Note de la traductrice :
Bonjour à toutes et à tous ! Mes retards commençant à battre des records, je n'ai même plus la force de m'en excuser lol. Mais j'espère que malgré ça, vous prenez toujours autant de plaisir à découvrir les nouveaux chapitres de cette magnifique histoire à laquelle j'ai malheureusement moins de temps à consacrer que je ne le voudrais. (Quelle longue phrase p) Merci de tout cœur à vous mes lecteurs, et à mes revieweurs chéris, qui me donnent toujours plus de force pour continuer, même si je dois ne pas en fermer l'œil de la nuit ! lol
Ce chapitre… vous allez l'aimer. Vous allez l'adorer. Et je ne pense même pas que j'ai besoin d'en dire plus que ça lol ! Si, je ne rajouterai qu'une seule chose : bonne lecture ! ^^
L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.
CHAPITRE VINGT
Sous le saule en fleurs
A l'instant même où nous atterrîmes à l'observatoire du Bifrost, je chancelai et commençai à m'effondrer. Thor réagit rapidement et aurait amorti ma chute si Loki n'avait pas été plus rapide et était venu le premier à mon aide. Il m'attrapa par la taille et me redressa tandis que le monde semblait basculer et tournoyer tout autour de moi. Je clignai des yeux vers lui, m'agrippant à ses bras jusqu'à ce que je sois capable de tenir sur mes deux jambes.
Bien que j'ai retrouvé un peu de stabilité, il resta debout à mes côtés, une main dans mon dos, l'autre saisissant ma propre main. Agissant comme un soutien, il me guida à travers l'observatoire. Tandis que nous sortions, je devins consciente du regard de nos amis posé sur nous. Je voulus leur exprimer ma gratitude d'être venus à notre secours, mais les mots ne réussirent pas à prendre forme dans mon esprit confus.
Sur le Pont Arc-En-Ciel, plusieurs chevaux attendaient. Avec Loki pour m'aider, je réussis à avancer jusqu'au cheval le plus proche. « Est-ce que tu penses pouvoir le monter ? » me demanda-t-il, sa voix tout proche de mon oreille.
Je pus à peine acquiescer, et alors il m'agrippa par la taille et m'assit sur la selle. Je serrai les dents et fis de mon mieux pour ne pas crier sous la douleur fulgurante. Une fois assise, je me cramponnai au pommeau et regardai Loki, le souffle court.
Thor approcha et posa sa main sur les rênes du cheval. « Loki ? » Les yeux creux, Loki se tourna face à lui. « Est-ce que tu vas bien ? »
« Ça va » répondit-il. Sa voix semblait étrangement rauque, mais Loki n'y fit pas attention. « Je vais monter avec Eirlys. J'ai toujours été le cavalier le plus rapide, mon Frère. »
Les sourcils froncés, Thor sembla hésiter avant de faire un pas en arrière. Sans plus d'embarras, Loki grimpa derrière moi, son torse pressé contre mon dos. Je pouvais sentir le battement de son cœur, aussi distinct et irrégulier que le mien. Ses bras encerclèrent ma taille pour saisir les rênes, puis nous partîmes au petit galop. Quelques secondes plus tard, nos amis suivirent notre sillage sans un mot.
Avec une main posée contre mon estomac, à quelques centimètres de ma blessure, Loki me garda bien stable tandis que nous galopions le long du Pont Arc-En-Ciel. Epuisée, je me penchai en arrière, le haut de la tête posé contre la partie inférieure de sa joue. Dans le délire de mon agonie, un mince sourire étira mes lèvres. Même après tout ce qui s'était passé, je me sentais en sécurité avec lui.
Notre traversée du pont fut de courte durée – ou peut-être en ai-je eu l'impression à cause de ma conscience défaillante. Lorsque nous atteignîmes la grande entrée, Loki mit pied à terre avant même que notre cheval ne soit totalement arrêté. J'essayai faiblement de redescendre seule avant que Loki ne me soulève de la selle et ne me porte dans le palais.
