Note de la traductrice :
Bonjour tout le monde ! Euh… Je crois que je vais malheureusement devoir publier les chapitres toutes les trois semaines au lieu de toutes les deux semaines, parce que je n'arrive vraiment pas à tenir le rythme. :s J'espère que ça vous ira. ^^
Aaaah ce chapitre ! Je pense qu'il vous fera autant de plaisir à lire que j'en ai eu à le traduire ! Comme vous vous en doutez, il va y avoir un max de Loki, et ça fait du bieeeen ! :D Même s'ils ne sont pas au bout de leurs surprises… Bon ok, je me tais et je vous laisse profiter.
Groooooos bisous à tous, et surtout à mes fidèles chéries que j'aime plus que tout. *gros câlins particuliers* Je vous dédie ce chapitre tout particulièrement. :)
L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.
CHAPITRE DIX-HUIT
High and Dry
Les heures défilèrent très rapidement tandis que Loki et moi traversions les terres de Svartalfheim, sans ralentir ni nous arrêter. La zone boisée que j'avais auparavant trouvée si sereine semblait à présent hantée, un sombre moyen de se rappeler que nous étions coincés dans un royaume qui voulait notre mort.
Nous ne parlâmes pas. Nous n'en avions pas besoin. Nous nous contentions de coups d'œil entendus pour remplacer le moindre échange de paroles. De temps en temps, Loki prenait ma main dans la sienne et me conduisait à travers des buissons. Toute cette aventure était bien plus facile pour lui, avec ses longues jambes et son endurance. Pour moi, ce n'était qu'une épreuve sans fin. Mes poumons semblaient en feu, tout comme mes muscles. Je tremblai et trébuchai sans cesse, ayant même failli tomber sur la tête si Loki n'avait pas resserré sa prise sur moi.
Plus nous voyagions loin, plus la terreur en moi grandissait. Il ne m'avait pas parlé de ses plans, ni même dit s'il en avait un. Je n'avais aucune garantie. Mais je pouvais sentir dans ses yeux, chaque fois qu'il se retournait vers moi, une résolution silencieuse. L'assurance qu'il allait nous faire sortir de Svartalfheim. Je savais que je pouvais compter sur lui, ici et maintenant. Et, à cet instant, je le croyais entièrement.
Sans prévenir, il s'arrêta, et je faillis le percuter dans le dos. Se tournant, il saisit mon épaule avec sa main libre pour me stabiliser. Il se tint immobile, le corps tendu, et il scruta le sommet des arbres qui nous entouraient. Je l'imitai, bien que mes yeux et mes oreilles ne percevaient rien d'anormal. Dans les ténèbres de la forêt, je ne voyais rien d'autre que du vert, je n'entendais rien d'autre que le bruissement des feuilles.
Une minute entière sembla passer avant que sa posture ne se relâche, que le malaise de son comportement ne diminue légèrement. Même si nous continuions à rester silencieux, nous partageâmes un regard perçant. Je lui offris un signe de tête d'approbation, lui faisant implicitement confiance pour nous deux. Il me retourna mon geste avant de repartir à nouveau, et je le suivis.
Pendant tout le reste du jour, nous avançâmes parallèlement au pied de la montagne. D'après ce que je me rappelai de la carte que j'avais étudiée, la montagne s'étendait sur une soixantaine de kilomètres avant de s'incurver vers l'est. Cela pouvait nous prendre des jours pour trouver notre chemin.
Tandis que le soleil commençait à se coucher, nous dépassâmes un dernier massif de buissons, sortant enfin des Bois Célestes. J'écarquillai les yeux devant la lumière saisissante de cette fin de journée. Le soleil vermillon donnait l'impression que le paysage entier baignait dans le sang. Devant nous, les terres de Svartalfheim s'étendaient sur des kilomètres, montrant un terrain plat avec de l'herbe à hauteur d'épaule, ainsi que des arbres et des rochers.
A l'orée des bois, Loki s'arrêta pour lancer un regard rapide en arrière. Il n'y avait aucun mouvement dans les arbres, ni dans l'herbe, mais ça ne signifiait pas qu'il n'y avait personne.
Il se tourna vers moi, sa peau pâle rendue rouge dans la lumière du soir. « Peux-tu continuer ? »
A bout de souffle, je ne pus qu'acquiescer en réponse.
Alors nous nous mîmes à nouveau en route, sa main glissant de la mienne. Mes doigts semblaient comme vides sans son contact.
