NdlA: merci aux personnes qui suivent cette histoire ! Comme d'habitude, j'espère que c'est intéressant et qu'il n'y a pas d'erreurs :_) Bonne lecture !


Cette fois, en quittant le domicile de son amant occasionnel, Kise était plutôt agacé et vexé. La cause n'était pas très dure à deviner : elle faisait aux environs d'1m90, avait la peau mat et des cheveux bleu foncé. Difficile de l'ignorer.

Il mourait d'envie d'en discuter avec quelqu'un, mais qui aurait la patience d'écouter ses complaintes ? Il n'y avait guère qu'une seule personne que ça semblait ne jamais déranger. Il dégaina son portable en vue de passer un appel à Takao. Pas vraiment pour se répandre en plaintes, son tempérament jouasse et optimiste le prévenait généralement d'accès de dépression aiguë, plutôt pour lui relater les derniers évènements et ses dernières réflexions.

Le numéro demandé n'eut pas à sonner longtemps.

« Alloooo ?

-Taaaakaaaaooooo !

-Ouiiii ? Kiiiseeee.

Le dit Kise mit quelques secondes à retrouver son sérieux.

-Je reviens de chez Aomine et j'ai eu envie de t'appeler !

-Ah ! Ah ah ! Alors ?

-Je ne sais pas. À des moments c'est cool et d'autres fois... il me gave. Il n'arrête pas de me souffler le chaud et le froid ! Pourquoi il ne peut pas juste être sincère ? Je finis par me demander si il ne me déteste pas !

À la base, il n'avait pas prévu de s'épancher autant mais les mots sortaient tout seuls de sa bouche. Il n'avait même pas vraiment conscience de tout ça avant de le débiter en un flot incontrôlable. Heureusement que son interlocuteur était quelqu'un qui de patient. Comme leur conversation ressemblait beaucoup à celles de deux lycéennes dans un téléfilm, il imaginait bizarrement Takao en train de se vernir les ongles, le téléphone coincé entre l'épaule et l'oreille.

-Pourquoi tu continues de la voir si ça ne te convient pas ?

-C'est... Je ne sais pas. Je ne peux pas m'empêcher d'être attiré. C'est Aomine quoi.

Le confident gloussa. Il pouvait le comprendre même si l'As n'était pas tout à fait son genre.

-Hmmmm... Et si justement il était froid parce qu'il t'apprécie plus qu'il ne l'avait prévu ?

-Tu crois vraiment que ça existe ce genre de comportements ?

-Ha ha, réfléchis deux secondes, ça ne t'ait jamais arrivé de faire n'importe quoi, parfois même l'inverse de ce que tu aurais voulu, avec quelqu'un, de ne pas réussir à être naturel, justement parce que tu l'aimais ?

Kise obéit docilement et tâcha de se remémorer une telle situation. C'était vrai qu'il avait par exemple, eut tendance à se comporter comme un débile avec Kasamatsu qui lui plaisait pas mal au bout du compte; il en avait fait des tonnes sans raison valable. C'était comme ça, se trouver en présence de quelqu'un qui plaisait rendait incapable de réfléchir correctement, rendait les répliques affligeantes et faisait trébucher.

-Je crois que je vois ce que tu veux dire. Tu es d'une grande sagesse finalement.

-Appelle moi Sensei, mon p'tit.

-Sensei, est-ce que toi aussi tu te comportes comme un parfait abruti avec la personne qui te plaît ?

-Jamais, j'ai dépassé tout ça ! »

Le rire de l'adolescent brun résonna en joyeux échos.

...

La conversation avec son homologue avait été réconfortante pour Kise. Mais l'effet Takao s'estompa progressivement et finalement, une fois de nouveau seul dans sa chambre après le dîner, la mélancolie lui collait encore aux doigts comme de la confiture. Ce n'était pas un sentiment étouffant, seulement poisseux. Il était incapable de se trouver triste à en pleurer mais pas moyen de se débarrasser de l'impression d'inutilité de ses actes ou peut-être même de son existence. Il se laissa mollement tomber sur son lit sans même allumer de lampe.

Ne trouvant rien d'autre pour s'occuper l'esprit que de la ressasser, il se demanda à quel point l'hypothèse de Takao pouvait être vraie. Combien de personnes de son entourage étaient de ce genre là ? Peut-être beaucoup plus qu'il ne le croyait, une myriade de visages lui venant à l'idée. Se relevant pour retourner s'asseoir au bureau, il décida de faire une liste des personnes qui, alors qu'ils auraient pu devenir de bons amis, se bornaient à garder une distance ou à le charrier.