Je grommelai tandis qu'il me transportait sur le seuil. « Je ne suis pas invalide, Loki. »
La main dans mon dos se contracta lorsque son regard croisa le mien. Etonnamment, il y avait une étincelle d'humour brillant dans ses yeux, aussi terne qu'elle soit. « J'ai peur de ne pas être d'accord. » Il jeta un coup d'œil à l'endroit où j'avais été mutilée par une flèche. « Et si j'ose dire, nous allons devoir travailler sur tes réflexes. »
J'en aurais ri si ça ne m'avait pas fait si mal.
Loki m'emporta droit vers la salle de guérison, et nos amis nous suivirent à quelques distances – même s'il me portait, il avait été capable de les distancer. Nous entrâmes dans la salle et, en quelques secondes, nous fûmes assaillis par des soigneurs. Je n'en avais jamais vus autant dans la salle de guérison en même temps.
« Loki ! » Lentement, je tournai la tête pour chercher la source de cette voix : la Reine Frigga. Elle regarda son fils, ses yeux rouges grands ouverts, avant de m'apercevoir ainsi que ma blessure béante. « Pose-la sur ce lit. Ici. »
Il m'allongea sur un lit au milieu de la salle. Avec sa mère, il s'agenouilla à mes côtés et déplaça ma main de mon abdomen je n'avais même pas réalisé que ma paume était pressée contre ma blessure. Remontant le bas de ma chemise jusqu'en-dessous mes seins, Frigga examina la lésion. Plusieurs autres soigneurs se rassemblèrent autour pour observer les dommages.
Frigga partagea un regard avec Loki. « Est-ce qu'elle ne portait pas d'armure ? »
« Si. »
La surprise traversa les traits de la reine avant qu'elle ne se tourne et liste ses différentes instructions pour les soigneurs les plus proches. Elle retourna bientôt à mes côtés, se penchant sur mon lit. « Tu as essayé de te soigner ? » me demanda-t-elle, repoussant de ses doigts les cheveux emmêlés de mon front humide. « Comment as-tu pu avoir assez d'énergie ? »
« Loki » fut le seul mot que je pus prononcer.
Frigga lui adressa un regard interrogateur, et il lui répondit avec un autre regard signifiant qu'il lui expliquerait tout plus tard. Les autres soigneurs revinrent peu après, avec de multiples bols et des bandages dans les bras. « Eirlys, il semble que tu as été empoisonnée » dit la Reine. Mes yeux s'agrandirent, et toutes les pires possibilités se matérialisèrent dans mon esprit. « La toxine est à base de plante – de felweed, selon nous. Ce n'est pas quelque chose que nous ne pouvons pas soigner. »
Felweed, méditai-je. Une fleur venant de Muspelheim. Comment les Elfes Noirs ont-ils pu obtenir une plante de Muspelheim ? Les effets du poison comprenaient un saignement excessif, des palpitations, une cicatrisation difficile. Ces détails s'échappaient de mes pensées confuses, des détails que j'avais appris et qui me revenaient instinctivement en tête.
Lorsque Frigga commença à laver ma blessure avec de l'eau infusée d'herbes, je hurlai, attrapant la main de Loki. Il n'eut aucune réaction. Il se contentait de regarder tandis que sa mère et Marawen s'apprêtaient à soigner le trou saignant à mes côtés. Je pouvais sentir les tissus de ma chair se réparer sous leurs doigts magiques. La sensation m'envoya un frisson de douleur dans le corps, se diffusant depuis mon abdomen jusqu'à chaque nerf de mon corps.
Le souffle coupé dans la gorge, je frappai du poing sur les draps et serrai les doigts de Loki de mon autre main. Il resserra simplement ma main entre les deux siennes. Je vis son visage pâle peu avant de fermer les yeux et d'attendre que ma peine diminue.
Après ce qui me sembla des heures, mes souffrances s'estompèrent en une douleur sourde. Dans un souffle, j'ouvris les yeux, chassant les taches rouges et bleues qui dansaient devant ma vision. Je soulevai juste assez la tête pour voir que ma blessure était fermée, découvrant à la place une peau rose toute neuve.