Nous ne nous arrêtâmes pas une seule fois. Pas tant que le soleil n'ait entièrement plongé sous l'horizon, et que la terre fut plongée dans la nuit. Notre nouvelle source de lumière ne provenait pas d'une, mais de deux lunes qui s'élevèrent haut dans le ciel. L'une était bien plus large que l'autre, même si toutes deux étincelaient. Comme deux sphères de magie dressées contre l'obscurité.
Mes jambes devinrent tremblantes au moment où nous nous mîmes à l'abri dans une alcôve sous une large roche. Je ne pus que m'effondrer, mes membres rendus lourds comme du plomb par la fatigue. Me rapprochant en rampant, je m'appuyai contre la roche et laissai mes yeux se reposer un court instant. Je me forçai rapidement à les ouvrir à nouveau, car j'étais bien trop effrayée pour les garder fermés plus de quelques secondes.
Loki s'effondra à mes côtés, ayant l'air aussi épuisé que je l'étais. Malgré sa fatigue palpable, je soupçonnai qu'il aurait pu continuer à avancer. Mais j'en étais absolument incapable. Pas après avoir traversé Svartalfheim pendant environ une douzaine d'heures.
« Est-ce que nous sommes toujours sur le territoire de Nalak ? » demandai-je, à bout de souffle.
Il acquiesça faiblement. « S'ils nous trouvent, ils pourraient nous faire prisonniers. »
Mon sang se glaça. « Pour quelles raisons ? Comme esclaves ? »
« Non, ils voudront faire de nous un exemple. » Son expression s'assombrit. « Ils n'apprécient pas que d'autres personnes pénètrent sur leurs terres. En particulier les Asgardiens. »
Un frisson me parcourut le dos à cette idée. Ils ne vont pas nous trouver, pensai-je. Loki va s'en assurer. Bien que je continuai à essayer de me rassurer, je n'étais pas sûre que nous soyons vraiment en sûreté. Respirant fortement, je fis un effort pour écarter toute pensée sinistre de ma tête. Ressasser des idées aussi effrayantes ne me ferait aucun bien.
Humidifiant mes lèvres sèches, je baissai les yeux sur mes mains couvertes de saletés. Elles tremblaient de faiblesse, et je me demandai comment j'avais pu survivre à cette journée. J'étais plus épuisée que personne n'aurait pu le supporter. Je n'avais presque pas dormi pendant ces deux dernières nuits consécutives, et j'avais couru plus loin que je ne m'en serais crue capable.
« Tu sembles particulièrement lasse. » Il tendit la main et la posa sur mon front, semblant chercher du regard. « Es-tu tombée malade ? »
Je ressentis un petit frisson sur le front, ne comprenant pas au premier abord ce qu'il voulait dire. Mais je réalisai progressivement que, selon toute probabilité, il faisait référence à la maladie de Rydia. J'étais tellement rongée par l'inquiétude à propos de Hildegund et de la feuille des rêves que je n'ai pas pris le temps de réfléchir à ma propre immunité à cette maladie, dont je n'étais pas certaine. « C'est vraiment peu probable » l'assurai-je. « Si j'avais été contaminée, je n'aurais pas été capable d'embarquer dans cette aventure, et encore moins de rester consciente jusqu'à maintenant. »
« En es-tu sûre ? Tu peux à peine tenir debout. Je ne pense pas avoir déjà vu quelqu'un devenir si faible aussi rapidement. »
« Mon père est immunisé je peux tout à fait supposer que je le suis aussi, même si ma mère ne l'était pas. » Je plissai les yeux et commençai à me demander si Loki ne se moquait pas de moi. « Je n'ai tout simplement pas la même endurance que les grands guerriers des Neuf Royaumes. C'est pourquoi je me démène comme je peux. »
Il y eut peut-être le fantôme d'un sourire sur les lèvres de Loki lorsqu'il laissa retomber sa main. « Alors tu devrais te reposer. » Il se redressa un peu et inspira profondément. « Je vais monter la garde. »
« Et toi ? »
Il leva un sourcil vers moi. « Tout ira bien. »
Sans autre protestation, j'acquiesçai et me laissai glisser contre le rocher. Allongée dans la poussière, je me pelotonnai sur le côté, tournée vers Loki. Je me réconfortai à l'idée qu'il était à ma portée, accroupis contre un morceau de roche. La fraicheur de la nuit me fit frissonner, mais j'étais bien trop épuisée pour penser seulement à lancer un sort pour me réchauffer. Alors je me contentai de poser ma joue sur ma main et me permis enfin de fermer les yeux.
