Note de la traductrice :
Il arrive un moment où les mots sont inutiles, et je crois avoir passé ce stade… Eh oui, mes publications ne sont malheureusement plus aussi régulières que dans le passé, et ça, ça m'attriste vraiment beaucoup… *sniff* J'espère vraiment que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, parce que je vous assure vraiment que c'est indépendant de ma volonté. :'( Mais je vais faire tout ce qui est en mon humble pouvoir pour me rattraper, soyez-en sûrs ! :)
Alors, dans ce chapitre, vous allez comprendre qu'on grimpe petit à petit dans l'apogée de cette histoire, que tout continue à se mettre en place pour parvenir au moment… ultime ! Enfin bref, encore un chapitre plein d'événements et de rebondissements, surtout à la fin, que vous allez beaucoup aimer à mon humble avis étant donné qu'elle nous ouvre de nombreuses possibilités… )
Merci à vous, qui continuez à me suivre, et vous savez qu'il ne vous reste qu'une chose à faire pour décupler encore mon bonheur : reviewez ! ^^ Bonne lecture à tous, et ne l'oubliez jamais : je vous aime !
L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.
CHAPITRE DIX-SEPT
Les bois sombres
Inspirant profondément, j'ajustai ma cotte de bronze avec mes doigts tremblants elle avait appartenu à Sif avant qu'elle n'en reçoive une nouvelle lors de son jour anniversaire quelques décennies plus tôt. Ce qui m'apparaissait pourtant le plus bizarre était de sentir l'épée pendant à ma hanche. Avant que Sif ne s'empare de Drekisbane, cette épée lui avait aussi appartenu – Frostblade, comme elle l'avait nommée. Je n'étais pas vraiment pressée de l'utiliser. Même à l'heure actuelle, je n'avais pas beaucoup d'expérience avec une vraie épée. Et je ne pouvais m'empêcher de ressentir un frisson d'horreur à l'idée de prendre une vie.
« Eirlys ? Es-tu prête ? »
Je sortis de mes rêveries et vis Sif devant moi. Nous nous tenions sur le Pont Arc-en-Ciel, juste devant l'observatoire du Bifrost, nous préparant au voyage à venir. Elle me regarda, préoccupée par mon expression.
« Oui » dis-je en touchant le fourreau à mes côtés. « Oui, nous devrions nous dépêcher. »
Elle avança avec moi à l'intérieur de l'observatoire où le reste de notre groupe nous attendait. Ensemble, nous nous tînmes devant Heimdall. Le gardien du passage saisit son épée dont le bout bien affûté était posé sur les marches dorées menant au piédestal. Lorsque nous fûmes arrêtés, Fandral et Hogun jetèrent un coup d'œil dans notre direction avec le même air grave.
« Soyez prévenus » dit Heimdall. « Les Elfes Noirs ne cessent jamais de patrouiller dans leurs bois, même la nuit. »
« Est-ce que Loki ne pourrait pas tout simplement nous cacher ? » demanda Fandral en désignant le prince du regard.
« Les Elfes Noirs possèdent une magie très puissante » expliqua Heimdall en levant son épée. « En particulier dans l'art de la détection. Vous ne pouvez pas vous cacher d'eux tout comme vous ne pouvez pas vous cacher à moi. » Il se tourna et activa le Bifrost.
Les têtes inclinées, nous fîmes le tour du piédestal pour nous tenir à l'ouverture de l'observatoire. « Nous allons devoir faire preuve de beaucoup de ruse, ce qui n'est vraisemblablement pas le point fort de certains d'entre nous » dit Loki en lançant à son frère un regard tout sauf furtif. « Je nous guiderai. Il n'y a pas à protester. »
Thor répondit en fronçant les sourcils, mais il ne le lui contesta pas.
« Puissent les Nornes vous être favorables en ce jour » dit Heimdall.
