Bonjour à tous ! Tout d'abord, bonnes vacances à ceux concernés, profitez-en bande de petits veinards, et bon courage à tous ceux qui reprennent l'école ou le travail. Merci infiniment pour vos messages et vos encouragements, et aussi pour vos corrections ! C'est très important pour moi d'avoir des retours, car ça me permet de me situer et de m'améliorer. Je suis très heureuse de la petite communauté qui semble s'être formée autour de l'histoire et ses personnages. Merci d'être toujours au rendez-vous, ça me touche.
Sans plus attendre, le chapitre 4 !
Bonne lecture.
Mancipium Carnis
Chapitre 4
Il se tenait debout dans un espace qu'aucune lumière ne semblait pouvoir atteindre. Autour de lui, seule la pénombre s'étendait, engloutissant son champ de vision, le cernant de toutes parts.
Il baissa les yeux et son regard se posa sur son corps dénudé. Il releva la tête, indifférent à cet état. Il était plus préoccupé par le faible bruit qu'il entendait, semblable au grondement lointain d'un terrible orage. Il plissa les yeux, tentant de voir à travers l'épais nuage sombre qui l'entourait, mais rien ne vint accrocher son regard.
Il voulut marcher, voir s'il pouvait explorer ce terrain inconnu, mais ses pieds étaient collés au sol. D'ailleurs, son corps entier semblait figé, refusant de répondre à ses ordres les plus simples. Seule sa tête pouvait se mouvoir normalement.
Alors qu'il ouvrait la bouche pour appeler à l'aide, un énorme grondement se fit entendre et il se tut. Quelque chose arrivait vers lui et, sans qu'il ne sache pourquoi, il en ressentit de la peur. Un nouveau grondement retentit, plus proche cette fois, puis, sans qu'il ne la vit arriver, une bourrasque de vent le frappa de plein fouet. Il ne s'agissait pas d'un vent normal, il pouvait sentir une puissance si forte, si féroce et meurtrière qu'il n'aurait pu bouger s'il n'était pas déjà figé.
Soudain, du fin fond des ténèbres, il vit une forme se soulever lentement du sol, comme un nuage de poussière et une odeur de soufre se propagea dans l'air. La forme s'éleva au-dessus de lui et, au fur et à mesure qu'elle montait dans le ciel, prit les traits d'une monstrueuse tête qui posa ses yeux rougeâtres sur lui.
Puis, alors que ses yeux s'écarquillaient d'horreur, l'énorme gueule s'abattit sur lui, et tout ne fut plus que néant.
Draco ouvrit brusquement les yeux et se redressa sur son lit, sa bouche ouverte dans un cri silencieux. Il prit le temps de reprendre son souffle et de calmer les battements frénétiques de son cœur. Il passa une main dans ses cheveux, puis massa le creux de son crâne, là où la peau était la plus tendre. Cela faisait plusieurs semaines qu'il faisait le même rêve et il se réveillait toujours avec une horrible migraine qui se concentrait sur un point précis de son crâne.
Il n'arrivait pas à comprendre les raisons de ce cauchemar récurrent. A son réveil, il gardait encore les traces de son rêve : son corps était endolori, comme s'il était resté immobile trop longtemps, sa peau était couverte de sueur et il pouvait encore sentir une légère odeur de soufre dans sa chambre.
Il prit quelques profondes inspirations et, lorsqu'il fut enfin calmé, il sortit de son lit. Il n'avait parlé à personne de ce rêve, même pas à Harry.
Alors que le nom du jeune homme résonnait dans sa tête, il sentit son mal de tête redoubler d'intensité. Il n'avait pas relancé le débat concernant l'état de leur relation, pas après ce qu'il venait de se produire. Même s'il savait que le brun et sa famille ne s'étaient jamais entendus, il se doutait bien que le Survivant devait accuser le coup de la mort de son oncle. Le connaissant, il trouverait le moyen de se désigner comme unique responsable de cet accident.
Draco laissa échapper un soupir. Il devrait laisser ses sentiments de côté pour l'instant.
Pour Harry.
Cela faisait une bonne dizaine de minutes qu'Harry se tenait debout derrière la vitre sans teint. Dix minutes qu'il observait l'homme confortablement assis à l'intérieur, jambes croisées sur la table, comme s'il était chez lui. Personne ne pourrait penser en le voyant que l'homme était en garde-à-vue et que, cette fois-ci, il avait trempé dans une sale affaire.
Harry se redressa et poussa la porte donnant sur la salle d'interrogation N°3. Mundungus ne daigna pas lever les yeux vers lui et continua de se curer les ongles ostensiblement.
"C'est bon, je peux m'barrer ?" Demanda-t-il de sa voix rongée par la pipe.
Harry lui lança un regard torve avant de se caler contre son siège, mimant la posture décontractée du brigand.
"Te barrer ? Je ne crois pas, non. Je pense même qu'au contraire, tu vas rester avec nous encore un bon petit moment."
Enfin, Mundungus leva la tête vers lui, ses petits yeux s'écarquillant légèrement. Ses gros sourcils touffus se froncèrent et une énorme veine se teinta de rouge, venant lui barrer le front.
"Quoi ?! Qu'est-ce c'que j'ai fait ?! Z'allez pas me r'tenir pour quelques objets, hein ! C'est pas la première fois que le ministère m'tombe dessus et j'ai jamais été traité comme ça !"
