Ethan arrive alors que je suis plongée dans ma lecture. Il entre dans la bibliothèque et ponctue son arrivée d'un grand « Bonjouuuuur ! » retentissant. Je lève la tête et nos regards se croisent. Un grand sourire est affiché sur ses lèvres. Il semble de bonne humeur, aujourd'hui.

« Salut ! »

Il tourne la tête en tout sens, cherchant visiblement quelqu'un. Lloyd, a tous les coups.

« Il n'est pas là, ton chevalier servant ? »

« Non, il s'est absenté, il devrait pas tarder à revenir. Que me vaut l'honneur de ta présence ? »

Le jeune homme s'assied d'une fesse sur le bureau et se tourne vers moi. Ses yeux ser perdent un instant sur l'ouvrage que je lis, et un nouveau sourire illumine son visage. Visiblement il est satisfait.

« Tu es allée aux Enfers. Alors, tu as trouvé quoi pour le moment ? »

« J'ai juste prit ce bouquin. Je peux pas prendre le risque de séjourner là bas, Lloyd s'inquiéterait de ne plus me voir. »

« Hmhm. Bonne lecture en tout cas ! Alors, sa réaction pour le baiser, hier, c'était comment ? »

Toujours ce sourire fier de lui. Ethan est , je le comprends. Hier, je pensais que ce serait bien de faire ça. Maintenant, je regrette.

« Il me parle à peine. Il m'évite presque. »

« Ah, oui j'aurais du te prévenir. Il est très très jaloux. »

« Tu le savais et tu ne m'as rien dit ? Ethan ! »

Je fronce les sourcils, mon ton s'étant élevé. Il savait ! Il n'a rien dit ! Pourquoi ? A quoi ça l'avance que Lloyd me fasse la gueule ?

« Eoh, du calme. Je pensais pas que t'allais m'embrasser, sinon je t'aurais prévenue ! »

Il marque un point. Je détourne la tête, légèrement honteuse et je pose les coudes sur la table, joignant mes mains devant moi. Je reprends la parole, sans tenter de cacher ma peine :

« Comment faire pour qu'il me pardonne ? Pour que tout redevienne comme avant.. »

« J'en ai fichtrement aucune idée. Tu sais, Lloyd, quand je te disais qu'il est très rancunier.. Je crois qu'il n'a jamais pardonné les filles qui lui ont fait un peu le même genre de coup. »

Ethan se penche légèrement vers moi et je reporte mon attention sur lui.

« Mais ! Je peux tenter de lui parler. De lui expliquer. De toute arranger, en gros. On est amis depuis qu'on est haut comme trois pommes, ça devrait le faire, t'inquiète. »

J'esquisse un sourire. J'espère vraiment qu'il pourra tout arrangé. C'était sans compter la porte qui s'ouvre sur un Lloyd visiblement décontenancé. Son visage se transforme instantanément et je retrouve le gardien qui m'a frappé sans remord la dernière fois. Mon premier réflexe est de m'éloigner d'Ethan et de me lever pour m'approcher de Lloyd. Mais ce dernier m'ignore. Il lâche les sacs en carton qui s'écrasent lamentablement sur le sol et il rejoint Ethan d'un pas furieux. Le brun a à peine le temps de se tourner vers le gardien que ce dernier lui décoche un coup de poing magistral en pleine mâchoire. Ethan en perd l'équilibre, choqué. Il tombe sur les fesses, sonné par ce qu'il vient de se passer. Lloyd se laisse tomber sur l'autre jeune homme et le frappe à nouveau au visage. Je reste choquée devant ce déchaînement de rage, pétrifiée par la scène, incapable de dire un mot. Alors que Lloyd lève à nouveau le poing pour l'abattre sur Ethan, ce dernier réagit enfin et se protège. Il tente de renverser Lloyd mais c'est peine perdue. Il esquive de justesse le poing du gardien qui s'écrase dans le vent raflant le sol. Et Ethan riposte. Il frappe Lloyd au visage, sûrement dans l'espoir de le sonner suffisamment pour ne plus être bloqué au sol. Mais ce n'est pas un guerrier. Et il n'est absolument pas un rival au niveau de Lloyd, qui saisit son poignet au vol et le tord dans un angle que je pensais impossible. Ethan crie de douleur et c'est ça qui me fait sortir de ma torpeur.

