Donc, pour que ce soit clair, ce chapitre (et les deux suivants) n'est PAS la suite du précédent ! Il n'y a pas eu de nouvelle séparation entre Kasamatsu et Kise, c'est plutôt ce qui aurait pu se passer si Kasamatsu n'était pas venu lui dire qu'il lui manquait. Ou un bonus. Comme vous voulez ;) Ici Kise ne finit avec globalement personne, mais c'est cool quand même (malgré ce que laisse présager le titre – mais c'est juste que je voulais caser cette chanson parfaitement kitsch :D) et un peu n'importe quoi.


Fin 2 : et si... il ne fallait pas prendre ça au sérieux

Kise ouvrit un œil et mit quelques secondes à se situer dans le temps et l'espace. C'était dimanche matin et il était chez lui, dans le salon. Aomine, Kagami et lui avaient dormi en vrac, après avoir traîné son matelas pour le placer à côté du canapé, dans lequel le mannequin avait passé la nuit étalé sous une couverture aux motifs de 101 dalmatiens. Les deux autres adolescents étaient endormis en travers du matelas deux places, à moitié l'un sur l'autre malgré tout. Un peu ridicules. Il sourit et se dépêcha de prendre une photo avec son portable, ils n'allaient sans doute pas tarder à émerger avec toute la lumière du jour qui baignait la pièce.

Il avait fini par apprendre que le joueur de Tôô était le mystérieux bon ami de celui de Seirin et vice-versa, lorsqu'Aomine lui avait tout bêtement révélé alors qu'ils traînaient ensemble.

« C'est Kagami ? » Avait demandé Kise sans y croire, et en faisant comme si il s'en fichait, et le garçon aux cheveux bleutés avait tiré une tête mémorable, ne s'attendant pas à être découvert aussi facilement. Ensuite l'élève de Kaijo n'avait pas valu mieux, complètement abasourdi par la confirmation, le ballon de basket qu'il avait dans les mains la seconde précédente, se faisant tranquillement la malle.

Ils avaient encore passé une très bonne soirée tous les trois, à jouer aux jeux vidéos, boire des canettes de bière et improviser un match de basket « chacun pour soi » dans le jardin, qui s'était soldé par une fourbe alliance et une victoire de Kise et Kagami contre Aomine, qui leur en avait voulu. Pendant environ 5 minutes. Puis le perdant avait jeté le contenu de sa bouteille au visage du mannequin, débutant une bataille d'eau et la défaite précédente avait été un peu oubliée. Pour finir ils avaient établi un campement dans le salon pour pouvoir regarder un film sur l'écran plat en se gavant de pop-corn sucré.

Il se leva et décida de profiter d'être le premier à le faire pour investir tranquillement la salle de bains. Quand il revint de la douche, Aomine somnolait encore, enroulé dans le plaid comme un burritos, et Kagami, assis sur une chaise qu'il avait tirée, en train de boire un verre d'eau, l'embêtait en le faisant bouger avec son pied.

« Vous avez faim ? demanda Kise. Je sais pas trop ce qu'i manger.

-Je peux faire des pancakes, proposa l'As de Seirin qui était vraiment un invité modèle.

-Des pancakes ! S'exclamèrent en cœur les deux assistés.

-J'espère qu'il reste des œufs, annonça l'hôte en checkant le frigo.

-Ce serait mieux.

-Oui c'est bon ! Par conte je crois pas qu'on ait de batteur pour monter les blancs en neige...

Il avait quelques notions sur la fabrication des pancakes, pour avoir déjà regardé Kagami en faire à son appartement.

-Pas grave.

-Ça va aller sans ? Ils vont être bons ?

Il avait l'air sceptique. Kagami fit craquer ses doigts.

-T'inquiète, je vais le faire à la main, et tu vas voir, tu vas en redemander.

Kise referma le frigo en fixant son ami avec un air sérieux et concerné :

-C'est marrant, c'est exactement ce que ta mère m'a dit hier soir.

-Aaaah non, pas encore, arrête avec ça ! Le rabroua Kagami en cherchant quelque chose à lui jeter.

Cependant, il ricanait à la plaisanterie, pourtant éculée après leurs nombreuses soirées ensemble.

-J'avoue, elle était facile celle-là.

-Comme toi, Kise. Intervint le burritos.

-Haha trop drôle, je m'en tape le cul par terre, ironisa celui dont il était question.

-Je peux le taper pour toi, proposa Kagami en tendant la main pour lui administrer une bonne fessée.

-Trop serviable le mec. » commenta Aomine en bâillant et s'étirant.