De là où il était, Harry pouvait voir chaque parcelle du visage blafard qui le regardait avec une certaine appréhension. En quelques années, Mundungus n'avait pas vraiment changé : son crâne s'était un peu plus dégarni, la peau de son visage s'était détendue, si bien qu'elle pendait légèrement au niveau de ses joues, et son épiderme portait la marque indélébile de l'alcool. Une odeur de moisissure mélangée à celle de quelque chose qui serait resté trop longtemps au soleil vint titiller ses narines alors que le voleur se rasseyait correctement.
"Écoute, Harry. J't'ai dit tout s'que j'savais, ok ? Maintenant laisse moi partir, chaque seconde que je perds ici est de l'argent jeté aux trolls et je…"
Mundungus sursauta brusquement lorsqu'Harry abattit ses poings sur la table, faisant tomber le gobelet d'eau qui était posé sur le rebord. Harry se pencha vers Mundungus, qui recula aussitôt, se remémorant sans doute ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'Harry s'était mis en colère.
"C'est toi qui vas m'écouter, Dung. Tu ne sembles pas vraiment te rendre compte de ta situation alors je vais te faire un petit résumé : toute activité de vol, de trafic d'objet maléfique ou de cambriolage mise à part, tu t'es associé avec l'un des sorciers les plus recherchés en Grande-Bretagne à ce jour. Tu lui as procuré des objets et d'autres choses dont nous n'avons pas encore connaissance…"
"C'était pas moi !" S'exclama Mundungus, son visage prenant une teinte verdâtre. "J't'ai dit que c'était pas moi ! J'me suis pas occupé de lui ! C'est Ernie qui…"
Mundungus se figea et, cette fois, sa peau pris une couleur rouge brique. Harry ne put contenir son sourire victorieux, et il se jeta sur le prisonnier comme un Hippogriffe sur un pauvre rat.
"Eh ben voilà, tu vois que tu connais leur nom, à tes deux collègues." Lança-t-il en sortant son carnet de notes. "Maintenant tu vas être gentil et me dire tout ce que tu sais sur ce Ernie si tu veux passer le reste de ta vie hors d'Azkaban."
"Comment tu as fait pour faire parler Dung ?" S'exclama Ron lorsqu'Harry sortit de la salle d'interrogation.
Visiblement, le roux avait assisté à la majorité de l'interrogatoire et il secoua la tête, incrédule.
"Il n'a jamais eu peur que de Dumbledore, Sirius et Kingsley !"
"Peut-être, mais il y a une chose qu'il craint plus que les 3 réunis. La prison." Répondit Harry en se passant une main dans les cheveux.
"Bien joué." Répéta Ron en mimant une révérence.
"En tout cas, nous allons pouvoir avancer avec ce qu'il nous a dit sur ses camarades. Il faut absolument que l'on fasse tourner le nom d'Ernie Flaggan. C'est lui qui nous mènera à l'inconnu de Poudlard."
"Alors d'après toi, quel est le lien qui les unit ?"
"D'après Mundungus, les 3 compères ne font pas que du trafic, ils mettent aussi en relation les acheteurs et vendeurs."
"Comment ça ?" Demanda Ron alors qu'ils arrivaient au niveau des ascenseurs.
"Prends l'exemple d'un sorcier qui a l'habitude d'acheter des objets frauduleux. A un moment, donné, il sait qu'il sera sous le radar du ministère. Et si un jour il a vent d'une descente prête à s'organiser chez lui, que faire de ses objets ? Alors Dung et Ernie ont eu l'idée de créer une sorte de réseau."
"Tu veux dire, comme une communauté de trafiquants ?" Demanda Ron en tenant la porte de leur bureau ouverte pour Harry.
"Exactement. Si l'un d'entre eux a besoin de cacher ses objets, il peut les envoyer chez quelqu'un d'autre le temps de passer l'inspection. Bien entendu, les 3 brigands prenaient des marges sur chaque transaction."
"Il faut avouer une chose, Dung a du génie quand il s'agit de soutirer de l'argent aux gens."
"Oui, sauf que ça nous rend la tâche plus dure. Bref, tout cela crée des liens entre les acheteurs et ce de façon totalement invisible."
"Et quel lien avec Zabini ?"
"Je pense que Zabini et l'homme de Poudlard se sont peut-être rencontré comme ça. Et qu'ils ont décidé de monter un plan ensemble."
Ron s'arrêta à mi-chemin vers son bureau et se tourna vers Harry.
"Quel plan ?"
"C'est ce qu'on doit découvrir au plus vite."
Ron hocha la tête d'un air grave avant de prendre place à son bureau.
"Ah, avant que j'oublie, j'ai déjeuné avec Hermione ce midi."
Harry releva vivement la tête de son carnet de note, les yeux écarquillés. Il sentit son cœur remonter au niveau de sa gorge. Il voulut lui demander de quoi ils avaient parlé, mais il était sûr que s'il ouvrait la bouche, il régurgiterait tout son déjeuner.
"Elle avait l'air un peu ailleurs. Mais quand je lui ai demandé ce qui n'allait pas, elle ne m'a pas répondu. C'est étrange, elle ne me cache jamais rien…"
Harry se leva, sans doute un peu trop brusquement, car Ron leva vers lui un regard inquisiteur.