Frigga se rapprocha et me caressa un côté de la tête. « Tu dois te reposer, Eirlys. Tu t'en es bien tirée. »
« Hildegund ? » Ma voix n'était pas plus forte qu'un murmure enroué. « Est-ce que ça fonctionne ? La feuille des rêves… »
« Oui, elle va pouvoir se rétablir » me dit Frigga. « Les guérisseurs prennent bien soin d'elle. » J'aperçus le petit sourire jouant sur ses lèvres. « A présent, tu dois te reposer. »
Je souris faiblement en retour, ma main flasque glissant de la poigne de Loki pour retomber sur le dessus de mon oreiller. Les guérisseurs se dispersèrent, m'accordant un moment de repos bien mérité. Faiblement, je pus entendre Marawen se disputer avec Thor et Sif. Je tournai la tête sur le côté, et je les vis se faire reconduire à la porte de la salle, Fandral et Hogun sur leurs talons. J'aurais souhaité qu'ils puissent rester, pour que je puisse profiter de la compagnie de mes amis, mais j'étais bien trop lasse pour m'exprimer à voix haute.
Tandis que je flottai dans un état de semi-conscience, je pus entendre Frigga s'affairer vers Loki.
« Je ne suis pas blessé, Mère » insista-t-il.
La joue pressée contre mon oreiller, j'essayai de l'observer avec les yeux flous. « Mais tu es épuisé » dit Frigga, le forçant à s'asseoir sur le lit à côté du mien. « Tu as l'air hagard, Loki. »
Elle avait raison il avait l'air aussi affreux que je devais avoir l'air. Mais sans le sang. Du moins, pas de sang venant de lui. Une partie de mon sang colorait toujours ses mains et ses bras. De la sueur perlait de son front pâle, ce qui donnait l'impression que c'était lui qui était malade. Je craignis que mon emprunt de magie ne lui ait coûté.
« Qu'est-ce que tu as là ? » lui demanda Frigga en retirant la sacoche de son épaule j'avais presque oublié qu'il me l'avait prise. Lorsque Frigga l'ouvrit, ses yeux s'agrandirent. « Une plante de feuille des rêves ? »
« C'était l'idée d'Eirlys. » Loki tourna les yeux vers moi, et je laissai mes yeux se refermer avant qu'il ait pu remarquer que je le regardai. « Elle était très déterminée. Téméraire, et déterminée. »
Je pouvais entendre Frigga donner la plante à un autre guérisseur en murmurant quelques instructions. Silencieusement, je priai pour que la plante soit récupérable. Il y eut un bref silence avant qu'elle ne retourne aux côtés de son fils. « Elle n'aurait pas pu s'en sortir sans toi. » Mon cœur eut un sursaut à cette pensée ça ne servait à rien de nier la vérité de ses paroles, et j'aurai souhaité pouvoir lui dire autant moi-même. « Je suis fière que tu aies pu aussi bien la protéger. »
Je risquai un regard vers lui pour le voir froncer les sourcils en regardant ses mains. Le rouge était si sombre comparé à sa peau pâle. « Peut-être pas assez » remarqua Loki, son regard se posant sur ce qui avait été ma peau meurtrie. A présent, la seule preuve indiquant que j'avais été touchée par une flèche était mon haut trempé de sang.
« Ne rejette pas la faute sur toi » lui dit la reine en le poussant du coude. Après un instant, il céda et s'allongea. « Tu as besoin de te reposer autant qu'elle. Vous avez tous les deux vécu une terrible épreuve. » Une fois qu'il fut installé dans son lit, elle le laissa.
Mes paupières devinrent de plus en plus lourdes, comme si elles pesaient aussi lourd que des boulets. La dernière parcelle d'énergie à laquelle je m'accrochai commença à se dissiper. Le temps s'écoula dans le calme et le silence. Tous mes soucis semblèrent s'évanouir, toutes mes peines se noyèrent. La douleur elle-même sembla s'affaiblir.
Je glissai de l'état de veille au sommeil, trouvant de la paix et du réconfort dans le simple fait de sentir Loki tout proche de moi.
