Note de la traductrice :

Bonjour à tous, mes lecteurs et reviewers adorés ! Encore une fois je suis à la traine… Alors je m'excuse, et tout particulièrement, parce que je sais qu'après le chapitre précédent, vous deviez être pressés de connaitre la suite, n'est-ce pas ? ^^ (Je peux pas vous en vouloir, j'avais quant à moi enchainé les deux chapitres en anglais, même si on était au milieu de la nuit, parce que je ne pouvais pas attendre une seconde lol.)

Dans ce chapitre, les événements vont bien avancer. Une grande tension va se créer, et je ne parle même pas d'une certaine tension sexuelle entre vous-savez-qui et vous-savez-qui ! :p J'espère que le chapitre vous plaira, et que vous me pardonnerez ainsi tous mes retards. ^^ Gros bisous à vous tous, et bonne lecture ! (Et n'hésitez pas à m'écrire une petite review, hein ? :p)

L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.


CHAPITRE VINGT ET UN

Un sombre présage


Avec un grand soupir, je laissai retomber mes épaules alors que mes coudes reposaient toujours sur la balustrade de mon balcon. Le ciel au-dessus du Pont Arc-En-Ciel était aussi noir que la nuit, s'étirant sur tout le chemin menant jusqu'à l'observatoire du Bifrost et au-delà. Les mains tremblantes, j'essayai de chasser le sommeil de mes yeux du bout de mes doigts, mais cela ne sembla pas avoir l'effet escompté.

Je sursautai en entendant le rire tonitruant de Volstagg résonner dans la salle à manger privée derrière moi. Jetant un œil par-dessus mon épaule, je le repérai assis à côté de Hildegund, tous deux partageant un plat d'aubergine recouvert de fromage. Lorsque je croisai le regard de Hildegund, je me permis un mince sourire avant de retourner mon regard sur l'eau devant moi.

Parmi les personnes présentes au déjeuner se trouvaient bon nombre d'infirmiers – des amis d'Hildegund et ses connaissances – de même que Sif, Hogun et Fandral. Ils s'étaient tous rassemblés pour célébrer le retour à la santé de Hildegund. Toutes les personnes du royaume ont été soignées. Pour la plus grande partie.

Cela faisait pas mal de jours depuis l'incident de Svartalfheim, et pourtant je restai hantée par des cauchemars. Je me réveillai dans le noir, fiévreuse, le front trempé de sueur. Quand j'avais de la chance, je ne me souvenais pas de mes cauchemars. Mais, parfois, je voyais des Elfes Noirs – enfin non… seulement un. L'Elfe Noir que j'avais tué. Son sang sur mes mains. La vie qui s'échappait de ses yeux. Dans la morsure glacée de la nuit, je me suis murmuré plusieurs fois que je n'avais fait que me défendre. Et même défendre Loki. Mais même après ça je ne trouvai pas le sommeil.

Pendant la journée, mes pensées étaient assaillies par d'autres sortes de rêveries. Comme je désirais m'empêcher de penser à Svartalfheim, j'avais pris l'habitude de méditer dans ma chambre à coucher pendant la plus grande partie de la journée. Même si je luttai constamment pour me vider l'esprit, j'avais tendance à penser à de bien plus plaisants événements. Ce qui signifiait que, le plus souvent, je me retrouvai à penser à Loki.

Je n'avais pas eu l'occasion de le revoir depuis des jours. Pas depuis notre dernière conversation dans le jardin. Pas depuis qu'il m'a embrassée sous le saule. Cette pensée me fit palpiter l'estomac d'une manière des plus agréables. Parfois, je ne pouvais pas m'empêcher de me demander ce qui serait arrivé si nous n'avions pas été interrompus. Ce fil de pensée en particulier me faisait battre le cœur d'une façon folle.

« Que fais-tu ici, toute seule ? »

Je sursautai, mon cœur remonta jusque dans ma gorge, et mes joues commencèrent à chauffer. Presque aussitôt, je me relaxai en voyant qu'il ne s'agissait que de Sif qui me rejoignait sur le balcon. Elle leva un sourcil, ayant clairement relevé ma réaction. Me passant une main sur le visage, je lui répondis : « Oh, je… profite tout simplement de ma liberté, étant donné que je suis enfin sortie de la chambre de guérison. »

« Est-ce que ça va ? » Elle posa une main douce sur mon bras. Je faillis tressaillir à son contact, mais je pus me retenir au dernier moment. « Tu as l'air troublée – un peu perturbée, pour être honnête. »

« Ce n'est rien » dis-je en me raclant la gorge. « C'est juste que je n'ai pas très bien dormi. »

« Des cauchemars ? »

Serrant la mâchoire, j'acquiesçai en réponse.

« A cause de ce qui s'est passé. » Sif m'observa silencieusement pendant plusieurs secondes avant de me demander : « De quoi est-ce que ça vient précisément ? Est-ce que c'est de ta blessure ? Ou du temps que tu as passé en captivité ? »

« Eh bien, un peu tout ça. » Je voulus soupirer tant j'étais exténuée, mais quelque part, le fait de soupirer me sembla demander bien trop d'efforts. « Mes cauchemars sont remplis par l'Elfe Noir dont j'ai ôté la vie. Est-ce que je t'en avais parlé ? Que j'avais tué quelqu'un à Svartalfheim ? » Elle secoua la tête. « Je ne sais pas comment tu fais, Sif… »

Fronçant les sourcils, elle perdit son regard au-delà de la mer. « Ce n'est pas aussi simple que ce que tu peux croire. » Elle s'écarta de moi et s'appuya sur la balustrade, les bras pendants au-delà. « 'Tuer ou être tué.' C'est ce que mon instructeur m'avait dit. Mais je sais que ce n'est pas facile pour toi de vivre avec. Toi qui a passé la plus grande partie de ta vie à essayer de sauver des vies, et non à les prendre. »

C'était bien le cœur du problème : tuer ou être tué.