Cet instant de paix dura à peine le temps d'un souffle.
Je vacillai en entendant un caillou rouler au loin. Le crépitement d'énergie que je ressentis dans l'air me fit me redresser aussitôt, les yeux grands ouverts.
Loki fut plus rapide de quelques secondes. Il sauta sur ses pieds et lança une dague sur un ennemi que je ne pouvais voir. Peu après, nous pûmes entendre le son atroce de gargouillis et un bruit sourd.
Tout nous déferla dessus en un clin d'œil.
Une nuée d'Elfes Noirs afflua en masse dans notre alcôve, les armes tirées. Je me relevai péniblement sur les pieds, lançant au hasard une barrière à l'instant où je vis une rafale de boules d'énergie se ruant vers nous. Loki jeta un coup d'œil vers moi, le regard surpris, tandis que les boules s'écrasaient contre ma barrière et se dissipaient dans une pluie d'étincelles. Lorsque je laissai ma magie s'estomper, Loki se tourna et lança une autre dague, frappant le magicien directement à la gorge.
Tandis que Loki s'élançait dans la bataille, je reculai et dégainai mon épée. Ma terreur doubla lorsque ce geste sembla attirer l'attention de l'Elfe Noir le plus proche. Il regarda la lame dans ma main, et un sourire glacial étira les coins de sa bouche.
A cet instant, les paroles de Sif flottèrent à la surface de mon esprit, des paroles prononcées pendant mon entrainement à plus d'une occasion. Tu as un avantage, Eirlys, dit-elle. Tes compétences n'atteindront peut-être jamais celles de tes ennemis, néanmoins ils vont te sous-estimer. C'était une idée encourageante, qui me rassurait un peu plus vis-à-vis du combat que je devais effectuer. Surprends-les.
De l'adrénaline remonta dans mes veines, et je bloquai maladroitement l'arrivée d'un coup. Mes bras tremblèrent sous la force du choc. L'Elfe Noir attaqua à nouveau, et j'esquivai avant de lancer mon premier coup. Il fut facilement paré. Nos épées se heurtèrent une, deux, puis trois fois, le bruit du métal se fracassant contre le métal se répercutant fortement dans mes oreilles. Lorsque l'Elfe Noir me lança un coup de son tranchant, je fus repoussée en arrière jusqu'à ce que je heurte le rocher de l'alcôve.
Le cœur au bord des lèvres, je me jetai à terre et me tournai difficilement sur le côté tandis qu'il me frappait à nouveau. Levant les yeux vers mon adversaire, je le vis lever son épée au-dessus de sa tête pour m'asséner ce qui semblerait être un coup fatal. Je me souvenais alors de ce que Loki m'avait appris dans la bibliothèque me traversèrent l'esprit. Je priai pour ne pas commettre d'erreur.
Je tendis ma main gauche et projetai une boule d'énergie, frappant mon adversaire directement dans les yeux. Cet instant d'aveuglement me suffit à me lever sur un genou et à lui transpercer l'abdomen. Il fut surpris que je puisse le battre. Mais pas autant que moi.
Resserrant ma prise, j'arrachai mon épée de sa chair, et sa lame naguère brillante était recouverte de sang. Je me hissai sur mes pieds, reculant lentement lorsque le corps retomba sur le sol. Ce corps sans vie. Ces yeux vides. Cette vue me donna l'impression d'être vide. Malade.
Paralysée.
Ma stupeur fut écourtée lorsque je fus obligée de contrer une autre lame. Je me précipitai en arrière, ayant failli trébucher sur mes propres pieds, mon épée levée devant mon adversaire suivant. Tandis que l'Elfe Noir approchait pour me frapper, une des dagues de Loki s'éleva dans l'air et l'atteignit en plein cœur. L'Elfe s'effondra devant moi et je me détournai, ne lui jetant plus le moindre regard.
Regardant autour de moi, je réalisai bien vite que Loki et moi avions été séparés l'un de l'autre. Cinq Elfes Noirs s'avançaient vers lui, tandis que deux autres semblaient préférer m'attaquer. Comme il avait probablement remarqué la même chose, Loki jeta un de ses sorts, et plusieurs illusions de lui-même vinrent rejoindre le combat. Nos ennemis semblèrent se figer, ne sachant pas comment s'y prendre, et leur attention se détourna de moi.