"J'ai oublié que je devais…parler à Malfoy." Inventa-t-il. "Tu sais où il est ?"
"Ils sont en entrainement d'Herbologie. Neville doit être caché quelque part à côté pour les espionner."
Harry se contenta d'hocher la tête et sortit précipitamment du bureau.
Harry sortit de l'ascenseur avec hésitation. Il n'avait pas vu Hermione depuis la Première Tâche à Poudlard et n'avait pas cherché à lui parler. Cependant, il savait qu'une conversation avec la brune était inévitable et il voulait le faire avant qu'elle ne décide d'en parler à quelqu'un.
Il arriva devant une porte fermée ornée d'une plaque dorée sur laquelle on pouvait lire :
Département d'Application des Lois Magiques
Senior : Mathilda Forset
Junior : Hermione Jean Granger
Il rassembla son courage et poussa la porte, qui s'ouvrit sur une imposante pièce aux allures de bibliothèque. La salle était ronde avec deux étages : en bas, deux imposants bureaux étaient à peine visibles sous les tas de dossiers qui s'y étaient entassés. En hauteur, accessible par deux petits escaliers situés de chaque côté de la pièce, une galerie rassemblant plus d'une centaine de livres.
Hermione était au fond de la pièce, debout devant une fenêtre également ronde, ses longs cheveux relevés en une queue de cheval ébouriffée. Les manches de sa robe étaient retroussées et elle avait un crayon posé sur le haut de l'oreille.
"En conclusion, une rémunération de l'intégralité des Elfes de maison travaillant à Poudlard est envisageable du côté de la direction, qui nous a donné son accord. Le seul problème restant est de convaincre les Elfes de maison de demander à être payés, ce qu'ils refusent catégoriquement."
Elle fit une pause, puis reprit.
"Il faudrait peut-être prévoir un projet d'éducation des Elfes de maison, comme des cours d'éducation civique où ils pourraient en apprendre plus sur leurs droits…"
A ce moment, elle fit volte-face et aperçut Harry, toujours debout près de la porte. Hermione se figea et, après quelques secondes, leva sa baguette. Harry entendit un petit clic derrière lui et tourna la tête. Un appareil ressemblant à un ancien tourne-disque trônait sur une table à l'étage supérieur.
"Les dictaphones ne marchent pas ici." Lança Hermione, répondant à sa question silencieuse. "On utilise donc ce genre d'appareil pour enregistrer nos notes. Cela laisse une trace en cas de conflit juridique."
La brune s'avança jusqu'à la rambarde qui faisait face à la porte et s'y accouda, surplombant la pièce, et Harry. Il n'aimait pas vraiment cette position, mais ne voulait pas énerver la brune dès le début de la conversation.
"Hermione" Commença-t-il en s'avançant. "Il faut qu'on parle de ce que tu as entendu à Poudlard."
Hermione se redressa et son visage se tendit.
"Pourquoi ça ? Tu avais l'air de vouloir garder ton petit secret pendant encore un long moment."
"Et je vois que j'avais raison." Répondit-il, agacé. "Je ne voulais pas que tu l'apprennes comme ça, c'est juste que…"
"Que quoi, Harry ?" Demanda-t-elle. "Tu attendais de nous envoyer une invitation à ton mariage ?"
Harry la regarda, bouche bée.
"Mon mariage ? Mais je…nous ne sommes pas encore…"
"Je n'étais pas sérieuse !" S'écria Hermione, incrédule. "Mais toi si ? Harry, mais qu'est-ce qu'il t'arrive ?!"
Elle descendit enfin de son perchoir et vint se poster face à lui, l'observant avec soin.
"Malfoy, Harry ? Malfoy ?"
"Malfoy ? Ce n'est plus ton ami ?" Tenta-t-il, mais il ne reçut en réponse qu'un regard colérique.
"Harry, de toutes les personnes au monde, tu choisis Draco Malfoy ? Qu'est-ce qu'il t'es passé par l'esprit ? Tu pourrais avoir presque toutes les femmes du monde. Tu as Ginny !"
"Hermione, arrête." La prévint Harry.
"Non, je n'arrêterai pas ! Tu as la possibilité de finir ta vie avec la femme qui t'aime, qui t'a toujours soutenu, et tu jettes ça aux orties pour une amourette ou je ne sais quoi ?"
"Ce n'est pas une…"
"Comment est-ce arrivé ?" Le coupa-t-elle. "Depuis quand est-ce que ça dure ?"
"Depuis quelques mois."
"Quelques mois ?!" Dit-elle en lui tournant le dos pour se rapprocher de l'un des bureaux. "Et tu comptais nous en parler quand ?"
"Mais Hermione vois comment tu réagis !" S'écria-t-il en la suivant. "Comment voulais-tu que je t'en parle alors que je savais que tu n'approuverais pas !"
"Évidemment que je n'approuve pas !" S'exclama-t-elle en se tournant brusquement vers lui. "Tu sais aussi bien que moi que c'est une histoire impossible, pour des milliards de raisons ! Que vont dire les gens ? Harry Potter et Draco Malfoy !"
"Et depuis quand est-ce que je me soucie des gens, hein ?"