Mais nous étions des protecteurs de la vie – c'est ce qu'on m'avait enseigné pendant mes nombreuses années d'effort pour devenir soigneuse. Comment quelqu'un pouvait-il avoir le droit de décider quelle vie était plus importante qu'une autre ? A maintes reprises, cette question m'avait obsédée. C'en était allé au point que je m'étais tout simplement lassée de m'interroger. Ces doutes avaient tourné dans ma tête pendant des jours, en particulier lorsque j'étais allongée et éveillée dans la nuit. Jamais je n'avais été capable de trouver la moindre consolation. « Tu as raison » lui dis-je. « Ce n'est pas une pensée très simple à supporter. »

« Eirlys, toi et moi… nous nous battons pour protéger. Des vies sont ôtées pour en sauver beaucoup d'autres. » Sif inclina la tête, les sourcils froncés. « Nous sommes des défenseurs des Neuf Royaumes. Parfois nous devons faire des choses contestables pour accomplir ce que nous croyons être juste. » Ses boucles brunes glissèrent sur son épaule tandis qu'elle se détourna pour me regarder. « Je comprends ta détresse. Voir la mort en face demande un peu d'habitude. Tout comme pour arriver à faire avec… Tu vas finir par t'y habituer un jour. Ne pense pas de mal de toi si ce jour arrive. Si jamais tu as besoin de quelqu'un pour te confier, je suis là. »

J'eus mon premier vrai sourire de la journée. « Merci, Sif. »

Nous partageâmes ensuite un silence tranquille, n'écoutant que le bruissement de l'eau au-dessous de nous. Il était près de midi à présent, et le soleil brillait juste au-dessus de nous. Je fermai les yeux et profitai de la douce chaleur. De tels moments étaient rares et bienvenus depuis notre incursion à Svartalfheim. Juste un instant paisible avec une amie à mes côtés sans que je pense aux cauchemars qui m'avaient tourmentée cette nuit. Ou aux pensées séductrices qui m'avaient hantée pendant la journée.

Malheureusement, tous les bons moments ont une fin.

Dans le silence, je pus percevoir une voix familière couper court aux murmures de conversation de la salle d'à côté. « Où se trouve Eirlys ? Je voudrais parler avec elle. »

Sif et moi échangeâmes un coup d'œil avant de retourner à l'intérieur.

« Ah, il suffit de l'appeler et elle arrive ! » dit Fandral en souriant tandis que j'entrai dans la chambre.

Tout le monde se tourna vers moi, et mes yeux se posèrent sur Loki.

Mon cœur hésita lorsque je l'aperçus. Il se tenait dans l'embrasure de la porte, d'apparence calme et posé. Mais je le connaissais – il y avait quelque chose dans la raideur de sa posture et dans son comportement austère qui impliquait autre chose.

« Loki. » Je traversai toute la salle pour le rejoindre. « Il y a quelque chose qui ne va pas ? »

Loki hésita et parcourut des yeux la salle. Les occupants de la salle nous regardaient à présent en retenant leur souffle, sans prononcer le moindre mot. Son absence, et celle de Thor, avaient été remarquées. En fait, cela avait préoccupé le peuple. L'absence des deux princes provoquait toujours un certain malaise. « Il n'y a rien de grave » dit-il fermement. « Père est tombé dans le Sommeil d'Odin. » Un murmure parcourut toute la salle, mais je ne prononçai pas un mot. « Ma mère désire te voir, Eirlys. »

Beaucoup de questions se formèrent dans ma tête, mais elles ne dépassèrent pas la barrière de mes lèvres. A la place, je lui fis un signe de tête avant de me retourner vers la table où je pris les mains de Hildegund dans les miennes. « Je suis heureuse que tu ailles bien, Hildegund – si bien que tu as même trouvé l'énergie de faire ton légendaire gâteau au chocolat » dis-je. A mon grand soulagement, la plupart des soigneuses étaient retournées discuter entre elles je n'aurais pas voulu qu'elles soient ici à s'inquiéter. « J'espère que tu pourras trouver un peu de repos. »

Hildegund m'adressa un grand sourire. « La cuisine me relaxe. Je pense que je devrais peut-être cuisiner un gâteau entier pour toi. »

Je posai une main sur mon torse. « Oh non, j'ai peur de ce qui pourrait arriver si tu le faisais. Avec un gâteau entier pour moi, je perdrais tout contrôle et me retrouverais de nouveau enfermée dans les salles de guérison. » Et nous rîmes toutes les deux.

Après qu'elle m'a souhaité un bon après-midi, je me tournai et adressai un sourire à Sif et les Trois Guerriers. Ils me retournèrent mon sourire, bien qu'avec réticence je savais qu'ils sentaient que quelque chose était étrange, tout comme moi. Sans rien ajouter, je rejoignis rapidement Loki, et nous sortîmes tous les deux.