Il pouvait déjà y inscrire toute la génération miracle. Comme il l'avait dit à Kuroko lors de leurs « retrouvailles », il était un peu la tête de turc du reste de l'équipe de choc. Peut-être parce qu'il était le dernier arrivé. Il ajouta diverses personnes, des camarades de classe, des collègues à son job de mannequin, un cousin bizarre.

Paradoxalement il fut assez ravi de voir autant de monde dans une liste des personnes qui ne l'appréciaient pas à sa juste valeur. Il dessina un soleil souriant dans le coin droit et orna le reste d'étoiles bancales et de cœurs auxquels il manquait un peu de symétrie. Occupé par cette activité, il se sentait déjà bien mieux. Jusqu'à réaliser qu'il aurait dû chercher une feuille pour réaliser ce chef d'oeuvre plutôt que son cahier de maths ouvert sur son bureau. Gommer soigneusement était moins prenant et il se remit à tergiverser.

À bien y réfléchir à l'époque Teiko, Aomine était de loin le plus bienveillant à son égard, lui adressant de larges sourires et acceptant patiemment de se faire défier tous les quatre matins. Ensuite venait Midorima et Murasakibara. Le premier était aussi poli et distant avec lui qu'il l'était avec les autres et le deuxième lui ébouriffait parfois les cheveux avec un juste dosage d'affection et d'intimidation. Akashi le voyait comme une pièce se shogi, quant à Kuroko, c'était peut-être bien le plus froid avec lui.

Mais il n'avait aucune envie de tenter quelque chose sur Kuroko. Alors que c'était celui sur lequel il se jetait avec le plus de facilité. Mais justement parce que ça n'avait rien de sérieux, aucun fondement. Si il avait eut un faible pour lui, il aurait sans doute été incapable de se conduire ainsi naturellement. Chacun de ses gestes aurait été empreint de l'appréhension de se faire rejeter ou que quelqu'un ne se doute de quelque chose. Or il n'avait jamais réfléchi à deux fois avant de sauter au coup du garçon ou de lui adresser des phrases d'amoureux, preuve flagrante de désintérêt. Il se sentit étrangement futé de réussir à théoriser quelque chose d'aussi complexe et contradictoire que les sentiments humains.

...

Une sortie. Avec Takao. Voilà ce qu'il lui fallait. Il ferait ainsi d'une pierre, deux coups il montrerait à son récent ami qu'il pouvait être amusant et faire autre chose que se plaindre de sa vie amoureuse et d'autre part, ça le distrairait lui de sa, il fallait quand même le dire, désastreuse vie sentimentale. Ne manquait plus que l'occasion.

Elle se présenta sur le chemin du lycée sous la forme d'un encart dans un journal gratuit qu'il lui arrivait de prendre pour le feuilleter sur le chemin. Les portes ouvertes de l'usine, située dans la périphérie de la ville, qui fabriquait pas mal des sucreries dont Murasakibara ne pouvait pas se passer dans le temps. C'était sans doute encore le cas. Les fameuses portes ouvertes n'étaient pas réitérées tous les ans, ce n'était qu'une année sur deux ou trois, raison de plus pour ne pas hésiter.

Kise se rappelait y être allé une fois avec son camarade du collège. C'était un peu comme un parc d'attraction pour le garçon aux cheveux violets; les visiteurs avaient le droit de goûter les produits sur les chaînes de montage, à condition bien sûr, de ne pas s'en mettre plein les poches, c'était seulement de la dégustation. On pouvait par contre acheter plein de choses à prix d'usine dans le magasin attenant, dont certains produits difficilement trouvables dans les supermarchés.

Il se dépêcha d'envoyer un message à Takao avant le début des classes.

Kise : Je viens de voir que c'est ce week-end il y a les portes ouvertes de l'usine XX, on va y faire un tour? :D

Takao : J'ai attrapé une angine atroce x_x j'ai pas tellement envie de sortir, désolé !

Kise : Naaooooon ! UoU C'est contagieux ?

Takao : Normalement non ! Tu vas venir à mon chevet mon petit ? :B

Après avoir répondu par l'affirmative, il passerait dans le week-end, Kise s'éventa distraitement avec le tract. Cette animation, il avait quand même envie d'y aller et, puisqu'il n'avait pas envie de s'y rendre seul, c'était peut-être l'occasion de revoir son ancien équipier aux cheveux violets. Le connaissant il était sans doute revenu chez ses parents, qui habitaient toujours Tokyo, rien que pour ça.

