Note de la traductrice :
Merci de nouveau à tous les lecteurs et les reviewers, mes anciens qui se sont forgés une place privilégiée dans mon cœur, et également les nouveaux qui sont bien partis pour se creuser une petite place également. ) Je suis vraiment heureuse que vous me suiviez et que vous preniez tant de plaisir à lire cette superbe fiction. Gros bisous à tous ! Et n'oubliez pas de reviewer, s'il vous plait ! :)
Quant à ce chapitre… No comment. ;)
L'histoire originale appartient à l'auteur NeverQuiteAwake. Je ne fais que la traduire.
CHAPITRE VINGT-QUATRE
Poison and wine
Pendant les jours qui suivirent le siège, je côtoyai de nombreux soldats blessés.
La salle de guérison semblait dégorger de sang et de morts, et la puanteur en était écœurante jusqu'à ce qu'on finisse par s'y habituer. Chaque soigneur travaillait inlassablement depuis la première nuit à s'occuper des blessés. Les lits étaient remplis, et les draps ensanglantés étaient empilés dans un coin de la salle. Lorsque les premières lueurs de l'aube atteignirent la salle, les plus graves blessures avaient été soignées, ne serait-ce que de façon à maintenir les Aesirs en vie.
Tous étaient à bout de nerf tandis que les heures s'écoulaient, presque usés jusqu'à la dernière corde. Les gardiens stoïques d'Asgard ne pouvaient retenir leurs cris à vous glacer le sang lorsque les soigneurs s'occupaient de leurs os brisés et recousaient leurs blessures. Bien qu'efficaces et compétents, Les soigneurs expérimentés étaient complètement affolés. Je doutais qu'ils n'aient jamais vu autant de blessés en même temps il n'y avait pas même assez de lits pour tous les contenir. Cela me rappela sombrement que les Elfes Noirs portaient des armes que nous n'étions pas préparés à affronter.
La plupart du temps, je devais rester là à regarder, aidant seulement lorsqu'on m'appelait. J'étais au milieu des apprentis soigneurs qui attendaient les ordres, tout comme moi. Parmi eux se trouvaient Sigrun, Gaila et Lyress – qui devenaient toutes trois de plus en plus blêmes et barbouillées. Je savais qu'aucune des trois n'avait contemplé un tel carnage auparavant après tout, durant mon apprentissage à Asgard, je n'avais vu que des blessures superficielles.
Contrairement à elles, j'effectuai mes tâches sans être perturbée. Je réalisai alors de manière déconcertante que j'avais déjà vu tant de sang et de morts que c'était devenu ordinaire pour moi. Et le fait de penser que je commençai à surmonter l'idée d'avoir pris la vie de tant de personnes était peut-être encore pire. Loki et Sif avaient raison. Tuer ou être tué, me souvins-je. Tes ennemis n'auront aucune pitié. Et ils n'en auront aucune pour tes alliés et tes amis. Par conséquent ils ne méritent pas la tienne. Ce n'était pas facile à accepter, mais je pouvais vivre avec.
Dans les premiers jours suivant l'attaque, les autres soigneurs et moi ne trouvâmes que peu de repos. Je pris l'habitude d'aller faire la sieste dans un coin de la salle de guérison pendant les moments calmes de la journée. Lorsque je me réveillais en entendant des râles d'agonie ou des ordres criés, j'agissais comme l'assistante de Frigga, faisant des allées et venues avec différents bandages, des baumes de soin et des boissons analgésiques. En absence de traitements lourds, je pouvais soigner les petites coupures et les brûlures, et calmer les esprits troublés des Einherjars qui avaient perdu des camarades dans la bataille.
Lorsque chaque guerrier blessé fut guéri – le sang nettoyé, le poison retiré, et les blessures refermées – des obsèques furent préparées en l'honneur des défunts.
Les soigneurs furent appelés à y assister tandis que le soir tombait sur le quatrième jour. Le soleil avait commencé à descendre, et nous partîmes pour les rives d'Asgard, où nous pourrions allumer le bûcher des morts.