Nous progressâmes dans les couloirs, côte à côte, d'un pas lent. Je l'observai du coin de l'œil, me demandant ce qui pouvait lui passer par la tête. Pendant une seconde, j'envisageai d'aborder la question de ce qui s'était passé entre nous dans le jardin. Jusque-là, il n'avait donné aucune indication montrant que cela signifiait la moindre chose pour lui, et cela réveilla une douleur dans mon cœur. L'incertitude et la frustration me tourmentaient. Mais étant donné que le Père de Toutes Choses était plongé dans le Sommeil d'Odin, j'écartai rapidement ces pensées. Le moment n'était probablement pas idéal.

« Est-ce que je devrais m'inquiéter de quelque chose ? » demandai-je.

Il jeta un coup d'œil vers moi. « Je te l'ai dit, il n'y a rien de grave. »

« Loki, je te connais depuis assez longtemps pour savoir que quelque chose ne va pas. » Je ralentis et finis par m'arrêter. Presque à contrecœur, il stoppa et se tourna vers moi. « Est-ce que ta mère a eu une autre vision ? Est-ce pour ça qu'elle veut me voir ? »

Il faillit soupirer d'exaspération. « Oui, mais elle ne nous a pas dit grand-chose. » Je fronçai les sourcils lorsqu'il me tira sur le bras pour me faire avancer à nouveau. « Les visions n'apportent rien d'autre qu'une inquiétude excessive. »

Je ne pouvais pas le contredire sur ce point. Bien que mes visions aient été peu nombreuses, elles m'avaient apporté des craintes et des souffrances inutiles. Elles n'étaient rien d'autre que des cauchemars pour moi. Un mauvais pressentiment sur ce qui allait arriver. « Qu'a-t-elle vu ? » demandai-je. « Est-ce que cette vision est plus inquiétante que ce qu'elle a perçu l'année dernière ? »

« Tu devras lui poser la question toi-même. »

Nous parcourûmes le reste du trajet en silence.


La chambre à coucher était terriblement silencieuse lorsque nous entrâmes. Debout sur l'estrade, Thor se tenait à la droite du Père de Toutes Choses tandis que Frigga était de l'autre côté. Contrairement à l'année précédente, il n'y avait aucune trace d'inquiétude sur son visage. En fait, elle semblait sereine, regardant la silhouette endormie d'Odin avec un regard affectueux.

Elle se tourna vers nous lorsque nous approchâmes. Bien que j'étais réticente à l'idée de m'avancer plus près, Frigga m'adressa un sourire et me fit signe de la rejoindre. J'approchai jusqu'à me tenir à ses côtés tandis que Loki faisait le tour de l'estrade pour rejoindre son frère. Lorsque Frigga reporta son regard sur le Père de Toutes Choses, elle me tendit sa main.

J'hésitai avant de saisir sa main. « Ma dame, y a-t-il un problème ? »

« Il est tellement sans défense dans cet état. Mortel… » Le silence se prolongea, long et gêné, jusqu'à ce qu'elle tourne son regard vers moi. « Peux-tu m'aider à projeter un sort de protection ? Nous devons le protéger de toute intrusion télépathique. »

Je fronçai les sourcils devant son regard distant. Néanmoins, j'acceptai. Elle pressa la paume de sa main gauche dans ma main droite, et nous levâmes toutes deux nos mains opposées. Nous jetâmes le sort ensemble, et un arc doré translucide se déploya autour du lit du Père de Toutes Choses. Je me souvins avoir vu le même sort au-dessus de lui l'année dernière. Je n'étais pas encore une experte dans ce sort, mais mon humble participation dans cet enchantement avait du moins pu augmenter la sienne.

Une fois que le sort fut bien mis en place, je me tournai pour observer Frigga, ses mains serrées dans les miennes. « Ma dame, on m'a dit que vous avez eu une autre vision. Pouvons-nous savoir ce que vous avez vu ? »

Le visage de Frigga devint sombre, mes paroles semblant avoir ramené des pensées indésirables. S'éloignant de moi, elle ferma les yeux comme pour s'efforcer de ramener des images passées en mémoire. « Des ombres obscures… des voleurs dans l'enceinte sacrée d'Asgard » dit-elle. « Je ne suis pas certaine d'avoir vu les mêmes événements l'année passée. » Elle trembla, agrippant les couvertures du lit du Père de Toutes Choses. C'était inquiétant de la voir si épuisée – tout en essayant si durement de le cacher. Elle a été mon instructrice, ma guide. A présent, elle semblait tellement perdue… « Rien ne s'est encore abattu sur nous, mais j'ai peur que cette prémonition soit sur le point de se réaliser. »

Déglutissant fortement, j'aperçus Thor et Loki écouter avec une attention soutenue. « Que va-t-il se passer, selon vous ? » demandai-je.

« Tu sais à quel point tout ceci est incertain. » Comme elle n'ajoutait rien, j'avais peur qu'elle ne puisse pas nous en dire plus. Mais finalement, elle parla : « D'une certaine manière, je suspecte que les Elfes Noirs puissent être impliqués. Mais je ne peux pas dire ce qui va se passer. »

Le ventre serré, je murmurai : « Des Elfes Noirs à Asgard ? » Des souvenirs de l'homme que j'ai tué apparurent spontanément dans ma tête. Est-ce que ça pourrait être le clan de Nalak venant se venger ? Mes yeux se détournèrent pour croiser ceux de Loki. L'ombre d'une inquiétude passa sur ses traits.