Tandis que les répliques de Loki esquivaient et se faufilaient parmi les Elfes Noirs, j'allais au milieu de la bataille en espérant trouver le vrai Loki. Avec le peu de magie qu'il me restait, je me protégeai tandis que je circulai.
Une puissante explosion de magie vint de ma droite, assez forte pour détruire ma barrière. Je me tournai avec une pirouette et fus forcée de bloquer l'épée m'attaquant avec le plat de ma propre épée. Mon attaquant me repoussa en arrière, et fut à deux doigts de me jeter au sol. Mais je repris mon équilibre, clignant des yeux avec perplexité en voyant qu'il n'avançait pas vers moi.
Je n'étais pas consciente de l'enchanteur derrière moi. Je ne réalisai sa présence que lorsque je fus frappée par derrière avec une boule d'électricité.
Un courant incroyablement douloureux se propagea rapidement à travers mon torse et mes membres. C'était comme si quelqu'un avait pris le contrôle de tous mes muscles et envoyait une douleur lancinante à travers chaque centimètre de mon corps. Frostblade glissa de ma main, cliquetant sur le sol. Je n'avais pas même réalisé que je criai jusqu'à ce que ma souffrance s'arrête et que je tombe à genoux, étourdie.
Ma peau vibrait – à moitié par la douleur, à moitié par engourdissement. Je n'avais ni le temps, ni l'énergie d'atteindre mon épée avant qu'une main ne tire ma tête en arrière par les cheveux, la racine de chacun de mes cheveux picotant sous ce geste. Je ne pus que gémir en retour, incapable de résister. Un objet invisible vint se poser contre ma gorge, froid, pointu et mortel. Si je faisais le plus petit mouvement, j'étais certaine de mourir.
« ARRETE ! Ou je la tue. »
Je faillis m'arrêter de respirer lorsque mon regard tomba sur Loki. Ses répliques se dissipèrent, et il se tint seul parmi une demi-douzaine d'Elfes. Il resta parfaitement immobile, une dague dans la main, prête à être lancée. Ses épaules se levèrent et retombèrent avec fatalité sous la lumière des deux lunes. Au milieu du silence, il regarda fixement l'Elfe Noir derrière moi, celui qui me tenait en otage.
Puis il me regarda, nos yeux se croisèrent, et je vis ce que je n'aurais jamais cru y voir : de la peur. Une peur sans nom. Il resta figé, muet, tandis qu'il regardait l'épée dentelée pressée contre ma gorge.
Après un battement de cœur, il déglutit et leva ses mains dans un geste de soumission, laissant sa dague glisser de ses doigts. Dès que la dague reposa sur le sol, un des sorciers s'élança vers lui.
Sans prévenir, l'Elfe Noir frappa Loki d'une boule d'électricité. Elle était bien plus puissante que la magie qu'ils avaient lancée – tellement que Loki vola en arrière, frappant le rocher derrière lui. Je criai son nom tandis qu'il se recroquevillait sur le sol, le courant grésillant fortement à travers lui. Il tremblait, mais ne fit pas d'autre mouvement. Ni ne fit le moindre son.
Je fus jetée au sol, la tête la première, et atterrit lourdement sur mes épaules. Un Elfe Noir approcha et m'enleva mon sac, lançant à peine un regard à son contenu. Il le lança à un de ses compagnons avant de me retourner sur le dos avec la pointe de sa botte. Avec un sourire tordu, il m'attacha les mains et me hissa sur les pieds.
Les menottes qu'il utilisait pour garantir sa sécurité étaient lourdes, ce qui me rendait difficile de lever les bras. Je sentis le bourdonnement d'une sorte d'énergie magique émanant d'eux. Cela me fit ressentir une sorte de creux, comme s'il y avait un énorme vide dans mon cœur. Il ne fallut pas longtemps avant que je ne réalise que les chaines emplies d'énergie supprimaient ma magie. Chaque tentative pour jeter un sort était inutile.
J'observai tandis qu'ils faisaient de même pour Loki, le forçant à se lever pour l'attacher avec des chaines. Il apparut plutôt abasourdi, ses yeux vitreux croisant les miens pendant un bref instant. L'expression de peine qu'il arborait fut la dernière chose que je vis avant qu'ils ne recouvrent ma tête d'un sac noir.
