20.

Désormais à son bureau, Warius Zéro supervisait la Flotte de sa République. Les journées étaient longues, bien moins que certaines lorsqu'il commandait son Karyu, mais il n'y retrouvait bien évidemment plus les exaltations du passé, de nouvelles en revanche et il n'était pas loin de les apprécier !

Mais d'autres sentiments ne changeaient absolument jamais aussi !

- Alérian, entre mon petit frère de cœur !

- Merci, Warius. Mais ces relations ne sont pas très professionnelles maintenant que tu es notre commandant en chef !

- Elles sont parfaites dans le caractère strictement privé de mes bureaux de fonction ! rétorqua légèrement Warius. Longtemps ce cauchemar que ces galons m'éloignent définitivement de mes amis les plus chers m'a retenu d'accepter de succéder à Hoddong, trop malade pour poursuivre… Mais ne me fais pas ça, pas toi, Alie ! ?

En uniforme, sa casquette sous le bras, Alérian parut danser quelques instants d'un pied sur l'autre.

- Ça me fait juste bizarre, Warius !

- Et à moi donc ! Viens t'asseoir. Un café, Alérian ?

- Avec plaisir, j'en ai grand besoin pour garder les yeux ouverts !

Warius esquissa un sourire.

- Le bébé ? Les nuits ?

- Ca pleure, ça a faim… Et sa maman est quand même éprouvée par la césarienne.

- Tu ne me l'avais pas dit, remarqua doucement Warius.

Alérian passa les mains dans ses mèches d'acajou, lissant machinalement celle qui était blanche.

- Dana s'en est remise, elle doit juste se reposer. Je prends le relais avec Sokka pour le bébé.

- Sokka…

- C'est mon bébé ! Je ne laisse le soin à personne d'autre de s'occuper de ce petit gars !

- Je te comprends, Alie, sourit Warius. Tes cernes sont d'amour.

Alérian tapota la casquette posée sur ses genoux.

- Mon amiral m'a fait venir pour évoquer ma vie familiale ?

- Non. Juste à titre de renseignement : ton père a quitté la Terre. Il repart à la guerre aux Erguls, mais sans aucune info.

- Et alors ?

- Il va se faire massacrer !

- Il le sait, il est assez expérimenté pour en être conscient.

- Alérian, c'est ton père !

- Et toi, tu es Amiral de la Flotte Indépendante, sauf qu'il te tiendra toujours pour son pote Warius et qu'il t'enverra balade à la première occasion venue, et ce en dépit de tous tes galons !

- Comme si je l'ignorais…

Warius croisa les bras sur son bureau.

- Ton père est un taré à l'orgueil de première. Mais là aussi, je ne t'apprends rien !

Alérian éclata de rire.

- Professionnellement parlant, tu avais des ordres à me donner, Amiral ?

- Oui : tu pars pour le voyage dont tu m'as parlé… Cela n'a rien de professionnel, d'officiel, mais pour t'avoir côtoyé, avec ton père, je ne m'étonne plus de rien ! Tu pars donc sous peu avec le Starlight, pour ta mission particulière, pour dégommer les Erguls ! Tu as mon aval, capitaine Rheindenbach !

- Merci, Amiral Warius !


De retour à l'appartement loué par Alérian pour sa petite famille en plein centre ville, ce dernier avait embrassé la femme de sa vie - que l'infirmière encore quotidienne s'occupait soigner la cicatrice de sa césarienne - avant de se diriger vers leur chambre d'où des cris rageurs provenaient.

- Inutile de hurler, je suis parfois en retard, mais je viens toujours mon cœur !

A la voix de son père, le poupon se calma un instant, comme rassuré, avant de repartir dans les hurlements.

- Je sais que tu as faim, ma beauté. Ta nounou avait déjà fait chauffer ton biberon, il est prêt !

Alérian fit glisser une goutte sur le dos de sa main, la goûta.

- C'est bon à être servi !

Il glissa la tétine entre les lèvres du bébé qui se mit à avaler son repas de toutes ses forces gourmandes.

Alérian serra tendrement le nouveau-né, posant ses lèvres sur son front au léger duvet cuivré.

- Bienvenue dans la mer d'étoiles, mon petit cœur. Tu combles toute ma vie. Je t'aime au possible. Je suis enfin heureux au possible ! Oui, je suis comblé, je n'ai besoin de rien de plus !

FIN