Note de la traductrice :
Tadaaaaaaaaaaaaaam ! Hé oui, vous ne vous y attendiez plus, mais comme c'est enfin les vacances, voilà la suite des aventures d'Eirlys ! :D Considérez-le comme un cadeau de Noël un peu en avance ! :D (Comme ça je serai finalement en avance pour quelque chose, ça va changer lol !)
Désolée pour tout le retard qui s'est accumulé, vraiment je suis impardonnable. Je pensais pouvoir rattraper mon retard de traduction pendant les weekends, mais comme je n'avais plus de weekend de libre non plus, les choses ont commencé à être très compliquées… Je vais au moins essayer de prendre de l'avance pendant ces vacances. :)
Encore une fois, merci à vous pour vos reviews tellement vivantes, tellement motivantes, qui me donnent vraiment la pêche et l'envie de continuer à traduire cette fic magnifique, pour mon propre plaisir, certes, mais également pour le vôtre ! Je crois vraiment avoir la crème des reviewers, l'élite. Vous êtes vraiment géniaux. Je vous aime ! :) *lance plein de cœurs*
Ce chapitre va enfin vous montrer la suite des aventures de Loki et Eirlys, et vous pourrez enfin voir quelles sont les péripéties qui les attendent depuis le chapitre dernier où nous les avons laissés dans les cachots. Vont-ils réussir à s'échapper de là ? A quel prix ? C'est ce que je vous laisse découvrir ! :D Gros bisous monstrueusement énormes, et bonne lecture à vous tous !
L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.
CHAPITRE DIX-NEUF
De la chair et du sang
L'horrible grincement du métal contre le métal me fit reprendre conscience. Le sommeil dominait encore mon esprit confus, et je luttai pour rassembler les pièces de ce qui était arrivé le jour d'avant. Je me souvins de notre fuite, de notre fuite constante. Nous avions été laissés en arrière à Svartalfheim, et à présent nous étions les captifs des Elfes Noirs… Les Elfes Noirs, qui étaient actuellement en train de poser leurs yeux sur nous.
Effrayée, je retirai ma tête de l'épaule de Loki. Avec des mouvements lents et prudents, il leva ses bras pour me laisser me relever. Il y avait quelque chose de tranchant dans le regard qu'il lança à nos captifs à en juger par son regard lucide, il avait dû se réveiller depuis quelques temps déjà.
Le feu de son regard ne pouvait masquer la pointe d'appréhension qui se trouvait cachée derrière. Une part de moi, la plus effrayée, voulait qu'il me rassure. Qu'il me dise que tout allait bien se passer. Que nous allions réellement nous échapper comme il avait promis que nous le ferions. Lorsqu'il tourna les yeux vers moi, son expression ne montrait rien de tout cela.
Je me détournai de Loki quelques secondes avant que les Elfes Noirs ne s'élancent dans notre cellule. Je faillis crier lorsqu'un garde me saisit par les épaules et me projeta promptement contre le mur. Ils firent pareil pour Loki, bien qu'il apparut beaucoup moins dérouté que moi. Nos ravisseurs fouillèrent mon corps pour trouver des objets cachés, leurs mains glissant le long de mes côtés, leurs regards me lorgnant fixement. Plusieurs autres agirent de même avec Loki, bien qu'avec beaucoup plus de vigueur.
Dès que leurs mains baladeuses quittèrent mon corps, ils me repoussèrent contre les barres de la cellule. Je m'agrippai à ce métal froid et tournai la tête seulement pour voir l'un d'entre eux presser la pointe de son épée contre ma nuque mise à nu. L'Elfe lança à Loki un regard sévère. « Si tu essaies quoi que ce soit, ton adorable petite demoiselle recevra un coup d'épée dans son dos. »
Loki ne dit rien. Un accord muet.
« Viens » dit de nouveau l'Elfe. Il me fit sortir de la cellule en premier, son épée planant au-dessus de ma colonne vertébrale. « Notre seigneur souhaiterait vous dire quelques mots. »
Je n'osai pas regarder en arrière. Un certain nombre de nos ravisseurs avança au-devant et de chaque côté de moi. Je comptai une demi-douzaine d'Elfes au total, portant tous une armure de cuir et des lances. Si les circonstances avaient été en notre faveur, je pense que nous aurions pu facilement battre nos ennemis. En fait, je suspectai que Loki aurait pu se charger d'eux tout seul je l'avais vu tuer seul une demi-douzaine d'Elfes Noirs dans l'alcôve au-dessous du grand rocher. Mais nous n'étions pas armés et privés de magie. Alors nous avancions.
Nous marchâmes péniblement jusqu'en haut de l'escalier en colimaçon – une expérience particulièrement désagréable avec une arme à l'arrière de mon cou. Au sommet, nous nous aventurâmes à travers une porte et nous dirigeâmes dans un corridor. Je reconnus la rudesse de la pierre sous mes bottes et la froideur de l'air de la nuit. Les murs étaient tous faits de pierres grises austères ornées de chandeliers vides, et de peu d'autres choses. Avec ses briques effritées et ses poutres pourrissantes, on pouvait dire sans se tromper que ce château avait connu des jours meilleurs.
Lorsque les Elfes nous escortèrent dans les couloirs, ils semblaient plutôt confiants et assurés de nous transporter en sécurité. Ils ne se posèrent pas de questions sur mes épingles à cheveux, et ils ne trouvèrent pas celle qui était en possession de Loki. Cela me donna un peu d'espoir. Ils ont dû le sous-estimer. Ils n'ont probablement même pas réalisé qui il était. D'un autre côté, j'étais peut-être celle qui les sous-estimait. Personne ne savait ce qu'ils planifiaient de faire. Personne ne savait ce dont ils étaient réellement capables.
