Au vu du message que Takao lui avait envoyé la veille pour annuler leur rendez-vous un peu à la dernière minute, lui promettant pour se faire pardonner qu'il aurait du scoop à lui raconter, Kise ne souhaitait pas être en reste. Ce week-end se devait d'être d'une façon ou d'une autre, mémorable. Il lui fallait du lourd, du croustillant, du fantasmique à narrer. Il y avait à présent un concours implicite entre les deux amis.

Il commençait donc par recevoir son premier candidat chez lui. Ou plutôt le basané s'était invité. L'avantage selon ce dernier, était qu'ils étaient sûrs d'avoir la paix; les différents membres de la famille mangeaient ou faisaient rarement une activité ensemble du fait de leurs emplois du temps chargés et incoordonnés. Aomine les avait très rarement croisés lors de ses visites. Kise aurait parfois préféré une famille un peu plus traditionnelle avec des repas à heures fixes et de la soupe maison mais il ne s'en plaignait jamais il y avait d'autres avantages. Notamment celui de recevoir son apollon d'ami, à n'importe quelle heure pour faire n'importe quoi, sans devoir prévenir personne, et se faire livrer des sushis au moins un soir par semaine. Enfin, cette fois, il avait demandé à ce qu'ils se retrouvent assez tôt car il devait être chez Kasamatsu vers 21h.

Il avait établit un plan infaillible étape par étape, respectivement nommées : l'accroche pied, délier les langues, canapés et amuse-bouches, introduction dans la conclusion. Smooth.

Kise avait commencé par s'installer avec son invité à la table de la cuisine pour enclencher la première phase, la plus basique. Elle consistait simplement à faire du pied à l'As pour lui signifier son humeur joueuse. Cependant malgré ses efforts, Aomine continuait de discuter de basket et peut-être d'autres choses futiles, il n'écoutait plus depuis plusieurs minutes, trop inquiet du manque de répondant de son camarade. Qui finit par trouver, lui aussi, que quelque chose clochait :

« Pourquoi tu as cet air constipé ?

Kise se rendit alors compte qu'il avait sans doute l'air vraiment contrarié, à essayer de saisir, sans alimenter la conversation, pourquoi le garçon en face ne réagissait pas. Il se composa un visage plus détendu, déclarant que tout allait bien, et jeta un coup d'oeil sous la table.

… Ok ça faisait un quart d'heure qu'il caressait la chaise au lieu de la jambe de son ami. Tout allait bien. Il expira à fond.

-Tu veux bien me resservir un verre ? Demanda le garçon aux cheveux bleus en tendant le récipient, cherchant des yeux la bouteille de soda qu'ils avaient entamée.

-Il va être 19h, ça te dirait de passer à quelque chose d'un peu plus fort ? Lui offrit l'hôte avec un sourire mutin. Il espérait par ailleurs qu'un peu d'alcool allait l'aider à se détendre car il était vraiment trop nerveux. La proposition fut heureusement acceptée avec enthousiasme.

Qui plus est, il avait réussi à trouver un cocktail parfait pour planter le décor : l'orgasme. Du Get 27 mélangé à de la tequila avec une couche de Bailey's sur le dessus. Tout allait bien se passer à partir de là, il en était sûr !

-Attend, je vais te pondre un orgasme. »

Figé dans son élan, il se maudit intérieurement grâce à un verbe bouseux il venait de réussir à ruiner tout l'effet du terme orgasme. Pourquoi pondre au lieu de servir hein ? À part pour bien casser l'ambiance. À défaut de le charmer, cette piteuse réplique sembla amuser Aomine qui émit un ricanement.

Mais il avait heureusement encore bien d'autres ressources ! Il avait en effet même fait pour l'occasion des sablés supposés éveiller les sens : chocolat noir, orange et gingembre. Il posa donc sur la table les deux shooters et une assiette pleine de mignons petits gâteaux.

« Ils sont bons mais un peu durs tes biscuits. Fit remarquer l'ingrat adolescent après deux bouchées.

-C'est comme ça les biscuits ! Argua leur créateur avant d'entrevoir l'ouverture qu'il guettait et d'ajouter :

-… Y a autre chose qui est dur...

-Rien ne peut être aussi dur que ces biscuits. » ricana-t-il en le tapant contre le rebord de son verre pour en tirer un son mat, manquant complètement le sous-entendu.

