N'hésitez pas à me laisser vos commentaires, à partager vos impressions... C'est ce qui me donne envie de poursuivre cette histoire ;)
Bonne lecture !
Chapitre 3.
C'est un peu plus reposés qu'ils reprirent le chemin des bureaux de Scotland Yard le lendemain.
Un soleil vivace réchauffait le macadam détrempé et faisait étinceler les flaques d'eau, sur les trottoirs, allant même jusqu'à animer la rue sombre longeant la façade de verre de New Scotland Yard.
Le Sergent Howard et le Commander Cameron les attendaient dans la salle de conférence. Si la première semblait aussi fraîche que lorsqu'elle les avait accueillis la veille, le second paraissait encore plus fatigué – si c'était possible.
– Je vous prie de m'excuser, dit-il en réprimant un bâillement, je suis sans cesse sollicité par les banques du Grand Londres, voire par les clients eux-mêmes. Même dans les districts de l'Outer, comme Havering ou Hillingdon, on commence à me demander s'il ne serait pas préférable de planquer les économies ailleurs qu'à la banque.
– Et les médias n'aident pas... ajouta Howard.
On frappa à la porte ; une jeune recrue annonça au Commander que le directeur de l'agence Barclays d'Addiscombe Road le demandait au téléphone. Cameron siffla entre ses dents, grommela quelques imprécations contre les banquiers paranoïaques du comté de Croydon, puis s'adressa au chef du BAU :
– Agent Hotchner, vous voudriez m'assister ?
– Bien sûr.
Cameron prit congé du reste de l'équipe, et les deux hommes sortirent de la pièce.
– Je peux vous observer pendant que vous travaillez ? demanda Howard avec espoir. Je me suis toujours intéressée à vos méthodes...
– Pas de problème, acquiesça Rossi après un coup d'œil interrogateur à ses collègues.
Les cinq tableaux de la salle étaient consacrés à un cambriolage. La méthode de travail était la même sur chacun des lieux ; après de minutieux repérages, la « bande de Moriarty » prenait en otage, de nuit, la famille d'un banquier, et obligeait ce dernier, avant l'ouverture du dépôt, à ouvrir les grilles et à transférer des sacs de billets dans des voitures volées. Pendant ce temps, une partie de l'équipe de voleurs « gardait au frais » les membres de la famille du banquier.
La façon de procéder était efficace et bien rôdée ; à peine trois mots étaient échangés entre les différents braqueurs, chacun avait son rôle prédéterminé. Cependant, aucune des familles prises en otage n'était d'accord sur le nombre de membres que comptait la bande de Moriarty : cela variait de trois à sept. La seule constante était les deux complices qui s'occupaient du banquier jusqu'au dépôt.
À partir des témoignages, Rossi supposa que les preneurs d'otages s'habillaient tous de la même façon et devaient avoir à peu près la même carrure. En limitant les contacts de visu avec les familles – en les isolant les uns des autres par exemple, ou en les enfermant dans une pièce obscure –, et en évitant les échanges de vive voix, on pouvait facilement les confondre et donc, ne pas savoir précisément combien ils étaient.
Les quatre équipes qu'avait définies Morgan se précisèrent : la diversion détournait l'attention des voisins, de la famille du banquier ; le camouflage se confondait dans le paysage pour passer inaperçu ; l'effraction consistait à pénétrer à l'intérieur de la maison des familles prises en otage ; l'action opérait le cambriolage en lui-même. Toutes ces équipes pouvaient être indépendantes les unes des autres, mais pour Prentiss et Rossi, il y avait plus de chances que les membres de la bande de Moriarty endossent chacun deux, voire trois rôles à la fois. Cela réduisait les chances de mésentente et de mauvaises interactions, avait poursuivi Reid. Restait à savoir si l'équipe « action » était la même à chaque fois, et si elle interagissait avec d'autres rôles.