« Et Heimdall ? » Thor posa ses mains sur le bord du lit de son père. « Qu'est-ce qu'il a vu ? »

« Je lui en ai parlé, mais il n'a pas perçu quoi que ce soit d'étrange. » Laissant échapper un soupir, Frigga se laissa tomber dans le siège à côté du lit. « Pas pour l'instant, du moins. » Elle regarda chacun de ses fils. « J'ai longtemps hésité à en parler parce que je ne voulais pas vous imposer mes ennuis. Vous avez déjà subi tellement d'épreuves. » Ses traits s'adoucirent lorsqu'elle se tourna pour m'observer, et je détournai les yeux, déconcertée par les souvenirs toujours menaçants du monde obscur.

« Le Sommeil d'Odin vient seulement de commencer, mais la nouvelle va se répandre bien assez tôt » dit Loki. « Si quelqu'un voulait attaquer Asgard, il serait logique de penser qu'il frapperait cette nuit, alors que nous sommes les plus vulnérables. »

Thor acquiesça lentement, une de ses mains frottant la barbe de son menton. « Il serait sage de prendre toutes les précautions jusqu'au réveil de Père. Nous devrions augmenter le nombre de gardes – plus que ce que nous avons déjà. Peut-être que nous pourrions rappeler les guerriers qui demeurent à l'extérieur de la cité. Si la bataille se rapproche, alors nous devons être prêts. »

Même si on sentait une certaine rassurance, Frigga restait toujours tendue, ses mains serrées sur ses genoux. Je pris sur moi de la réconforter, même si je pouvais à peine retenir le tremblement de mes propres mains. « N'ayez pas peur » murmurai-je. « Si quoi que ce soit devait arriver, nous nous assurerons que le Père de Toutes Choses sera bien protégé. »

Frigga prit une grande inspiration et saisit mes doigts tremblants. « Vous devriez partir. Tous. » Elle nous regarda tour à tour tous les trois. « Si mes peurs devaient être fondées, alors votre temps serait mieux utilisé autre part. Par contre, je voudrais rester ici. »

« Bien sûr. » Serrant furtivement sa main, je me détournai pour descendre de l'estrade, mais la reine me demanda de m'arrêter une dernière fois.

Regardant en arrière, je vis son mince sourire. « Je suis heureuse de te voir en bonne santé, Eirlys. Je ne t'aurais pas appelée si nous n'avions pas été dans une telle situation. »

« Merci, ma dame. » J'inclinai la tête devant elle avant de redescendre les marches. Loki et Thor firent de même, même s'ils ne semblèrent pas me suivre jusqu'à la porte. M'arrêtant sur le seuil, une main sur la porte, j'observai les fils d'Odin. Ils se tenaient aux pieds du lit de leur père, adressant des mots rassurants à leur mère.

Baissant les yeux, je me glissai par la porte pour leur donner un moment d'intimité.

Dans le couloir, les Einherjars étaient à leur poste, une rangée de gardes alignés contre chaque mur. Ils se tenaient droits et méfiants, leur nombre plus important que la normale. Je circulai parmi eux, me frottant les yeux pour en retirer la fatigue tout en attendant les deux princes.

Ce ne fut pas long avant qu'ils ne sortent de la chambre de sommeil, la porte se refermant derrière eux avec un bruit sonore. Je me tournai, les mains posées sur mon abdomen, et les rejoignis au milieu du couloir.

« Après avoir entendu votre mère expliquer ses visions, est-ce que vous pensez que nos inquiétudes sont justifiées ? » demandai-je en regardant plus précisément Loki. Il ne répondit rien, bien que je pus sentir une tension dans sa mâchoire serrée. « Je comprends que le manque de clarté ne renforce pas vraiment votre confiance. »

L'expression de Thor devint grave. « Mère semble beaucoup plus sûre d'elle cette fois. »

« Ça ne veut pas dire grand' chose » remarqua Loki.

« Tu as raison » répondis-je. « Mais elle a mentionné les Elfes Noirs en particulier. » Loki et moi partageâmes un long regard. « Et ils ont assurément des raisons d'assiéger Asgard. »

Des bruits de pas pressés résonnèrent dans le couloir. Nous tournant, nous vîmes Sif et les Trois Guerriers gravir les marches et approcher, tous les quatre vêtus de leur armure – de vrais dieux de la guerre, toujours prêts à se battre.

« Comment va le Père de Toutes Choses ? » demanda Sif une fois qu'ils furent arrêtés devant nous. La même question était gravée sur les visages de chacun des Trois Guerriers.

« Il est plongé dans le Sommeil d'Odin, alors il se porte aussi bien qu'il le peut » répliqua Loki d'un ton acéré.

Sif lui lança un regard dur.

« Et la reine ? » dit Volstagg. « Comment se porte-t-elle ? »

« La reine a eu une autre vision. Elle pense que nous allons être… infiltrés » les prévins-je. « Il est entièrement possible que l'avertissement qu'elle a reçu l'année dernière concernait ce Sommeil d'Odin. »

Loki laissa échapper un soupir et passa une main lasse sur ses yeux. « Pour ce qu'on sait, ses visions pourraient concerner ce qui va se passer dans des décennies. »

Il y eut quelque chose dans sa suggestion qui me serra le cœur. Dans des décennies. Cela me rappela mes propres visions et l'effroi qu'elles me provoquaient, ce que j'avais enfoui depuis longtemps dans mon esprit et que je me forçai d'ignorer. Je devais me concentrer sur ici et maintenant. « Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas ignorer les avertissements de ta mère. Si les Elfes Noirs devaient arriver, alors nous ferions mieux de nous préparer. »

« Comment pourraient-ils bien arriver jusqu'ici ? » demanda Fandral. « Ce n'est pas comme si le Bifrost leur était ouvert. »

« Ils peuvent avoir des moyens d'entrer dans notre royaume dont nous ne sommes pas au courant » dit Loki.

