Le visage de Théodore. Je revois le petit garçon accroché à moi, face aux gardiens. Ceux-ci nous dévisage sans un bruit. L'un d'eux m'arrache brutalement à l'étreinte de l'enfant et ce dernier cri. Je vois le pistolet être pointé vers la tête du petit garçon au visage angélique et un grand bruit. En une seconde la balle est partie. En une seconde, il n'y a plus de bruit. En une seconde tout est fini. Le corps sans vie tombe au sol dans un bruit mat. Je tente de m'extirper des mains qui me retiennet, mais la poigne est trop forte, et moi bien trop faible. Je veux crier mais j'en suis incapable. Je veux frapper l'homme qui me retient. Je quitte du regard le corps de Théodore et mon regard croise celui de l'homme qui me retient. Et je reconnais Lloyd. Lloyd, derrière ses lunettes et son visage tout sauf agressif. Le paysage a brutalement changé autour de nous, et nous sommes dans la bibliothèque de la Ville Haute.
« Tu comptais faire quoi, avec, de toute manière ! »
Je reste stupéfaite devant ces mots. Il me les a sorti la veille, au même endroit.
« Crie pas victoire trop vite, c'est moi qui te tiens. »
Jje tente de m'arracher à sa main qui me maitient au bras mais je ne parviens pas. Ses doigts s'enfoncent dans ma peau douloureusement. Je commence à paniquer, tandis que son visage se transforme, que le gardien en lui ressort. Je suis effrayée par le changement, je me débat. De sa main libre, je le vois saisir une arme qui pointe vers moi. Je me débats de plus belle, terrorisée par ce qu'il s'apprête à faire. Bientôt son visage est recouvert par le masque des gardiens, et j'ai devant moi l'un d'eux. Plus aucune trace de Lloyd, si ce n'est sa voix :
« J'ai reçu des ordres, j'ai pas le choix. »
La détonation résonne dans mes oreilles. Je bascule brutalement dans le noir, comme si je tombais dans un puits infini. Il n'y a plus ni haut ni bas, mais je sais que je tombe. Je ne peux pas crier. Je ne peux pas respirer. Je ne peux pas vivre.
Un cri me réveille, et je sursaute dans mon lit, me retrouvant assise sur le matelas. Je regarde tout autour de moi. La pièce est plongée dans une demi-obscurité, uniquement éclairée par la terne lueur des étoiles dans le ciel. Je tente de calmer la course de mon cœur, qui bat comme si je venais de courir un marathon. Je suis effrayée et je ne me sens pas chez moi. Mais comment être chez moi alors que je suis séparée de mon quartier par des murs ? La porte de ma chambre s'ouvre à la volée et je pousse un cri quand je vois la silhouette obscure qui bondit dans la pièce. Je reconnais bien vite Lloyd qui s'approche de moi à vive allure. Je bondis de mon lit, m'enfuyant à l'autre bout de la pièce comme un chat effrayé.
« Mais pourquoi t'as crié ? T'es malade ?! T'as réveillé tout le bâtiment ! »
« Va-t-en ! Laisse moi ! »
« Je suis censé te surveiller ! »
« Va-t-en je te dis ! »
« Non ! »
Il continue à s'approcher, de trop près à mon goût. Et dans mon esprit, j'ai toujours son visage et sa voix tandis qu'il appuie sur la détente de son arme. J'ai toujours son visage et sa voix tandis qu'il me tue. Je lui lance la première chose qui me vient sous la main tandis qu'il continue à s'approcher un coussin. Il l'attrape au vol et je tente de me saisir d'autre chose pour lui balancer à la figure. Mais vif, il m'attrape la main avant que je n'empoigne un objet. Hystérique, je tente de le repousser, criant en espérant qu'il s'en aille :
« VA-T-EN ! MAIS VA-T-EN ! »
Mais il n'écoute pas, se contentant de me maintenir tandis que je me débats, le frappant au passage. Mais il ne semble rien ressentir. Frustrée, je sens les larmes monter. Et finalement j'éclate en larmes, me laissant tomber au sol tandis que mes jambes ne peuvent plus me supporter. Il s'accroupit face à moi, et je me recroqueville sur moi-même, espérant me protéger de toutes ces choses qui me sont arrivées aujourd'hui. Je n'ai qu'une envie, me réveiller dans ma chambre, auprès d'Elena et Cara. Fuir la réalité. Lloyd reste face à moi, cherchant vraisemblablement la meilleure façon d'agir. Après tout, il n'est qu'un gardien. Il n'a pas du être confronté souvent à ce genre de situation. Il me lâche finalement pour mieux me serrer contre lui, dans une étreinte qui me semble tout à fait étrange. Dans une autre situation je l'aurais repoussé sans attendre, mais à cet instant là, sentir les bras de quelqu'un autour de moi me fait du bien. Alors je le laisse faire, me laissant aller contre lui, pleurant autant que j'en ai besoin.