Kise passait dans le couloir au moment où son idole du collège déverrouillait la porte de la salle de bains, une serviette nouée autour des hanches.

« Tu tombes bien, ça m'évitera de les geler en y allant, va chercher mes fringues dans mon sac s'te plaît.

-Si tu prenais pas ta douche brûlante aussi, t'aurais pas froid en sortant. Fit justement remarquer le propriétaire des lieux.

-C'est pas brûlant, c'est juste bien.

-Ma salle de bains ressemble à un sauna.

-C'est pas ton avis que je t'ai demandé.

Kise le toisa d'un air appréciateur, pour le provoquer, et alla chercher ce qu'on lui avait demandé.

-Merci, tu es bien bon.

-On me le dit souvent.

-Ah oui ? »

Il lui attrapa alors le poignet en riant, pour l'attirer avec lui dans la pièce. La porte claqua derrière lui et le blond se sentit submergé par l'atmosphère chaude et humide. Un corps tout aussi chaud et humide se pressa immédiatement contre le sien et il gémit une faible protestation.

Ils ne couchaient plus si souvent ensemble qu'à une époque, et toute ambiguïté sentimentale avait été levée; ils ne le faisaient que pour le plaisir, à l'occasion, entre amis. Ça avait été un peu compliqué au départ, d'admettre qu'il n'y avait rien de plus à rechercher. Mais après tout, à bien y réfléchir, il n'aurait pas voulu d'Aomine comme petit ami. Il le trouvait attirant, intéressant, mais une relation ne leur aurait pas convenu, ils auraient fini par se prendre la tête. Alors que juste du sexe, avec un ami attirant et intéressant, c'était vraiment le top.

Il était probable qu'Aomine entretienne le même genre de relation avec Kagami, il ne leur avait jamais vraiment posé la question. C'était inutile, ils n'étaient pas en rivalité. Bien que ça aurait été mentir que de prétendre qu'il n'avait pas ressenti une aigre pointe de jalousie en apprenant leur liaison. D'autant qu'il avait immédiatement pensé que Kagami était mieux assorti que lui-même avec l'As. Ils étaient des égaux, tandis que lui tenait plus du petit frère admiratif et collant. Toutefois, à la réflexion, il s'était rendu compte que justement, il n'était pas lésé dans l'histoire et devait même se sentir flatté; Aomine avait l'occasion d'avoir une relation avec un monument comme Kagami et au lieu de s'y dévouer entièrement, il trouvait toujours un peu de temps pour lui, le copieur. C'était un peu surprenant, mais il n'avait pas cherché à creuser, il n'était jamais bon de se poser trop de questions, surtout que cet idiot d'Aomine n'avait sans doute pas la moindre réponse à lui fournir.

Aussi, il avait été amené à revoir le tigre de Seirin et ils s'étaient étonnamment bien entendus. Ils ne couchaient pas ensemble, ils n'en avaient même jamais été proches. Il y avait peut-être juste à peine trop de contacts physiques entre eux, pour que ça ne soit que de l'amitié pure et dure. Mais en réalité, ce n'était pas non plus, plus qu'une ambiguïté savamment cultivée, de la flatterie. Il espérait seulement, que Kagami n'attendait pas trop de sa relation avec leur amant commun, il risquait d'être déçu. Mais clairement le garçon n'était pas non plus du genre à trop s'en faire et les définissait de lui-même comme étant les bitches d'Aomine.

Pour le moment, le dit Aomine le plaqua comme une affiche au mur. La fraîcheur relative du carrelage contre son dos lui arracha un frisson. À moins que ce ne soit l'anticipation de ce qui se préparait, les grandes mains mates lui caressant déjà impatiemment les cuisses et son cou se faisant gentiment mordiller.

« Tout doux, je vais porter plainte pour séquestration, sourit-il.

-Tu te feras arrêter pour racolage avant moi, lui rétorqua le prodige en retraçant le contour du col plongeant en V de son t-shirt.

-Il est très bien ce haut.

Il ne l'avouait pas, mais il choisissait ses habits avec soins quand il voyait les deux autres adolescents, quand bien même ceux-ci s'en fichaient probablement royalement.

-J'ai pas dit le contraire.

Il passa alors sa langue et le bord de ses dents sur toute la peau dévoilée, tandis que le blond baladait ses mains dans ses cheveux encore humides de la douche. Ce dernier songea à Kagami, gentiment occupé dans la cuisine, et se sentit un peu coupable.