« Lloyd ! »

Le gardien ne prête pas attention à ma voix et il assène un nouveau coup à Ethan via sa main livre. Et finalement il le lâche et se relève, laissant l'autre homme gisant au sol se remettre de ses émotions. Le gardien crache quelques mots :

« Ne l'approche plus, je suis assez clair ? »

J'ai face à moi un total étranger. Le Lloyd que je connais me semble très loin à cet instant précis. Je suis partagée entre l'envie d'aller voir Lloyd et celle d'aller voir Ethan. L'un a le visage d'un monstre actuellement, et l'autre git parterre, la gueule cassée et le poignet toujours tordu, gémissant de douleur. L'homme doux auquel je suis habituée à disparut momentanément et j'ai envie de le voir revenir. Cependant, avec Ethan au sol… Ce dernier, d'ailleurs, se relève difficilement. Je fais un pas à peine pour aller l'aider, mais je me fais fusiller du regard par le gardien et je ne bouge plus, me contentant de regarder le triste spectacle. Le jeune homme brun finit par se remettre debout et se traîne jusqu'à la porte de la bibliothèque. Je le suis du regard tout du loin. Il ne m'adresse pas un mot. Peut être a-t-il bien fait, au fond. Lloyd lui aurait peut être sauté à nouveau dessus. Une fois que la porte se referme derrière le fils du maître recruteur, je reporte mon attention sur le gardien. Ses traits se radoucissent un peu, bien qu'il reste visiblement en colère. Je n'ose pas lui adresser la parole, simplement immobile à coté de lui. Et c'est lui qui prend la parole :

« S'il tient à la vie il a pas intérêt à se repointer ici. »

Clair, net, précis. Je ne trouve rien à répondre. La voix du jeune homme est froide. Il fourre sa main dans sa poche et en sort une petite figurine en verre. Ainsi qu'un tout petit morceau de verre à coté. J'entends Lloyd prononcer un « fait chier. » et il refourre tout dans sa poche, visiblement blessé que la babiole soit brisée. Il se dirige vers les sacs en carton abandonnés devant la porte et les saisit. Une flaque de soda les a trempé, et a également formé une tache sur le sol. Le jeune homme lance quelques insultes destinées à dieu sait qui et finalement pose les sacs sur le bureau, prenant soin au préalable d'enlever tout ce qui pourrait craindre le liquide. Il reprend la parole, toujours froid :

« Je n'ai pas faim, tu mangeras seule ce midi. Je vais à l'étage. »

Il me tourne le dos sur ces mots et se dirige vers l'escalier. Mais je n'ai pas faim non plus. La scène m'a coupée l'appétit. Mon cœur est déchiré en deux. D'une voix faible, je l'appelle :

« Lloyd.. ? »

Il s'arrête et se tourne vers moi, impassible.

« Je suis désolée.. Ethan venait de me proposer de tout arranger entre toi et moi.. Ca me tue que tu m'ignore comme ça. »

Il me toise du regard un long moment avant de sortir de sa poche la babiole en verre et de me la montrer, entre ses doigts.

« Tu sais ce que c'était, ça ? »

Je fais 'non' de la tête. Le visage de Lloyd devient soudain très triste et je souffre intérieurement de le voir comme ça.

« C'était un cadeau pour toi. Un petit cheval de verre. »

Horrible douleur qui me scie littéralement en deux. Est-ce humain de pouvoir ainsi souffrir ? Les larmes me montent aux yeux sans que je puisse l'expliquer. Lloyd m'avait acheté un cadeau. Il comptait me l'offrir. Il est arrivé, il a vu Ethan. Il a du croire bien des choses. Et sans le vouloir, il a brisé le petit cheval de verre. C'est un petit rien, mais ça représente beaucoup. Lloyd range la babiole cassée dans sa poche et se détourne de moi pour reprendre son chemin.

« Lloyd ! »

Il se tourne à nouveau vers moi, toujours avec cet horrible visage neutre qui m'empêche de savoir ce qu'il ressent. Je me précipite vers lui et le heurte sans ménagement avant de l'emprisonner dans mes bras. Il encaisse le choc sans trop ciller et après un instant de réflexion, je sens son étreinte autour de moi. Je fourre mon visage contre son cou et son épaule, humant son parfum et je reprends la parole, laissant les larmes couler maintenant qu'il ne peut plus les voir :

« Ethan et moi.. Il n'y a rien.. Absolument rien.. C'est à toi que je tiens, pas à lui. Je t'aime plus que tout au monde Lloyd, ça me fait mal . Tout ça, ça me fait mal. »

Il resserre sa prise autour de moi, restant silencieux. Il ne me lâche cependant pas, et au bout d'un temps qui me semble une éternité, il finit par me répondre :

«J'ai eu mal d'imaginer que tu puisse l'aimer lui, et non moi.. Je t'aime Ana.»