Et puis nous partîmes, voyageant parmi les étoiles à une vitesse vertigineuse.
Nous atterrîmes quelques instants plus tard au milieu d'un nuage de poussière. Il ne faisait aucun doute que n'importe qui aurait pu nous voir à deux kilomètres de distance. Mais nous étions à des lieues de tous les endroits habités connus, donc nous étions hors de danger. Relativement hors de danger. Ou du moins le pensions-nous. Je ne pouvais m'empêcher d'imaginer que n'importe qui ayant traversé ces terres inhabitées aurait pu voir notre arrivée. Les clans de Svartalfheim étaient impitoyables.
Dès que la rafale de poussière s'apaisa, nous regardâmes tous autour de nous pour surveiller les alentours. Nous avions atterri dans une plaine désertique uniquement composée d'un sol et de pierres. A quelques pas de l'endroit où nous étions se trouvait un terrain plein d'herbes hautes. Plus loin, la montagne apparaissait indistinctement au-dessus des terres de Svartalfheim, son sommet atteignant les nuages.
Loki fut le premier à avancer sur le terrain. « Par ici. »
Il prit l'initiative de nous guider comme nous nous y attendions, étant donné qu'il était celui qui avait étudié le plan le plus attentivement. Nous débutâmes notre voyage en traversant la plaine herbeuse, avançant en une seule colonne pour cacher notre nombre. Tandis que Thor et Loki étaient tout juste assez grands pour voir par-dessus l'herbe, le reste d'entre nous ne l'étions pas. Je marchai aveuglément derrière Hogun, et Sif avançait aveuglément derrière moi.
Tandis que nous marchions plus avant, j'écartai les herbes et me baissai vivement sous les feuilles penchées. L'herbe était mouillée par la rosée du matin. Quelques mèches de cheveux errantes étaient collées sur mon front, et là où elles ne l'étaient pas, mon front dégouttait d'eau. Mes habits et mon armure étaient tellement trempés que j'avais l'impression de porter un poids énorme sur mon dos et mes épaules.
Personne ne parla une fois que nous eûmes dépassé l'herbe et fûmes arrivés à l'orée d'une forêt. Loki – à présent accroupi – se faufilait entre les conifères, et nous fîmes de même. Juste devant nous, au-delà des nombreux arbustes et troncs d'arbres, je pouvais voir un petit chemin étroit. Il conduisait à l'intérieur de la montagne où se trouvait un autre tunnel, un trou aussi noir et béant que les abysses.
Nous nous arrêtâmes pour observer le passage de la montagne, et un vent de malaise circula parmi notre compagnie. Je jetai un regard à Loki pour voir de l'anxiété dans ses yeux. Il savait que c'était le chemin le plus court pour les Bois Célestes. Nous le savions tous, pas besoin de le dire. C'est pourquoi nous hésitâmes. C'était un passage souterrain si étroit, circulant si profondément dans la montagne qu'il avait tout d'un piège mortel. Mais nous n'avions que peu le choix.
« Nous ne pouvons pas prendre le risque de nous attarder ici un instant de plus » insista Sif. « Et vous savez à quel point j'ai horreur d'aller sous terre. »
« Dit-elle alors qu'elle nous a conduits dans le repaire d'un jorgandr… » railla Fandral.
A l'avant du groupe, Loki et Thor échangèrent un regard. Dès qu'ils échangèrent un signe de tête, ils se hâtèrent d'avancer et pénétrèrent dans le passage. Sans autre protestation, le reste d'entre nous les suivit.
Au moment d'entrer dans le passage, Loki nous fournit la lumière, comme toujours. Plus nous descendions dans la montagne, plus l'air semblait se raréfier, et à chaque seconde qui passait, je me sentais toujours plus suffoquer. Le tunnel était étroit, à peine assez large pour laisser passer deux personnes côte à côte. Pire encore, le plafond était bas et j'aurais pu jurer que la tête de Thor frottait contre.