Presque trois douzaines de barques étaient amarrés sur les rivages sablonneux, contenant le corps des guerriers tombés. La marée était haute, et les vagues avançaient puis reculaient le long de la côte, les eaux claires caressant le fond des bateaux. Au bord de la mer, le Père de Toutes Choses, la Reine Frigga et leurs fils ouvraient la voie. Ils poussèrent les premiers bateaux funéraires, qui dérivèrent dans la mer Asgardienne, et les Einherjars – les frères d'arme des soldats tombés – firent de même.
Des flèches enflammées s'envolèrent, mettant le feu aux barques des morts. Les flammes s'intensifièrent tandis que les bateaux partaient à la dérive, emportés par une marée inconnue.
Je me tenais parmi les soigneurs, regardant au loin. Certains d'entre eux murmurèrent des cantiques et des prières pour que ces nobles guerriers puissent s'en aller rejoindre leurs ancêtres dans les halls sacrés du Valhalla. Je sentis une étrange sensation de remord à me tenir là, en vie, tandis que les défunts glissaient vers le royaume des morts. Je ne pouvais que regarder les bûchers funéraires faire voile vers le soleil couchant. Ils ne verront plus jamais le soleil se lever.
Les proches des défunts s'avancèrent sur le sable pour jeter des asphodèles dans l'eau, et ces fleurs grises et blanches flottèrent comme des nuages derrière les bûchers. Les autres soigneurs et moi avions les mêmes fleurs, et nous nous avançâmes pour les imiter.
Mes pieds s'enfonçaient dans le sable mouillé tandis que je marchais. M'arrêtant, je me tenais entre Marawen et Sigrun, alors que les eaux venaient lécher nos doigts de pied. Tenant la longue tige entre mes paumes, je fermai les yeux et murmurai une prière pour les morts avant de déposer à mon tour l'asphodèle dans la mer.
Revenant de la plage, je m'arrêtai et inclinai la tête devant les membres de la famille royale. Ils répondirent de la même manière, et Frigga tendit le bras pour me toucher l'épaule, un mince sourire embellissant ses lèvres. Le regard de Loki s'attarda sur moi bien plus longtemps que celui des autres, le visage froid, même alors que Marawen venait pour présenter ses respects.
Nous restâmes au bord de l'eau quelques temps, et le ciel vira du bleu au cramoisi comme s'il s'embrasait sous les flammes. Un frisson me parcourut la colonne vertébrale tandis que les bateaux sombraient au loin, disparaissant à l'horizon.
Lorsque le soleil s'effaça et que le soir laissa place à la nuit, nous nous retirâmes du bord de mer.
Selon l'usage, un banquet fut tenu pour célébrer les vies des morts. Nous allumâmes des bougies dans la salle du banquet, une pour chaque mort. Le Père de Toutes Choses se tint devant nous et promit que justice serait rendue pour les Elfes Noirs en captivité, et que les membres du clan restant sur Svartalfheim seraient jugés en conséquence. Je ne savais pas quelle sorte de justice leur serait rendue, mais je soupçonnai qu'aucun des prisonniers ne quitterait Asgard avant les prochains siècles.
Après que nous eûmes dîné, je circulai dans la salle, observant les bougies brûler dans leurs verres de cristal. Des orchidées et des pois de senteur étaient parsemés tout autour, souvent accompagnés de petits bibelots ou de gravures représentant le mort. Inclinant la tête, j'écoutai les murmures de conversation, régulièrement ponctués de rires. Même en état de deuil, les Asgardiens refusaient de se laisser abattre ils mangeaient et se racontaient des histoires pleines d'humour concernant ceux qui étaient tombés. La vie continuerait parce que ceux qui étaient morts l'avaient fait pour que cela soit le cas.
Je penchai la tête sur le côté et aperçus Thor et Loki ensemble. Ils parlaient à voix basse, le visage tendu. Même si je ne pouvais pas entendre leur échange, il n'était pas difficile d'imaginer qu'ils parlaient des Elfes Noirs. Thor était évidemment pressé de se jeter à nouveau dans la bataille pour détruire tout ce qui restait d'eux. Il semblait que Loki s'efforçait vigoureusement de convaincre son frère d'agir autrement.