Même si tout le monde s'échangeait des regards perplexes, je fus la seule à poser la question. « Que veux-tu dire ? »

« Je commence à suspecter les Elfes Noirs d'avoir reçu de l'aide d'autres personnes. » Loki me regarda alors. « Eirlys, la flèche qui t'a atteinte a pénétré ton armure beaucoup trop facilement. Je pense qu'il est improbable qu'une flèche ordinaire puisse transpercer l'acier asgardien. C'est pourquoi je l'ai ramenée pour l'examiner. »

Je levai un sourcil à la pensée qu'il ait ramené la flèche malgré mon mauvais état d'alors. Cela avait dû lui paraitre très suspect pour qu'il l'ait fait. « Et qu'as-tu trouvé ? »

« Il semble qu'il n'y ait aucune réponse » répondit-il. « Pas ici, en tout cas. Nous n'avons dans les archives aucune information parlant de métaux capables de perforer ton armure comme ce fut le cas. »

« Je pense que je sais où tu peux trouver des réponses » remarqua Sif. « Tu as raison, ce n'est pas chose facile de perforer l'acier asgardien. » Je ressentis une sensation troublante c'était étrange de voir Sif et Loki se mettre d'accord sur quelque chose. « Il y a une forgeronne qui fréquente le marché. Sa famille a accumulé une grande connaissance concernant les métaux qui peuvent être utilisés pour forger des armes ou des armures. Elle pourrait avoir l'information que tu recherches. »

Loki ne prononça pas un mot pendant un instant, très clairement réticent. Je supposai qu'il n'appréciait pas l'idée de quitter le palais pendant une période si difficile. « Alors il faudrait que tu me guides à elle » dit-il enfin. « Nous nous porterions mieux si nous savions à quoi nous devons faire face. »

Après avoir acquiescé, Sif se tourna vers moi. « Eirlys, j'aimerais que tu nous accompagnes. »

Loki réagit avant que je ne puisse formuler un mot. « Pourquoi ? »

La surprise de Sif se manifesta rapidement. « Que veux-tu dire par ''pourquoi'' ? C'est elle qui a été touchée par la flèche. Est-ce qu'elle ne mérite pas de savoir comment ça s'est passé ? » Elle posa sa main sur mon bras. « Tu vas assez bien pour monter à cheval, non ? »

Je devais admettre que ma côte était toujours douloureuse, mais ce n'était pas ça qui allait m'empêcher de monter à cheval. « Je suis de nouveau en bonne santé. Je ne vois aucune raison de ne pas vous accompagner. »

Fronçant les sourcils, Loki semblait être sur le point de refuser, mais son frère le devança. « Alors l'affaire est réglée » déclara Thor. Il appela un serviteur et lui demanda de tenir les chevaux prêts. « Vous trois allez vous rendre jusqu'au marché. Trouvez tout ce que vous pourrez à propos de cette flèche. » Son regard se posa sur les Trois Guerriers. « Nous autres allons aller jusqu'aux frontières de la cité et rassembler tous les guerriers jusqu'au palais. Nous devons protéger mon père. »

« Le palais est encore paisible » dit Hogun en se tenant droit et rigide. « Mais cela ne va pas durer longtemps. »

Volstagg acquiesça. « En effet, nous ferions mieux de nous dépêcher. Nous n'avons pas un instant à perdre. » Il fut le premier à sortir par le couloir, suivit de Fandral et Hogun.

Thor et Sif les suivirent, tandis que Loki et moi demeurions près des portes de la chambre de sommeil. Mon regard croisa le sien. La peur serpenta jusqu'à mon cœur, et je sentis un besoin irrépressible de lui assurer mes sentiments. De connaitre la vérité sur ses sentiments envers moi. Je voulais savoir la vérité sur tout ça avant qu'une ombre ne déferle sur Asgard. Une partie de moi craignait de ne pas pouvoir avoir d'autre chance. Mais toutes mes pensées concernant une telle conversation s'évanouirent rapidement en apercevant son visage de glace. Le silence persista tandis qu'il avançait le long du corridor pour rejoindre Thor et Sif. Poussant un soupir, je fis de même.

Nous nous pressâmes le long de la colonne infinie de Einherjars alignés le long des appartements royaux. C'était effrayant de penser que le Père de Toutes Choses ne pouvait pas se défendre, laissant seuls les royaumes qu'il gouvernait. Plus déroutant encore était la pensée qu'un rien pouvait être assez fort pour vaincre les forces le protégeant.

Notre passage à travers le hall d'entrée était le même que beaucoup d'autres. Des servants et certains courtisans flânaient, semblant ignorer ce qui était sur le point d'arriver – ou du moins ce qui pouvait arriver. Bien sûr, le passage de notre groupe fit se retourner quelques têtes. Il ne faudrait pas attendre longtemps avant que le bruit ne se répande sur le Sommeil d'Odin.

A l'extérieur de la grande entrée, nous fûmes rejoints par quelques palefreniers qui nous amenaient nos chevaux. Comme nous l'avions décidé, les Trois Guerriers montèrent rapidement sur leurs coursiers et partirent dans plusieurs directions pour chercher de l'aide.