« Ce passage est resté en état pendant très longtemps. » La voix de Sif paraissait douce et sourde dans ce chemin souterrain si étroit. « Les clans des Elfes Noirs évitent probablement de traverser les autres territoires. »
« Ils sont assez intelligents pour ne pas risquer la colère des autres » dit Fandral. « Contrairement à nous. »
« Nous sommes désespérés » dit Loki. Je le vis regarder dans ma direction. « Vraiment désespérés. »
Lorsque nous atteignîmes enfin l'autre côté, la lumière du jour nous éblouit, nous apportant un surplus de clarté – ce qui n'était pas très difficile. Malgré la faible intensité de lumière, mes yeux ne purent s'y habituer pendant ce qui me sembla une minute complète. De ce que je pouvais voir à travers les nuages, le soleil avait bien grimpé dans le ciel depuis notre arrivée. Je me demandai alors combien de temps cela nous avait pris pour passer par ce passage noir comme du charbon. Midi allait bientôt arriver nous avions dû marcher pendant des heures.
A l'extérieur, nous nous ruâmes vers les arbres et nous glissâmes furtivement dans l'ombre. Je sus immédiatement que nous avions atteint les Bois Célestes. Plus nous nous aventurions dans les profondeurs de la forêt, plus il faisait sombre. Bientôt il n'y eut plus que quelques rares zones éclairées pour nous montrer le chemin. Nous avançâmes parmi la flore sombre aussi furtivement que nous le pouvions. Le seul problème était que, quelle que soit notre prudence, nous ne serions jamais capables de savoir si les Elfes Noirs étaient près de nous. Ils seraient toujours bien plus silencieux et mieux dissimulés que nous ne pourrions jamais l'être. Ces bois sombres étaient leur demeure.
L'air de la forêt était frais et clair, ce qui était une bénédiction après avoir traversé le passage renfermé sous la montagne. Au-dessus de nous, les arbres bruissaient et frissonnaient de vie. Je regardai alentours tandis que nous avancions dans notre périple, luttant pour percevoir quelque chose à travers l'obscurité. Chaque parcelle de verdure apparaissait vierge, fraiche et forte. Même les bois de Vanaheim n'étaient pas aussi sacrés que les forêts de Svartalfheim et nous traitions les nôtres avec beaucoup de révérence. J'aurais trouvé cette promenade agréable si la situation avait été différente.
Pendant des heures nous fouillâmes la forêt. Loki agissait comme notre guide, nous conduisant auprès de chaque cours d'eau et de chaque rivière. Nous avancions à côté de ces zones d'eau, cherchant chaque parcelle de lumière visible – et il n'y en avait pas beaucoup. Je dis à mes compagnons ce que nous recherchions : des feuilles translucides et des tiges noires. La feuille des rêves serait particulièrement difficile à trouver dans la noirceur de la nuit ce qui signifiait que nous avions de moins en moins de temps pour la rechercher.
Nous traversâmes les bois, cherchant toujours, jusqu'à ce que la dernière source de lumière du soleil commençât à diminuer.
« Nous devons arrêter » dis-je à Loki. « Ce serait impossible de la trouver sans la lumière du jour. »
Il s'arrêta et me regarda silencieusement. Je pouvais sentir qu'il était d'accord, mais il répugnait néanmoins à le faire. Il ne voulait pas rester à Svartalfheim un instant de plus. Tout comme moi, d'ailleurs. « Ce serait risqué de rester dans la forêt » murmura-t-il. « A ce que l'on sait, les Elfes Noirs pourraient nous observer, attendant le bon moment pour attaquer. »
« Alors chacun d'entre nous va prendre un tour de garde » dit Fandral. « La journée a été épuisante, et au moment où le soleil va se coucher, nous ne pourrons plus rien voir. »
Loki acquiesça. « Nous devrions trouver un endroit isolé. »
Nous nous précipitâmes parmi les arbres, nos bruits de pas aussi silencieux qu'un murmure sur le sol doux et humide de la forêt. Après quelques minutes, nous atteignîmes un taillis vers lequel les autres arbres étaient serrés. C'est ici que nous disposâmes notre abri, au milieu des buissons et entre les troncs d'arbres.