Je dormis profondément, pour le moins. Pas une fois mon sommeil ne fut interrompu, ni par un rêve, ni par une vision. Combien de temps je dormis, je n'en savais rien.
Lorsque je m'éveillai enfin, mon cou était douloureux et mon estomac vide grogna de mécontentement. Ronchonnant en réponse, je clignai lentement des yeux et tournai la tête pour fixer le lit à côté du mien. Loki était parti depuis longtemps, remplacé à présent par une Hildegund endormie. Sa vue fit naitre un léger sourire sur mes lèvres. Elle avait l'air en bonne santé, la couleur de ses joues redevenue normale, sans transpiration sur sa peau. J'inclinai ma tête en arrière pour voir Volstagg assis entre nous, son regard fixé sur sa femme. L'inquiétude avait depuis longtemps quitté son front.
Semblant sentir mon regard, il se tourna de mon côté et m'adressa un de ses sourires contagieux. « Je suis heureux de voir que tu te portes bien, Eirlys. » Il rapprocha sa chaise de mon chevet. « Tu as ma reconnaissance éternelle. Avec tout ce que tu as fait, je te suis redevable. »
« Non, tu ne m'es pas redevable » répliquai-je, souriant encore plus largement. « C'était aussi mon souhait de voir Hildegund soignée. Mais je suis vraiment touchée par tes remerciements. »
Une des guérisseuses – Marawen, réalisai-je rapidement – me sauta dessus. « Ravie de voir que tu t'es enfin réveillée » dit-elle brusquement.
Avec des mains assez rudes, elle me tourna la tête en tous sens pour scruter mes yeux et mon visage. Reculant un peu, elle repoussa les draps du lit pour inspecter ma blessure guérie. Les guérisseurs avaient retiré ma tunique et mon pantalon, me revêtant à la place d'une chemise de nuit. Il n'y avait plus de sang, tout avait été nettoyé. Volstagg se détourna respectueusement de moi juste avant que Marawen ne relève brusquement ma robe pour révéler mon abdomen.
Me raclant la gorge, je demandai « Pendant combien de temps ai-je dormi ? »
Elle déposa un verre d'eau dans ma main. « Deux jours entiers. » Tandis que je bus à petites gorgées, elle appuya sur ma peau auparavant meurtrie, et à présent réparée mais encore sensible. Je faillis recracher toute l'eau dans ma bouche lorsqu'elle le fit, même si la douleur n'était à présent que très faible.
« Vous êtes très lente à guérir, même sans Felweed dans notre système » me prévint-elle. « Une autre nuit dans la chambre de guérison vous ferait du bien, juste pour s'assurer de la bonne guérison. »
J'acquiesçai. « Est-ce que plus tard je pourrai me lever pour sortir un peu ? »
« Oui, bien sûr, une fois que vous aurez mangé » répliqua Marawen en s'éloignant. Elle revint rapidement avec un plateau rempli de fruits frais et un large bol de ragoût d'orge, de légumes et de morceaux de viande. Je vis la façon dont Volstagg lorgnait la nourriture tandis que Marawen la posait sur mes genoux elle sembla le remarquer également. « Bon, je vais aller vous en chercher aussi. »
Le visage de l'habituel robuste guerrier m'apparaissait plutôt maigre, comme s'il n'avait pas mangé pendant des jours. Il était étrange de s'imaginer Volstagg renoncer à se nourrir. En même temps, c'était compréhensible il avait été tellement inquiet pour son épouse. Je ne pourrai jamais oublier la peur qui avait envahi ses traits, cette peur sordide et panique, lorsque Hildegund était tombée malade. J'avais vu cette même expression sur le visage de Loki.
Mes songeries cessèrent lorsque Volstagg s'empressa de prendre son plateau des bras de Marawen. Il lui adressa un regard penaud, ayant presque renversé mon plateau de mes genoux dans son enthousiasme. J'étouffai un rire lorsqu'il le posa sur la table de nuit entre le lit d'Hildegund et le mien, et qu'il huma avec délectation le délicieux arôme du ragoût.