Au bout de plusieurs minutes je finis par me calmer. Sentant mes tremblements se calmer, le jeune homme me lâche et se remet face à moi pour m'observer en silence. J'esquive son regard, soudain gênée par sa présence. Lloyd prend la parole, et je trouve sa voix beaucoup plus douce que tout à l'heure :
« Qu'est ce qui s'est passé ? »
« Rien.. »
« Si c'était rien, tu m'aurais pas fait une crise comme ça. »
Je m'emmure dans mon silence et je tourne la tête. Il soupire et se relève, me tendant une main pour m'aider à faire de même. Je regarde un instant cette main et finalement je la saisis. En un éclair je me retrouve debout, près du jeune homme. Et je remarque à cet instant sa tenue. Visiblement, il a enfilé le premier truc qui lui venait sous la main pour ne pas être torse nu face à moi, dans un souci de décence. Pour ma part, je dors en chemise de nuit et je n'ai donc pas de souci de nudité.
« Tu vas réussir à te rendormir ? »
« Je ne sais pas.. »
« Tu veux que je reste ? »
Je le jauge du regard. J'ai envie qu'il parte, car je ne le connais pas assez. C'est encore un pur inconnu, et sa présence est uniquement du à ses ordres reçu. S'il n'y était pas obligé, il ne serait pas là. Mais d'une autre part, c'est la seule personne que je connais ici. Mon seul soutien. Ma gorge se serre alors que ma réponse se forme dans ma tête. Je prends sur moi et j'arrive à articuler un mot :
« Reste.. »
Il attrape une chaise, s'installant dessus, me piquant un coussin au passage pour être y être confortablement assit. Je le fixe un instant, interdite, et finalement je reprends :
« Tu comptes rester sur cette chaise ? »
« Je doute que t'acceptes que je dorme avec toi. »
A cette idée, mes joues s'empourprent, et je remercie le ciel qu'il fasse nuit. Ainsi il ne peut rien remarquer. Je me racle la voix, et je continue, ayant du mal à garder un ton stable :
« Je pense que si on reste chacun de notre coté.. ça devrait aller.. »
Dans la demie pénombre je le vois hausser un sourcil. Je prends sur moi, tandis que je suis extrêmement mal à l'aise.
« D'accord. »
Un poids s'enlève de mon cœur et nous nous installons simultanément chacun dans un coin du lit. La voix de Lloyd s'élève à nouveau :
« Si tu fais encore un cauchemars, réveille-moi au lieu de te mettre à hurler. »
J'hoche la tête, dos à lui, sachant pertinemment qu'il ne le verra pas. Je referme les yeux, me concentrant pour me rendormir. Les minutes passent sans que rien n'arrive, et finalement je parviens à me détendre. Le bruit de la respiration de Lloyd, soudainement devenue bien plus lente signe qu'il s'est endormi, m'apaise. Je trouve finalement le sommeil quelques minutes après lui, rassurée par sa présence. Cette nuit là, je ne suis plus hantée par des cauchemars. Aucun rêve ne se présente, et je trouve enfin un sommeil profond et revigorant.
