Merci à ceux et celles qui ont déjà commencé à me suivre, et à mon premier commentaire ! Vous êtes des rapides ! :3

Chapitre 1.

– Aoutch !

La femme, sous le choc, était tombée au sol, ses affaires et celles de Reid éparpillées autour d'eux. Elle leva le regard vers lui, dégageant une mèche de cheveux d'un roux flamboyant devant son visage. Surprise de le trouver là, devant elle, la jeune femme cligna d'abord des yeux, comme si elle ne pouvait y croire.

– Décidément, Spencer Reid, à chaque fois que tu débarques dans ma vie, je me retrouve par terre ! finit-elle par s'exclamer.

Reid ouvrit la bouche, incapable de réagir, tout simplement sidéré.

Autour d'eux, étrangement et instinctivement indifférente, la foule les évitait, créant autour d'eux une bulle d'espace vital bienvenue.

– Fran ? hasarda Reid.

– Non, c'est la reine d'Angleterre, ironisa-t-elle alors qu'elle commençait à rassembler le contenu de leurs sacs dispersé au sol. Tu m'aides, ou tu comptes rester planté là indéfiniment ?

Le jeune homme réagit enfin, se morigénant intérieurement de sa bêtise crasse. Il dissimula sa gêne en gardant le nez plongé vers le sol, se sentant malgré tout rougir.

– Euh... oui, excuse-moi.

Il s'agenouilla et l'aida à ramasser leurs affaires, jetant de furtifs coups d'œil vers elle, l'observant à la dérobée.

Fran avait indéniablement pris des rondeurs – le fait, sans doute, de trouver une sorte de réconfort psychologique dans la nourriture. Sa jambe droite paraissait étrangement raide, et la jeune femme sembla en effet comme bancale quelques secondes quand elle se redressa, prenant appui sur son côté gauche. Reid remarqua aussi quelques cicatrices disgracieuses sur ses paumes et ses poignets. Cependant, il constata que ce n'était pas des marques de scarification ou de tentative de suicide, preuve que la jeune femme avait surmonté les événements de l'année précédente. Ses beaux yeux verts pétillaient toujours autant, les mêmes nuances d'émeraude et de malachite, les mêmes minuscules particules dorées.

Reid ne put qu'admettre, en son for intérieur, que les nouvelles rondeurs de Fran lui allaient bien. Il rougit un peu plus fort, toussotant pour cacher son malaise.

– Que fais-tu à Londres ? demanda Fran en lui rendant une liasse de feuilles.

– On nous a appelés pour une enquête, répondit-il, trop heureux de cette diversion. Une série de cambriolages...

– Ah, l'œuvre de celui que la presse a surnommé le « cambrihobbit » ?

– C'est ça.

Comment avait-il pu oublier à quel point Fran était perspicace ? Il hésita un instant avant de demander à son tour :

– Et toi ? Que fais-tu ici ?

Où diable étaient ses phrases bien faites, ses longs discours qu'il lui répétait dans ses vains scénarios ? Le jeune homme se jugea d'une stupidité phénoménale.

– Je retourne aux États-Unis. On m'a proposé un poste d'enseignante dans un lycée de Sacramento.

Cela fit l'effet d'un formidable coup de tonnerre pour Reid. Une douche froide, associée à une chute interminable dans un abîme sans fond.

– Reid ? appela J.J. derrière lui.

– Une minute ! lança-t-il derrière son épaule.

– Je dois aller enregistrer mes bagages, dit Fran en faisant coulisser la poignée de son énorme valise. Bonne chance pour votre enquête !

Elle commençait à s'éloigner lorsque Reid trouva le courage de la retenir.

– Attends !

Fran s'arrêta une fraction de seconde. Le jeune homme vit ses épaules s'affaisser, comme si elle soupirait. Puis, sans se retourner, elle repartit, d'un pas un peu hésitant cependant.

– Fran, attends !

Il la rattrapa en deux enjambées, saisit la poignée de sa valise. Fran résista, n'osant pas lever les yeux vers lui.

– Spencer, ne fais pas l'enfant...

– S'il te plaît.

Elle poussa un soupir, mais cessa de tirer la valise de son côté.

– Tes collègues t'attendent, observa Fran toujours sans le regarder.

Toutes les choses qu'il aurait voulu lui dire en cet instant, tous les arguments qu'il passait en revue dans sa tête, toutes ses belles paroles creuses, tout cela provoquait un trop-plein qu'il ne parvenait bizarrement pas à déverser, à expliquer. Sa gorge lui fit l'effet d'un goulot d'étranglement – c'est d'ailleurs d'un mince filet de voix pitoyable qu'il finit par dire :

– Je... j'aurais dû venir te voir, à l'hôpital.

