Le soir, après le passage des gardiens, je redescends aider Cara faire le repas. Elle est déjà penchée au dessus du chaudron glissé dans l'âtre, préparant un bouillon, notre repas habituel. La jolie brune me décoche un sourire quand elle me voit arriver. Je vais saisir des couverts dans un tiroir et commence à mettre la table. Elle prend la parole, s'affairant toujours avec les différents légumes
« Tu les as regardés passé encore aujourd'hui ? »
« Oui, c'est si évident que ça ? »
« Tu es toujours blanche, quand tu les vois. Tu devrais arrêter de te faire du mal et simplement les ignorer, comme moi je fais. »
« Ils me font peur ! Je préfère surveiller qu'ils ne s'approchent pas de la maison. »
« Pourquoi le feraient-ils ? Nous ne sommes pas un danger pour la capitale. »
« On ne sait jamais. Ces types là sont lunatiques. Ça ne m'étonnerait pas qu'ils tuent des gens par plaisir. »
« Tu as vraiment une piètre opinion d'eux. »
« Depuis que j'ai vu ce dont ils étaient capables.. »
Cara jette les dernières tranches de carottes dans l'eau et s'approche de moi. Elle s'assit sur un tabouret tout proche. Je fais de même, bien consciente qu'elle souhaite discuter.
« Ils nous protègent, Ana. Sans eux, ce serait le chaos. Remercions les, plutôt que les blâmer. »
« Je ne suis pas convaincue. »
« Tu n'as pas à l'être. Reste discrète, c'est tout. Fais bonne figure, et il ne nous arrivera jamais rien. »
Elle me fait un dernier sourire et je lui rends. Elle se relève alors et retourner surveiller le chaudron tandis que je reste assise, subitement perdue dans mes pensées. Ce n'est pas que je n'aime pas les gardiens. Mais ils ont déjà tués trop de gens que je connaissais, emmenés trop de personnes avec eux. Ils m'effraient. Je doute qu'ils soient humains. J'ai l'impression d'être face à des marionnettes contrôlées par des gens tout puissants dans la ville haute.
Cara crie soudainement à table, et bientôt tout une petite troupe de joyeux lurons débarquent de l'étage, s'installant à table à mes cotés. Le repas se passe sans incident, comme toujours. Cara en profite pour revoir les différentes règles instaurées dans notre quartier : Respecter le couvre feu, ne sortir sous aucun prétexte de chez soi la nuit, obéir aux gardiens ou à tout autre autorité supérieure à nous, et surtout, ne jamais, jamais créer ou participer à des bagarres. Je connais bien évidemment ces principes par cœur. C'est ceux là qui nous permettent de rester en vie. Il y a d'autres règles, évidemment. Lors du contrôle annuel, par exemple. Si une femme a un bébé qu'elle a elle-même enfanté, elle doit le remettre aux gardiens. Les jeunes adultes de 18ans doivent se faire connaître dans l'année où ils ont atteint la majorité. Généralement, ils sont déportés dans un autre quartier pour y trouver un travail. C'est la ville haute qui choisit de qui va où, nous n'avons pas notre mot à dire. Cette année, je devrais me faire connaître. Cette année, je prends le risque de quitter ma famille.
A la fin du repas, nous allons nous couchés. Demain, à l'aurore, les enfants iront à l'école. Ils suivront des cours basiques qui leur permettront de pouvoir se débrouiller par eux même. Couture, cuisine, calcul, lecture. Si certains souhaitent prendre des options, ils vont voir les adultes du quartier qui leur montrent. Pour ma part, j'ai préféré apprendre auprès du bibliothécaire du quartier. Il m'a apprit à écrire, à manier les mots aussi bien oraux que couchés sur papier. J'ai pu développés d'innombrables connaissances grâce aux livres, même si je ne me souviens pas forcément de tout. Je sais que Dimitri, lui, préfère rester avec les charpentiers. Cara, elle, a apprit auprès d'une couturière expérimenté. Les autres n'ont pas encore choisit.
Je me glisse sous ma couette, auprès de Cara et Elena. A l'étage, il y a deux pièces. Deux chambres, à l'origine. Mais Cara a préféré que nous dormions tous dans la même pouvoir se surveiller. L'autre chambre nous sert à ranger toutes notre pagaille. Ainsi donc, dans la chambre, les garçons dorment d'un coté, les filles de l'autre. Au moins, en hiver, nous nous tenons chaud, car il n'y a qu'une cheminée pour chauffer la maison et elle se trouve au rez de chaussé.
Lentement mais surement, je me laisse emporter par Morphée.