Ils nous conduisirent dans un vestibule, une pièce plus grande que ce que nous avions vu jusqu'à présent dans ce royaume. C'était bien loin d'être aussi grand que les salles d'Asgard, ni même de Vanaheim, mais c'était un changement bienvenu par rapport au donjon d'où nous venions. Nous traversâmes le long vestibule, dépassâmes les fourrures suspendues et divers trophées d'animaux, et arrivâmes en face d'un ensemble de portes ouvertes pour nous permettre de continuer notre chemin.
J'hésitai tout d'abord, voulant jeter un regard à Loki pour tenter de trouver un peu de réconfort. Mais lorsque l'épée de mon ravisseur se pressa contre ma peau, cette pensée disparut. Ils me firent traverser le seuil d'une de ces portes, et je fus surprise par la vue qui s'offrait à moi.
La majesté de la chambre dans laquelle nous étions entrés dépassait de loin tout ce que j'avais envisagé. Des vitraux ornaient le mur me faisant face, un arc-en-ciel représentant des scènes de ce que j'imaginai comme étant des légendes d'Elfes Noirs. Après avoir vu les salles glacées et sans vie du château, les vitres finement ouvragées ne semblaient pas à leur place, comme un lit de fleurs dans une salle de pierres. Des bannières de velours noir recouvraient les murs de gauche à droite, chaque bannière portant un symbole différent, dont je ne reconnaissais aucun.
Un mouvement attira mon regard de nouveau sur le vitrail – ou plutôt, ce qui se tenait en-dessous. Là se trouvait un trône de bois, et assis sur ce trône de bois, il y avait un Elfe Noir. Je savais, sans aucun doute, qu'il était le chef du clan : Nalak. Il regarda notre venue, ses yeux d'un noir d'encre ne se détournant pas de moi.
Son apparence était assez différente de celle de la plupart des autres Elfes Noirs. Les autres avaient différentes teintes d'albâtre, mais lui non. J'observai le chef du clan avec méfiance : sa peau était d'un gris pâle avec une balafre d'un violet foncé courant en diagonale à travers son visage, comme si quelqu'un lui avait tranché le visage avec une épée pleine de pigments.
Une fois que nous eûmes atteint le bout du tapis gris, à une douzaine de mètres de lui, je fus arrêtée, l'épée dans mon dos rentrant dans ma chair. J'étouffai un gémissement de douleur, ne voulant pas montrer de faiblesse devant ces Elfes.
Loki fut poussé en avant pour se tenir à mes côtés, ne trébuchant que légèrement. Il retrouva son appui et se tint digne, comme un prince d'Asgard. Il était évident pour moi à présent qu'ils n'étaient pas au courant de son identité, qu'il était un fils d'Odin. Je doutai que Nalak ait regardé Loki avec la même nonchalance qu'il m'avait regardée s'il l'avait su.
Nalak s'assit bien droit sur son trône, avec une tenue bien plus majestueuse que je ne l'aurais attendu d'un chef de clan de Svartalfheim. Je jetai un coup d'œil à Loki dont le regard ne quitta pas celui de Nalak. Il y avait quelque chose de calculé à la façon dont il regardait l'Elfe, comme si chaque détail était impératif pour le plan qu'il était en train d'échafauder dans sa tête – ou du moins, c'est ce que j'espérai.
« Vous, les Asgardiens, pensez que vous pouvez venir ici et prendre ce que vous voulez » dit Nalak en ne se penchant qu'à peine en avant. Ses yeux s'étrécirent tandis que ses poings se serrèrent sur les accoudoirs de son trône. « Et pour quoi ? Une plante ? Vous pénétreriez sur mes terres et risqueriez votre vie pour une plante ? »
« Un acte de désespoir » lui dit Loki, son expression passant d'un air perspicace à un air suppliant en un clin d'œil. « Nous avons de la famille malade. Les feuilles de rêve étaient d'une terrible nécessité. »
Mon attention fut attirée vers le bas, jusqu'aux mains de Loki. Il était aux prises avec ses menottes en utilisant ce qui avait été mon épingle à cheveux. Je savais que je devais lui faire gagner autant de temps que je le pouvais. « S'ils vous plait. Nous n'avions pas d'autre choix. » Dans ma tentative pour augmenter les chances de Loki, je faisais mon possible pour avoir l'air aussi angoissée que possible. D'un souffle chancelant, je laissai les larmes monter dans mes yeux. « Nous pensions éviter… éviter d'interférer avec votre peuple. Nous ne voulions pas vous offenser. »
« Votre présence ici est une offense, tout comme votre vol. » Nalak se leva de son trône, et je sentis un frisson terrible courir le long de mon épine. « Mais nous devons encore discuter de la pire offense que vous nous avez faite : vous êtes des mages qui avez tué sept de mes guerriers. De telles transgressions ne peuvent pas rester impunies. »
Le cœur au bord des lèvres, je jetai un coup d'œil à Loki, priant pour qu'il ait un moyen de sortir de notre situation de plus en plus désastreuse. Plus que tout, je souhaitai qu'il puisse me communiquer ses plans – s'il en avait bien un. Il ne m'accorda qu'un regard en retour, un regard qui n'exprimait rien d'autre que le fait qu'il était au courant de mon anxiété grandissante. « S'il vous plait… mon seigneur » dit Loki. Cette marque de respect résonnait de façon très étrange dans sa bouche à cet instant il aurait dit n'importe quoi pour gagner du temps. « Nous implorons votre pitié. Nous vous avons fait du tort, et nous en sommes profondément désolés. »
Nalak ricana. « Vous ne trouverez aucune pitié pour vous à Svartalfheim. Nos lois doivent être respectées, et même par vous autres Agardiens. Ceux qui ne le feront pas serviront d'exemples. » Il fit un geste du bras envers ses guerriers qui semblèrent comprendre. « Emmenez la fille à la fontaine. Assurez-vous qu'il regarde. »
La pointe d'horreur dans mon ventre fut de courte durée lorsque j'entendis un clic sonore. Je tournai mon regard à temps pour voir les menottes de Loki tomber au sol. Il bougea les mains un simple battement de cœur plus tard, et mes propres chaines chutèrent au sol.