...

Très légèrement éméché, il abordait déjà le troisième volet de son plan et pour l'instant la partie n'était pas vraiment gagnée. Conservant un contact visuel brûlant avec son invité dont il tenait les mains dans les siennes pour l'entraîner avec lui, Kise se laissa choir sur le large et accueillant canapé du salon. Cependant son dos ne rencontra pas le soutien ferme mais confortable attendu. À sa grande surprise, il se sentit basculer bien trop en arrière. Il venait vraisemblablement de rater le dossier du canapé pour heurter le sol, les paumes auxquels il aurait pu se retenir lui ayant glissé entre les doigts.

« Aïeee le sol est dur.

-Tu m'étonnes ! Gloussa l'As toujours debout lui, sans grande compassion.

Le mannequin resta au sol quelques instants, les bras en croix, pour se remettre du choc.

-...Y a autre chose qui est dur... (2ème essai!)

-Ouais. Tes biscuits. »

Il s'esclaffa, fier de sa vanne, sans même tendre une main secourable. L'homme à terre regretta presque de ne pas s'être ouvert la tête pour s'épargner ce nouvel échec. Sa cible avait étonnamment l'esprit peu tordu ce soir.

Il finit tout de même par trouver la motivation de se relever et de se jeter sur son invité qui s'était négligemment affalé sur le peu fiable canapé. Il prit ses aises en s'installant sur ses hanches, et se pencha d'emblée pour le galocher sévèrement. L'alcool, même à dose raisonnable, les rendaient encore plus entreprenants que d'habitude. Parfait. L'échange de salive s'accompagna rapidement de mouvements de bassin lascifs et le blond pouvait sentir avec un certain contentement son ami durcir en dessous de lui.

Alors que le basketteur aux cheveux bleutés commençait à faire remonter ses paumes, emportant avec elles le t-shirt, le long de son dos dans le but de le lui retirer, Kise réinstaura une distance raisonnable entre leurs visages en se redressant. Il observa nerveusement son ancien coéquipier, puis lui passa sensuellement un pouce sur les lèvres. Il devait lui faire comprendre dès maintenant :

« Aujourd'hui on peut... euh...

Il déglutit. Mince, il ne se souvenait d'aucune de ses phrases d'accroche si soigneusement réfléchies.

-Euh... se lancer ?

-Se lancer ?

Vu la tête que son compagnon tirait, il n'avait pas été assez clair et celui-ci s'imaginait déjà le jeter à nouveau par dessus le dossier. Il s'éclaircit la gorge et reformula :

-Si tu veux, on peut... aller plus loin.

-Plus loin ? Tu veux dire... dans ta chambre ?

L'instigateur afficha un visage dépité. Bordel comment il devait le dire pour que l'autre imbécile comprenne ? Ce dernier l'interrogea du regard.

-T'es bizarre aujourd'hui Kise !

-C'est toi qui comprend rien ! Finit-il par s'énerver, légèrement à cran, se détachant de l'autre corps pour pouvoir s'en écarter et s'asseoir au bord du canapé. Aomine se redressa lui aussi, circonspect, vint lui passer un bras autour des épaules et l'embrassa à la base du cou.

-Hey, on se détend !

Mais lui ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter et de guetter l'heure. Il soupira et enfouit la tête dans ses mains pour tenter de se calmer. L'autre, derrière lui, décida de lui masser, plus ou moins habilement, les omoplates. Enfin, c'était le point de départ mais les mains dévièrent assez rapidement, sans gêne, plus bas pour défaire la ceinture du blond, tandis que leur propriétaire lui mordillait l'oreille. Il savait définitivement y faire l'animal. Kise s'arqua, non sans frissonner, pour augmenter la surface de contact entre son dos et le torse derrière lui.

Aomine l'incita ainsi à reprendre leur précédente occupation, lui à nouveau paresseusement allongé sur le dos et le copieur le surplombant. Ils se débarrassèrent brouillonnement de quelques vêtements superflus jusqu'à se retrouver en sous-vêtements, à caresser toute cette peau mise à nu et se frotter lascivement l'un contre l'autre.