Dans la tranquillité de la chambre de soin, nous dinâmes côte à côte. Il me raconta des histoires sur les fois où Thor, Loki et les Trois Guerriers ont visité Midgard, où les mortels idolâtraient Thor comme s'il était un vrai dieu. « Tout ce qu'il avait besoin de faire était de faire apparaitre un simple tonnerre et des éclairs. Les jeunes femmes se jetaient littéralement à ses pieds » gloussa Volstagg. « Elles se piétinaient les unes et les autres uniquement pour avoir la chance de le toucher. Thor ne voulait pas repartir ! »
Tandis qu'il parlait de différentes demoiselles mortelles et de leurs efforts grotesques pour obtenir une audience très privée avec Thor, je ne pus me retenir de rire. Malheureusement, cela sembla réveiller ma fatigue. Les événements récents m'avaient profondément drainée je me sentais comme si je n'avais pas dormi pendant des semaines malgré le fait que j'ai sommeillé pendant deux jours entiers. Mais j'ignorai l'épuisement et la douleur pour savourer à la place ce moment de gaité. Il me semblait que cela faisait une vie que je n'avais pas ri.
Je fus rapide à dévorer chaque fruit et chaque cuillerée de ragoût. Mon appétit fut à peine rassasié lorsque je finis mon repas, mais je savais que mon corps ne pouvait pas assimiler une seule autre bouchée après avoir été privé de nourriture pendant si longtemps. A côté de moi, Volstagg mangea bien plus librement, son regard déviant souvent vers Hildegund endormie.
« Je pense que je devrais aller faire une petite promenade » annonçai-je. « Mes jambes ont besoin de s'étirer. J'ai dormi pendant deux jours entiers, et je ne pourrai pas supporter de rester assise un instant de plus. » Avec un faible sourire, je posai mon plateau de côté et fis passer mes jambes par-dessus le bord de mon lit. Ma chemise de nuit sans manches retomba sur mes chevilles, et je ne remarquai que mes pieds étaient nus qu'au moment où ils touchèrent le sol en marbre froid.
Je grimaçai lorsque j'essayai de me redresser, mes côtes me brûlant et mes muscles étant terriblement faibles. Volstagg vint à mon aide en prenant ma main pour me tirer sur mes pieds. Il attendit que je retrouve mon équilibre pour me relâcher. « Est-ce que tu veux que je t'accompagne ? »
« Non, je vais très bien m'en sortir seule » répondis-je. « Tu devrais rester aux côtés de Hildegund. Elle pourrait se réveiller bientôt. »
Sans autre mot, il acquiesça simplement et retourna son attention vers sa femme. Cela me réchauffa le cœur de le voir prendre sa main dans la sienne et la poser sur sa joue poilue. Malgré son apparente fatigue, il avait une force en lui, une volonté inébranlable de la voir retrouver la santé. Pour les laisser tranquilles, je fis demi-tour sur mes jambes branlantes et sortis précautionneusement de la chambre de soin.
La main pressée contre ma côte, je traversai les corridors du palais. Mes douleurs et mes peines semblèrent diminuer seconde après seconde, bien qu'elles refusèrent de disparaitre totalement. Plusieurs gardes m'observèrent tandis que j'avançai. D'après leurs regards et leurs sourcils froncés, je suspectai qu'ils hésitaient à venir m'aider, mais aucun d'eux ne le fit. Je fus ravie qu'ils ne l'aient pas fait ma maigre fierté ne l'aurait pas supporté.
Je flânai parmi les salles familières, me sentant bien et en sécurité à l'intérieur du palais. Je considérai ces salles comme étant ma demeure. Je n'avais jamais été aussi heureuse de les regarder. Le tapis rouge était doux et moelleux sous mes pieds tandis que je circulai à travers le hall d'entrée. Je marchai sous les arches dorées, avançai le long des salles, et me faufilai par une porte par laquelle je ne passai pas souvent.