Mon instinct prit la relève.
Je jetai une barrière d'énergie derrière moi, repoussant d'Elfe qui tenait son épée dans mon dos jusqu'à l'autre bout du mur. Il fut projeté dans les airs et frappa le mur avec un écœurant crac. Au même moment, Loki cassa le cou du garde le plus proche de lui l'Elfe Noir s'effondra sur le sol, sa tête pliée dans un angle inquiétant. Loki retira la lance de sa main d'un grand geste avant de venir se positionner à mes côtés.
Je ressentis un frisson en voyant les sorciers de Nalak se mettre à viser. Tendant la main pour tenir Loki derrière moi, j'utilisai mon autre main pour projeter une barrière. Je grinçai des dents et espérai que j'aurais la force de repousser la douzaine de boules de feu qui arrivaient. Chaque coup fit vaciller mon bouclier, mais il tint bon, et les boules d'énergie se changèrent en un million de petites étincelles.
Lorsque je laissai s'éteindre mon sort, un nuage de fumée explosa autour de nous, sombre et écrasant. Je pouvais entendre Nalak beugler ses ordres par-dessus le vacarme des braillements de ses guerriers en train de tousser. Au milieu de cette confusion, Loki m'attrapa le bras et me conduisit dans la salle d'où nous venions. Je risquai un coup d'œil en arrière pour voir les ténèbres grandir dans notre sillage – l'œuvre de Loki, réalisai-je.
Deux gardes se tenaient sur notre passage dans le vestibule. Loki fut le premier à réagir, se précipitant en avant pour repousser l'Elfe sur notre gauche. Je dus surmonter mes craintes pour réussir à lancer une boule d'énergie sur le second garde. Il le frappa en plein dans le visage, et Loki l'élimina tout aussi rapidement.
Une fois qu'ils furent tous deux étendus sur le sol, morts, Loki barricada les doubles portes derrière nous avec leurs lances et se précipita vers l'entrée tout au fond de la salle. L'estomac tordu, je tendis la main pour l'arrêter. « Attends » lui dis-je. « Nous devons récupérer la plante de la feuille des rêves. »
Ses sourcils se rejoignirent. « Nous en avons assez pour Hildegund. Il n'y a aucun sens à aller chercher ta plante. »
« Je veux que personne d'autre n'ait à s'aventurer ici à nouveau pour trouver cette fichue plante. » J'ai dû parler plutôt énergiquement car il sembla déconcerté. « Je dois la ramener avec nous, Loki. »
Je savais qu'il désirait refuser, et je ne pouvais pas l'en blâmer. Peut-être qu'une partie de moi voulait qu'il ne tienne pas compte de mes prières j'étais effrayée, mon esprit diminué. Lorsque son corps se tendit, je m'attendais presque à ce qu'il me jette sur son épaule et me transporte hors de ce château. Je savais autant que lui que rester ici une seconde de plus était irréfléchi et imprudent. Mais je voulais prendre ce risque. Tout ça pour une petite plante dont je n'étais même pas certaine du bon état. Les Elfes Noirs pouvaient s'en être débarrassés, pour ce que je savais.
Malgré toute pensée rationnelle, je refusai de laisser cette plante derrière. « Nous devons aller voir. Je ne laisserai plus personne d'autre s'aventurer à Svartalfheim pour de la feuille des rêves » le prévins-je. « Trop de personnes sont déjà mortes pour ça. »
La dernière étincelle d'hésitation qu'il avait encore s'évanouit aussitôt. « Alors viens » dit Loki, et il prit ma main de nouveau.
Il me conduisit à droite du vestibule d'où nous nous étions échappés. Nous traversâmes un corridor, où plusieurs chambres étaient alignées de part et d'autre. Ensemble, nous ouvrîmes chaque porte et jetâmes un regard superficiel dans chaque chambre. La plupart étaient quelconques, ne contenant rien d'autre que plusieurs lits et une cheminée. Il n'y avait aucun Elfe Noir en vue.
Dans le couloir, nous prîmes un tournant et persistâmes dans notre recherche de chaque chambre sur laquelle nous tombions.
Un cri distant me fit sursauter. Loki s'arrêta pour écouter un instant avant de retourner à notre tâche.
Nous fîmes irruption dans trois nouvelles chambres, toutes les mêmes – bien que l'une d'entre elles contenait un Elfe endormi qui ne se réveilla même pas à notre intrusion.
Tandis que nous approchions ce qui devait être la dixième chambre, un hurlement impressionnant fit écho dans le couloir. « Nalak a donné ses ordres. Parcourez les champs. Fouillez la forêt. Il est impératif que nous arrêtions les Asgardiens. » Cette proclamation fut suivie par un tonnerre de pas. Et ils se dirigeaient droit sur nous.