Leur relation était toujours en l'état où ils l'avaient laissée. Murasakibara n'avait jamais été du genre à lui demander de ses nouvelles et Kise ne s'en formalisait pas c'est pourquoi il régnait toujours entre eux un esprit de bonne camaraderie. Mine de rien, les répliques laconiques et franches du plus grand pouvaient être assez hilarantes et c'était quelqu'un qui savait écouter. Kise lui, aimait bien parler. Autrement dit, ça ne fonctionnait pas trop mal entre eux.

Ils ne trouvèrent pas la visite passionnante, après tout, ils l'avaient déjà faite il y a quelques années. À part le fait de pouvoir manger tout ce qui passait à portée de main. Murasakibara était inhabituellement joyeux, peut-être le sucre qui lui montait à la tête, et la guide avait l'air horrifié chaque fois qu'elle posait les yeux sur lui. Kise lui sourit d'un air désolé, même si quelque part, ça l'amusait de voir son gigantesque ami prendre certaines sucreries sous le nez de gamins qui n'osaient même pas protester.

« C'est pas très rentable pour eux, pourquoi ils nous laissent en manger autant qu'on veut ? Demanda l'ogre aux cheveux violets pendant les 3 secondes qu'il lui fallut pour attraper la friandise suivante.

-Peut-être parce que personne d'autre que toi ne peut en manger plus de cinq d'affilé sans avoir la nausée. »

Kise coula un regard en biais à son compagnon qui mangeait à cet instant un espèce de beignet fourré alors qu'ils continuaient de progresser dans l'immense bâtiment. Est-ce que ça ne faisait pas bien longtemps que ses dents auraient dû être réduite en poussière, avec tout le sucre qui transitait par sa bouche ? Dans la même veine, est-ce qu'il n'aurait pas déjà dû être obèse avec tout ce qu'il s'empiffrait comme sucreries et snacks ? C'était un genre de super-pouvoir ?

Ils passèrent plus de temps dans le magasin d'usine, Murasakibara regardant tous les rayonnages avec un œil aguerri et méticuleux, et finirent par se retrouver sur le trottoir avec autant de sacs plastiques qu'ils pouvaient en porter.

« On peut aller chez mes parents. »

Il le dit d'un ton tellement plat, et sans un regard, que le blond se demanda si il s'adressait vraiment à lui, et hésita quelques secondes avant de lui emboîter le pas.

...

Ils s'assirent à même le sol, la télé allumée en fond sur un drama de milieu d'après-midi. Murasakibara re-déballa ses achats comme des cadeaux de Noël. Kise en profita pour vérifier son portable pour la centième fois de la journée.

Toujours aucune nouvelle d'Aomine depuis leur dernière nuit crapuleuse. Le bougre était avare d'attentions. Il soupira, un peu abattu. Après une légère hésitation, il laissa son buste basculer vers l'avant jusqu'à ce que son front se heurte à l'épaule solide de son hôte.

« Qu'est ce qu'il t'arrive ? Demanda celui-ci sans sourciller, l'air plus intéressé par le paquet de biscuits qu'il était en train de déballer que par la réponse. C'était des biscuits aux formes animalières avec une couche de chocolat dessous.

-Je suis plein d'amertume.

-C'est idiot.

-Je suis peut-être bien un idiot.

-C'est ce qui se dit.

Kise soupira à nouveau en se redressant; il ne s'était pas vraiment adressé à la bonne personne pour se faire cajoler. Il ne s'était pas fait repousser mais n'avait pas reçu non plus la moindre accolade ou tape de réconfort dans le dos. Si au moins son démesuré ami l'avait tenu à distance d'une main en lui disant de ne pas le coller comme ça, il aurait pu s'imaginer qu'il le troublait. Mais non, il devait se résoudre à ce que l'élève de Yosen n'en ait seulement et purement rien à faire de lui. Le manque de réaction, par dessus tout, était agaçant.

-J'ai embrassé Midorima. Déclara-t-il dans une piètre tentative pour attirer l'attention.

Si il fut surpris, Murasakibara ne le montra pas.

-Pourquoi ?

-Pour voir.

Le plus grand le regarda en fronçant les sourcils. Puis il se pencha jusqu'à ce que leurs visages se frôlent. L'odeur de chocolat au lait enveloppa le mannequin puis l'envahit alors que l'autre joignait leurs lèvres. L'initiateur de l'action s'écarta légèrement, laissant Kise interdit, avant de recommencer, de façon plus appuyée.