– Les membres de la bande de Moriarty s'inspirent du braquage du dépôt de Tonbridge, en 2006, expliqua Reid, plus communément appelé « Casse de la Securitas ». Deux équipes se sont fait passer pour des policiers et ont interpellé le directeur de la banque et sa famille, avant de les conduire au dépôt et de les forcer à charger des sacs de billets dans des véhicules volés...
– Oui, j'ai entendu parler de cette affaire... intervint Howard. C'est l'année d'après que j'ai été recrutée à Scotland Yard. Les deux seules différences ici, c'est que les braqueurs de la bande de Moriarty ne se déguisent pas et que les braquages sont étonnamment commis sans aucune arme.
– Les sommes volées ne sont pas les mêmes non plus, ajouta Garcia après avoir pianoté sur l'un des ordinateurs. Le casse de la Securitas a rapporté plus de 53 millions de livres sterling. À côté de ça, la bande de Moriarty, c'est de la roupie de sansonnet...
– Entre dix et cinquante mille livres, précisa J.J. qui regardait par-dessus l'épaule de l'analyste. Numéros aléatoires, pas de suites.
– On a retrouvé une partie des billets volés, expliqua Prentiss en consultant des données compilées dans l'un des dossiers, au moins un mois après le braquage et partout au Royaume-Uni. Des magasins de luxe, d'outillage, en passant par le simple service à la personne...
– Des sommes d'argent moins importantes sont plus faciles à écouler, ajouta Rossi.
– Chaque cambriolage a duré en tout une heure, entre le moment de la prise d'otages et l'effraction à la banque, poursuivit Morgan. Cela leur laisse le temps de trier les billets en fonction des numéros, d'éliminer d'éventuels traceurs et de vérifier si les sacs ne sont pas piégés à l'encre indélébile.
– Tout ça ne nous apprend rien de vraiment nouveau, dit le new-yorkais en passant sa main dans sa barbe. Nous n'avons pas grand-chose de plus à nous mettre sous la dent...
C'est alors qu'une soudaine effervescence agita le hall de Scotland Yard, derrière les baies vitrées de la salle de conférence. Ils virent le Commander Cameron courir, fébrile, criant des ordres. Hotchner surgit dans la salle et annonça sans préambule :
– Il y a eu un autre braquage. Réunion en cellule de crise. Maintenant.
– Vous disiez, Rossi ? ironisa Morgan en sortant à la suite de ses collègues.
oOo
Ils passèrent près de trois heures en cellule de crise, à écouter les rapports et à entendre de nouvelles données. Le Commander demanda au BAU d'émettre des hypothèses, de briefer ses hommes, de leur donner une ébauche de profil. Les profilers firent venir un nouveau panneau de liège, sur lequel la nouvelle scène de cambriolage avait été exposée : le plan de la banque, les éléments d'enquête, les otages.
Rien ne reliait les banques, les directeurs ou leurs familles entre eux. Les cibles n'étaient pas humaines mais vénales, et semblaient aléatoires. Leur seul point commun était leur apparente petitesse – c'étaient des dépôts de proximité, souvent éloignés des quartiers les plus chics de Londres, mais faciles d'accès. Reid fit remarquer qu'il existait au moins 481 établissements bancaires rien que dans la capitale anglaise, faisant de celle-ci la mieux pourvue au monde, et que pas moins de 96,71% n'étaient souvent que de simples comptoirs de quartier et donc, de potentielles cibles.
Ce à quoi l'un des bobbies rétorqua que, merci, les gosses américains pouvaient rentrer chez eux s'ils n'avaient que des chiffres et des statistiques à leur communiquer sur des affaires qui ne les concernaient en rien. Le Commander réclama deux jours de suspension pour l'abruti qui n'avait que cela à dire pour aider l'enquête, peine transformée en un simple blâme suite à la demande de Hotchner : « Nous sommes tous exaspérés et sur les nerfs, » concilia-t-il en bon diplomate, « et nous comprenons aussi que vous n'aimiez pas qu'on empiète sur votre territoire. Nous sommes là pour aider, pas pour vous enfoncer ou vous ridiculiser. »
Reid avait jugé bon de s'éclipser avant d'entendre son patron expliquer, pour la énième fois, sa place au sein du BAU – pas justifier, non, Hotchner ne s'abaisserait pas à ça. Mais cela avait le don de le mettre mal à l'aise, aujourd'hui, comme s'il était réellement un gosse tombé là par hasard.
