua la tête et retourna apprécier les tissus. « Rien du tout. »

Je ne la croyais pas. Sif n'était pas du genre à laisser échapper de telles remarques sans raison. Bien que j'eus toutes les intentions de l'interroger plus avant, l'ouverture de la porte d'entrée attira mes regards. A ma plus grande horreur, les Trois Nigaudes entrèrent, leurs têtes bien droites arborant toujours ce même air hautain. Sif et moi échangeâmes un regard entendu avant de nous tourner vers le mur pour tenter d'échapper à leur attention.

Après s'être raclé la gorge, Sif m'adressa un regard en coin. « J'ai vu que tu avais secouru Loki de Brynlar pendant son jour anniversaire. »

Je savais qu'elle n'allait pas laisser tomber le sujet si facilement. « Sif, je sais que tu insinues quelque chose, et j'ai assez de mal à le comprendre. »

« Quoi qu'il en soit, je t'en parle à la demande de Fandral » me dit-elle. « Il ne va pas arrêter de me harceler jusqu'à ce que je te le demande. » Mon sourcil se leva à la pensée de Fandral lui demandant d'enquêter à sa place. Je suppose que cela n'aurait pas dû me surprendre qu'il soit du genre à rechercher les ragots. Après tout, il devait savoir tout ce qu'il y avait à savoir à propos d'un grand nombre de demoiselles de la cour, et je ne faisais pas exception. « Il y a eu quelques spéculations à propos de tes sentiments envers Loki. »

Je pouvais sentir toute la peau de mon cou à mes joues se mettre à brûler. « Il n'y a rien – je l'admire, ça je dois l'admettre. C'est tout. » Même lorsque je prononçai ces mots, je savais que j'essayai autant de me convaincre que j'essayai de la convaincre.

Sif eut un petit sourire satisfait, mais elle n'en ajouta pas d'avantage.

« Et qu'en est-il de toi, Sif ? » Je croisai les bras. « Est-ce que tu t'es prise d'affection pour quelqu'un ? »

Je la vis jeter un coup d'œil aux trois demoiselles qu'elle abhorrait le plus. La brune, Afildys, fut la première à remarquer notre présence. Le regard cinglant qu'elle lança à Sif aurait suffi à m'affaiblir, tant il était vil. Mais Sif leur rendit simplement un de ses regards les plus aigus. La dernière réponse d'Afildys fut un sourire suffisant avant qu'elle ne rejoigne la conversation de ses amies. C'est alors que je compris tout très clairement – c'était celle qui avait couché avec Thor, du moins à ce que disait Loki.

« Oh. » Je fronçai les sourcils. « Je vois. »

Avec une secousse de la tête, Sif s'efforça à éclater de rire. « Il n'y a rien à voir. »

« Toi… et Thor… » Je parlai d'une voix étouffée pour être sûre que les Trois Nigaudes ne pourraient pas entendre un seul mot. « Tu savais tout à propos d'elle le jour où nous sommes allés à Nidavellir… c'est pourquoi tu étais aussi vexée. »

Elle me regarda pendant un instant avant de soupirer. « Je suppose que je ne devrais pas être étonnée que tu l'ais remarqué. »

« Je suis désolée. »

« Tu n'as pas à l'être » dit-elle. « Je n'ai plus de sentiments aussi forts pour lui à présent. Pas depuis des années. »

« Mais cela t'ennuie qu'Afildys et lui… » Je laissai la phrase en suspens, ne désirant pas parler de façon si flagrante dans une telle place publique.

Avec un reniflement de rire sans humour, elle se tourna pour présenter son dos aux trois demoiselles. « Je pense que c'est juste Afildys qui m'ennuie, et rien de plus. »

J'eus un sourire juste au moment où Vreyja revint précipitamment dans la salle accompagnée de Sighild. Sans un mot, elles commencèrent à prendre nos mesures à une allure effrénée. Une fois fait, Vreyja murmura à Sighild ses instructions à propos de ce qui devait être fait.

Tandis que nous nous tenions toutes deux avec nos bras étirés, Sif me regarda. « Je n'aime pas particulièrement Loki » – Je levai un sourcil à cette remarque – « mais si tu lui portes une telle affection… ne laisse pas passer ta chance. »

« Sif, il n'y a rien entre nous. » Me raclant la gorge, je détournai les yeux. « Et dis à Fandral qu'il ne fait qu'imaginer des choses. »

Elle se contenta de hausser les épaules et de regarder droit devant elle tandis que les couturières s'affairaient autour de nous.

Et je savais que je ne dupai personne.


Note de l'auteur :

Comme toujours, mes remerciements vont à tous ceux qui m'ont ajoutée à leurs favoris, qui suivent et qui écrivent des reviews. A mes guest reviewers : pour que vous le sachiez, j'apprécie énormément vos commentaires même si je ne peux pas vous répondre personnellement. Et, bien sûr, j'adresse mes remerciements sans bornes à ma fabuleuse beta, Hr'awkryn.

De plus, je pense que je vais donner quelques informations concernant le prochain chapitre pour éviter le moindre choc ou des confusions. Ce sera un chapitre 'bonus' écrit à la troisième personne du point de vue de Loki. Je me disais que je pourrais un peu changer les choses et peut-être vous éclairer un peu sur ce que Loki a pu penser de tout ça. Enfin bref, ça sera fun. J'espère.

N'oubliez pas de laisser une review ! J'adore lire ce que vous pensez.

A la prochaine !