Une fois que nous fûmes installés, Loki se porta volontaire pour prendre le premier tour de garde, et il disparut au sommet du tronc d'arbre le plus large. Il ne fallut pas attendre longtemps avant que tous les autres ne trouvent le sommeil, tant ils étaient épuisés du voyage de la journée.
Mais le sommeil ne voulait pas me prendre.
Je restai allongée sur le dos, fixant les arbres au-dessus de moi ils ressemblaient à des troncs remplis de feuilles, les branches étant cachées derrière des nuages verts. Les arbres se tenaient bien droits, imposants, comme des gardiens silencieux. Ce qui les rendait si magnifiques était la douce luminosité que la lumière de la lune semblait jeter sur la verdure. Contrairement au soleil, la lune faisait rayonner la forêt, et je compris alors pourquoi ils parlaient de Bois Célestes.
Dans la douce quiétude de la nuit, je pus admirer la beauté de Svartalfheim. Tout était étonnamment tranquille. Peut-être même un peu isolé.
Inspirant profondément, je me mis debout et grimpai lentement sur le tronc le plus proche. Ce n'était pas une montée facile, et je n'ai jamais été une très bonne grimpeuse, mais je réussis à avancer avec un peu d'effort.
Je vis Loki près du sommet, dissimulé dans les feuilles. Il était assis sur la branche la plus épaisse, le dos contre le tronc, la jambe droite étendue. Une de ses mains tenait son genou gauche, faisant tournoyer une de ses dagues. Sans même bouger, il me lança un court regard avant de recommencer à fixer le sol de la forêt.
« Tu ne dors pas ? » Il parlait à peine assez fort pour que je puisse l'entendre, même dans le silence total de la forêt.
« Le sommeil m'évite. Et la peur ne me quitte pas, comme ce fut le cas toute la journée. » Me tenant sur une branche d'arbre non loin de la sienne, je m'adossai contre le tronc avec une main. L'écorce craqua inconfortablement au contact de la paume de ma main, mais je n'y faisais pas attention. « Ce qui est assez problématique, étant donné que je n'avais pas bien dormi non plus la nuit d'avant. »
J'essayai de percevoir les alentours au-delà des pins proches de nous, mais le feuillage faiblement éclairé était si dense que je ne pouvais pas même voir au-delà de l'arbre où nous étions cachés. Au-dessous, je pouvais distinguer quelques parties de notre camp. Les troncs d'arbre formaient un cercle autour de nous, nous protégeant. Les Elfes Noirs n'auraient pas besoin d'être tout près de nous pour nous repérer mais j'étais sûre que Loki pourrait s'occuper d'eux avant qu'ils ne le puissent.