-Traînons pas trop, les pancakes vont être prêts. »

Aomine releva les yeux et le regarda avec un sourire en coin qui lui fit se demander si il devait s'inquiéter. Pour le devancer, il fit courir un index le long de son ventre puis le glissa au niveau de la serviette, pour la défaire d'une pichenette. Oui, sans Kagami pour tempérer, il aurait été à deux doigts de finir fou de lui. Mais heureusement, tout était sous contrôle... à peu près. Il ne put retenir un gémissement.

Quand il eut mit ses deux amis-rivaux dehors pour se rendre au parc à deux stations de chez lui, Takao l'attendait déjà, sur ce qui semblait être devenu leur banc de rencontre habituel. À peine fut-il assis que le plus petit lui demanda, après une salutation sommaire :

« Tu me trouves changé ?

Il fit un geste balayant son visage et Kise l'observa. Mis à part le sourire de vainqueur qui l'ornait, il ne remarqua rien de spécial.

-Tuuu... as fait un peeling ?

-Un peeling ? D'où tu connais ça ?

-Je travaille dans le milieu de la mode. Mais bref, je ne vois pas.

-Aaah ce n'est qu'un ramassis de mensonges alors...

-Bon, tu vas cracher le morceau ?

Le faucon lui adressa un sourire rayonnant en se penchant légèrement dans sa direction.

-Midorima et moi... Wink wink !

Il fit se toucher ses deux index tendus.

-Wink wink ? ...Nooooooon !

-Siiii !

Kise, la bouche en O, se mit à faire tout un tas de mouvements désordonnés avec les mains avant de réussir à articuler :

-Non, sérieux ? Comment tu as réussi cet exploit ?

-Un coup de chance ?

-Vraiment ? Toi, avec ton physique exceptionnel ?

-Je sens le sarcasme là !

-Mais vas-y raconte !

Le mannequin était excité comme une puce. L'élève de Shutoku gloussa et lui demanda de lui payer un milk-shake, en échange de son trépidant récit et ils se levèrent de leur banc pour se diriger tranquillement vers le Maji Burger le plus proche. Kise trépignait d'impatience et relança son ami dès qu'ils s'assirent avec leurs gobelets :

-Allez, maintenant raconte moi tout !

-Pas ici, petit canaillou !

-Petit canaillou ? Tu as 70 ans ou quoi ?

-Peut-être bien.

-Allez, il n'y a presque personne ! Pleurnicha-t-il.

-À vrai dire, je sais même pas trop comment c'est arrivé.

-Vous étiez bourrés ?

-Même pas ! C'est à cause de... pétrichor.

-Pétrichor ? Répéta Kise, hébété.

-Je connaissais pas non plus, c'est Midorima qui me l'a appris, c'est l'odeur de la terre après la pluie.

-... Vous avez couché ensemble à cause de l'odeur-de-la-terre-après-la-pluie ?

Le blond était dubitatif.

-En fait, à force de le harceler, il est venu dormir chez moi. J'avais laissé la fenêtre entrouverte parce qu'il faisait un peu lourd, et un peu après qu'on se soit couchés, j'ai aussi dû lourdement négocier pour qu'il dorme avec moi dans mon lit l'animal, il y a eu une espèce d'averse orageuse et... Voilà.

-Vraiment ?

-Oui. Et attend, on peut faire encore plus cliché !

-Pas possible !

-J'avais laissé la radio allumée en fond, le temps qu'on s'endorme, et juste au bon moment y avait « I want to know what love is » !

Ils éclatèrent de rire de concert.

-Oh mon dieu, c'est tellement... improbable ! Je pensais pas que Midorima était sensible à ce genre d'ambiance !

-Surréaliste ! C'était surréaliste ! Tu connaîtras la recette; l'odeur de la pluie, une chanson de lover et hop, le type met sa langue dans ta bouche et sa main dans ton short ! Bon, après, il faut la jouer fine parce qu'il est toujours à deux doigts de vouloir arrêter. Parce que, tu comprends, il faudrait pas que tu croies qu'il est attiré par toi. Tsundere un jour, tsundere toujours. Mais j'étais content de l'initiative !

-Je prend note. Et c'était bien ?

-Euh... Plus ou moins. Comme une première fois quoi ! » lui répondit-il avec un sourire, en jouant avec la paille de son milk-shake.

Kise apprécia l'honnêteté de son interlocuteur et hocha la tête avec empathie. Il avait aussi très envie de savoir qui avait mit quoi dans qui, mais ne savait pas comment le formuler proprement. Il comptait sur la volubilité de Takao pour l'apprendre. Ce dernier fut assez perspicace, et direct :

« Toi, vu ta tête, tu te demandes qui a pris l'autre.

Kise tressaillit, ne se pensant pas si transparent.