-Aucun intérêt. » déclara finalement le géant aux cheveux violets en reprenant sa position initiale, devançant son ancien camarade qui s'apprêtait à lui attraper la nuque pour rendre les choses plus langoureuses.

Celui-ci s'en trouva un peu déçu. Il aurait aimé que l'autre y prenne goût. Juste pour... pour se sentir aimé sans doute. Il se rendit compte du stupide de sa démarche. Il était bien connu que tout ce que Murasakibara appréciait d'avoir dans la bouche était enrobé de chocolat ou de sucre, ce qui n'était pas le cas du blond. Enfin, il pouvait y remédier mais leur relation n'en était pas franchement à ce stade. Toutefois l'idée de faire lécher ses doigts couverts de chocolat fondu n'était pas désagréable. Du tout. Il se perdit quelques secondes dans sa rêverie de langue paresseuse aux mouvements lascifs.

« Alors c'était cool avec ton ami de Teiko ? Demanda Takao en se réinstallant dans son lit tandis que son invité, qui lui avait amené quelques bonbons, souvenir de l'usine, touillait une tasse dans laquelle il venait de verser l'eau de la bouilloire et de plonger une grosse cuillerée de miel. Après que l'adolescent soit venu lui ouvrir la porte d'entrée, ils avaient mit sur un plateau de quoi préparer un semblant de grog et avaient amené le tout jusqu'à la chambre du malade.

-Il a dit que j'étais idiot et qu'il n'y avait aucun intérêt à m'embrasser.

Il tourna le visage vers Takao avec une mine des plus dépitées et lui tendit le breuvage qu'il venait de finir de mélanger.

-Vraiment ? Et évidemment c'est tout ce que tu as retenu ?

Le jeune homme brun ne pouvait s'empêcher de rire.

-Mais c'est vilain ! C'est pas pour entendre ça que je lui avait proposé une sortie !

-Qu'est ce que tu veux dans le fond ? Demanda avec pertinence l'alité en portant la tasse à ses lèvres, avant de la rabaisser car son contenu était encore brûlant.

-Je...

L'interrogé avait maintenant pleinement connaissance de la réponse à cette question, mais elle lui semblait si égoïste qu'il hésitait à l'énoncer devant Takao. Il ne voulait pas que celui-ci perde l'estime qu'il pouvait avoir pour lui. Mais le joueur de Shutoku était suffisamment psychologue pour avoir lui aussi compris de quoi il retournait. Il fallait dire que Kise Ryouta était relativement transparent.

-Tu veux qu'on s'intéresse à toi ?

-Ouais, conclut le concerné avec un rire mi-figue mi-raisin.

-Tu es formidable, quelqu'un finira bien par s'en apercevoir, déclara-t-il avec conviction pour venir à bout de cette conversation déprimante. Et en attendant, moi je te trouve intéressant ! » termina-t-il d'un ton plus rieur, avant de toussoter à cause de sa maladie.

Takao était vraiment gentil. Heureusement qu'il avait une angine sinon, sur le coup, Kise aurait été capable de faire quelque chose de stupide, comme l'embrasser sur la bouche. Mais pour l'instant, la peur de se faire coloniser par un gros streptocoque poilu prenait le pas sur la démonstration d'affection spontanée et il se tint tranquille, à sourire assis par terre le dos appuyé au lit.

Le mannequin resta une heure de plus à tenir compagnie au souffrant avant de se décider à rentrer chez lui. Il avait, en théorie du moins, des devoirs à faire. Alors qu'il fixait ses cahiers qu'il avait, au prix d'un premier effort, extraits de son sac, son portable vibra, lui offrant un bref échappatoire.

Midorima est venu me rendre visite. J'ai laissé échapper que tu étais passé, il a fait la tête de quelqu'un qui vient de trouver du moisi dans le frigo.

Après un entraînement des plus épuisants, Kise choisit de, pour une fois, rentrer à la maison avec le bus. L'un des arrêts était situé à proximité immédiate du lycée Kaijo. Il s'affala sur le banc mis à disposition. Il n'y avait quasiment personne; l'entraînement avait fini assez tard. Pour le coup, il aurait bien aimé que l'agence le contact, histoire d'y échapper sans avoir mauvaise conscience. Il sortit son portable pour s'occuper en attendant que le transport en commun arrive.

1 message de : Aominecchi.