Alors qu'ils continuaient de se disputer, une étrange inquiétude me poigna le cœur. Pendant mon séjour dans la salle de guérison, j'avais continué à réfléchir à la raison pour laquelle les Elfes Noirs avaient assailli Asgard. C'était une folle tentative, même avec leurs armes extraordinaires. Et après tout, Nalak n'avait aucune idée de ce qu'il était en train de faire son essai pour s'emparer de la force du Tesseract s'est terminé par un échec total.
Ces questions tournaient sans cesse dans ma tête, restant sans réponse, et je me demandai si d'autres personnes se posaient les mêmes questions. Personne n'était encore au courant de la vérité. Ni Nalak ni aucun de ses camarades de clan n'avait parlé depuis leur capture. J'avais entendu murmurer que le capitaine Steinn avait tout essayé pour obtenir des réponses de leur part, mais sans succès.
Je me tendis lorsque quelqu'un me rejoignit, avant de me détendre en réalisant qu'il s'agissait de Sif. « Tu vas me faire avoir une crise cardiaque si tu continues à t'approcher de moi aussi silencieusement. »
« Il semble que tes nerfs soient bien usés » remarqua-t-elle avec un petit sourire. « Qu'est-ce qui te préoccupe, Eirlys ? Est-ce que ça ne va pas ? » Elle n'avait pas cessé de s'enquérir de ma santé je ne pouvais m'empêcher de lui en être reconnaissante.
« Je pensais aux Elfes Noirs » lui dis-je. « Au départ, je pensais que leur attaque était une simple vengeance pour ce que j'avais fait, mais ça ne semble pas être le cas. » Elle acquiesça, m'encourageant à continuer le fil de mes pensées. « Le caveau était rempli de nombreux objets. Je trouve ça étrange qu'ils ne soient venus que pour le Tesseract et rien d'autre. Nalak ne savait même pas comment s'en servir. »
Sif fronça les sourcils. « Tu as raison. Il ne savait rien du Tesseract, ce qui laisse à croire que quelqu'un d'autre l'a envoyé ici pour le récupérer. »
« Qui pourraient le faire ? Les Géants des Glaces ? » Juste après l'avoir suggéré, je secouai la tête. « Non, ça ne peut pas être ça. Loki sait qu'ils n'iraient jamais chercher de l'aide auprès d'autres personnes. »
« Eh bien, il n'y a aucune garantie que Loki ait raison en ce qui les concerne. »
« Mais les pointes de flèche… ce n'est de toutes façons pas un matériau auquel les Géants de Glace pourraient avoir accès. » Je mâchouillai ma lèvre inférieure. « Les Elfes ont reçu ces armes avant que nous ne pénétrions dans leur territoire. De quelle manière ? »
« Quelque chose d'étrange se prépare » répondit Sif. « Je suis au moins certaine de ça. »
« En effet. » Je jetai un regard en direction de Thor et Loki. « Nous ne devrions pas anéantir les Elfes Noirs avant d'en savoir plus. »
Baissant les épaules, elle laissa échapper un soupir. « Ce n'est pas à nous de le dire. » Bien qu'elle semblait être sur le point de rajouter quelque chose, elle s'abstint lorsqu'elle aperçut quelque chose par-dessus mon épaule.
Levant un sourcil, je regardai alentour et vis le Père de Toutes Choses approcher. Il arborait un air si solennel qu'il était difficile de penser qu'il avait été mortel et vulnérable seulement quelques jours auparavant. « Dame Sif » dit-il, inclinant la tête très légèrement. « Puis-je vous interrompre juste un instant ? Je voudrais échanger un mot avec Dame Eirlys. »
« Bien sûr, Père de Toutes Choses. »
Sif s'inclina et commença à s'en aller, mais Odin leva la main, ce simple geste la stoppant net. « S'il te plait, reste. Tu n'as pas besoin de partir. »
Comme demandé, elle resta à quelques pas, nous regardant avec une curiosité avide.