Kise avait planqué des capotes dans divers recoins du canapé pour en trouver une opportunément, au cas où, même si il était évident que son lit serait plus confortable pour ce genre d'activités. Il n'y avait pas pensé de cette façon, mais elles pouvaient servir à signifier clairement ce qu'il avait envisagé d'essayer ce soir. Ayant réussi à attraper un petit emballage plastifié entre deux doigts pendant qu'il embrassait passionnément l'autre garçon, il se redressa avec un sourire coquin.

Au contraire de l'effet recherché, Aomine afficha un air méfiant et assez refroidi :

-Qu'est ce que tu comptes faire avec ça exactement ?

Kise réalisa alors son erreur : ce qu'il venait d'extirper d'entre les coussins du canapé n'était absolument pas l'un des préservatifs qu'il avait, un peu trop apparemment, dissimulés, mais un sachet d'huile pimentée d'une précédente soirée pizza. Merde. Pas sexy pour deux sous.

-Non attend, c'était autre chose que je voulais ! Se dépêcha-t-il de préciser en replongeant la main dans une interstice du meuble pour enfin brandir ce qu'il cherchait. Une lueur intéressée s'alluma immédiatement dans le regard de l'autre adolescent.

-Oooh tu veux bien que...

Tout sourire, il tendit la main pour attraper l'objet.

-Hepep qui a dit que tu serais le dominant ? L'embêta Kise, qui par ailleurs commençait à appréhender un peu, en le plaçant hors d'atteinte, au bout de son bras.

Aomine haussa un sourcil dubitatif, ne se départissant pas pour autant de son sourire sûr de lui.

-C'est toi le plus gay de nous deux, affirma-t-il.

Le blond parut outré par cette réponse.

-T'es pas le dernier à me sauter dessus pourtant.

-Oui mais moi j'ai jamais dit que j'aimerais me faire baiser par un mec, lui répliqua son vis-à-vis, faisant référence à leur première nuit crapuleuse.

-J'avais dit un mec qui me plaisait.

-Évidemment que je te plais.

-Tu te plais à toi-même surtout. Le seul qui peut te prendre c'est toi c'est ça ?

-À peu près, souffla-t-il en approchant son visage du sien. Et sa proximité, qui n'avait pourtant plus rien de nouveau, réussissait encore à troubler le copy cat qui se sentit manquer d'air. Passant les mains sous ses cuisses tout en l'embrassant, l'As le renversa pour inverser leurs positions et se placer en dominant.

Tandis qu'Aomine, allongé sur lui, glissait une main dans son boxer, Kise était en train de se dire que la suite serait peut-être moins embarrassante si il faisait plus sombre et qu'il devrait peut-être fermer les rideaux, quand son amant intervint :

-Bon au moins ça résout le problème de qui fait quoi. » chuchota-t-il contre ses lèvres.

Effectivement, l'adolescent aux yeux fauves n'avait pas vraiment besoin d'une tierce personne pour le constater depuis plusieurs minutes ce qui se trouvait dans la main de son partenaire n'avait rien de comparable aux biscuits. ÉCHEC ÉCHEC ÉCHEC.

Humilié, il repoussa celui qui le surplombait et renfila son boxer et son pantalon, cherchant toutes les justifications possibles et imaginables : l'alcool, le stress, la fatigue, l'horoscope... En relevant les yeux vers son partenaire de jeu, il ne put louper son expression amusée. Au début il eut envie de le baffer pour manquer autant de délicatesse. Ensuite il réalisa que c'était aussi bien qu'il n'en fasse pas un drame. Il passa sa main dans ses cheveux flavescents pour se donner une contenance ainsi qu'une allure sauvage, et soutint enfin le regard posé sur lui.

« Partie remise ?

-Ça marche. » lui répondit son ami avec un sourire presque affectueux et une tape caressante sur l'épaule.

Après ça, ils se firent face un moment sans bouger, dans une ambiance étrange. Le temps semblait suspendu, l'air tiède semblait absorber tous les sons extérieurs et la lumière déclinante donnait des allures de peinture. Une agréable impression de seuls au monde s'était installée. Kise finit par reprendre pied et dû, à regret, rompre le charme :

« Bon je vais devoir te mettre dehors, comme je t'avais dit, j'ai ce truc à 21h.

Aomine eut un rictus.

-... Et moi ? Même pas une pipe pour l'amitié ?