Guidant son étalon blanc par les rênes, Thor se tourna pour nous faire face. « Nous n'avons que peu de temps, mon frère. A votre retour, vous devrez prévenir tout le palais. Nous devons nous préparer au pire, même si cela ne se produit pas. »

Loki hésita avant de lui accorder un signe de tête. « Je vais m'assurer que notre peuple sera prêt. »

Acquiesçant en retour, Thor s'installa sur sa monture et partit au galop en direction des champs.

Sans que nous prononcions le moindre mot, Sif et moi montâmes sur nos chevaux – le sien était une jument marron, tandis que le mien était toujours le fidèle Winifred. Loki fit de même et partit rapidement au petit galop, nous deux dans son sillage. Sans mon pantalon de cuir, la chevauchée n'était pas simple, mais je n'aurais pas laissé un paquet de tissu indiscipliné m'en empêcher.


Les routes étaient remplies d'Asgardiens vaquant à leurs activités quotidiennes. La plupart d'entre eux devait s'écarter de notre chemin lorsque nous nous approchions. Il était dur de faire abstraction de leurs regards médusés et mécontents être à cheval sur la route du marché était généralement mal vu, même pour un prince d'Asgard. Néanmoins, grâce à notre vitesse de déplacement, nous rejoignîmes le marché de la ville en quelques minutes.

« Je pense que nous devrions laisser nos chevaux ici » dit Sif en ralentissant avant de s'arrêter à quelques mètres d'un vendeur se tenant tout au bout d'une longue file de vendeurs. « La route devient de plus en plus encombrée à partir des échoppes. Ce serait mieux si nous continuions à pieds. »

Loki passa devant jusqu'au bord de l'avenue. « Je suis d'accord. Nous avons déjà assez éveillé les soupçons. »

Tandis qu'il ralentissait puis s'arrêtait, j'acquiesçai. « Oui, il ne faudrait pas provoquer de panique. »

Avec des mouvements fluides, Loki démonta de son cheval. « Oui… enfin, j'aime assez goûter à un peu de chaos de temps en temps. » Il ne pouvait apparemment pas contenir son petit sourire suffisant si familier.

« Mais pas aujourd'hui, j'espère » lançai-je d'un ton malicieux. « J'aimerais bien profiter d'un peu de paix et de tranquillité pour une fois. » Je balançai mes deux jambes d'un côté de la selle, aggravant une fois de plus la douleur sous mes côtes. Grinçant des dents, je pressai ma paume à l'endroit précis où j'avais été blessée moins de quatre jours plus tôt. Ne me décourageant pas par un peu de souffrance, je me balançai et me préparai à sauter de Winifred. La distance de sa selle à la route de pavés ronds semblait bien plus intimidante que jamais auparavant et, malgré ma résolution initiale, je ne pus arriver à sauter.

Loki vint se placer devant moi, les sourcils levés. « Tu as l'air d'avoir besoin d'assistance. »

Mes joues rougirent lorsqu'il s'approcha plus près je supposai qu'il voulait me soulever hors de la selle comme il l'avait fait le jour de notre retour au palais, le jour où j'avais été touchée. « S'il te plait, Loki, il n'y a pas besoin de me porter. Je suis en voie de rétablissement, pas infirme. »

En réponse, il m'offrit simplement une main. « Oui, enfin, nous savons tous à quel point tu n'es pas gracieuse quand tu montes à cheval en robe. »

Des souvenirs de mon triste spectacle de finesse pendant notre aventure dans la caverne de cristal de Alfheim me revint en mémoire. Bien que mes souvenirs étaient devenus de plus en plus distants, mon embarras ne semblait pas vouloir s'estomper.

Pour calmer ma tension une fois pour toutes, je laissai ma main glisser dans la sienne sans un mot de plus. Supprimant un frisson, je sautai de la selle et trébuchai un peu avant d'atterrir.

Loki posa sa main libre contre ma taille pour m'aider à rester debout. Une vague de chaleur m'enveloppa des pieds à la tête lorsque je repris mon équilibre, et il ne s'écarta pas. J'osai lever les yeux vers lui, ma main posée sur son bras, nos visages à quelques centimètres. A cette proximité, je pouvais sentir la fraicheur de son corps je me demandai vaguement s'il percevait la chaleur abondante du mien.

« Je savais que tu n'aurais pas dû nous accompagner. » Sa voix était basse, mais nous nous tenions assez près pour que je puisse entendre distinctement chaque mot par-dessus le vacarme du marché. « Tu n'as pas complètement récupéré, malgré ce que tu n'arrêtes pas de prétendre. »

Je pus à peine m'empêcher de lui lancer un regard perçant. « Je vais parfaitement bien, Loki. » Du coin de l'œil, je remarquai Sif se tenant à quelques mètres de nous, nous regardant avec une grande curiosité. « Et je suis là, alors nous ferions mieux de continuer plus avant. Je ne pense pas que Sif apprécie de nous attendre, et nous avons déjà assez peu de temps devant nous. »

Lorsque finalement Loki recula d'un pas, je le regrettai presque. Mais alors il fit un signe en direction de la longue route du marché, et toutes les circonstances me revinrent en mémoire avec force. « Nous allons voir si nos craintes sont fondées » dit-il en arpentant la foule.

Je fis un pas pour le suivre, captant par la même occasion le regard de Sif. Elle ne dit pas un mot, mais je notai le minuscule sourire qui releva un coin de sa bouche. Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, elle se retourna et rejoignit à la hâte Loki, le conduisant vers la forgeronne que nous recherchions. Poussant un soupir tremblant, je me redressai et me pressai derrière eux.