Me triturant les mains, je fis face au Père de Toutes Choses dont la présence me rendait un peu nerveuse, même après tout le temps passé à Asgard. « De quoi voulez-vous parler, Père de Toutes Choses ? »
Il y avait une certaine lueur dans ses yeux tandis qu'il posait le regard sur moi. « Je suis venu m'enquérir de ta santé. »
Après un moment d'hésitation, j'aperçus Thor et Loki se tourner vers nous. Une fois que Thor m'eut lancé un petit sourire, ils retournèrent rapidement à leur propre discussion. « Je me sens plutôt bien » répondis-je en me raclant la gorge. « Bien que… cela n'a pas été facile. »
Odin fit un signe de tête respectueux. « Parfois, certaines vies doivent être ôtées pour préserver celles d'autres personnes, ou même la sienne » me dit-il. « Tu n'as rien fait de mal, je te l'assure. »
Je clignai des yeux, me demandant s'il savait d'une quelconque manière le débat interne que je menai dernièrement. « Je commence à me faire à cette idée, mais je dois avouer que je reste hantée par les morts dont j'ai été témoin. »
« Parce que tu chéris la vie. »
« La vie des innocents » précisai-je.
A cela, il sourit. « Comme le font tous les protecteurs des Neuf Royaumes. » Il me prit la main dans les siennes, et je pus sentir une puissance brute irradier de lui. Son pouvoir était si impressionnant que je me sentis prise de vertiges.
« Tu as risqué ta vie de nombreuses fois dans l'intérêt de sauver les autres, et tu as même souffert de nombreuses blessures ce faisant », dit-il. « Tu as pris l'initiative de protéger le peuple d'Asgard. Je souhaite simplement t'exprimer ma gratitude pour tout ce que tu as fait. »
Mes yeux s'élargirent une fraction de seconde, et je m'inclinai devant lui. « Vos paroles signifient beaucoup pour moi, Père de Toutes Choses. »
Tout en me relâchant la main, il adressa de même quelques mots de gratitude à Sif, qui par la suite témoigna sa sympathie pour les guerriers perdus lors de la bataille. Tandis qu'ils conversaient, j'aperçus Loki se tenant à part de la foule, à présent seul. Nos regards s'accrochèrent à travers la salle, une multitude de familles en deuil nous séparant. Même à une telle distance, je ressentis une froide indifférence.
J'avais envie de traverser cette mer d'Asgardiens pour parler avec lui après tant de jours privée de sa compagnie, mais mon attention fut détournée lorsque le Père de Toutes Choses nous salua Sif et moi avant de partir. Lorsque je regardai de nouveau en direction de Loki, il était déjà parti.
« Serais-tu intéressée par une pinte de bière ? » demanda Sif, détournant un instant mes pensées du prince capricieux. « J'ai peur que Volstagg soit en train de finir un nouveau tonneau. Il n'en restera plus beaucoup pour nous autres. »
Je suivis son regard pour voir le joyeux guerrier assit à la table du banquet et entouré de plusieurs Einherjars. A en juger par ses grands mouvements exubérants, il devait raconter une histoire de bravoure concernant plusieurs des guerriers Asgardiens morts – ces êtres altruistes qui ont été tués pour défendre leur royaume. C'était une tradition Asgardienne de vider de la bière en l'honneur des morts. Beaucoup dans la salle avaient consommé une grande quantité de boisson, comme en témoignait le volume sonore croissant et la quantité toujours plus énorme d'alcool renversé.
« Je pense que j'ai eu ma dose. » Me frottant l'avant-bras, je jetai un regard tout autour de la salle. « En fait, je pense que ce serait mieux que j'aille enfin prendre une bonne dose de sommeil. La reine m'a demandé d'aider les quelques patients restant dans la salle de guérison tôt demain matin. »
Sif sourit et acquiesça. « Oui, je pense que nous pourrions tous prendre un peu de repos. »
Je lui souhaitai une bonne nuit, et elle me laissa pour aller rejoindre une aimable compagnie. Bien que j'eus l'intention de me retirer dans ma chambre à coucher, je pris un instant pour fouiller chaque recoin à la recherche de Loki. Je traversai les foules, observai les balcons et fouillai les ombres derrière les piliers en vain.
Il y avait beaucoup de choses que je voulais lui dire. Beaucoup que je souhaitais lui exprimer après tous ces jours de séparation. Un remous de frustrations papillonnait dans ma poitrine lorsque je me souvenais de l'incident sous le saule. Et à présent, cela semblait avoir empiré. Je ne pouvais pas oublier l'indifférence de son regard après qu'Odin m'ait exprimé sa gratitude. Je me sentais offensée, même blessée de recevoir autant de mépris.