Ils nous firent marcher sans que personne ne dise un mot. Affaiblie d'une part par la fatigue et d'autre part par le sort violent jeté sur moi, je ne pus faire grand-chose d'autre que de me trainer aveuglément en avant en ressentant de temps en temps une pression dans mon dos encore tremblant pour me guider.
Même si je ne voyais rien, je pouvais entendre tout ce qui se passait autour de moi : les innombrables pas de nos ravisseurs, les occasionnels murmures, les hurlements distants du vent. Je fus capable d'identifier la présence de Loki près de moi en entendant le tintement de ses chaines.
Nous semblâmes voyager pendant des heures, la semelle de mes bottes frottant contre un sol sec et sans herbe. A un moment donné, tout devint silencieux et froid, nos pas se répercutant jusqu'à nous. Un tunnel. Les Elfes Noirs nous entrainaient sous la montagne.
Plus d'une fois je titubai, et chaque trébuchement se heurtait à un grondement et à une poigne dure tirant sur mes bras. Avant même notre violente rencontre sous les rochers, j'étais au-delà de l'épuisement. A présent, j'étais tout simplement comme morte sur mes pieds. Mes jambes se battaient pour coopérer, et, bien que je fus aveugle, je sus que j'étais sur le point de m'évanouir.
Brusquement, un de nos ravisseurs me saisit par le bras et me projeta en avant. Je sentis le sol sous mes pieds passer d'une poussière sèche à de la pierre. Nous entrions dans un bâtiment – un château qui avait connu des jours meilleurs, ou du moins le présumai-je en me basant sur le peu que je connaissais de Svartalfheim. Tout comme dans les tunnels que nous avions traversés, l'atmosphère ici était calme, étouffante et assourdie. Nous avions marché pendant une bonne partie de la nuit, et il semblait que la plupart des Elfes Noirs vivant à l'intérieur étaient à présent endormis. Non pas que Loki et moi puissions utiliser leur nombre réduit à notre avantage, étant donné l'état où nous étions.
Avec des mots tranchants et des mains rêches, je fus conduite au bas d'un escalier en colimaçon. Nous tournâmes et tournâmes encore, ce mouvement de toupie me donnant un vertige écœurant. Plus nous descendions, plus ma panique augmentait je finis par ne plus savoir où se trouvait Loki, s'il était près de moi ou s'ils l'avaient emmené autrepart. Ma poitrine se serrait douloureusement à l'idée d'être séparée de lui.
Au pied des escaliers, je fus stoppée. On me retira mon sac noir, et je clignai fortement des yeux devant la lumière des lunes.
Ils m'avaient amenée dans un donjon. Un froid humide s'infiltrait dans ces murs je pouvais le sentir dans mes poumons à chaque inspiration que je prenais. Il y avait une seule cellule dans cette chambre souterraine, et elle ne contenait qu'une seule fenêtre : un trou barré dans le mur, qui permettait à un fin rayon de lumière de passer.
Bien que je fus tremblante, terrifiée et stupéfiée, mon cœur fut grandement soulagé lorsque je vis Loki se tenir en face de moi. Il me lança un regard apparemment tout aussi désorienté.
« Vous attendrez votre sentence dans la matinée » dit l'Elfe Noir qui se tenait devant moi. « Le chef de notre clan voudrait parler avec toi. »
Lorsque soudain on me tira sur les cheveux, je ne pus m'empêcher de crier. Un de mes ravisseurs – celui qui m'avait enchainée – sourit et me repoussa sans cérémonie jusqu'à la cellule du donjon face à moi. Je titubai sur le sol, tombant lourdement contre le mur du fond. Avec un gémissement, je relevai la tête pour voir qu'ils tentaient de faire la même chose avec Loki.
Mais il ne le toléra pas.
Même si ma vision était toujours floue, je vis Loki attraper l'Elfe Noir qui m'avait malmenée et le claquer contre les barreaux de la cellule avec un choc retentissant. Je ne pus que rester bouche bée tandis qu'il commença à l'étrangler, la jointure des doigts de Loki devenant blanche tandis qu'il resserrait ses doigts autour du cou de l'Elfe. Plusieurs autres se précipitèrent sur lui. Je ne pus que regarder en silence tandis qu'ils se battaient pour repousser Loki de mon assaillant.
Trois d'entre eux se jetèrent sur lui. Un autre se tenait au-dessus et le frappait sur le côté de la tête avec un gant hérissé de pointes. Encore et encore, ils le frappèrent. Un sanglot resta bloqué au fond de ma gorge tandis qu'ils lui donnaient sans discontinuer des coups brutaux.