Les regards curieux des vendeurs du marché étaient impossibles à manquer. Il semblait que la présence d'un prince au marché était une rareté – ou peut-être que c'était plutôt la vision de Loki qui ne leur était pas familière.

Nous nous faufilâmes à travers la foule, nous frayant un chemin jusqu'au quartier des armes et des armures. La vendeuse que nous cherchions avait une tente bleue, dont le tissu bruissait doucement dans le vent. Nous aperçûmes alors une jeune femme, hautaine et bien musclée, qui vendait ses marchandises posées sur une table. Tout ce qu'elle vendait étaient des armes de la meilleure qualité : des épées, des dagues, des haches, des massues. Elles brillaient dans la lumière du jour, polies et bien affûtées – les plus impressionnantes armes que j'avais jamais vues dans le marché.

Une fois qu'elle eut réalisé sa transaction avec son client précédent, elle sourit en voyant Sif. « Ah, Dame Sif. Cela faisait trop longtemps que je n'avais pas eu votre visite. »

« Toutes mes excuses les plus sincères, Ragna. Je suis désolée de dire que je n'ai pas eu besoin d'une nouvelle épée depuis quelques temps déjà, bien que je pourrai être tentée d'acheter quelques lames de plus » répondit Sif en faisant courir ses doigts sur une rangée de couteaux à lancer posés sur une bande de velours. Le regard exaspéré que Loki lui lança l'incita à reprendre le fil de notre enquête. « Mais peut-être une autre fois. Nous sommes actuellement venus nous renseigner sur une pointe de flèche qui semble capable de transpercer une armure sans le moindre effort. »

La forgeronne observa chacun d'entre nous, ses yeux s'élargissant légèrement quand ils se posèrent sur Loki. « Je présume que vous l'avez sur vous ? »

Loki sortit la flèche de sa veste et la tendit pour qu'elle puisse la prendre. La hampe était brisée en éclats et pliées, ce qui s'était probablement produit lorsqu'il l'avait retirée de ma côte. « Le palais n'a aucun enregistrement sur le matériau utilisé pour la fabrication de cette pointe de flèche » lui dit-il. « Nous pensions que vous pourriez nous éclairer. »

Ragna leva la flèche dans les airs et scruta attentivement la tête de métal. La manipulant d'avant en arrière, de gauche à droite, elle murmura et plissa les yeux tandis que le soleil se reflétait sur sa surface. « Intéressant… vraiment très intéressant. » Son regard vacilla et se posa sur nous trois. « Lequel d'entre vous a été touché par cette flèche ? »

Mon torse se serra à ce souvenir. « C'est moi qui ai été frappée. »

Les sourcils levés, la forgeronne rendit la flèche à Loki. « Vous êtes incroyablement chanceuse d'être en vie. Une flèche comme celle-ci aurait pu déchiqueter vos organes vitaux si ça avait été le véritable objectif de l'archer. »

Cette information était pour le moins troublante. Bien sûr, elle n'en avait pas encore terminé. « La pointe de flèche a été forgée avec du vibranium – un minerai aussi connu comme étant de l'anti-métal. Forgé en tant qu'arme, il peut transpercer n'importe quoi, même le fer Asgardien. C'est le métal le plus rare que l'on puisse trouver dans les Neuf Royaumes. Mon père et son père avant lui avaient eu un peu de vibranium à un moment donné. Ils le considéraient comme si c'était une bénédiction des Nornes elles-mêmes. »

« Et comment peut-on se défendre face à une telle arme ? » demanda Loki.

Elle haussa simplement les épaules en réponse. « En utilisant une armure de vibranium. Ce que personne sur le marché ne peut avoir. Il n'y a pas eu de vibranium dans les parages depuis au moins trois siècles. »

Posant une main sur ma blessure en cours de guérison, je fronçai les sourcils. « Est-ce qu'il serait possible pour une magie d'une très grande puissance de se protéger contre ça ? » Ma remarque me valut un coup d'œil plutôt sceptique de la part de Loki, ce à quoi je répondis : « Je n'ai jamais sous-entendu que ma magie serait assez forte. »

« Eh bien, je suppose que cela pourrait être possible. Des armes de légende peuvent résister à la force du vibranium, en particulier Mjolnir » – elle fit un signe de tête envers Sif – « et peut-être même votre Drekisbane. » La forgeronne se redressa et croisa les bras sur son torse. « A présent, je dois vous demander si vous comptez rechercher les personnes qui ont tiré cette flèche. Parce que si c'est le cas, vous feriez mieux de renoncer. »

Sif secoua la tête. « Après ce que vous venez de nous dire ? Certainement pas. »

En retour, la forgeronne Ragna acquiesça. « Si vous deviez à nouveau rencontrer ces ennemis, ils auraient probablement des armes d'une même puissance. S'ils acceptent de laisser s'envoler des flèches de vibranium au risque de ne jamais les recouvrer, alors cela me fait penser qu'ils ont d'autres armes puissantes à leur disposition – même si elles ne sont pas faites de vibranium. »

Je partageai un coup d'œil avec Loki, seulement pour remarquer son expression sinistre. Ce conseil semblait encore plus accroitre ses inquiétudes. Même s'il n'y avait aucune certitude absolue que les Elfes Noirs attaqueraient comme Frigga le prétendait. Mais cette possibilité demeurait. Si réellement ils assiégeaient Asgard, il n'y avait aucune façon de savoir de quoi ils seraient capables.