"Et tes amis ? Ta famille ? Les Weasley ? Tu y as pensé ?" Continua-t-elle avec hargne.
"Ce n'est pas juste, Hermione." Répondit-il en secouant la tête. "Ron et toi êtes parfaitement heureux, je pensais que tu voudrais la même chose pour moi."
"Et tu penses pouvoir l'être avec Draco Malfoy ?"
La jeune femme fit une pause, comme pour se donner du courage, puis reprit.
"Tu n'as plus vraiment été toi-même depuis ton retour du monde moldu. Et avec tout ce qui est arrivé ces derniers temps, je pense qu'inconsciemment... tu prends des décisions qui te mettront dans des situations dangereuses plus tard."
Ce fut à Harry de se taire quelques secondes, incrédule.
"Donc tu penses que j'essaye de me saboter et que j'utilise Draco pour ça ?" S'exclama-t-il avec hargne.
"Oui, c'est ce que je pense." Répondit Hermione en ancrant ses yeux dans les siens.
Un lourd silence s'abattit sur l'imposante pièce durant lequel Harry observa la brune, les yeux ronds, incapable de croire à ce qu'il se passait.
"Que les autres me jugent passe encore, mais je n'aurais jamais imaginé que toi tu le fasses."
Harry baissa la tête et la secoua légèrement avant de tourner les talons et de se diriger vers la porte la porte. A ce moment, il entendit Hermione l'appeler et il se tourna.
"Tu sais ce qui est le plus drôle ? C'est la potion que tu m'avais donnée pour Noël qui m'a fait me rendre compte de mes sentiments pour Draco. Alors si tu veux blâmer quelque chose, choisis ta volonté de toujours pousser les gens à aller dans le chemin que tu leur as choisi."
Il vit la jeune femme se figer, visiblement blessée par ces propos, puis il claqua la porte derrière lui.
Harry marchait d'un pas hésitant vers la petite maisonnette au bout de la rue résidentielle dans laquelle il se trouvait. Un groupe d'enfants passa près de lui en courant, tirant derrière eux un cerf-volant en forme de grenouille. Harry les regarda courir quelques minutes, un sourire amusé jouant sur ses lèvres.
Puis il se tourna à nouveau vers la maison beige et bleue et franchit les derniers mètres qui le séparaient de la porte. Il se redressa, passa une main nerveuse dans ses cheveux, puis frappa trois coups sur la porte en bois.
Il entendit le bruit de lourds pas se diriger vers lui, puis la porte s'ouvrit sur le visage pâle et rondouillard de Dudley Dursley. Les deux cousins restèrent un moment immobiles, s'observant de chaque côté du pallier et, pendant un bref moment, Harry fut certain que Dudley allait lui claquer la porte au nez.
A sa grande surprise cependant, Dudley fit un pas sur le côté pour l'inviter à entrer. Harry franchit le seuil de la porte et tous deux se dirigèrent vers le salon immaculé.
"Assieds-toi." Lui proposa Dudley avant de sortir du salon.
Harry prit place sur le sofa qui faisait face à la fenêtre. Il n'avait pas oublié l'attaque qui l'avait visé la dernière fois qu'il était venu ici. De cette place, il pouvait voir l'intégralité de la rue, y compris le groupe d'enfants et leur cerf-volant.
Un léger tintement lui fit tourner la tête et il vit Dudley revenir, portant un plateau sur lequel il avait disposé des verres de jus. Harry cligna plusieurs fois des yeux, tentant de disperser cette illusion, mais c'était bien son cousin qui l'accueillait comme un véritable invité.
"Euuh merci Dudley…" Balbutia-t-il en prenant le verre qui lui était offert.
"Comment tu vas ?" Lui demanda Dudley.
"Bien. Nous faisons de notre mieux pour retrouver ceux qui ont fait ça à ton père. "
Dudley le regarda, éberlué, une main figée près du verre qu'il s'apprêtait à prendre.
"Ceux qui ont fait ça ? Mais…papa a eu un accident de voiture !"
Harry se mordit l'intérieur de la joue, pesant le pour et le contre, puis décida d'opter pour la transparence.
"Au ministère, nous pensons que la mort d'oncle Vernon a été déguisé en accident."
"Mais…les freins étaient juste usés… "
"Cela aurait très bien pu être l'œuvre d'un sorcier. " Répondit Harry, à nouveau surpris par l'attitude de son cousin.
Il était certain que s'il avait eu l'audace de prononcer le mot sorcier il y a de cela quelques années, Dudley se serait précipité dans sa chambre, apeuré. Au lieu de ça, son cousin le regardait avec une pointe de…était-ce de la colère ?
Dudley se leva soudain, le visage fermé.
"Je vais chercher maman, elle est dans sa chambre."
Il entendit son cousin monter les escaliers et reporta son attention sur son jus. A quoi devait-il ce changement dans le comportement de son cousin ? Sa tante et son oncle ne semblaient pas avoir changé d'avis à son sujet, alors pourquoi Dudley le traitait d'une façon qui ne lui ressemblait pas ? Il se rappela la poignée de main qu'ils avaient échangé lors de leur dernière séparation, à ce moment déjà, Dudley semblait avoir changé.