Ma quête me ramena devant les tonneaux de bière qui étaient actuellement en train d'être vidés. C'est ici que je trouvai l'un des princes d'Asgard, mais ce n'était pas celui que je cherchai.
« Eirlys, tu sembles perturbée » dit Thor. Avec un sourire, il me tendis un de ses deux verres remplis à ras bord. « Peut-être qu'une pinte soulagerait tes préoccupations ? »
Malgré la mélancolie qui me taraudait, je faillis rire. « Non, je suis simplement fatiguée, et je ne pense pas qu'une pinte va soulager mon épuisement. »
« C'est compréhensible », acquiesça-t-il en baissant ses deux pintes de bière. « Tu as travaillé dans la chambre de guérison pendant des jours. Tu as bien mérité du repos. »
Me triturant les doigts, j'étais sur le point de lui souhaiter une bonne soirée et de partir. Mais à la place, je m'attardai et ne pus m'empêcher de lui demander : « Est-ce que Loki va bien ? Je ne peux pas m'empêcher de penser que dernièrement il a… agit étrangement. »
Les sourcils de Thor se froncèrent à cette question. « Nous avons eu un accrochage dernièrement, mais il ne m'a pas donné l'impression d'être différent. Pourquoi est-ce que tu le demandes ? »
Mes joues s'embrasèrent, et je me réprimandai de lui avoir demandé ça. « Oh, ça n'a pas d'importance. Je n'avais simplement pas eu l'occasion de parler avec lui… Je suppose que c'est ça qui me semble étrange. »
Thor me regarda comme s'il voulait rajouter quelque chose, mais il se contenta de me sourire. « Alors je ne devrais pas te retenir plus longtemps. » Il recula d'un pas pour me dégager le passage. « Passe une bonne nuit, Eirlys. Profitons tous de ce moment de tranquillité pour une fois. » C'était un sentiment étrange venant de quelqu'un qui aime tant les batailles.
« Juste pour cette fois ? »
Son sourire s'agrandit. « En effet. Juste pour cette fois. »
Sans autre mot, je repartis et me dirigeai vers les appartements royaux.
Les ténèbres s'étendaient dans les couloirs du palais, enveloppant les gravats et les souvenirs horribles de ceux qui ont perdu leur vie. Bien que l'obscurité me gênait la vue, je m'arrêtai à la porte de mes appartements pour observer par une fenêtre l'ancien champs de bataille. Dans la lumière vacillante des torches, je pouvais voir les marques de brûlure et les fissures marquant les murs de bronze – signes de l'horreur qui s'est étendue sur nous seulement quelques jours auparavant.
Je remarquai un petit groupe d'Einherjars posté tout au bout de la salle, armé et tendu malgré la paix qui recouvrait le royaume. Leur nombre était plus faible que d'habitude car beaucoup d'entre eux gardaient les cachots, pleuraient les morts, se rétablissaient dans les chambres de soin… ou avaient quitté ce monde. Je devais me forcer à me détourner de ces pensées tristes être entourée de guerriers blessés pendant des jours entiers a été suffisamment pénible.
Avec lassitude, mes yeux se tournèrent vers les appartements de Loki de l'autre côté du couloir. Je ne pouvais pas être sûre qu'il s'était retiré pour la nuit, pourtant j'étais tentée de frapper à sa porte. Suite à tout ce qui s'était passé, je souhaitai discuter sur ce qui me rendait si anxieuse et pleine d'incertitude depuis le jour où nous nous étions embrassés dans le jardin.
Déglutissant pour humidifier ma gorge desséchée, je réussis à approcher d'un pas l'entrée de ses appartements. Je restai silencieuse, les yeux fixés sur la porte qui nous séparait. Tandis que les secondes passaient, tout le courage que j'avais rassemblé commençait lentement à s'effacer jusqu'à ce que je ne puisse même plus lever la main pour frapper à sa porte. Poussant un soupir, je fis demi-tour pour retourner dans mes propres appartements.