-Pas le temps, sourit le blond un peu désolé malgré tout, en lui tendant son jean.

-T'es sûr ? Qui tu dois voir, de si important ?

L'interrogé ne put s'empêcher d'avoir l'air coupable et l'autre, qui avait l'air de se douter de quelque chose, finit par conclure, après avoir passé son t-shirt, avec un franc sourire :

-Tu as un autre rencard salopiaud !

-C'est pas vraiment un rencard ! Tenta de se défendre l'accusé.

-T'inquiète ! En fait moi aussi j'ai commencé à voir quelqu'un à côté ! Annonça-t-il en s'étirant.

-Ah ? »

La curiosité de Kise était piquée au vif. Ainsi que son amour-propre, un peu quand même. Mais il ne se sentait pas le droit de faire une scène après tout, puisqu'il venait globalement de reconnaître faire la même chose. Sauf que de son côté il n'était même pas sûr qu'il allait vraiment se re-passer quelque chose avec Kasamatsu. L'As serait toujours disponible pour le consoler si il s'avérait effectivement que non ? En tout cas cela pouvait expliquer pourquoi celui-ci était moins pressé de lui sauter dessus qu'à l'accoutumée; il avait un autre casse-dalle.

Son invité ne lui en révéla pas plus alors qu'il faisait rapidement ses lacets dans l'entrée avant de le saluer avec un sourire entendu.

Le sourire que Kasmatsu lui adressa était pour sa part, plutôt crispé. Pendant une seconde, chacun regretta d'avoir proposé / accepté cette soirée. Puis le plus vieux s'effaça pour laisser entrer son invité.

Débarrassé de sa veste, il suivit son aîné qui se dirigeait vers la cuisine pour mettre une pizza au four.

« Du coup je pensais qu'on pouvait faire un marathon de série, rappela-t-il en ajustant le thermostat.

-Tenir le plus longtemps possible sans s'endormir ? Ça me va ! Qu'est ce qu'on regarde ?

-Regarde sur mon disque dur si quelque chose te tente. Ou si tu as une autre idée on cherchera en streaming. »

« Community ? Proposa-t-il après avoir scanné rapidement la liste des dossiers.

-Tu as déjà vu ?

-Pas toutes les saisons et il y a un moment. Mais on peut passer la 1ère saison, c'est pas la mieux.

-De toutes façons c'est surtout la 2ème et 3ème qui valent le coup.

Kise battit des mains, enthousiasmé.

-Et bien comme ça c'est réglé ! On peut commencer par ça si t'es d'accord !

-Ouais ! Et on pourra toujours changer de série en cours de route. »

L'atmosphère commença à se détendre. Il brancha le support sur la télé du salon, dont l'écran était bien plus grand que celui de son ordinateur, baissa les lumières et s'installa confortablement dans le canapé en face.

Kise le rejoignit, bien droit, prenant garde à ne pas envahir l'espace vital de son hôte. Il était tellement dévoué à ne faire aucune vague, qu'il ne songea même pas à admirer le visage régulier de ce dernier, pourtant rehaussé par la nitescence de l'écran de télé.

Un premier épisode plus tard, ils s'assirent sur le tapis pour manger la pizza au niveau de la table basse, sans quitter des yeux le show. Ils mettaient, que ce soit pour se servir une part ou attraper la télécommande, beaucoup trop de précautions à ne pas s'effleurer, pour que ça ne soit pas suspect. Malgré ses résolutions, Kise avait envie de croire qu'il n'avait pas été convié dans un but purement amical. D'autant plus qu'au fur et à mesure, voyant qu'aucune catastrophe ne semblait vouloir se produire, ils avaient commencé à rire plus franchement, commenter à voix haute la série et échanger des avis.

Enfin ça c'était pour la première partie de la soirée. Parce qu'alors que celui-ci revenait de la cuisine avec une tasse à nouveau remplie de café, avant d'embrayer sur une série plus sérieuse que la sitcom, le mannequin remarqua enfin que son aîné semblait s'être renfrogné au cours de la dernière heure.

« Qu'est ce qu'il y a ? lui demanda-t-il comme il le suivait des yeux, inquiet que les choses se passent encore mal. Pourtant, il n'avait rien fait de mal. Ou de bizarre. À peine si il osait étendre les jambes ou bailler.