Il fut tiré de ses pensées par des nouveaux bruits dans l'escalier. Il se leva et vit Dudley revenir, soutenant sa mère par le bras. Tante Pétunia était d'une pâleur extrême et la peau de son visage semblait avoir été tendue directement sur ses os, faisant ressortir son nez crochu. Elle s'arrêta à l'entrée du salon et lui lança un regard froid.
"Qu'est-ce que tu fais là ?" Demanda-t-elle.
"Je suis venu apporter quelques informations concernant la…l'accident. "
Elle leva les sourcils puis, il vit dans ses yeux une lueur de compréhension.
"Tu veux dire que c'est…que c'est…"
Harry acquiesça, quelque peu mal à l'aise.
"Nous pensons qu'il a peut-être été victime d'une attaque par un sorcier."
Tante Pétunia le regarda un instant, complètement pétrifiée et Harry eut l'impression qu'elle allait s'évanouir. Mais, avant qu'il n'ait le temps de réagir, avant même qu'il ne la voie arriver, elle s'était jetée sur lui.
Harry sentit une main s'abattre sur son visage, puis une seconde ,qui fit voler ses lunettes. Sa tante lui assénait coup sur coup avec une force inouïe pour quelqu'un qui paraissait aussi faible.
"Maman !" Entendit-il quelque part devant lui, mais il ne voyait que sa tante et ses griffes qui ne demandaient qu'à s'abattre sur lui.
D'un geste vif, il lui saisit les poignets et la força à reculer. Il vit Dudley poser une énorme main sur l'épaule de sa mère pour tenter de la calmer, mais les yeux de Pétunia brillaient d'une lueur de folie. Elle semblait avoir atteint une sorte de limite qui lui permettait de contenir ses émotions.
"C'est de ta faute !" Lui cracha-t-elle. "Tout est de ta faute ! "
"Maman, qu'est-ce que tu racontes ?!" S'écria Dudley, visiblement terrifié par la réaction de sa mère.
"Ils ont tué Vernon pour t'atteindre, c'est ça !" Continua de crier la brune en se débattant. "Ils l'ont tué comme ils ont tué Lily !"
Harry fut tellement surpris par ces paroles qu'il en oublia de restreindre sa tante, qui en profita pour tenter de le gifler à nouveau. Mais la force de son élan la fit tomber au sol, où elle se mit à sangloter.
"Maman…calme toi." Tenta Dudley en s'agenouillant près d'elle.
"Tu ne comprends donc pas ?! Ils ont tué ton père uniquement pour l'atteindre lui ! Ils se fichent parfaitement de nous !"
Dudley leva son visage rond vers Harry, l'interrogeant du regard, mais le brun secoua légèrement la tête.
"C'est de ta faute si ma sœur est morte. Mon unique sœur…" Gémit Tante Pétunia. "Et maintenant mon mari est également mort par ta faute."
Harry détourna les yeux de sa tante, incapable de la regarder. Elle avait raison, bien sûr qu'elle avait raison. Toutes les personnes qui l'entouraient avaient payé le prix de leur allégeance, de leur lien avec lui.
Soudain, il ressentit le besoin de sortir de cette maison, d'être à l'air libre. Il contourna sa tante et son cousin et s'arrêta à l'entrée du salon.
"Je suis désolé." Murmura-t-il avant de s'élancer vers la sortie, poursuivi par les cris de sa tante.
Avant qu'il n'aie le temps d'atteindre la porte, il put entendre une dernière fois la voix de Pétunia.
"Tu aurais dû mourir à leur place ! Tu aurais dû mourir !"
Il courut presque vers le point d'Apparition, s'éloignant le plus vitre possible de la douleur qui imprégnait la maison, du deuil et de la souffrance, qui réveillaient en lui d'effroyables souvenirs.
Harry était allongé sur le petit sofa du salon, de travers, ses bras et jambes pendant dans le vide. Ses lunettes étaient posées sur la table basse, près d'un verre au liquide doré. Le tapis trônant au milieu du salon portait des traces parallèles qui menaient vers Harry, surement laissée lorsque le brun avait tiré la table vers lui. Il passa une main sur son visage pour tenter de relaxer ses traits, mais ces derniers restèrent résolument tirés.
Il ne s'était vraiment pas attendu à ce qu'il s'était produit aujourd'hui.
D'abord Hermione, qui avait toujours été de son côté et avait toujours respecté ses choix, lui avait clairement fait comprendre qu'elle n'acceptait pas sa relation avec Draco. Il s'était douté qu'il rencontrerait des difficultés, même avec la brune, mais il ne s'était pas attendu à ce rejet si catégorique. Hermione semblait s'être grandement rapprochée du blond, et Harry avait espéré que ce nouveau lien jouerait en sa faveur.
Mais c'était sans compter sur une chose : Hermione n'était pas de son côté, elle était de celui de Ginny. Depuis ses premiers soupçons lors de leur sixième année à Poudlard, Hermione avait encouragé leur relation. Elle avait même donné des conseils à Ginny bien avant qu'Harry ne change d'avis à l'égard de la rousse. Elle avait donc été dévastée d'apprendre qu'Harry avait mis fin à leur relation, et avait tout fait pour les remettre ensemble.
C'était même elle qui leur avait conseillé de passer quelques jours chez Bill et Fleur pour tenter de réfléchir à leur avenir et sauver leur histoire. Malheureusement pour elle, ce week-end passé à réfléchir n'avait que consolidé la décision du brun.