– Mais tu n'es pas venu.

Fran leva alors la tête vers lui ; Reid, estomaqué, lut dans son regard toute la souffrance, la déception, l'incompréhension, le dépit. Il n'y vit aucune colère, aucun reproche, mais mesura à quel point il avait manqué à Fran – peut-être autant qu'elle lui avait manqué.

Reid ouvrit la bouche, peut-être pour s'excuser, se justifier, mais rien ne vint. Fran secoua la tête et soupira.

– Ça ne fait rien, Spencer. Tu faisais ton boulot, c'est tout.

– Tu ne comprends pas ! protesta-t-il sur un ton désespéré.

Combien de fois Morgan et Prentiss devraient-ils lui répéter que les relations humaines n'étaient pas son fort ?

– Qu'est-ce que je dois comprendre ?

– Accorde-moi un peu de temps...

– Je ne peux pas ! J'ai un avion à prendre !

Fran se détourna et commença à s'éloigner, ajustant la sangle de son sac à main sur son épaule.

– Tha mi duilich, lâcha Reid en désespoir de cause. Tha mi'g iarraidh maitheanais...

L'entendre parler gaélique surprit et toucha la jeune femme. Elle jeta un coup d'œil en arrière, s'arrêtant à nouveau au beau milieu du terminal de l'aéroport.

– An tairg mi duit cùpa tea? demanda Reid à brûle-pourpoint.

– Bheil thu rireadh? rétorqua Fran, interloquée.

C'est alors qu'une annonce au haut-parleur annonça l'ouverture des portes d'embarquement pour le vol vers Boston en même temps, J.J. rappela Reid une nouvelle fois. Ce si bref moment, qui semblait inscrit dans un instant d'éternité, prit fin soudainement Fran adressa un sourire contrit à Reid et le salua de la main, s'apprêtant à partir.

– Nous sommes au Metro Hotel...

– Tu ne crois quand même pas que je vais t'y rejoindre ? ironisa Fran.

– Laisse-moi une chance de m'expliquer. Nu is se ræd gelang eft æt þe anum.

Il citait le Beowulf – texte qui constituait la principale référence de la thèse de Fran. La jeune femme le contempla un long moment, sans rien dire. Reid lut dans ses yeux plusieurs choses – un rire, de la tristesse, de l'hésitation aussi.

– Au revoir, Spencer, dit-elle finalement avant de s'éloigner pour de bon.

Il la regarda disparaître, avalée par la foule, au détour d'un un couloir.

oOo

La grande façade de briques rouges et de calcaire du Metro Hotel les dominait de toute sa superbe, insensible aux averses de pluie qui s'abattaient maintenant sur Londres. Scotland Yard leur avait déniché un hôtel à proximité de ses quartiers et sans prétention, mais avec, au moins, l'avantage d'une chambre par personne.

C'est une unité du BAU trempée, éreintée, frigorifiée, qui vint prendre ses clefs à l'accueil. Prentiss éternua plusieurs fois et se moucha tandis qu'ils montaient.

– Ça n'aide pas à se défaire des stéréotypes, plaisanta J.J.

– Ouais, ben on ne m'ôtera pas de l'idée que j'étais bien au sec, dans mon antre, grogna Garcia en introduisant sa clef dans la serrure.

Elle s'acharna sur sa valise, la poussant, puis la tirant derrière elle, avant de claquer sa porte dans un « bonne nuit mes trésors » ensommeillé. Après quoi, elle l'entrouvrit très légèrement, rappela à Morgan de penser à lui apporter le petit-déjeuner, et ferma derechef la porte.

– Quelle heure demain, Hotch ? demanda Rossi.

Le chef de l'équipe consulta sa montre, qu'il avait réglée sur le fuseau horaire adéquat dès la sortie du jet.

– Rendez-vous à sept heures trente dans le hall, dit-il, nous sommes attendus à huit heures dans les bureaux de Scotland Yard.

– Ok, confirma le new-yorkais. Bonne nuit tout le monde.

oOo

Nota : Je n'ai volontairement pas traduit les expressions en gaélique et le vers tiré du Beowulf dans ma fanfiction. Mais voici maintenant de quoi vous éclairer :)
Tha mi duilich = je suis désolé
Tha mi'g iarraidh maitheanais = je te demande pardon
An tairg mi duit cùpa tea? = puis-je t'offrir une tasse de thé ?
Bheil thu rireadh? = tu es sérieux ?
Nu is se ræd gelang eft æt þe anum = Cela ne dépend plus que de toi.