En inspirant profondément, j'entrai dans le jardin. Le froid et l'air frais m'apportèrent une grande paix une fois que mes pieds touchèrent l'herbe. Le doux carillon de l'eau de la fontaine était comme de la musique à mes oreilles. Même si j'admirai fréquemment le jardin depuis le balcon de ma chambre, je ne prenais pas souvent le temps de le voir d'aussi près. Je regardai les massifs de fleurs qui le bordaient : des gardiennas et des volubilis pourpres en pleine floraison, et des lilas qui commençaient à percer entre leurs branches.
« Je ne m'attendais pas à te voir ici. »
Je sursautai, n'ayant pas remarqué la présence de Loki dans l'ombre du saule. Il avait un livre avec lui, bien sûr, un de ces livres dont je ne connaissais pas le titre. Je m'étais toujours demandé ce qu'il pouvait bien lire, car il lisait beaucoup. Autant que moi, sinon plus.
« Après deux jours, je ne voulais pas passer une seconde de plus au lit » dis-je en m'approchant un peu plus de lui. « Je n'ai jamais vraiment aimé rester les bras croisés. » J'avançai lentement en trainant les pieds dans l'herbe, ces brins d'herbe doux et humides qui chatouillaient mes pieds comme des plumes. Après avoir rejoint le cœur du jardin, je dus contourner les branches du saule qui retombaient jusqu'au sol. « Tu as l'air d'aller bien, Loki. »
Un mince sourire embellit ses traits alors que je m'arrêtai, mes pieds nus se posant tout près de ses bottes. « Tout comme toi, apparemment. » Déposant son livre dans l'herbe, Loki se leva, me surplombant de toute sa hauteur. « Je suis content que tu te sois rétablie. »
Son regard descendit le long de mon torse avant de se poser sur ma taille. Je savais qu'il ne pouvait pas voir ma peau recousue à travers ma chemise de nuit, mais néanmoins il regardait. Une ombre hanta ses traits, un écho de l'horreur que j'avais vue lorsque la flèche m'avait transpercé le corps. Mon estomac se serra à cette pensée.
« Je voudrais t'exprimer ma gratitude… encore une fois. Il semblerait que je t'ai beaucoup remercié ces derniers temps » murmurai-je. En réponse, il releva un sourcil je ne savais pas s'il était perplexe ou suspicieux, alors je continuai. « Je te serai toujours reconnaissante pour toute ton aide… Pour m'avoir fait sortir de Svartalfheim et m'avoir défendue lorsque je ne le pouvais plus. Je nous ai presque tués en essayant de récupérer la feuille de rêves. »
« Est-ce que ça n'en valait pas la peine ? »
Soupirant, je laissai mes épaules s'affaisser. « Cela reste à voir. La feuille de rêves a été un peu ébranlée pendant notre évasion. Je ne suis pas certaine de son état – si même elle va perdurer. » Baissant les yeux, je me frottai les poignets. « Tout ce que je peux faire est d'attendre si ma folie va porter ses fruits. Néanmoins, tu as toute ma reconnaissance, Loki. Sans réserve. »
Il me regarda sérieusement. « Tu n'as pas besoin de le mentionner. »
« Si, je le dois. » Je passai une main tremblante dans mes cheveux, mes doigts se coinçant dans plusieurs nœuds. « Par les Nornes, j'aurais pu nous faire attraper tous les deux une fois de plus. Qui sait ce qu'ils auraient pu nous faire. C'était un risque tellement grand de fouiller le château pour la feuille des rêves. » Déglutir se révéla difficile à cause de la sècheresse de ma gorge. « Dans… dans le champ, lorsque j'ai été atteinte par la flèche, j'ai vraiment failli te demander de me laisser. Je n'étais rien d'autre qu'un poids. C'était ma faute si nous nous étions retrouvés ici pour commencer. Par les Nornes, quelle folle j'ai été… de penser que je pourrais – »
« Eirlys, arrête. » Je relevai les yeux pour croiser son regard inébranlable. Les mots m'échappèrent lorsqu'il posa une main fraiche sur mon visage, ses doigts jouant avec mes cheveux. « Rien dans les Neuf Royaumes n'aurait pu me forcer à te laisser derrière. »
La conviction si sincère de sa voix me fit manquer un battement. Il approcha un peu plus près, son pouce me caressant la joue, lentement et tendrement. Je pouvais sentir la fraicheur qui émanait de sa peau, tandis que sa bouche ne se tenait qu'à quelques centimètres de la mienne.