Il se revoyait encore face à Ginny, le bruit des vagues s'abattant sur la falaise, comme pour protester contre ce qu'il était en train de dire. Fidèle à elle-même, Ginny n'avait pas pleuré, mais il avait vu quelque chose vaciller dans son regard flamboyant. Alors, elle s'était baissée et avait tiré du sable un coquillage aux rayures bleues, qu'elle lui avait tendu avant de lui tourner le dos et de s'en aller. Elle n'avait jamais expliqué ce geste et Harry n'avait jamais demandé.
Harry tourna la tête vers l'âtre de la cheminée, là où trônait le coquillage, légèrement illuminé par les rayons de lune qui filtraient des rideaux fermés. Ce même coquillage qu'il avait inspecté après avoir bu la potion d'Amore Verdare, avant de se rendre compte de la véritable identité de son âme sœur.
Il secoua la tête furieusement. Il ne voulait pas penser à Draco, pas quand ce dernier refusait toujours catégoriquement de lui parler. Pour être honnête, il ne voulait pas que le blond le voit dans cet état, dévasté, abattu. Le grand Harry Potter, mis à terre par les paroles d'une Moldue !
"C'est de ta faute si ma sœur est morte. Mon unique sœur…"
"Non..." Grogna Harry en fermant les yeux.
Il savait qu'il n'était pas coupable, qu'il n'avait été qu'un enfant à l'époque et que le véritable coupable était Voldemort. Mais il n'avait jamais entendu quelqu'un de proche lui dire une telle chose. Il n'avait jamais été accusé directement et avec autant de véhémence.
"Maintenant mon mari est également mort par ta faute."
Devait-il également porter le poids de la mort d'oncle Vernon ? Après tout, il était à peu près certain que son oncle avait été assassiné dans le but de l'atteindre, de le menacer. Mais combien de morts pouvait-il encore avoir sur la conscience ? Tante Pétunia avait-elle raison ? Aurait-il mieux fait de mourir la nuit où Voldemort était venu pour lui ?
"Non !" S'exclama-t-il en ouvrant les yeux.
Il tenta de se redresser, mais les nombreux verres qu'il avait bus commençaient à faire effet et il retomba sur le sofa. Il allait rester là toute la nuit, après tout, il n'avait rien à…
Soudain, malgré les effets de l'alcool qui rendaient ses paupières lourdes, il vit une ombre bouger à travers une fente dans le rideau situé face à lui. Il y avait quelqu'un dans son jardin.
Cette fois-ci, il bondit sur ses pieds, attrapa ses lunettes d'une main et sortit sa baguette de l'autre. Il s'élança vers la porte qu'il ouvrit brusquement, baguette pointée devant lui. Il y avait bien quelqu'un en bas de son perron, mais Harry ne s'était pas attendu à ce genre d'intrus.
Une vieille dame se tenait devant sa porte, une longue cape en laine l'enveloppant, laissant dépasser un visage rond aux joues rosies par la fraîcheur du soir. Elle tenait quelque chose dans les mains et leva la tête vers avec un sourire en l'apercevant.
"Ne vous dérangez pas, j'allais seulement poser ça là, à côté des autres."
Harry baissa les yeux vers l'entrée de son jardin et aperçut une demi-douzaine de paquets posés au sol. Certains étaient enroulés dans du papier, d'autres reposaient au sien de boîtes joliment décorées. La vielle dame déposa son propre paquet et s'avança vers lui. Harry se rendit alors compte qu'il pointait toujours sa baguette vers elle, et il baissa le bras immédiatement.
Une fois arrivée à sa hauteur, la vieille dame retira un de ses gants et posa sa main froide sur la joue du brun.
"Je vous ai fait un bon gâteau au chocolat." Dit-elle en lui tapotant la joue. "Ne restez pas trop longtemps dehors et couchez-vous tôt, d'accord ? Demain sera un autre jour."
Harry la regarda un moment sans comprendre, puis son regard se porta à nouveau sur les paquets au sol et, à travers les brumes d'alcool, il se souvint. Il avait déjà vécu ça. Un soir, quelques mois après son retour du monde moldu il avait trouvé une montagne de cadeaux aux pieds de sa maison en se réveillant…un jour de 1er Novembre.
"Nous sommes le 31…" Murmura-t-il.
La vieille dame acquiesça légèrement, puis passa un doigt fébrile sous son œil droit, chassant les larmes qui s'étaient accumulées. Elle lui tapota à nouveau la joue, mais Harry ne la regarda pas, ses yeux s'étaient perdus au loin.
Il ne la vit pas partir, ni se retourner pour lui lancer un regard inquiet en ne le voyant pas rentrer. Le regard du brun s'était perdu au-delà de la rue, là où il apercevait, dans le noir, la silhouette du clocher de l'église, vers là où se trouvaient ses parents.
Alors c'était pour ça que Tante Pétunia avait été dans un tel état. Elle avait fait la connexion qui lui était passée au-dessus de la tête. Son mari était mort la veille de l'anniversaire de la mort de sa sœur.
Sans qu'il ne prenne la peine de réfléchir et encouragé par l'alcool, il descendit les marches de son perron, pieds nus, sa baguette toujours en main, et se dirigea vers le cimetière de Godric's Hollow.