Loki réagit bien plus vite que moi. Me saisissant par le haut du bras, il me poussa dans la chambre la plus proche, ferma la porte et me pressa contre elle. Une lance d'Elfe toujours dans sa poigne, il posa ses mains vers l'encadrement de la porte, comme s'il pouvait la conserver fermée si quelqu'un essayait d'entrer.
Je levai les yeux vers lui, mes propres mains tournées en direction de la porte dans mon dos. En déglutissant lourdement, je tournai la tête et frôlai le bois avec mon oreille. Des bruits de pas, hâtifs et pesants, passèrent devant la chambre. Je ne pus que soupirer de soulagement lorsqu'ils continuèrent d'avancer aucun d'eux ne nous avait repérés. Nous ne fîmes pas un mouvement jusqu'à ce que le son de leurs pas ne fût plus qu'un grondement distant.
Toujours tendue, j'osai à nouveau jeter un regard à Loki, mon nez touchant presque le cuir de son manteau. Semblant remarquer à quel point il se tenait proche de moi, il s'écarta et saisit sa lance de ses deux mains. « Nous allons avoir un peu de temps avant qu'ils ne réalisent que nous n'avons pas quitté le château. »
Avec un gros soupir, je m'appuyai de tout mon poids contre la porte. « Essayons de… continuer à chercher. » Je me passai une main sur le visage, me sentant affaiblie après ma dépense de magie, et tout simplement épuisée de toute cette course.
Loki plaça sa main sur mon épaule. « Quand nous trouverons cette plante, nous pourrons enfin nous en aller de ce royaume maudit. »
Je soupirai d'un air hésitant avant de me retourner pour entrouvrir la porte. Il n'y avait pas une seule âme en vue. Me tournant vers Loki, je lui fis un signe de tête.
Sans un mot, nous retournâmes doucement dans le couloir, regardant attentivement de gauche à droite. Tandis que Loki continuait d'analyser les environs, mes yeux se posèrent sur la porte devant nous. Il nous restait à voir ce qui se tenait derrière cette porte sombre et tachetée. Quelque chose concernant cette porte éveillait mes soupçons. Peut-être que cela venait du dessin en filigrane orné qui montait en spirale sur le bois. Ou peut-être du faible parfum des bougies qui flottait à travers ses fentes. A pas silencieux, je m'approchai.
« Sois prudente. » Loki était aussi hésitant que je l'étais. « Tiens-toi sur le côté et ouvre la porte quand je te le dirai. » Je me tapis près du mur, une main sur le cadre, l'autre se saisissant du loquet. Mes yeux posés sur lui, j'attendais son signal. « Maintenant. »
Il ne fallut qu'une fraction de secondes pour soulever le loquet et ouvrir en grand la porte. Je n'osai pas jeter un coup d'œil par-dessus l'encadrement pour voir à l'intérieur. A la place, je contemplai Loki projeter sa lance comme j'avais vu des douzaines de soldats Vanirs le faire. Dès qu'elle eut quitté sa main, un bref cri de mort résonna. M'agrippant à l'encadrement de la porte, je me penchai en avant et faisais passer ma tête dans la salle.
Je vis tout d'abord des tables dispersées dans toute la salle, toutes recouvertes de plans et d'un bon nombre d'instruments de navigation. Des étagères recouvraient les murs, toutes recouvertes de livres poussiéreux restés intouchés depuis longtemps. Mon regard se posa sur l'Elfe Noir présent dans la salle. Il était allongé sur le sol, une lance ressortant de son torse Loki l'avait touché en plein dans le cœur. Son sang coula sur le sol jusqu'à ce que la vie le quitte définitivement.
L'estomac retourné, je regardai Loki circuler dans la salle sans jeter un seul regard sur le corps. J'essayai de m'endurcir et le rejoignis furtivement après avoir fermé la porte.
Dans cette grande salle, j'esquivai précautionneusement l'Elfe mort et découvris mon sac posé sur une table dans un coin. J'osai un mince sourire à cette vue. J'avais pensé que les Elfes Noirs l'auraient détruit, mais à présent je me mis à penser qu'ils devaient être au courant de la valeur de la feuille des rêves c'était quelque chose de très rare, même pour eux. A côté du sac se trouvait Frostblade, de même que la ceinture de dagues de Loki. Nous nous rééquipâmes rapidement, et je pris un peu de temps pour inspecter globalement la plante. Elle était intacte, à part quelques tiges cassées la plante était plus résistante que je ne l'aurais cru.
« Nous ferions mieux de nous échapper à présent » dit Loki. « Profitons-en pendant qu'ils sont toujours désorientés. Ils vont revenir inspecter le château bien assez tôt. » J'acquiesçai, fis passer mon sac sur mon épaule avant d'attendre ses instructions. Mes joues brûlèrent lorsqu'il se rapprocha de moi, me toucha la joue et plongea son regard dans le mien. « Tu n'as pas l'air bien. Tu n'es pas habituée à utiliser autant de magie en si peu de temps. »
« Je suis assez en forme pour faire le trajet jusqu'à la maison » le prévins-je. En fronçant les sourcils, il laissa glisser sa main sur ma joue. « Je me demande juste comment nous allons exactement pouvoir rentrer. »
« La réponse est très simple. Il y a des douzaines de plans à notre disposition. » Il se tourna vers la table située au milieu de la pièce. Faisant glisser les plans face à eux, il montra le château le plus proche des Bois Célestes. « Nous devrions être ici. » L'endroit qu'il désignait était à l'opposé de la face de la montagne où ils avaient été capturés. Le tunnel par lequel nous avons été conduis n'était pas marqué sur le plan.