Son cœur fit un bond mais Kise hésita un peu à l'ouvrir. Depuis qu'il lui en avait fait la remarque, Aomine se contentait de lui envoyer un bref sms ou une photo de son lit par mms plutôt que de se déplacer pour lui proposer en personne de passer chez lui. Il regrettait un peu de ne pas s'être tu cette fois là un banal message c'était tellement impersonnel comparé à une visite surprise. Mais bon, comme il le lui avait dit, une visite c'était louche. Et clairement Aomine ne voulait pas être louche avec lui. (Peut-être parce qu'il préférait être spatule ou cuillère. Dégage Izuki.)

Par ailleurs jusqu'ici ils n'avaient rien fait de plus que se rendre service mutuellement, mais il voyait bien que l'idée de quelque chose de plus profond commençait à se faire une place dans l'esprit d'Aomine. Le problème étant qu'il n'était plus sûr d'en avoir encore envie avec son charismatique et flegmatique ami.

Un certain nombre de personnes martelaient qu'une première fois, ne devait se faire qu'avec quelqu'un dont l'on était amoureux. Il était sceptique mais le doute subsistait. Apparemment il s'agissait de quelque chose que l'on pouvait regretter. Par son statut de lycéen en pleine ru.. forme, le jeune homme avait un peu de mal à l'imaginer. Et puis de toutes façons il avait déjà atteint un certain point de non-retour avec son ancien co-équipier. Mais si jamais une première fois avait une quelconque valeur, il voulait qu'Aomine fasse un effort pour l'obtenir.

Il fut tiré de ses pensées par l'irruption d'un personnage qui lui était familier.

« Fais moi une place, lui ordonna-t-il en se laissant tomber à ses côtés.

Kasamatsu. Il était visiblement embarrassé. Il avait sans doute longuement hésité avant de se décider à venir lui parler ici et maintenant. Peut-être même qu'il avait voulu le faire bien avant mais qu'il remettait toujours au lendemain.

-Quelqu'un de l'équipe t'as vu en compagnie d'Aomine, annonça-t-il de but en blanc sans vraiment le regarder.

Il allait probablement lui passer un savon. Le jeune prodige hésita sur la conduite à tenir; il pouvait se contenter de sourire comme un idiot en attendant que l'orage passe ou l'envoyer se faire voir, parce qu'après tout c'était un peu de sa faute à lui aussi. Il n'eut pas le temps de se décider.

-Je... Je veux dire, ça va ? Tu sais sans doute ce que tu fais mais fréquenter Aomine, même si c'est pour t'améliorer, tu es sûr que ça te convient ? N'en fais pas trop.

Cette fois il le regardait franchement, sourcils légèrement froncés. Kise ouvrit de grands yeux effarés; son capitaine s'inquiétait pour lui ? Pire, n'imaginait pas une seconde qu'il fréquentait l'As, finalement peu après leur propre rupture ? Le blond se sentit atrocement mal, comme un affreux usurpateur, comme si il avait menti, bien qu'il n'ait même pas eu à se donner cette peine. Il enfonça profondément son portable avec le message non lu dans sa poche. Kasamatsu était dix fois trop naïf et innocent. Il balbutia un « ouais, ça va » et avant qu'il n'ait pu avouer, ce dernier reprit la parole et l'affreuse vérité resta coincée, brûlante dans sa poitrine.

-Et aussi... Kise, redevenons en bons termes, ajouta le brun en détournant à nouveau le regard vers ses mains qui tripotaient la bandoulière de son sac.

-Ah euh, d'accord. » Le plus jeune était un peu pris de court. « Mais si je t'agace, si je suis trop nul ?

-Tssss ça, ça ne changera jamais. » râla l'autre avec l'ombre d'un sourire en lui administrant un rassurant coup de poing dans l'épaule. Après ça le plus il avait bon espoir qu'il se remette à le frapper comme avant. Le bus se profilant ils se souhaitèrent une bonne soirée et se séparèrent.

Trouvant une place libre, Kise s'assit, un sourire incontrôlé sur le visage. Il espérait que ce que Kasamatsu voulait réellement dire sans vouloir le reconnaître à haute voix, c'est que son kouhai lui manquait et qu'il ne pensait pas uniquement à la cohésion de l'équipe en venant lui parler. Il décida d'omettre sa relation avec Aomine pour le moment, c'était sans intérêt de la révéler au capitaine. Il se convainc facilement que c'était la meilleure chose à faire. Au pire, il se confesserait à Takao pour expier ce semblant de mensonge.