Le calme ambiant fut perturbé lorsqu'il reprit la parole. « Il y a quelque chose que je voudrais savoir. »
Je tournai la tête pour l'apercevoir. « Oui ? »
« La nuit dernière, tu as évoqué ta mère » dit-il. « Parle-moi d'elle. Si ça ne te dérange pas. »
« Ma mère ? » Je me saisis de la branche d'arbre au-dessus de lui pour grimper plus en hauteur. Ce n'était pas beaucoup plus haut que la branche où il était assis, même si nous étions séparés par plus de vingt centimètres. Je me perchais sur le bord de la branche, la semelle de mes bottes appuyée contre la branche de Loki. « Non, ça ne me dérange pas. » Le vide dans mon cœur semblait dire autre chose, mais je l'ignorais. « Que veux-tu savoir ? »
Il hésita, et ses yeux s'attardèrent sur moi avant qu'il ne se retourne pour scanner la clairière derrière nous. « De quoi est-ce que tu te souviens sur elle ? »
Je fixai mes mains sur mes genoux. Elles étaient recouvertes de poussière et de griffures. Je les frottai distraitement tandis que je me rappelai ce qui était arrivé il y a si longtemps. « Elle a attrapé la maladie de Rydia lorsque j'étais très jeune… alors je ne me souviens pas beaucoup d'elle, pour être honnête. »
Mon cœur se serra à cette pensée. Le souvenir le plus vif que je conservais de mon enfance était sa mort – les jours avant sa mort. « Je me souviens avoir couru dans les champs, parmi les fleurs sauvages. Un jour comme un autre, vraiment. » Je fronçai les sourcils tandis que des détails refaisaient surface. « Je jouais à me battre en duel avec un des gardes de mon père. Ma nourrice et tous les autres gardes… riaient. J'étais si jeune et si petite j'imagine que ça devait être quelque chose de très amusant à voir pour eux. »
Je m'attendais presque à ce que Loki m'interrompe, mais il ne dit pas un mot. Alors je continuai. « Puis un des servants vint… vint me dire que ma mère était tombée malade. Alors je savais que… je le savais. » La main contre mon front, je secouai la tête. « Ils ne m'ont pas laissé la voir. Ils n'étaient pas certains que j'étais immunisée. Alors j'ai simplement attendu à l'extérieur de la maison de guérison, ne sachant pas et ne comprenant pas ce qui se passait. Elle est morte trois jours plus tard. »
« Je suis désolé. » Le remord dans sa voix me fit lever les yeux. Lorsque je levai la tête, je réalisai que le regard de Loki était posé sur moi, son attention mobilisée. « Je ne voulais pas réveiller des pensées désagréables. Tu dois avoir des souvenirs affectueux d'elle. »
Une larme s'échappa du coin de mon œil. Me détournant de Loki, j'essuyai à la hâte le sillon humide sur ma joue. « Je, hum… il y a une chose qu'elle avait l'habitude de me dire. Souvent, d'ailleurs. » J'eus un rire un peu tremblant. « Mon père nous emmenait rendre visite aux seigneurs de Vanaheim tandis que le Seigneur Njord était absent. Il n'y avait rien que détestais plus j'avais tellement peu de patience dans ma jeunesse. Comme toujours, je me plaignais sans cesse en disant que je voulais retourner à la maison. Et chaque fois, ma mère me disait ''ta demeure se trouve là où tu es la plus aimée''. C'est juste que… j'ai toujours pensé que c'était une très belle pensée. »
Je repérai le petit sourire de Loki tandis qu'il détournait les yeux, baissant le regard sur le camp où nos amis étaient allongés.
« C'est ce dont je me souviens le mieux la concernant » murmurai-je. « Je me souviens de ses mots. Mais je ne me souviens pas de son physique ou du son de sa voix. La plus grande partie de ce que je sais sur elle vient des autres dames de la cour, des soigneurs, ou de ma servante. » Je fis face à Loki, posant mes épaules contre le tronc d'arbre. « Elle était une guérisseuse. Est-ce que je t'en avais déjà parlé ? »
« Non, tu ne l'avais pas fait » dit doucement Loki. « Alors c'est d'elle qui tu as hérité tes aptitudes. »
« Je suppose » répliquai-je. Secouant la tête, je plaçai le dos de ma main contre ma bouche comme si cela pouvait endiguer mes sanglots. « N'est-ce pas terriblement ironique ? Elle est morte d'une maladie qu'elle avait été entrainée à soigner. Comment puis-je espérer accomplir ce qu'elle n'a pas pu faire ? »
Lorsque la main de Loki s'étendit pour prendre la mienne, je lui jetai un regard, mon cœur faisant un bruit sourd dans mon torse. « Je te donne ma parole que nous accomplirons ce que d'autres n'ont pas pu faire » dit-il. « Nous allons trouver la feuille de rêves, et Hildegund sera soignée. Ne t'inquiète pas. »
Sa promesse me réchauffa le cœur. C'était plutôt étrange de le voir me réconforter, mais ce n'était pas du tout déplaisant. « Merci Loki. »
« Tu devrais essayer de te reposer » me dit-il en retirant sa main. Ma peau picotait sous l'absence de son contact. « Nous aurons besoin de ton regard perçant demain. »
Avec lassitude, je me frottai les yeux du bout des doigts. « Ce serait probablement mieux. J'ai du mal à garder les yeux ouverts. »
« Fais de beaux rêves, Eirlys. »
Après lui avoir adressé un sourire reconnaissant, je descendis jusqu'au pied de l'arbre et me positionnai en chien de fusil le long d'une de ses racines. Dès que je m'immobilisai, je fus enfin emportée par le sommeil.