Une fois que j'eus fermé la porte derrière moi, il n'y avait plus de lumière pour illuminer mes appartements. La cheminée restait éteinte, laissant les ombres danser sous le simple clair de lune. Les deux lunes d'Asgard étaient de sortie ce soir, pleines et brillantes, accompagnées par d'innombrables étoiles.
J'admirai la vue tout en me frottant le côté. Il avait été douloureux depuis l'attaque, puis à nouveau meurtri par un coup d'épée je n'aurais pas été surprise que l'Elfe Noir sache exactement où me frapper. Chaque douleur avait empiré étant donné le peu de repos que j'avais eu depuis l'assaut. Mes nuits avaient été passées sur un banc dur, et le peu de sommeil que j'avais réussi à trouver avait été interrompu par des cauchemars. Je me consolai en sachant qu'après avoir assisté Frigga le lendemain, je pourrai dormir tout mon saoul.
Satisfaite à cette idée, je me dirigeai vers ma chambre à coucher. Mais un mouvement à ma fenêtre attira mon attention. Mon cœur faillit s'arrêter en voyant une silhouette se tenir vers la fenêtre, à moitié tournée vers moi et à moitié voilée dans les ténèbres. J'étouffai un hurlement – qui se changea en un petit cri aigu insignifiant – avant de reconnaitre la personne.
« Par les Nornes, Loki, que fais-tu ici ? » Je me posai la main sur la poitrine dans une tentative futile pour calmer les battements de mon cœur. Comme il ne disait rien, je traversai la salle et m'arrêtai à côté de mon bureau, à quelques pas de lui. « Je me demandai où tu étais parti. Je… je t'ai cherché dans la salle du banquet. »
Loki s'avança à grands pas pour me rejoindre, ses yeux étrécis brillant d'une lueur bleu foncé. « C'est pour ça que je suis ici » dit-il en croisant les bras. « Le jour du siège, tu as quitté la chambre de sommeil alors que je t'avais dit de ne pas le faire. »
J'eus un pincement au cœur. Est-ce que c'est pour parler de ça qu'il m'a attendue ? « Tu avais besoin de mon aide » répliquai-je. « J'ai quitté la chambre parce que Fandral n'était pas en état de se battre. »
« Tu aurais encore pu être sévèrement blessée » me reprocha Loki. « Pire encore, tu nous as accompagnés dans l'aile nord – contre mes conseils. Nalak aurait pu te tuer. »
Les poings serrés, je sentis une chaleur déplaisante grimper le long de mon cou. « J'ai néanmoins empêché son évasion. »
« A tes risques et périls. » Il s'approcha, si près que je pouvais sentir son souffle frais effleurer ma joue. « Tu n'es pas une guerrière, Eirlys. Tu n'es pas comme nous, et tu es complètement folle si tu crois le contraire. »
Je fis un geste en direction du couloir. « Et pourtant mes actes m'ont valu la gratitude du Père de Toutes Choses. »
Loki se moqua de moi. « La gratitude de mon père n'efface pas tes actes irréfléchis. »
Je clignai des yeux et reculai devant lui. Dans le silence de la salle, j'attendis que ma colère diminue avant de reprendre la parole. « Loki, qu'est-ce qui se passe exactement ? » Levant fixement les yeux vers lui, je secouai la tête. « Je n'arrive pas à comprendre ce qui se passe entre nous. Lorsque tu m'as embrassée… Est-ce que c'est une sorte de jeu pour toi ? Parce qu'en ce moment, tu as l'air d'avoir une très basse opinion de moi. Parfois je n'arrive pas à savoir à quoi tu penses… si tu me mens, ou – »
Lorsque ses mains se posèrent de chaque côté de mon visage, je me figeai, le cœur battant, les yeux agrandis. « Ce n'est pas ça » murmura-t-il, une pointe de rire transparaissant dans sa voix. « Le problème, Eirlys, est que je ne cesse de penser à toi. »
Puis il se pencha et me baisa les lèvres. Il était moins doux qu'il ne l'avait été avant, et ses mains plongèrent dans ma chevelure. Je lui rendis son baiser avec insistance, mon cœur sur le point d'exploser. Notre absence de retenue conduisit mes doigts tremblants à courir le long de son torse, saisissant les boucles de sa veste de cuir tandis que je cherchai une prise.