Son interlocuteur se rassit à côté de lui, mais pas trop près.

-Rien. Répondit-il avant d'avaler une gorgée de boisson chaude pour se donner une contenance.

Imaginant tout à coup que son coéquipier pouvait éventuellement faire la gueule à cause de son manque d'initiatives, ce qui aurait été un comble, mais pas désagréable, le blond insista pour savoir :

-Alleeez dis-le-moi !

-Mais rien !

-Mais si je le vois bien.

-Ça va.

-Allez dis moi sinon... je fais un caprice ! Je propose à mes fans de venir voir les entraînements en exclu et tu devras supporter leurs piaillements ! … Je fais la vaisselle si tu me le dis !

Etc. Après plusieurs minutes de chantage obstiné, il obtint enfin une réponse constructive :

-On dirait que je te fais peur. Lui avoua-t-il enfin, à regret.

-Hein ?

-Je veux dire...Tu... gardes tes distances ! Alors qu'avant j'avais de la peine à me dépêtrer de toi !

Kise ouvrit de grands yeux ébahis. Alors ses démonstrations d'affection lui manquaient un peu ? Il ne put s'empêcher de rire.

-Ne te moque pas de moi ! Lui ordonna un Kasamatsu légèrement cramoisi en lui assenant sur la tête un coup du tranchant de la main.

-Non, non je ne me moque pas ! » Lui assura-t-il, arrêtant de rire aussitôt. « C'est juste que... en fait justement pour ne pas te mettre mal à l'aise, je me suis promit de ne pas te toucher de la soirée. À moins que tu ne me supplies.

Son capitaine le regarda avec de grands yeux, amorçant un mouvement de recul :

-Je parlais pas spécialement de ça !

Il réalisa qu'il avait peut-être parlé trop vite et sauté aux conclusions.

-Ah bon ?

-Ben non ! Je voulais juste dire, que tu te comportes normalement !

-Oh, pardon.

Il y eut à nouveau un malaise.

-Mais pour ça aussi... si tu veux, un peu, c'est bon... Tu peux. Un peu. Redeviens toi-même.

Il ne put résister à la tentation de profiter de la situation :

-Ah non ! Seulement si tu me supplies, sinon j'aurais l'impression d'abuser de toi, senpai !

-Tu peux toujours courir !

Il s'appuya contre le dossier du canapé et enleva la pause de l'épisode, attendant que Kise cède. Mais l'imbécile heureux avait tout son temps et il ne semblait pas être le plus frustré des deux par la situation. Il essaya de s'intéresser un peu à l'écran.

-Rapproche toi, juste un peu espèce d'idiot, pitié, c'est chiant. » Marmonna-t-il enfin, difficilement audible au milieu de la bande-son, sans tourner la tête, sans doute embarrassé. « On dirait que t'es là contre ton gré là. »

Décidant de se faire encore un peu désirer et de le tester, Kise ne se rapprocha pas et commença par seulement retracer le contour de sa mâchoire du bout de son index, faisant semblant de suivre l'épisode mais jetant fréquemment des coups d'oeil à sa victime, qui faisait de même. Il avait du mal à tenir en place, avait des fourmis dans tout le corps et attendait avec impatience... quelque chose, une progression. Déjà, l'autre n'avait pas repoussé son index aventureux, c'était pas mal !

Il savait cependant, qu'il y avait peu de chances que les choses deviennent croustillantes entre eux ce soir. Continuant de tracer machinalement des arabesques, il se fit la remarque que si il avait choisi de rester avec Aomine, ils auraient sans doute à l'heure qu'il était, recommencé à faire des vraies cochonneries.

Il s'en voulut immédiatement de penser à quelqu'un d'autre que le garçon à ses côtés. Mais il fallait avouer que son ancien camarade était diablement sexy. Ce qui ne l'empêchait pas d'éprouver une affection inégalée pour son capitaine. Seulement, il fallait vraiment différencier l'amour du cœur et l'amour du corps. Le physique et le sentimental.

Pas qu'il n'avait plus aucune envie de coucher avec son actuel coéquipier mais celui-ci ne semblait pas en éprouver l'envie, n'avait en tout cas jamais montré aucun enthousiasme à cette idée, en était même plutôt mal à l'aise et cela avait tendance à refroidir le fringant jeune homme. Tant pis, il pouvait le fréquenter platoniquement jusqu'à ce qu'il change d'avis ou que ça devienne insupportable pour lui-même.