Lorsque le matin arriva, je me levai avec le soleil.
Nous mangeâmes les provisions que nous avions apportées avec nous : de la viande séchée, du pain et des fruits qui ne dureraient qu'un jour. Je ne pus qu'imaginer Volstagg ronchonner à propos de l'horrible simplicité de notre repas. Chaque fois que nous voyagions avec lui, il se débrouillait toujours pour que nous mangions bien les repas qu'il apportait étaient systématiquement délicieux. Puis je me souvins de la raison pour laquelle il n'était pas ici pour exprimer son opinion, et mon amusement s'éteignit.
Après avoir rapidement mangé, nous continuâmes notre quête. Tout comme auparavant, nous restâmes silencieusement dans la forêt, le son de nos pas masqué par un cours d'eau. J'observai soigneusement chaque rai de lumière, ralentissant pour m'assurer que je ne manquai pas la feuille de rêves. A une ou deux reprises, j'aurais juré avoir aperçu des feuilles translucides, mais il ne s'agissait que de mon imagination.
Le soleil progressait rapidement dans le ciel, et le matin devint le milieu de journée. Et c'est alors que notre chance tourna.
« Là-bas ! » s'exclama Thor en se mettant à courir à côté de moi.
Je parcourus du regard la zone qu'il indiquait. Mon souffle se bloqua dans ma gorge au moment où je repérai la plante bien précise que nous cherchions. Ses feuilles étaient aussi pures qu'un verre de cristal. Les veines qu'elle contenait étaient d'un vert lumineux devenant progressivement d'un noir ébène en s'approchant de la tige. Ses branches étaient de la largeur d'un doigt, noires et s'entortillant les unes avec les autres en remontant vers le ciel. La feuille des rêves, avec toutes ses feuilles, rayonnait pratiquement dans le soleil.
« Ça ne peut être que ça » dis-je en courant vers le petit arbuste. Je m'agenouillai à côté et jetai un coup d'œil alentours pour être sûre que nous n'étions pas observés. Tandis que je regardai, il m'apparut évident que je n'aurais pas été capable de percevoir les Elfes Noirs même s'ils avaient été là. « Nous devrions tous en prendre quelques échantillons, juste par précaution. »
Tout le monde acquiesça sans évoquer le pourquoi de mon raisonnement. Avec les petites lames tranchantes que j'avais avec moi, je coupai plusieurs tiges de feuilles, en donnant à chacun au moins une poignée. Puis je sortais une petite pelle et commençai à creuser autour des racines d'une main délicate.
« Qu'est-ce que tu fais ? » me demanda Loki, à mes côtés.
Le regard perplexe qu'il me lançait m'aurait fait rire dans d'autres circonstances. « Je le prends avec moi. » J'écartai délicatement un peu de saleté. Mes mains déjà encrassées furent plus que jamais couvertes de boue. « Nous aurons toujours besoin de plus de feuilles de rêves dans le futur, alors nous allons avoir besoin de les cultiver nous-même. Celui-ci est assez petit pour que je puisse le transporter. »
Loki n'ajouta rien. Son sourire presque imperceptible voulait tout dire.