« Tu as toute ma gratitude, Ragna. » Avec un faible sourire, Sif fit un geste vers les dagues à lancer exposées sur la table. « Je reviendrai bientôt pour acheter quelques-unes de ces lames. »

La forgeronne sourit à cette promesse, et nous échangeâmes nos salutations.


Le silence nous accompagna pendant notre retour jusqu'à nos chevaux. Je suivis Loki, lui lançant quelques coups d'œil de temps en temps. Il n'était pas du genre à exprimer ses peurs ou ses soucis, peu importe à quel point ils étaient importants. Mais je pouvais le voir sur son visage. Aussi sombres que pouvaient être les visions de Frigga, il était difficile de nier leur importance les Elfes Noirs avaient des raisons d'attaquer, et ils avaient des armes capables d'abattre les Asgardiens. La seule question était de savoir comment ils entreraient dans le royaume. Et quelque chose me disait que Loki connaissait la réponse.

« Tu as peur que ta mère puisse avoir raison cette fois » dis-je. Nous étions à seulement quelques mètres de nos coursiers à présent. « Loki, attends. » Tandis qu'il continuait tout simplement à avancer, sans m'accorder la moindre réponse, je tendis la main et attrapai son poignet. Un frisson me parcourut au moment où ma peau entra en contact avec la sienne. Aussitôt, il s'arrêta et fixa son regard dans le mien. « Tu sais de quelle façon ils pourraient rentrer dans le royaume, n'est-ce pas ? »

« J'ai mes soupçons » admit-il. « Mais j'ai peur qu'il n'y ai pas grand-chose à faire pour leur faire obstacle si j'ai bien raison. » Il lança un coup d'œil à Sif avant de reposer son regard sur moi. « C'est hautement inhabituel que les Elfes Noirs soient en possession d'un métal aussi rare – si la forgeronne avait bien raison en supposant qu'ils en auraient plus. Nous ne pouvons espérer nous défendre contre une telle puissance. Quoi qu'il en soit, je dois prévenir les Einherjars de ce que nous avons découvert. »

Je le relâchai. « Oui, bien sûr. Je ne vais pas te retenir plus longtemps. »

Les sourcils froncés, il examina rapidement ma silhouette et fit pivoter son poignet pour me saisir la main. « Tu devrais te préparer pour une incursion. Je sais que tu ne t'es pas encore complètement remise, mais tu dois être prête à te battre en cas de besoin. » Je réussis à retenir mes mots à cette remarque, et à la place je le regardai tandis qu'il se détournait, ses doigts glissant des miens, et qu'il montait sur son étalon noir d'un seul mouvement. « Je dois aller voir le capitaine de la garde et l'informer de tout ce que nous avons appris. Il doit être en train de patrouiller vers les murs extérieurs du palais à ce moment de la journée. »

Je fis un pas en arrière et acquiesçai. « Alors nous te rejoindrons dans les appartements royaux ? »

Loki me regarda fixement en déplaçant ses rênes de cuir dans sa main. L'étincelle dans son regard me fit penser qu'il voulait ajouter quelque chose, mais il acquiesça simplement en retour. « Ça ne sera pas long. » Puis il partit, me laissant sur le côté de la route avec Sif. Sa silhouette se mêla à la foule, disparaissant finalement au loin.

Je jetai un coup d'œil à Sif et remarquai le regard assez pointu qu'elle m'adressait. Pendant un instant, je pensai qu'elle allait faire un commentaire sur mon échange avec Loki, mais elle centra son attention sur la situation actuelle. « Allons te faire enfiler ton armure » dit-elle. « Un orage sombre arrive, et nous devons nous préparer. »

Nous remontâmes toutes les deux à cheval – je dus batailler bien plus qu'elle, mais je finis par y parvenir. Sans plus d'hésitation, nous commençâmes notre trajet de retour jusqu'au palais.

Des ombres obscures, pensai-je. C'est ce que la Reine Frigga avait dit. Des ombres obscures approchaient. A la lumière de l'incident de Svartalfheim, il semblait de plus en plus probable que les Elfes Noirs allaient venir nous frapper comme Frigga l'a prévu. Les Elfes Noirs allaient entrer dans le royaume avec leurs armes redoutables – des armes qui étaient clairement au-delà de leur pouvoir. Mais nous n'étions pas équipés pour défendre Asgard contre leur puissance.

Tandis que Sif et moi commencions notre chemin de retour jusqu'au palais, le grand effroi de mon cœur grandissait après chaque seconde.

Nous étions à présent à la merci des Nornes.


Note de l'auteur :

Toutes mes excuses pour le peu de Loki/Eirlys de ce chapitre, l'intrigue nous a rattrapés. Je sais à quel point beaucoup d'entre vous étaient impatients de connaitre la suite du chapitre précédent. :) Mais, croyez-moi, personne n'est aussi frustré qu'Eirlys à cet instant.

A mon incroyable beta, Hr'awkryn, merci ! J'adresse également tous mes remerciements à tous les reviewers, et à tous ceux qui ont mis mon histoire en favori et qui l'ont ajoutée dans leurs alertes. Un remerciement tout particulier à mes guest reviewers, spécialement une de mes revieweuses, Amanda – tes reviews me réchauffent toujours le cœur.

S'il vous plait, laissez une review. J'adore vous entendre, tous. :)