« Kise...

Le sus-nommé frémit légèrement et tourna la tête, plein d'espoir, en se rendant compte que l'objet de ses réflexions s'était rapproché et prononçait son nom. Jusqu'à la suite, qui lui offrit un magnifique ascenseur émotionnel :

-Tu as quelque chose qui ressemble vraiment à une morsure ou un suçon dans le cou.

Le ton était plat, celui du simple constat. Mais à sa mâchoire crispée, le blond pouvait deviner qu'une tempête se déchainait à l'intérieur du brun et qu'il mourait probablement d'envie de le frapper. Par réflexe il érigea ses bras en bouclier.

-A... Attend ! Je peux l'expliquer.

Un silence lourd s'ensuivit. Parce que oui, il pouvait l'expliquer mais ça n'allait rien excuser, bien au contraire. Il pouvait toujours tenter de mentir mais même ainsi, il ne voyait pas comment justifier la marque peu équivoque. Kasamatsu avait l'air vraiment furieux. Kise était à la fois désolé et trouvait cette réaction ridicule et injuste. C'était quand même lui qui s'était fait rejeter au final !

-Qu'est ce que tu veux que je te dise ? Tu étais solitaire et j'avais le cœur à l'envers !

-Mais, mais ! Aussi vite ? Comme si tout ça n'était qu'un jeu !

-Au contraire ! On s'est prit au sérieux. Et du coup TU m'as largué. J'avais besoin que quelqu'un me change les idées... Je suis tombé sur Aomine un soir...

Son interlocuteur l'interrompit :

-Et qui de mieux qu'Aomine bien sûr ! Tu t'es bien gardé de me le dire ça !

C'était surtout ce point là qui semblait déranger l'adolescent, dont les poings étaient serrés, et il pensait pouvoir le comprendre.

-Qu'est ce que je peux faire ? Demanda-t-il en levant les mains en signe d'impuissance.

L'autre le dévisagea encore un instant avant de se détourner, contenant difficilement toute sa rancoeur.

-Rien. Absolument rien. Restons en là. »

Kise regretta que la conversation tourne ainsi court, au lieu de s'envenimer et de déboucher sur une vraie bonne dispute. En effet, ils n'en avaient jamais eu, à l'occasion de leur rupture ou ensuite, et finalement, il se rendait compte qu'il aurait eu des reproches à faire. Mais le débat semblait clos et vain. Il se leva sur une dernière tentative:

« Très bien, si tu veux flipper pour rien et prétendre que tout est de ma faute, je m'en vais. Pour de bon. »

Il espérait bien sûr se faire retenir, mais son ancien petit-ami ne répondit rien et ce fut probablement le plus insultant pour le jeune prodige.

...

Quelle soirée désastreuse; rien ne s'était passé comme il l'aurait voulu. Alors qu'il marchait jusqu'à chez lui, Kise avait hésité à appeler Aomine ou Takao. Mais il avait l'intuition que, l'un comme l'autre, ils n'étaient pas sagement seuls chez eux à l'attendre. Leurs nuits ne faisaient sans doute que commencer, et bien mieux que la sienne. Il ressentit une pointe de jalousie à cette idée.

Une fois rentré, sous un ciel parfaitement dégagé et étoilé, il s'allongea encore tout habillé dans la baignoire et alluma le pommeau de douche. Il avait des envies de pluie. Il ferma les yeux et laissa l'eau tiède lui dégringoler en cascade dessus. Le marivaudage c'était vraiment épuisant pour les nerfs.


Voilà voilà, c'est tout pour cette fois ! Comme d'habitude j'espère que c'était pas trop ennuyeux ou trop n'importe quoi :_) et désolée pour le délai de parution. Sinon, je commence à voir se profiler la fin et j'aimerais avoir votre avis : vous préféreriez que Kise se case avec quelqu'un ou la quête doit rester inachevée (sans que ce soit déprimant pour autant) ? Vous aurez aussi pu remarquer la nouvelle image, retouchée avec beaucoup de goût. Merci beaucoup à tous ceux qui suivent et reviewent cette histoire ! :)