Les sourcils froncés, je me rapprochai. « Nous sommes toujours à des lieues du site du Bifrost. »
« Mais nous ne sommes pas loin des frontières de leur territoire. » Il fit glisser un long doigt sur la ligne tracée sur le plan. « Ils vont hésiter à traverser la frontière. Ça pourrait bien être notre seul avantage. » Repliant le plan, il le glissa dans sa veste. Avec un dernier coup d'œil jeté dans ma direction, il ouvrit la porte et sortit de la salle.
Le couloir était silencieux, tout comme le reste du château. Les couloirs étaient assez bruyants auparavant, mais à présent on n'entendait plus rien. Il semblait que tous les Elfes Noirs qui s'étaient trouvés dans le château étaient à notre recherche. Je n'étais pas certaine de savoir si c'était finalement une bénédiction ou une malédiction, même si ça nous permettrait d'atteindre la sortie facilement.
Nous parcourûmes les couloirs d'une démarche rapide et silencieuse. Au détour d'un couloir, nous trouvâmes une porte tout au bout d'un long passage. Nous acquiesçâmes d'un air entendu, et Loki passa en premier. Le temps que je le suive à travers la porte, il s'était déjà occupé des deux gardes postés avec deux dagues adroitement placées.
Après avoir observé la dernière salle où nous avions pénétré – apparemment le hall d'entrée – nous enjambâmes les corps des deux Elfes et approchâmes de la grille en fer rouillé qui nous bloquait le passage. Sans un mot, Loki tira sur le treuil, levant la grille avec peu d'effort. Je me faufilai sous la herse, ne m'arrêtant que pour m'assurer que Loki me suivait.
Le château ne possédait pas de mur extérieur, et nous fûmes sortis de cet horrible endroit au moment où nous passâmes le seuil de la herse. Pas un seul Elfe Noir n'était en vue. Soit ils pensaient que nous étions partis depuis longtemps, soit c'était une ruse pour nous faire sortir et ensuite utiliser le milieu naturel à leur propre avantage. Avant que je ne puisse exprimer mes craintes, Loki se mit à courir, et je n'eus pas d'autre choix que de suivre son sillage.
L'air froid et pur me rafraichit la peau, et je m'en délectai. Tandis que nous nous risquions à passer par la plaine, je me retournai vers le château toutes les dix secondes. Je pus remarquer son état délabré, le bois et les vielles pierres tenant à peine ensemble il avait été construit bien longtemps avant que Nalak et ses guerriers ne se l'approprient, à une époque où les clans de Svartalfheim n'étaient pas tous en guerre les uns contre les autres.
Après quelques minutes, nous atteignîmes un terrain recouvert de hautes herbes. Il s'étendait à perte de vue, s'arrêtant devant une forêt dont les arbres semblaient s'emmêler dans une immense masse verte. En premier lieu, je fus ravie que l'herbe n'atteigne que ma taille. Puis une terreur profonde me frappa tandis que je commençai à réfléchir. Si les Elfes Noirs étaient à l'affût, accroupis dans l'herbe, je ne serais pas capable de les voir avant qu'ils ne m'attaquent.
J'avançai rapidement sur les pas de Loki tandis qu'il piétinait l'herbe de ses longues jambes. Il tenait une dague dans chaque main, prêt à frapper à tout moment. Avec cette épaisse toison végétale qui entravait notre progression, mes jambes et mes poumons me brûlaient avec la même intensité. Garder le rythme était une torture, mais je refusai de rester en arrière.
Les minutes passèrent, et mes yeux commencèrent à me faire mal à force de contrôler chaque petit détail qui nous entourait. Néanmoins, je ne voulais pas m'arrêter. Je ne pouvais pas. Ma peur ne me l'aurait pas permis.
A mi-chemin du terrain, j'entendis le chuchotement d'un mouvement parmi les herbes.
Tout comme je m'y attendais, les sens de Loki étaient bien supérieurs aux miens. Il lança une dague à un Elfe Noir caché dans les herbes une demi-seconde avant que cette ordure ne puisse relâcher sa flèche. A mon tour, je parai deux tirs de magie qui nous avaient été lancés de chaque côté. A l'instant où ma barrière s'estompa, je rassemblai tout mon pouvoir et projetai une boule d'énergie droit sur l'Elfe à ma droite tandis que Loki s'occupait rapidement de celui à notre gauche notre synchronisme était assez surprenant.
Plus tendus que jamais, Loki et moi tournâmes sur place pour surveiller les alentours. Il n'y avait aucun doute que le terrain en cachait d'autres, tapis, en attente. Je resserrai mes doigts, en attente de recouvrir mon énergie – l'utilisation considérable de la magie rendait difficile de lancer des sorts si rapidement à la suite. Au milieu du silence, nous échangeâmes un regard. Sans qu'il ait besoin de dire le moindre mot, je compris aussitôt qu'il allait falloir faire vite.
Avant que nous eûmes la moindre chance de reprendre notre combat, une douleur aigue m'atteignit à l'abdomen. Je trébuchai en arrière sous la force de l'impact. Ce fut si soudain que j'eus du mal à comprendre ce qui s'était passé : mon armure transpercée, un trou dans ma chair, de la perte de sang.
Loki réagit aussitôt en tuant l'archer avec une dague dans le cou il se tenait dans l'herbe à une douzaine de mètres lorsque nous avions tué ses camarades de clan.