Rossi le retrouva dans la salle de conférence, assoupi sur un fauteuil, une main repliée sous le menton, l'autre serrant sa sacoche sur ses genoux. Le new-yorkais réveilla le jeune homme en faisant claquer un mug de café fumant sur la table.
– Désolé, je me suis endormi, s'excusa Reid en clignant des yeux.
– J'avais remarqué, ironisa Rossi. Nous sommes tous affectés par le décalage horaire. Hotchner nous a autorisés à rentrer à l'hôtel. On n'obtiendra rien de plus en restant ici pour le moment.
– Les autres sont déjà partis ?
– J.J. et Garcia, oui. Prentiss, Hotchner et moi restons pour aider le Commander avec les dépositions. Morgan t'attend à la voiture.
– D'accord.
Reid se redressa, passa la bandoulière de sa sacoche par-dessus son épaule.
– Dis-moi, Reid... commença Rossi.
– Quoi ?
– De qui rêvais-tu ?
– Comment ça ?
– Tu marmonnais dans ton sommeil. Tu disais quelque chose comme « Laisse-moi une chance de t'expliquer ». À qui parlais-tu ?
Le jeune homme tritura nerveusement la sangle de son sac, se sentant rougir.
– Il s'agissait de Fran Graham, n'est-ce pas ? fit le new-yorkais face au mutisme de son collègue.
Reid hésita, ouvrit la bouche, la referma. Il détourna le regard, mortifié.
– Je prends ce silence pour un oui, sourit Rossi avec compassion. J.J. nous a dit que tu l'avais croisée à l'aéroport.
– C'était un pur hasard... bégaya Reid.
– Et tu ne trouves aucune statistique pour te dire combien tu avais de chances de la revoir un jour, n'est-ce pas ? Le monde est petit, Reid. Il n'y a rien de plus à comprendre.
Son jeune collègue hocha la tête, moyennement convaincu. Si même les chiffres ne lui permettaient plus d'expliquer, de rationnaliser des situations aussi faciles pour d'autres...
– Ça fait un moment que tu penses à elle, analysa Rossi. Ces derniers temps, tu es plus renfermé, distant, parfois même tu es distrait. Habituellement, tu supportes les remarques sur ta mémoire photographique ou tes statistiques sans broncher. Mais pas aujourd'hui. Pas besoin d'être profiler pour le deviner, ajouta-t-il en voyant l'air éberlué de Reid, je n'ai aucun mérite. Rappelle-toi, j'ai trois divorces à mon actif. Je sais ce que c'est.
– C'est vrai... avoua Reid. Je revois son visage sans arrêt et... je... je voudrais l'oublier et... je peux pas, j'y arrive pas. Elle m'obsède.
– Ça n'a rien à voir avec une obsession... commença le new-yorkais – mais Reid l'interrompit.
– Ça ne peut être qu'un transfert, tenta le jeune homme avec maladresse, je me sens attiré par elle probablement parce qu'elle m'a sauvé la vie...
– Tu essaies de rationnaliser, encore une fois. Ce n'est pas une obsession, Reid, ça s'appelle l'amour.
– Et c'est vous, qui avez divorcé trois fois, qui me dites ça ? rétorqua le jeune homme d'une voix acerbe.
– Donc je suis sûrement de mauvais conseil, admit Rossi en riant. Alors si tu peux répondre à une seule question, c'est que ce n'est qu'un fichu béguin, une passade.
– C'est quoi, cette question ?
– Y a-t-il un seul moment où tu n'as pas pensé à Fran Isolt Graham depuis le moment où tu l'as rencontrée ?
oOo