-Bien vu. Alors ?

-Tu crois que je vais te révéler ça aussi facilement ?

-Tu vas me le dire, parce que tu es juste incapable de te taire au sujet d'un truc qui peut embarrasser Midorima.

Le faucon éclata de rire.

-C'est pas faux. Ton avis sur la question ?

-Hmmm... D'un côté je le vois pas en dominant assumé, mais de l'autre je le vois mal accepter de te laisser faire. Toi tu es bien plus... adaptable.

-Effectivement ! En fait on l'a joué au Jan-Ken-Pon. Et comme d'habitude j'ai perdu. Moi ça m'allait aussi. Mais lui il était teeellement stressé, je te raconte pas ! Sans vouloir l'admettre en plus, en bon donneur de leçons.

-Pas la peine, je vois la scène arriver !

Il grimaça, pas sûr de vouloir avoir plus de détails sur la vie sexuelle de son ancien coéquipier.

-Je te fais pas une vidéo de la prochaine fois alors ?

-En cadeau de Noël. » Décréta-t-il en finissant d'une traite sa boisson.

Takao empila leurs gobelets en carton vides pour les jeter adroitement dans l'une des poubelles du fast-food.

Ils décidèrent ensuite d'aller, avec éventuellement quelques camarades de classe du brun, passer le reste de l'après-midi au karaoké, qui était sans doute leur deuxième passion commune après le basket. Et les histoires de cu... cœur.

...

À peine rentré du karaoké sauvage et arrivé dans sa chambre, il démarra son ordinateur pour voir si Mitobe était connecté. En effet, depuis l'épisode du blog, ils s'étaient renvoyés des messages et s'étaient vraiment rapprochés, par écrans interposés. Le joueur de Seirin avait une capacité d'écoute assez incroyable, mais s'était aussi, peu à peu dévoilé et leurs conversations étaient devenues de plus en plus intéressantes et personnelles.

Par ailleurs, le mutique ne tenait plus le blog sur le mannequin; ça aurait été étrange maintenant qu'ils se considéraient comme des amis proches. Même si du coup, il aurait eu un nombre croissant de choses à révéler en exclusivité sur le mannequin. Mais ça gâchait un peu la magie de le connaître aussi bien. C'était peut-être le fait d'écrire plutôt que de parler, le fait de pouvoir réfléchir avant de pouvoir répondre, ne pas avoir à regarder son interlocuteur, mais c'était étonnamment facile pour eux de se confier.

Il y avait cependant un sujet récurrent qui les divisait : le manque chronique d'initiatives romantiques de Mitobe envers son crush de longue date, Koganei. Le principal intéressé préférait penser que si ça devait se faire, les choses se feraient d'elle-même tandis que l'As de Kaijo martelait que l'on avait rien sans rien et qu'il fallait forcément mettre les pieds dans le plat si on voulait que quelque chose se passe.

Bref, ne pas être fixé sur ce que le fameux Koganei pouvait éprouver pour son ami rendait Kise, trop sensible au suspense et en manque d'action, dingue. Même si Mitobe évitait de se lamenter dessus, il la vivait presque plus mal que sa propre solitude sentimentale; parce que lui, il se savait impressionnant et épuisant, ça pouvait rebuter les gens, mais pourquoi personne n'avait envie de sauter sur son adorable et silencieux ami, qui le méritait pourtant ? Ça, ça lui échappait.

Dans ces moments là, le mannequin ne manquait jamais de lui proposer des photos de lui plus ou moins dévêtu, pour lui remonter le moral, ce qu'il déclinait toujours plus ou moins à regret. Du coup, le blond avait fini par lui en envoyer quand même une torse nu, sans lui demander son avis, sous le titre frauduleux de « chaton-mignon1 ». Le destinataire ne s'en était pas vraiment plaint, ce qui ravissait son expéditeur, souriant stupidement devant son ordinateur.

Ce soir là encore, malgré les cours qui reprenaient pour une nouvelle semaine le lendemain matin, ils continuèrent leur conversation au delà de minuit et ce fut Mitobe, bien plus raisonnable et posé, et surtout qui devait se lever plus tôt pour s'occuper de sa fratrie, qui les envoya se coucher.

...

Cherchant une position confortable pour s'endormir, Kise n'avait qu'une hâte qu'une nouvelle journée comme ça recommence. C'était agréable d'être aussi bien entouré. Définitivement, l'amitié était comme une glace en été, un chocolat chaud en plein hiver, quelqu'un pour dire : « si tu veux un peu d'amour, pose ta tête sur mon épaule *».

*The Vaccines