« Loki, je… » Je voulais lui poser une question, mais les mots ne pouvaient pas sortir. Je n'en trouvais pas la force. Mon pouls s'emballa terriblement en réponse à son contact, et je n'arrivai pas à former la moindre pensée cohérente. Puis Loki se pencha, comblant l'espace entre nous.
Dans le jardin, sous le saule en fleurs, il m'embrassa.
Ma réaction première fut la surprise. Je restai figée devant lui, incertaine. Et puis, lorsque ses lèvres bougèrent contre les miennes, mes doutes cessèrent aussitôt. Il y avait comme une hésitation inhabituelle dans son toucher. Mais lorsque je m'approchai un peu plus, saisissant le revers de sa veste en cuir, il me répondit en approfondissant le baiser, tout en pressant délicatement mes boucles. Sa main libre vint se poser sur ma taille, et ses doigts se déplacèrent jusqu'au bas de mon dos. Une chaleur plaisante se diffusa dans mon bas-ventre, et je dus resserrer ma prise sur lui pour empêcher mes jambes de se dérober sous moi.
« Eirlys ? »
Mon cœur s'arrêta, je m'écartai de Loki, et nous nous retournâmes tous les deux pour chercher la source de cette voix. Je fis un pas de côté, une main pressée contre mes lèvres, jusqu'à ce que je me tienne à une distance respectable de lui.
A mon plus grand dépit, Marawen fit son apparition en surgissant du jardin. Son exaspération était évidente à en juger par le froncement de sourcil voilant son visage. Je voulus parler, mais je ne semblai pas pouvoir concevoir la moindre réponse, étant donné que mon cerveau était entièrement occupé à autre chose.
« Vous voilà » dit-elle. La façon dont ses yeux s'étrécirent montrait qu'elle avait tout à fait l'intention de me punir lorsqu'elle remarqua Loki, par contre, elle préféra se retenir. « Vous n'auriez pas dû vous éloigner autant. Vous ne vous êtes pas entièrement remise, et vous le savez aussi bien que moi. »
Me tordant les mains, je n'osai pas jeter un regard en direction de Loki. « Toutes mes excuses, Marawen. C'est simplement que… le jardin me manquait. Il m'apaise tellement. »
« Eh bien, il me semble que vous avez passé assez de temps hors du lit » remarqua-t-elle en avançant rapidement pour saisir mon bras dans sa poigne inflexible. Elle inclina gracieusement la tête devant Loki. « Prince Loki. »
Il lui rendit un parfait signe de tête en réponse. « Marawen. »
Mes yeux recherchèrent les siens comme si j'espérais y voir un quelconque signe de ses sentiments envers moi. Bien que nos regards se soient croisés, son expression illisible ne m'apprit rien. Il détourna le premier le regard, sans daigner me parler à nouveau. L'estomac tordu, je laissai Marawen me faire sortir du jardin sans un seul mot. Je ne me faisais alors pas assez confiance pour adresser à Loki la moindre salutation.
Lorsque Marawen et moi entrâmes dans le couloir, je sentis mon visage s'échauffer une fois de plus.
La sensation des lèvres de Loki sur les miennes refusait de s'effacer.
Note de l'auteur :
« Ouf ». Il était temps, hein ? Bien sûr, cela ne veut pas dire que ces sentiments en montagne russe vont se stabiliser. Nous devons encore passer par certaines étapes.
Tout comme j'en ai pris l'habitude, je voudrais remercier ma super beta, Hr'awkryn. Merci également à tous ceux qui ont reviewé même si je n'ai pas répondu personnellement à plusieurs d'entre vous, je vous écoute et je vous suis toujours reconnaissante pour vos reviews !
S'il vous plait, prenez le temps d'écrire un commentaire : j'aimerais vraiment entendre votre point de vue. :)