Il marcha le long des rues désertes sans se retourner ni regarder si quelqu'un le suivait et arriva finalement devant la grille en acier. La dernière fois qu'il était venu, il avait été accompagné par Hermione et ne s'y était jamais rendu depuis.
Il prit une profonde inspiration et poussa la grille, qui n'opposa aucune résistance. Une légère brume blanche entourait le cimetière, si bien qu'une fois au milieu, il était presque impossible de voir la rue ou l'église. Harry s'aventura entre les pierres tombales, retraçant le chemin qui menait à ses parents, comme s'il l'avait fait un millier de fois. Après quelques minutes de marche, il arriva devant les pierres blanches.
James Potter
Né le 27 mars 1960. Mort le 31 octobre 1981.
Lily Potter
Née le 20 janvier 1960. Morte le 31 octobre 1981.
''Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort.''
Harry resta debout, figé, les yeux rivés sur les pierres tombales, seuls vestiges du passage de sa mère et de son père dans le monde des vivants. Il avait espéré qu'avec le temps et la défaite de Voldemort, voir la tombe de ses parents serait sans doute moins douloureux. Il avait tort.
Il sentit un étau d'acier se refermer sur son cœur, et il dut s'appuyer sur l'arbre positionné face aux tombes. Il tenta de calmer sa respiration saccadée, mais il n'y parvint pas. Comment pouvait-il se calmer alors que les deux personnes qu'il aimait le plus et qui l'avaient chéri plus que tout gisaient plusieurs mètres sous ses pieds ?
Il laissa échapper un sanglot sec et s'accrocha au tronc de l'arbre, fermant les yeux pour tenter de reprendre pied. Il pouvait encore entendre la voix de tante Pétunia, aussi claire que si elle se tenait près de lui.
"Tu aurais dû mourir à leur place !"
Sa tante avait-elle la moindre idée du nombre de fois qu'il avait passé la nuit les yeux grands ouverts, tentant de se rappeler leur visage, leur voix, leur sourire pour ne pas les laisser sombrer dans l'oubli ? Combien de fois avait prié pour revenir en arrière ? Pour être tué à leur place ? Ou pour pouvoir les rejoindre sous terre ?
Soudain, il sursauta en sentant quelque chose glisser sur sa cheville nue. Il rouvrit les yeux et baissa la tête vers le sol, où une forme sombre bougeait contre son pied droit. Son premier réflexe fut de lever la jambe pour y donner un bon coup de pied, mais il s'arrêta au dernier moment en entendant une sorte de grondement émaner de la forme. Il se pencha légèrement et ses yeux croisèrent deux émeraudes qui étincelèrent dans la pénombre.
Il s'agissait d'un chat, l'un des plus vieux qu'il ait jamais vu. Son pelage, autrefois noir ébène était parsemé de blanc, et manquait à certains endroits. Son oreille gauche était réduite de moitié, comme si quelque chose en avait arraché le bout. Mais la blessure semblait vieille et avait depuis longtemps cicatrisé. Sa silhouette s'était affaissée au fils des années, si bien qu'Harry se demandait comment il arrivait encore à tenir debout. Et pourtant, malgré son âge avancé, le chat ronronnait si fort qu'il brisait le silence du cimetière.
Harry s'accroupit près de l'animal et passa une main dans la fourrure inégale, titillant les oreilles pointues. Le chat vint immédiatement se blottir contre lui, ronronnant de plus belle, et Harry ne put s'empêcher de le prendre dans ses bras.
"Ce sont mes parents." Murmura-t-il en reportant son regard sur les tombes. "James et Lily Potter. Ils sont morts en essayant de stopper le plus terrible des sorciers. Sans eux, personne n'aurait pu le vaincre."
Il se tut un instant, caressant le vieil animal, puis reprit, dans une voix où se mélangeait tristesse et fierté.
"Ce sont mes parents."
Il se tut à nouveau et le silence retomba sur le cimetière. Harry fronça les sourcils, soudain mal à l'aise. Puis, il comprit ce qui rendait ce silence pesant : le chat ne ronronnait plus. Il baissa la tête vers l'animal et posa une main sur sa tête.
"Alors, tu t'es endormi ?"
Mais l'animal ne bougea pas, et Harry sentit les poils de sa nuque se hérisser. Il secoua légèrement le chat pour le réveiller, mais le félin avait fermé les yeux, et son corps ne se soulevait plus au rythme de sa respiration. Aucun nuage blanc ne sortait de son museau.
"Non…" Murmura-t-il.
Il posa le chat au sol et pointa sa baguette vers lui. Pas ce soir !
"Episkey !" Souffla-t-il.
Mais le sort de guérison n'eut aucun effet. Le chat resta inerte.
"Non…non…NON ! Episkey ! Episkey ! E-PI-SKEY !"
Il s'avança vers l'animal et s'agenouilla près de lui pour l'examiner. A cet instant, il entendit des bruits de pas derrière lui.
"Qu'est-ce qu'il se passe ? Vous allez bien jeune homme ?"
Harry ne répondit pas. Ses yeux étaient fixés sur le chat près de lui, sur ses petites pattes, ses coussinets roses, son museau gris.
"Jeune homme…" Reprit la voix. "Vous…Oh mon Dieu, Tunie !"