Ayant cruellement besoin d'air, nous nous séparâmes, haletant dans le silence de la salle. Je ne pus que trembler lorsqu'il posa son front contre le mien et ferma les yeux. « Tu dois savoir… quand tu as été touchée par cette flèche, je ne pense pas que j'ai jamais été aussi effrayé de ma vie. » Ses mains glissèrent le long de mes cheveux, de mes épaules puis le long de mes bras. Elles s'arrêtèrent finalement sur ma taille, à l'endroit même où s'était trouvée ma blessure imbibée de sang. Ses yeux s'ouvrirent pour trouver les miens dans les ténèbres. « J'aurais pu te perdre. »
C'est alors que je réalisai pourquoi il m'en voulait tant. Je ne m'étais pas mise en danger une fois, mais deux le jour où les Elfes Noirs ont assiégé le palais. Mes actes impulsifs l'avaient frustré et mis en colère. L'avaient inquiété.
Un petit rire m'échappa. « Ah, je vois. » Levant le bras, j'enroulai mes doigts dans ses cheveux et fus surprise par leur douceur soyeuse. « Tu as vraiment dû être vexé lorsque j'ai quitté la chambre de sommeil après tout ce que tu as fait pour t'assurer que j'étais en sécurité. »
L'ombre d'un sourire traversa son visage. « Plutôt, oui. »
« Alors je m'excuse de t'avoir tant inquiété. » Dans la lumière du clair de lune, je saisis tous ses traits : les courbes de son visage, l'éclat de ses yeux, sa bouche ferme. Par les Nornes, il était si beau. « Ce n'était pas mon intention. »
« Peut-être que je devrais aussi m'excuser. Je ne voulais pas te rabaisser comme je l'ai fait » murmura Loki, sa main glissant pour retirer le peigne de mes cheveux. Mes boucles dégringolèrent, retombant sur mes épaules nues et dans mon dos. Il me sourit tandis qu'il posait mon peigne en or sur la pile de livres la plus proche. « Je voulais t'empêcher de faire d'autres actes encore plus imprudents. »
Tirant malicieusement sur une mèche de ses cheveux, j'inclinai la tête. « Pourtant tu m'as dit une fois que je ne recevrais plus d'autres excuses de ta part. »
« Ce n'est pas sans raison qu'on me surnomme le dieu des Mensonges. »
Je souris avant qu'il ne m'embrasse passionnément, me mordillant et me pinçant les lèvres. Il se sépara de moi quelques secondes plus tard, à mon plus grand désarroi, mais sa bouche rejoignit rapidement la peau de ma gorge. La courbe de ma mâchoire. Le lobe de mon oreille. De leur propre volonté, mes doigts tortillèrent ses cheveux tandis qu'il s'attardait sur le point de pulsion de mon cou. Mes battements de cœur s'accélérèrent au rythme de sa langue, et toutes les incertitudes que j'ai pu avoir auparavant fondirent sous son contact. Comme à distance, je m'entendis gémir, une chaleur agréable se rassemblant dans mon abdomen.
Il me saisit la taille, nous détournant pour que mon dos fut contre le bureau. Avec prudence mais avec des mouvements rapides, il me poussa contre le bord du bureau. D'une main, il poussa les livres de côté avant de me soulever sur la surface de la table. Je me contractai lorsque sa main frôla mon ecchymose.
Loki se détacha et fronça les sourcils, ses doigts traçant le tour de l'endroit exact où elle était. « Cela te fait toujours mal ? »
Ma poitrine se soulevant, je laissai échapper un soupir désabusé. « Ils me disent que je cicatrice lentement. »
Courbant la tête, il posa un baiser sur ma robe, à l'endroit où ma peau cicatrisait. Mon cœur se serra devant ce geste tendre. Souriant, je fis courir mes doigts dans sa noire chevelue tandis qu'il m'embrassait l'estomac, remontait la vallée de mes seins, le long de ma clavicule.
Pendant des jours j'avais imaginé ce moment. Pendant des jours, lors des moments de calme dans la chambre de guérison, je me demandai à quoi cela ressemblerait de l'embrasser vigoureusement, sans contrainte et sans interruption. Rien de ce que j'avais envisagé ne pouvait s'y comparer.