Au moment où Loki fut incapable de se relever sous leurs coups, ils le jetèrent dans la cellule et refermèrent les barreaux, nous enfermant tous les deux.
Je vis l'un des Elfes – peut-être leur capitaine – faire un geste en direction de l'Elfe qui restait immobile sur le sol. « Sortez-le de là ! » exigea le capitaine. Deux gardes durent trainer son corps mou à l'extérieur du donjon je ne pouvais pas savoir s'il était toujours vivant ou non. Les autres Elfes restèrent garder notre cellule. Certains lançaient des regards d'acier dans notre direction, mais autrement ils nous laissèrent tranquilles.
Le sol était rugueux et froid lorsque je me mis sur les mains et sur les genoux. Grinçant des dents sous la douleur, je rampai à travers la cellule pour m'approcher de Loki. A travers les ombres, il leva les yeux vers moi, mais ne fis pas d'autre mouvement. Je l'atteignis et touchai délicatement le côté de sa tête qui avait été brutalement roué de coups. Il y avait une large écorchure que j'aurais pu être capable de soigner. Mais malgré mes efforts, je ne pus conjurer ma magie avec les menottes qui me bloquaient toujours.
« Est-ce que ça va ? » demandai-je dans un souffle. « Tu bouger ? »
Son regard mit du temps à trouver le mien. « Et toi, est-ce que ça va ? »
Je clignai des yeux. « Oui, je vais bien. Je m'inquiète pour toi. »
Progressivement, il se redressa et posa une main faible sur son front. Ecartant ses doigts, il examina le sang en fronçant les sourcils. Après plusieurs longues secondes, il jeta un œil vers les gardes positionnés devant la cellule de notre prison et secoua la tête. « J'ai été fou de penser que nous pourrions les distancer. »
Il se leva sur ses pieds et avança vers le mur, juste au-dessous de la petite fenêtre. Avec un profond soupir, il se laissa glisser contre la pierre, tombant presque aux pieds du mur.
« Les distancer ? » Je traversai difficilement la cellule, chacun de mes muscles criant en protestation. Une fois à ses côtés, je m'adossai contre la pierre froide avant de lancer un regard prudent à nos gardiens. Ils ne semblaient plus nous porter la moindre attention. « Les distancer dans les bois, tu veux dire ? »
« Oui, je les soupçonnais d'être là » répondit-il en baissant la voix. « Et je présume qu'ils étaient responsables de l'effondrement du tunnel. »
« Comment est-ce possible ? »
« Un réseau de tunnels dans la montagne, peut-être. Ce sont eux qui ont creusé ce passage, après tout. » Il gémit après avoir posé une main hésitante sur ses côtes.
Je tins sa main dans la mienne avant de poser l'autre sur son abdomen. A travers le cuir, je pouvais sentir plusieurs côtes fracturées – rien qui ne pourrait être soigné en quelques heures. « Tu guériras tout seul », lui assurai-je. « Même si ça risque d'être douloureux. »
Lorsque je retirai mes mains, il inspira fortement et acquiesça en remerciement. « Comme je le disais, il n'y avait aucune possibilité pour que ce tunnel se soit effondré de lui-même. Ils ont dû se charger de ça. Si ce n'était pour nous tuer, au moins pour nous séparer. » Il lança un regard noir en direction des Elfes. « Ils n'auraient pas pu s'emparer de notre groupe de six, en particulier avec la présence de Thor. Deux ennemis leur convenaient mieux. »
« Alors ils ne seraient pas partis à la poursuite des autres ? »
« Probablement pas. Ils n'étaient plus sur le territoire de ces Elfes lorsque nous avons été divisés. »
Je soupirai, ravie de savoir qu'au moins quelqu'un aura pu rentrer avec la feuille des rêves. C'était une faible consolation au regard des événements de la journée. Notre situation devenait de plus en plus désastreuse. Même après avoir été séparés de nos amis, j'avais toujours cru que nous nous en sortirions. Je n'avais même pas considéré ce qui pourrait arriver si nous finissions par être capturés. Le fait que nous soyons en captivité – à leur merci – me glaçait le sang.