Quelqu'un passa près d'Harry en courant et s'agenouilla à son tour près du chat. Harry pouvait le voir à présent, il s'agissait d'un vieil homme, un Moldu d'après ses vêtements. Il retira le béret qui couvrait sa tête dégarnie et y déposa le chat.
"Tunie, non…" Murmura-t-il d'une voix brisée.
"C'est…c'est votre chat ?" Demanda Harry d'une voix éteinte.
"Oui…" Se mit à sangloter le vieil homme. "Je l'ai depuis plus de vingt ans !"
Le Moldu prit soigneusement le béret contenant le chat et le protégea à l'intérieur de son manteau.
"Je l'ai trouvé dans la rue quand il était encore tout jeune. Il venait d'un avoir un terrible incendie un peu plus loin, et il était totalement terrorisé."
Sans comprendre pourquoi, Harry sentit sa gorge se resserrer. Il avait soudain conscience du froid qu'il faisait autour de lui. Mais ses yeux écarquillés ne pouvaient se détacher du vieil homme et de la forme inerte nichée dans ses bras.
"Il n'avait qu'un collier sur lui avec son nom, Tunie." Balbutia le Moldu en se relevant. "Tous les ans, à la même date, il venait ici, dormir près de ces deux tombes." Continua-t-il en faisant un signe vers les pierres tombales blanches. "Je crois qu'il venait voir ses anciens maîtres."
Le vieil homme commença à s'éloigner, puis, se retourna pour faire face à Harry, qui n'avait toujours pas bougé.
"Merci d'être resté avec lui dans ses derniers moments, je suis content qu'il ne soit pas mort seul."
Puis le Moldu tourna les talons et se dirigea vers la porte du cimetière, murmurant à l'oreille du chat, qui ne pouvait plus l'entendre.
Harry semblait inconscient des tremblements qui avaient pris possession de son corps. Soudain, il tremblait avec tant de force qu'il retomba sur la tombe de sa mère. Il s'était souvent demandé ce qu'il était advenu du chat qu'ils avaient eu et dont avait parlé Lily dans la lettre qu'elle avait envoyée à Sirius.
Il avait espéré que quelqu'un avait pu le secourir et qu'il n'avait pas péri dans l'explosion de leur maison. Et son souhait avait été exaucé : Tunie avait bien été adopté, par un Moldu qui semblait l'avoir traité avec toute la gentillesse qu'elle méritait.
Et, après toutes ces années, le chat, sentant sa mort proche, avait choisi de venir s'éteindre près de ses maîtres : Lily, James…et Harry.
Harry ne s'était pas rendu compte que de lourdes larmes glissaient le long de ses joues, pour venir tomber sur le marbre blanc de la tombe de sa mère. Il n'entendait pas les cris et gémissements de douleurs qui s'échappaient de sa bouche. Ce soir, plus que jamais, il voulait retrouver sa famille.
Soudain, alors qu'il allait se perdre dans la souffrance et le deuil, il sentit quelque chose de chaud l'envelopper, et il releva la tête. Il se fichait de savoir qui l'avait trouvé, ami ou ennemi, peu importait. Une mèche blonde vint lui caresser la joue alors que quelqu'un se penchait sur lui et il cligna des yeux. Alors, deux perles grises croisèrent son regard, et Harry aperçut le visage de Draco.
Le blond ne prononça pas un mot, il resserra la cape qu'il venait d'enrouler autour du brun et, d'un geste fluide, le hissa sur son épaule. Harry continua de pleurer, en silence cette fois, ses larmes imbibant le dos du blond, et il sentit une main se poser sur son dos, comme pour le rassurer, l'apaiser.
Il leva une dernière fois les yeux vers le cimetière qui s'éloignait d'eux, se concentrant sur la chaleur du corps qui le portait, fermant son esprit à l'appel des morts et à son désir de reposer près d'eux.
Quelques minutes plus tard, il sentit qu'on le posait sur un support moelleux et chaud et il reconnut l'odeur de son lit. Draco remonta la couverture jusqu'à son menton, ôta sa cape et vint s'allonger près de lui.
"Qu'est-ce que tu fais là ?" Demanda Harry une fois les tremblements de son corps disparus.
"Je voulais te voir." Murmura Draco.
Harry sentait que le blond n'osait pas le toucher et restait légèrement en retrait.
"Je pensais que ce soir... tu voudrais un peu de compagnie."
Harry se mordit la lèvre inférieure pour retenir le flot de larmes qui menaçait de couler et hocha la tête. Puis, il s'avança vers le blond pour enfouir son visage dans le creux de son cou. Avant qu'il n'ait le temps de lui répondre, avant même qu'il ne puisse savourer la chaleur du blond, il s'endormit.
A suivre.
Voilà, c'est tout pour ce chapitre 4. J'espère qu'il vous a plu, pour ma part, j'ai eu un peu mal en l'écrivant, car j'ai fait appel à des sentiments que j'avais déjà connu, et je pouvais très bien imaginer toutes les scènes. Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus et très appréciés. Quelques croquis de ce chapitre sont disponibles sur mon Tumblr www . tumblr blog/elendil-samafanart (retirer les espaces des avant et après les .). Comme toujours, je le répète : je ne suis pas dessinatrice, mais parfois, j'ai des images que j'aime dessiner, alors autant ne pas les laisser que pour moi.