Mon esprit brumeux mit du temps à réaliser qu'il y avait une flèche dans mes côtes. Je baissai les yeux sur la fine pointe en bois enfoncée à une main de mon cœur, juste sous mes côtes. La vue de mon propre sang s'écoulant librement de la blessure me rendait malade.
La rapidité avec laquelle ma vision commença à se réduire était effrayante. Loki me tint par le bras, la seule chose qui me permettait de rester debout sur mes pieds chancelants. Sa voix me sembla distante et indistincte, comme si nous étions dans l'océan et que je ne pouvais atteindre la surface. « Eirlys ? Est-ce que tu peux marcher ? » Je pus difficilement décoder ses paroles. « Nous sommes presque arrivés. »
Je levai les yeux vers lui, mon cœur bondissant en voyant ses yeux grands ouverts, comme frappés d'horreur. Incapable de parler, j'acquiesçai et essayai de saisir son bras avec mes doigts hagards.
Nous ne fîmes pas plus de deux pas avant que je ne trébuche et que je faillis tomber. Mais Loki ne me laissa jamais tomber. Il me saisit par la taille, précautionneusement pour ne pas frôler ma blessure. Assurant sa poigne sur moi, il s'arrêta pour jeter un regard par-dessus son épaule. Puis, sans prévenir, il me souleva, un bras autour de mes épaules et l'autre placé sous mes genoux. Je gémis, la tête posée sur sa clavicule tandis qu'il me portait à travers le terrain. Nous étions pénalisés maintenant que Loki était forcé de me porter. Je ne pus m'empêcher de me demander ce qu'il ferait si je lui demandais de me laisser derrière. Blessée, je n'étais rien de plus qu'une entrave. Et c'était ma faute si nous nous étions attardés dans le château. C'était ma faute si nous étions à présent sur ce terrain alors que nous aurions pu être à des kilomètres devant les Elfes Noirs. Je ne voulais pas être la raison pour laquelle nous serions à nouveau capturés.
J'entendis le bruissement de l'herbe derrière nous – les Elfes Noirs se rapprochaient. Me serrant plus étroitement, Loki persévéra.
Lorsque nous nous échappâmes du pré et pénétrâmes dans la forêt, il ralentit. Jetant un regard troublé autour de nous, je ne pouvais que supposer que nous avions franchi la frontière de leur territoire. Pourtant, cela ne dissuada pas nos poursuivants de nous suivre.
Le son familier de la corde des arcs se relâchant résonnait dans l'air. Loki se jeta derrière un arbre, s'agenouillant au milieu de ses racines. Se raidissant, il attendait que les flèches atteignent le tronc. L'écorce se brisa en éclats et nous tomba dessus. Lorsque ça s'arrêta, il me déposa sur un lit de feuilles tombées, toujours attentif à mes blessures.
Avec une rapidité qui me frappa d'admiration, Loki bondit sur ses pieds au moment où un archer Elfe contournait le tronc de l'arbre. Il attrapa le bras de l'archer et détourna une flèche qui aurait dû atteindre ses yeux. Une dague en main, il frappa l'Elfe à la gorge, le tuant en seulement quelques secondes. Attrapant une autre dague de sa ceinture, Loki fit demi-tour et lança les deux lames au milieu des arbres, touchant deux Elfes de plus qui s'approchaient discrètement de nous.
Le silence recouvrit la forêt. Loki nous avait gagné du temps. Combien de temps, je ne pouvais pas le dire.
Le regard de Loki se posa sur moi. Sans un mot, il s'agenouilla pour me reprendre dans ses bras. Nous traversâmes les arbres, esquivant les branches basses et enjambant les fougères jusqu'à ce que nous trouvâmes un abri, caché au milieu d'un groupe d'arbres. Au moins, nous étions saufs pour le moment.
Respirer commençait à être difficile. A l'instant où j'inspirai brusquement pour essayer de reprendre mon souffle, je ressentis une explosion de douleur aigue dans mes côtes. Je criai et serrai le revers de son manteau de cuir jusqu'à ce que la douleur s'apaise. Avec des gestes doux, Loki me reposa au sol et me retira mon sac de cuir avant de le porter lui-même. Mon dos était appuyé contre une racine ressortant du sol de la forêt, l'écorce rêche frottant contre ma nuque.
Je tentai de déglutir et remarquai que ma bouche était complètement sèche. De longues secondes s'écoulèrent avant que je ne rassemble assez de courage pour oser regarder ma blessure. L'Elfe avait lancé sa flèche avec une telle force qu'elle avait transpercé mon armure comme si elle avait été faite de soie la flèche se serait probablement enfoncée encore plus profondément si je n'avais porté aucune armure. J'aurais même pu mourir d'une telle blessure – j'essayai de penser à toutes les artères que la flèche aurait pu sectionner, mais mon esprit refusa de coopérer.
Au rythme par lequel je me vidai de mon sang, la mort me semblait de plus en plus possible. Si cela restait en l'état, je serais morte en quelques heures. Je savais pourtant ce qui devait être fait, aussi fou que cela puisse paraitre.
« Tu dois retirer la flèche » avertis-je Loki.
Il me regarda comme si j'étais devenue folle. « Tu vas saigner à mort. »
« Je saigne déjà à mort. » Des larmes montèrent à mes yeux. « Je ne peux pas savoir à quel point la blessure est… grave. Mais je sais, au moins, que je peux essayer de stopper les saignements. »
Loki me fixa pendant un long moment sans cligner des yeux. Semblant comprendre mon intention, il se tourna vers la flèche à mon côté. « Tu veux essayer de te soigner toi-même ? Tu es déjà bien trop faible. Tu n'auras pas assez d'énergie. »
« Si je n'essaie pas, j'ai peur de ne pas survivre plus d'une heure. Je… j'ai perdu beaucoup trop de sang. » Une larme s'échappa du coin de mon œil, glissa et disparut dans ma chevelure en bataille.