« Loki, que penses-tu qu'ils vont nous faire ? »
Il me regarda, les traits pâles et tirés. Deux cernes noirs fleurissaient sous ses yeux, comme des ecchymoses. Ou peut-être que c'était des ecchymoses. Je savais qu'il avait eu beaucoup moins de sommeil que moi, étant donné qu'il avait monté la garde la nuit d'avant. Sans mentionner qu'il avait reçu de nombreuses blessures aux mains des Elfes. « Est-ce que tu veux que je te dise la vérité ? » Sa voix était faible mais particulièrement douce. « Ou est-ce que je dois plutôt t'épargner sa nature abominable. »
Un long moment de silence s'écoula avant que je ne rassemble assez de courage pour murmurer : « Dis-moi ce que tu penses être la vérité. »
« Ils vont probablement nous garder ici et nous torturer pour que tous les Royaumes le sachent » dit-il. « De toutes les manières les plus terrifiantes. Pendant aussi longtemps que nous vivrons. »
Mon estomac se tordit comme s'il ne contenait que des nœuds enchevêtrés. Je ne réussis pas à trouver d'autres mots après cela, et un lourd silence tomba sur nous.
Je ramenai mes genoux contre ma poitrine et me recroquevillai sur moi-même. Il était dur de ne pas avoir peur de ce qui allait arriver, mais j'essayai de ne pas m'attarder là-dessus.
Lorsque je bougeai pour entourer mes jambes de mes bras, je ne pus m'empêcher de remarquer le sang sur mes mains – séché, rouge et collant dans les creux entre mes doigts. C'était le sang de l'Elfe Noir dont j'avais pris la vie. Je me souvins de la façon dont Frostblade s'était enfoncée dans sa chair, la lueur de ses yeux qui s'éteignait, la vie qui s'échappait de son être.
« J'ai tué quelqu'un aujourd'hui » murmurai-je.
Je regardai du coin de l'œil à travers les ténèbres pour observer les mains de Loki. Elles semblaient curieusement propres en comparaison. « Tu n'as pas eu le choix » me dit-il. « Ils ont attaqué en premier. »
« Mais j'ai pris une vie. J'ai… » Un grand malaise monta en moi. « Je suis supposée soigner et protéger, non pas prendre des vies. »
Loki tendit la main pour prendre la mienne, la chaine pendant de ses poignées sonnant faiblement dans le silence. « Parfois tu dois prendre une vie dans l'intérêt de tous. » Il y avait quelque chose dans son regard, quelque chose de sombre qui envoya un frisson le long de ma colonne vertébrale. « Si tu ne l'avais pas tué, il t'aurait tuée. Ne l'oublie pas, Eirlys. »
Même dans le noir, je pus croiser son regard bleu-vert. Me sentant trop vide pour en ajouter davantage, j'acquiesçai simplement d'un signe de tête. Il n'y avait pas besoin de nier le fait qu'il avait raison. L'Elfe Noir voulait me tuer, et je n'avais pas d'autre choix que de réagir en conséquence. Loki le savait. Il avait à peu près fait la même chose.
Je me souvins de la façon dont il s'était battu quelques minutes plus tôt, comment ses mains nues s'étaient serrées autour de la gorge de l'Elfe Noir. En réalité, c'était un peu effrayant de voir à quel point il pouvait être brutal. « Cet Elfe… tu aurais pu l'étrangler à mort. » Je lui lançai un regard oblique. « Est-ce que tu l'aurais vraiment tué ? »
« C'est ce que j'essayais de faire » dit-il franchement. Et je ne pus le lui reprocher. C'était brutal, mais peut-être nécessaire. Les sévices qu'ils lui avaient fait subir étaient bien plus importants que ce qu'il leur avait fait. Je leur étais juste reconnaissante qu'ils ne l'aient pas tué pour ça. « J'ai pensé essayer de nous échapper, mais ils sont bien trop nombreux. »
« Et nous sommes sans pouvoirs » le prévins-je. « Je ne peux pas utiliser ma magie. »
« Je sais. »
Ses doigts glissèrent sur la paume de ma main pour s'arrêter sur la chaine faisant plier mon poignet. Ensemble, nous observâmes les menottes : chacune était composée d'un métal gris foncé ne présentant guère plus qu'un trou de serrure et une chaine qui les reliait. Elles semblaient si simples, d'une apparence tristement plate. Délicatement, Loki me tourna les mains pour voir l'intérieur de mes menottes. Elles étaient particulièrement étranges – un métal clairement mystique en était composé, et il supprimait notre magie. Des runes en marquaient les bords, d'étranges runes dont je n'étais pas familière.
« Cela semble plutôt étrange que les Elfes Noirs possèdent des tels objets » murmura Loki.