Ses mains vinrent se poser sur mes genoux, et je rougis lorsqu'il les écarta pour se placer entre mes jambes. Avec une lenteur délibérée et malicieuse, il saisit mes lèvres dans les siennes une nouvelle fois, sa bouche ouverte contre la mienne, sa langue jouant avec la mienne. Lorsque je passai mes doigts dans ses cheveux, je fus récompensée par un gémissement, son torse venant se coller contre le mien. Ses fraiches paumes glissèrent contre ma peau chaude, mes jambes étant nues maintenant que ma jupe avait été remontée jusqu'à mes hanches. Ses doigts coururent le long de mes genoux et au-delà, embrasant ma peau. Lorsqu'il atteignit le sommet de mes cuisses, j'inspirai brusquement, rompant notre baiser.
Il retira sa main à contrecœur et me regarda fixement, son regard hésitant. Dans le silence complet, nous haletâmes tous les deux, mon souffle se mélangeant au sien. Le désir parcourait chacune de mes veines, telle une flamme qui ne pouvait pas être réprimée jusqu'à ce que cette volonté – ce besoin – ne se soit réalisée. Déglutissant abondamment, je rejoignis sa ceinture et commençai à en desserrer la boucle avec des doigts tremblants.
« Eirlys. » Il leva une de ses mains pour la poser sur une de mes joues, et je m'immobilisai. « Tu es sûre de toi ? »
Je sortis ma langue pour humidifier mes lèvres gonflées dans un moment d'indécision. Je n'avais encore jamais fait ça avant, et il le savait. La part de moi pleine de devoirs et convenable me disait d'arrêter cette folie, d'y mettre fin avant que ce ne soit trop tard. Avant que mes sentiments pour lui ne s'approfondissent encore. Mais cette petite voix dans ma tête fut vite noyée, étant donné que chaque fibre de mon être se languissait de lui. Enfin, j'acquiesçai, ne désirant prononcer le moindre mot.
Quelque chose dans l'atmosphère sembla alors changer, comme un crépitement électrique palpable.
M'écartant les mains, Loki libéra sa ceinture des boucles de son pantalon, et la jeta au sol avec un bruit sourd. Je me dirigeai vers le fermoir de sa veste en cuir et sentis son cœur tressauter dans son torse, ses battements s'accordant aux miens. Il se pencha pour m'embrasser dans un baiser brûlant, ses doigts faisant le tour de ma taille pour défaire les lacets de mon corset.
Ma robe commença à glisser, révélant au jour des parties de ma peau nue. Avant que je ne puisse me sentir troublée, il me tira brusquement vers lui, de sorte que presque chaque centimètre de ma peau le touchait. Ses mains se glissèrent sous ma cuisse puis sous mes fesses avant de me soulever du bureau. En réponse, je serrai mes jambes autour de ses hanches et glissai une main sur son abdomen, m'aventurant plus bas jusqu'à son pantalon.
A ma grande surprise, il se dégagea. « Tu devrais arrêter ta main » dit-il. « Autrement, nous ne rejoindrons jamais ton lit. »
Avec un petit rire, je choisis à la place d'entourer son cou de mes mains. « C'est noté. »
J'aperçus son sourire avant qu'il ne m'embrasse à nouveau et me transporte dans la chambre à coucher.
Note de l'auteur :
Ce chapitre est dédié à chaque personne qui a tremblé de frustration lors du dernier chapitre.
Encore merci à Hr'awkryn, ma super bêta. J'étends aussi mes remerciements à chaque reviewer à qui je n'ai pas pu répondre personnellement.
A ma guest revieweuse Naya : En effet, je dois avouer qu'il y a encore beaucoup de chapitres à venir. Et, comme tu le dis, si l'univers cinématographique Marvel était un film d'animation, je pense qu'Eirlys ressemblerait à la Princesse Anna de La Reine des Neiges (et à présent je me représente tous les autres personnages dans le même style artistique). Merci pour ta très longue review, ça a été un plaisir de la lire.
Le titre de ce chapitre vient de la chanson Poison & Wine, de The Civil Wars.
S'il vous plait, une petite review ! J'adorerais savoir ce que vous pensez de ce chapitre.