Avec le pied de la feuille de rêves enfermé dans mon petit sac, je me relevai et hochai la tête. « Rentrons. »
Nous nous en allâmes en courant plus vite que nous ne l'avions fait jusqu'à présent, maintenant que nous n'étions plus à la recherche de la feuille de rêves. Je me retrouvai à la queue de notre groupe, luttant contre ma fatigue pour suivre le rythme. Loki ralentit pour me rejoindre, comme pour s'assurer que je n'étais pas laissée en arrière.
Lorsque nous rejoignîmes le passage dans la montagne, Loki nous fournit à nouveau de la lumière, même s'il ne nous guidait pas. Il resta à mes côtés, semblant prêt à venir à mon aide si j'en avais besoin. A mon plus grand amusement, c'était Fandral qui fut le plus maladroit, et il trébucha contre une roche particulièrement large qui ne se voyait pas dans le noir. Elle roula et alla se cogner contre le mur, et le claquement sourd se répercuta dans le tunnel étroit.
La seconde d'hilarité qui s'était éveillée en moi vacilla et s'éteignit au son d'un grondement distant. Lorsque les cailloux et la poussière commencèrent à tomber du plafond, Sif s'arrêta et se retourna pour nous jeter un regard. Sa bouche s'entrouvrit quelques secondes, et je réalisai rapidement ce qui était en train de se passer. « Le tunnel s'effondre ! » dit-elle en tendant la main. « Venez ! »
Je me remis en marche, mais la quantité croissante de roches et de poussière s'élevant entre Sif et moi me força à stopper net. Ayant l'intention de m'élancer à travers le torrent de roches, je me préparai à lancer une barrière magique.
Mais je ne fus pas assez rapide.
J'entendis le crac avant de le voir tomber – un énorme rocher au-dessus de nous s'était détaché. Un simple battement de cœur plus tôt, j'aurais été écrasée, mais Loki me plaqua au sol.
Abasourdie, autant par le choc qui me fit frapper le sol que par le fait que Loki était plaqué sur moi, je clignai des yeux rapidement pour reprendre mes sens. Dès que j'eus rassemblé mes esprits, je lançai une barrière magique, nous englobant tous les deux pour parer au déluge de roches.
Je fermai très fort les yeux et priai silencieusement les Nornes pour que nous ne mourions pas en ce jour.
Puis, tout s'arrêta.
Tout était silencieux.
Lentement, j'essayai de percevoir quelque chose à travers les ténèbres et me rendis compte que la poussière était retombée et que les pierres avaient cessé de tomber sur nous. Loki bougea, levant la tête de mon épaule sur laquelle elle était posée. Il me regarda, et son regard parcourut ma silhouette pour évaluer mon état, tandis que ma magie nous fournissait une douce lumière bleue.
Je haletai comme si j'avais couru sur des lieues, mon torse se soulevant presque douloureusement. « Est-ce que tu vas bien ? » lui demandai-je, ne désirant pas évaluer son état de la même manière que lui étant donné une telle proximité.
Il se contenta d'acquiescer, et son souffle chatouilla mon cou. Ignorant le frisson qui menaçait de faire imploser mon corps, je levai la tête. A travers les ténèbres, je surveillai les alentours pour être certaine qu'aucune autre roche ne nous tomberait dessus lorsque nous bougerions. Puis je pris une grande inspiration et laissai la barrière se dissiper. Nous soupirâmes tous les deux de soulagement en voyant que nous n'étions pas morts instantanément.
Avec des gestes prudents, Loki se releva et fit apparaitre de la lumière avant de me tendre la main. J'acceptai son aide et me relevai sur mes pieds en tremblotant.