Je humai en acquiescement. « Cela ne ressemble en rien à ce que j'ai déjà vu. »
Lorsque je penchai la tête contre le mur gelé, mon corps tout entier trembla dans un frisson, des pieds à la tête. Ce n'était pas habituel pour moi de sentir le froid. Depuis bien longtemps, j'avais été habituée à utiliser ma magie tout simplement pour me tenir chaud.
Loki fit courir sa main fraiche le long de la peau glacée de mon bras. « Est-ce que tu as froid ? »
Je resserrai un peu plus mes jambes de ma poitrine. « Beaucoup. »
« Viens par là. »
Je ne fis rien de plus que de le regarder, incrédule. Alors il leva ses bras – toujours enchainés, bien sûr – et lança à regard à ses côtés. Sans tenir compte de la pointe de chaleur qui apparaissait sur mes joues, je me concentrai sur le fait qu'il était logique que nous partagions la chaleur de nos corps. Je m'approchai de lui, pressant mon flanc contre le sien tandis qu'il laissait ses bras retomber contre mes épaules.
En temps normal, j'aurai perçu sa peau comme étant fraiche, peut-être même froide. Mais en comparaison avec ce donjon glacial, il paraissait plutôt chaud. « Ce froid ne te gêne-t-il pas ? » demandai-je.
« Je pense qu'il ne m'a jamais gêné. » Je sentais son torse gronder en prononçant ces mots.
Déglutissant, je bougeai pour trouver une meilleure position, ma tête reposant contre son épaule. Je me raidis lorsqu'il me rapprocha de lui et pressa sa tête contre ma chevelure. Ses lèvres étaient à quelques centimètres de mon oreille tandis qu'il murmura juste assez fort pour que je puisse l'entendre : « Nous allons nous échapper dès demain. Tu n'auras qu'à me suivre. »
Il desserra sa prise sur moi, et je me reculai un peu pour lui adresser un regard interrogateur. Avec un petit sourire suffisant, il retira une de mes épingles à cheveux et la cacha dans sa manche.
En déduisant qu'il voulait crocheter la serrure de ses menottes, je levai un sourcil vers lui. « Tu vas vraiment utiliser ça ? »
« Je pourrais utiliser une brindille, mais une épingle à cheveux rendra les choses plus rapides » répliqua-t-il.
Malgré les circonstances, je laissai échapper un éclat de rire. « Toujours avec un tour dans ton sac. »
Le plus petit des sourires joua sur ses lèvres tandis qu'il laissa glisser ses mains le long de mon bras jusqu'à ce qu'elles se reposent confortablement sur mon coude. Il y avait presque quelque chose de protecteur dans la façon dont il me rapprocha de lui. « Maintenant repose-toi. Nous avons encore beaucoup de choses à faire et très peu de temps pour reprendre nos forces. »
J'acquiesçai avec lassitude et reposai à nouveau ma tête contre son épaule. Si la situation avait été différente, j'aurais trouvé ça étrange qu'on nous trouve dans une position aussi intime. Mais nous étions enfermés dans un donjon froid, entourés par des ennemis qui planifiaient de nous faire toutes sortes d'horreurs. Je ne pouvais pas nier qu'il m'apportait un peu de réconfort.
Tandis que mes yeux se fermaient lentement, je le sentis reposer son menton au sommet de ma tête. Pour la première fois depuis notre arrivée à Svartalfheim, je tombai dans une douce somnolence dans les confins des bras de Loki.
Note de l'auteur :
Comme dans tous les chapitres précédents (ou presque), j'adresse tous mes remerciements à mon incroyable beta, Hr'awkryn. Et, bien sûr, j'accorde toute mon amitié à tous ceux qui m'ont mise en favori, qui me suivent et qui m'ont reviewée. Chaque petit message me donne toute la motivation dont j'ai besoin pour écrire. Je voudrais aussi noter que j'ai atteint les cent reviews ! Merci à vous tous.
A mes guest reviewers : c'est tellement adorable de vous entendre. J'apprécie vraiment vos commentaires et vos reviews c'est vraiment bon de savoir quelles sont les pensées de mes lecteurs.
Le titre de ce chapitre fut inspiré par la chanson High and Dry de Radiohead (même si ce n'est pas vraiment en lien avec ce chapitre, je trouvais que cette phrase était plutôt appropriée).
Si vous avez un moment de libre, reviewez, s'il vous plait !