Loki resta silencieux. Pendant un instant, tout ce que je pus entendre furent les murmures de la forêt alentours, les battements d'aile d'un oiseau distant et le souffle du vent. Mon regard se troubla, et je tournai la tête pour le regarder. Mon torse se serra alors que je contemplai sa mâchoire serrée, la ferme résolution de ses yeux.
« Non. » Il se recula et fouilla dans une des poches de sa ceinture. Son regard capta le mien lorsqu'il sortit un cristal vert ayant environ la taille de mon index – un cristal de la caverne d'Alfheim, dont nous pensions qu'il pouvait absorber et émettre de la magie. « Tu n'as pas assez de magie par toi-même. »
« Mais je peux canaliser la tienne » murmurai-je. « Si nous avions bien raison concernant ce cristal. »
« Bien sûr que j'ai raison. » Sa voix était étrangement hésitante. Mais je croyais en lui. Il baissa de nouveau les yeux sur ma blessure. « Je vais devoir commencer par te retirer la flèche, puis te défaire de ton armure. »
Je serrai fermement les yeux d'avance. La douleur allait être insupportable, je le savais. Je sentais Loki desserrer les attaches de mes épaules et de mes côtés de ses doigts rapides et habiles. Une étrange constatation me traversa l'esprit : mon plastron aurait pu être retiré s'il n'y avait pas eu la flèche en plein milieu.
« Eirlys. » J'ouvris les yeux en sentant Loki caresser le côté de mon visage. Tremblante, je pressai ma joue contre sa main. Ce geste était incroyablement réconfortant. « Je suis désolé. »
Avec sa main opposée, il retira violemment la flèche de mon côté.
Il dut plaquer sa main contre ma bouche pour m'empêcher de hurler de douleur. La souffrance était si intense que ma chair semblait avoir été embrasée. Je ne réalisai que je me tordais de douleur que lorsque Loki appuya sur mes épaules pour me tenir immobile. Lorsque la douleur vive se transforma en élancement violent, j'arrêtai de me débattre, mais les battements de mon cœur beaucoup trop rapides ne ralentirent pas.
Loki saisit ma main droite dans la sienne, le cristal vert pressé contre la paume de nos mains. Perdue dans un semi-délire, je réussis néanmoins à poser ma main gauche sur ma blessure, des filets de sang coulant entre mes doigts. Fermant les yeux, j'essayai de me détourner de mon agonie assez longtemps pour me concentrer sur le pouvoir s'écoulant entre nos mains.
Je sentis le va-et-vient de la magie entre nous. Le cristal absorbait son pouvoir et le faisait couler en moi. Cette sensation ne ressemblait en rien à tout ce que j'ai pu ressentir dans ma vie. Il y avait une étincelle, une énergie qui me liait à lui, comme si nous ne faisions plus qu'un. Rassemblant cette énergie, je la faisais passer par mes doigts, le long de mon bras, jusque dans mon corps. Elle se rassembla dans ma main gauche avec laquelle je voulais tenter de soigner la blessure. Je criai, frappant le sol tandis que mon sort commençait à tirer sur ma chair déchirée. Les tissus intérieurs se ressoudèrent, millimètre par millimètre, jusqu'à ce que je n'en puisse plus.
Tout semblait tournoyer lorsque finalement je lâchai prise. Haletant lourdement, je baissai les yeux. Les saignements avaient cessé, tout comme ma capacité à soigner. Mon regard voilé se posa sur Loki, qui était toujours penché au-dessus de moi. Son visage était devenu aussi blanc que les montagnes enneigées de Nidavellir après que je lui ai absorbé sa magie.
« Est-ce que tu penses que ça va aller ? » demanda-t-il faiblement.
Retenant un gémissement, je retirai ma main de la blessure. Elle avait l'air aussi immonde qu'auparavant, béante et sanglante, mais mon sang n'en coulait plus. Malgré tout ce que j'avais réussi à réparer, mes soins étaient très maigres. Cela me suffirait à survivre jusqu'à ce qu'un autre guérisseur puisse s'occuper de moi – si nous parvenions à retourner à Asgard.
« Pour l'instant. Oui. » J'appuyai ma tête contre une racine d'arbre. « Mais j'ai peur de ne pas pouvoir bouger. J'ai perdu tellement de sang… Je… je ne peux pas – » Dans une tentative imprudente pour me lever, je sentis de nouveau la douleur aigue de ma blessure. La souffrance m'arracha un cri.
« Eirlys, ne… ne refais plus ça. » Les bras de Loki se glissèrent dans mon dos et sous mes genoux comme il l'avait fait auparavant. Une demi-seconde plus tard, il me souleva dans ses bras. Serrant les dents, j'étouffai un nouveau cri. Mon armure brisée reposait sur le côté, oubliée. « Je vais te ramener à la maison. »
Il avança, se glissant parmi les arbres tandis que j'étais serrée contre lui. Ma vision augmentait et faiblissait tandis que nous voyagions à travers les bois de Svartalfheim, et les heures s'écoulèrent comme si tout n'était qu'un rêve. Un étrange et terrible rêve…
Vert.