Un mur de pierre se tenait devant nous, bloquant complètement le passage qui devait nous reconduire à la rune du Bifrost. Nous étions les deux seuls en vue, ce qui signifiait que le reste du groupe se trouvait de l'autre côté. Ou alors ils étaient enterrés sous les rochers. Mon estomac se souleva à cette pensée.
« Ne t'inquiète pas pour eux » dit Loki. « Nous avons déjà été confrontés à de bien pires situations. »
« Mon frère ! Peux-tu m'entendre, mon frère ? »
« Oui, je t'entends » répondit Loki en se rapprochant légèrement du monticule de pierre qui nous barrait le chemin. « Es-tu blessé ? »
« Non, nous sommes indemnes » dit Thor, sa voix forte n'étant qu'un murmure à travers le mur de roches. « Eirlys est avec toi ? »
Loki me jeta un rapide coup d'œil. « Oui, elle est là, elle va bien. »
« Recule, mon frère. Je vais faire exploser ces rochers. »
« Non ! » s'écria Loki. « Non, ne frappe pas les rochers. Le reste du tunnel pourrait tomber sur nos têtes. »
Il y eut un moment de silence, et Loki soupira.
« Vous devez retourner à Asgard » dis-je en m'approchant pour venir à ses côtés. La lumière de Loki projetait d'étranges ombres tout autour de nous. « Hildegund a besoin de ce remède. Elle a besoin de ces feuilles de rêves. »
« Nous trouverons un autre chemin de retour » lui assura Loki.
Je fronçai les sourcils, et mes yeux croisèrent ceux de Loki tandis que j'entendais les autres discuter de l'autre côté. Leurs voix n'étaient rien de plus qu'un murmure indéchiffrable. « Fais attention, Loki » répondit enfin Thor.
« Toi aussi. » Un silence total suivit. Nous nous regardâmes, la lumière éclairant le visage de Loki avec une étrange teinte de vert. « Nous devrions y aller. »
Il tourna les talons, attentif aux débris qui jonchaient le sol. Je l'imitai, m'arrêtant seulement pour ouvrir mon sac et m'assurer que la plante donnant la feuille de rêves était toujours intacte. La plante robuste semblait être en un seul morceau, à part pour quelques feuilles perdues et une ou deux tiges pliées. Souriant légèrement, je remerciai les Nornes pour nous avoir tous permis de rester relativement indemnes avant de me hâter de rejoindre Loki.
« Merci » lui dis-je. Un de ses sourcils se fronça lorsqu'il me jeta un coup d'œil. « Pour m'avoir sauvé la vie. »
Loki acquiesça et se tourna vers l'avant, regardant vers le bout du tunnel. « De rien. »
Le souvenir de son corps me pressant contre le sol était à jamais imprimé dans mon esprit. Il m'avait aidée et protégée sans un seul moment d'hésitation, même à ses propres risques et périls. Le fait que Loki ait agit ainsi signifiait bien plus pour moi que je ne pourrais jamais l'exprimer.
« Est-ce que… est-ce que tu sais comment retourner au site du Bifrost ? » lui demandai-je. « Par un autre chemin, je veux dire. »
« Oui. » Il laissa sa lumière se dissiper tandis que nous atteignions le bout du passage. « Suis-moi. Et reste derrière moi. »
J'acquiesçai et me rapprochai encore plus de ses côtés. Ensemble, nous sortîmes du tunnel et marchâmes dans la lumière du jour.
Note de l'auteur :
A mon incroyable bêta, Hr'awkryn, je donne toute ma gratitude. Et à nouveau, je remercie tous mes reviewers, tous ceux qui ont mis en favori, et tous ceux qui ont ajouté mon histoire dans leurs alertes.
A tous mes guest reviewers : vos mots m'ont vraiment fait sourire d'un pur bonheur. Alors s'il vous plait, laissez tous une review ! J'aime tellement recevoir des nouvelles de mes lecteurs !