Le vert était tout ce qui occupait mon esprit confus. Il y avait du vert tout autour de nous. Au-dessus et en-dessous. Même les détails de la tenue de Loki étaient verts. Je me souvins de lui se tenant au-dessus de moi dans l'arène, sa cape verte flottant contre son dos tandis que nous échangions un sourire. Cela m'apaisa malgré les battements de douleur réguliers de ma blessure que je continuai à ressentir.
Loki baissait régulièrement les yeux sur moi, des traits las marquant ses sourcils, des poches sombres apparaissant sous ses yeux. Il allait tout simplement de l'avant tandis que je vacillai entre la somnolence et l'état de veille. Je ne savais pas combien de temps nous avions voyagé avant d'atteindre l'autre côté de la forêt. Une fois délivrés de cette zone boisée, nous nous retrouvâmes sur un terrain désert.
Quelques temps plus tard, je retrouvai mes esprits. Le soleil se trouvait haut dans le ciel, caché par des nuages gris. Tandis que nous atteignions le pied d'une colline, je remarquai que Loki avait ralenti le pas. Je levai les yeux et le fixai pour voir un regard perturbé troubler son expression. « Qu'y a-t-il ? » demandai-je doucement.
« J'ai entendu quelque chose » me dit-il. Je m'accrochai à l'avant de sa veste pour m'empêcher de tomber. « Quelqu'un approche. »
Je vacillai, mes yeux voilés se tournant en tous sens. « Nous n'avons nulle part où nous cacher. »
« Non, ce ne sont pas des elfes. » Loki me serra plus fort, et je pus ressentir son soulagement lorsqu'il reprit la parole. « Leurs pas sont bien trop lourds. »
Avec plusieurs grandes enjambées, il continua à gravir la pente et atteignit le sommet du tertre. A sa cime, nous pouvions observer le terrain de l'autre versant. Là, au loin, nous pûmes voir quatre silhouettes reconnaissables courir vers nous. Assurément, ils nous avaient également repérés.
« Mon frère ! » La voix de Thor gronda tel le tonnerre à travers le terrain. Je n'aurais pas été surprise que tous les Elfes Noirs à une lieue à la ronde aient pu l'entendre, mais j'étais si heureuse de le revoir que je n'y pensais pas. « Mon frère, nous t'avons retrouvé ! »
A côté de lui, Fandral s'écria « Que les Nornes soient remerciées ! Tout le monde était mort d'inquiétude. »
Accompagnés de Hogun et Sif, ils nous rejoignirent au moment où Loki atteignit le pied de la colline. Sif accourra et me toucha la main, donnant à mes doigts une pression rassurante. « Je suis heureuse que tu sois en vie, mon amie » dit-elle. Dans mon état, je ne pus que lui retourner un sourire tremblotant. Lorsqu'elle recula, elle remarqua tout le rouge sur mon corps.
Le regard de Thor passa de Loki à moi, confus. « Vous êtes plus blessés que je ne l'avais cru. »
« Eirlys a été touchée par une flèche » dit Loki. « Elle a stoppé le saignement, mais la blessure est restée en l'état depuis. »
« Laisse-moi me charger d'elle » insista Thor. Avant que Loki ne puisse réagir, Thor m'avait déjà retirée de ses bras. Pendant une seconde, il sembla que Loki n'allait pas laisser passer ce geste, mais une fois que je fus blottie en sécurité dans les bras de son frère, il fit marche arrière. « Nous étions en train de planifier votre sauvetage lorsque Heimdall nous a envoyés chercher et nous a dit d'aller vous rejoindre par ici. »
« Hildegund » murmurai-je. « Est-ce que Hildegund va bien ? »
« Ma mère est actuellement en train de préparer le remède » dit Thor. « Quittons cet endroit. Le site du Bifrost n'est pas très loin. »
Suivant son avis, la compagnie se hâta de traverser ces terres.
Nous semblâmes progresser rapidement. Thor arrivait à courir en me portant dans ses bras comme si je ne pesai pas plus lourd qu'un oreiller en plumes. Je devais m'accrocher fermement à son cou étant donné la vitesse à laquelle il allait. Par-dessus son épaule, je pouvais voir Loki nous suivre à une courte distance. Sa peau était blême, et ses yeux semblaient enfoncés et vagues, mais son pas restait sûr.
Nous avions rejoint Thor et nos amis à moins de quatre kilomètres du site du Bifrost. En une heure, nous atteignîmes la large rune noire marquée sur le sol. C'était une vision qui était plus que bienvenue j'avais l'impression de n'avoir pas vu le Bifrost depuis des semaines.
Thor me fit redescendre précautionneusement de ses bras, m'aidant à tenir sur mes jambes. Il gardait sa prise sur mon dos tandis que je me tenais devant lui, les bras posés sur son large torse pour garder mon équilibre.
Je sentis la sensation particulière du Bifrost tandis qu'il fouettait l'air et la poussière tout autour de nous. Mes jambes tremblaient alors que nous attendions, et mon regard se mit une fois de plus à chercher Loki. Il me retourna mon regard sans ciller, un faible sourire de soulagement embellissant ses traits fatigués. Je lui adressai à mon tour un sourire avant que le Bifrost ne nous ramène à la maison.
Note de l'auteur :
Et voilà, une nouvelle aventure se termine avec une expérience de mort imminente ! :)
Je voudrais remercier ma beta assidue, Hr'awkryn, pour m'avoir aidée avec ce chapitre très compliqué. J'étends également mes remerciements à tous mes lecteurs – vraiment, vous me donnez tous la motivation de continuer.
S'il vous plait, prenez le temps d'écrire une review. J'aime toujours autant recevoir un petit mot de vous !
