Alors, Fran restera-t-elle pour Reid ? Est-elle déjà partie ? Réponse dans ce chapitre... !
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Bonne lecture !
Chapitre 4.
Au moment où Reid cherchait vainement une réponse à donner à Rossi, un homme entra au Princess Louise, quelques rues plus loin. La superbe façade victorienne ne l'impressionnait plus guère, en habitué qu'il était. Seuls les touristes continuaient à s'extasier...
L'homme avait ceci de particulier que son excentricité ne passait pas inaperçue, ce jour-là, parmi les clients qui peuplaient ce pub. Sa dégaine négligée, son jean troué et orné de fines chaînes cliquetant doucement sous sa démarche tranquille, contrastaient avec le maintien un peu guindé et les vêtements bien coupés qui faisaient légion à cet endroit.
L'homme ignora les regards surpris posés sur lui – mais il n'était pas dans l'un de ces gentlemen's club, l'un de ces cercles privés du XIXe siècle où vous ne rentriez que vêtu d'un smoking, convaincu d'être un politicard zélé et puant le cigare et la pédanterie. Aussi se soucia-t-il comme d'une guigne des chuchotements qu'il soulevait sur son passage.
Il avisa une table à l'écart, où une femme seule, adossée au mur, avait vue sur toute la salle. D'une beauté quelconque, elle sirotait un whisky, laissant paraître une tranquille indifférence – mais l'homme voyait ses yeux vifs fureter partout, attentif. Le long de son bras nu, qui portait le verre à hauteur de ses lèvres, brillaient de fins bracelets dorés.
Elle l'aperçut et l'invita d'un sourire à s'asseoir face à elle.
– Sidney, fit-elle en guise de salut, avec une légère inclinaison de la tête.
– Irene, répondit-il sur le même ton. Comment vas-tu ? et comment se porte Marty ?
– Très bien, merci.
Ce n'était qu'un code, mais qui le soupçonnerait ? Qui aurait pu deviner que sous le dénommé « Marty » se cachait la bande de voleurs qui écumait les banques de Londres depuis des semaines ?
– J'ai quelque chose pour toi, dit Irene d'un ton joyeux.
– Ah ?
La femme fouilla dans son sac et en sortit un mince paquet, enveloppé dans du papier de soie argenté, qu'elle fit glisser vers lui sur la table en acajou, en un geste cérémonieux.
– C'est de notre part à tous les deux, Marty et moi. Joyeux anniversaire !
– Merci, il ne fallait pas !
Il défit précautionneusement l'emballage satiné et ouvrit un écrin, d'où il sortit une gourmette en argent. Les gros maillons entouraient une plaque sur laquelle était inscrit, en belles lettres arrondies, « Sidney Paget – our friend ». Au fond de l'écrin reposait un morceau de papier plié.
– C'est superbe, fit rêveusement l'homme.
– Il te plaît ? demanda Irene en attachant le bijou autour de son poignet. Nous t'avons laissé le certificat d'authenticité.
Il la remercia chaleureusement, glissa le certificat dans sa poche de poitrine, commanda deux whiskies, et ils trinquèrent à ses vingt-sept ans.
oOo
Après un moment agréable au pub, Sidney et la charmante Irene traînèrent leurs guêtres au hasard dans les ruelles de Londres, firent même un petit détour pour flâner le long de la Tamise, et rejoignirent le plus tranquillement du monde la gare de Charing Cross. Ils se dirigèrent vers l'une des entrées, un large couloir où se tenait la consigne à bagages – une sorte de petit magasin aux portes d'entrée en verre et coincé entre un panneau publicitaire et un Photomaton. Sidney et Irene se glissèrent derrière le rideau et se payèrent le luxe d'immortaliser l'instant, avec force grimaces et gloussements.
Ils patientèrent quelques minutes, le temps de récupérer leurs clichés puis Sidney entra dans la consigne, dépassa la foule agglutinée au comptoir, adressa un sourire à l'hôtesse d'accueil débordée, récupéra son certificat d'authenticité – en réalité un ticket de dépôt – dans sa poche de poitrine et le glissa dans la machine. Bientôt, celle-ci régurgita un épais sac à dos, que Sidney enfila sur une épaule, avant de sortir.
– Dépêche-toi, tu vas rater ton train, le pressa Irene.
Ils coururent jusqu'au quai, Sidney serra brièvement la femme dans ses bras, puis monta dans le train. Au salut d'Irene, Sidney répondit par un sourire, tapotant d'un geste entendu sa poche de poitrine d'où dépassait la bandelette de photographies.
oOo
Dans le train qui le conduisait à Hastings, Sidney Paget se réveilla lorsque le contrôleur lui demanda son billet.
L'homme se secoua, émergeant difficilement, puis partit en quête de son titre de transport. La gourmette bringuebalait à son poignet.
Sidney se figea en voyant le siège vide, à côté de lui, là où il avait posé son sac à dos.
oOo
Morgan l'attendait, adossé au véhicule prêté par Scotland Yard. La voix du Commander beuglant des imprécations au téléphone suivit Reid jusqu'aux portes d'entrée du bâtiment de verre : « Placer sous protection toutes les familles des banquiers de Londres ? Vous vous fichez de moi ? Allez au diable ! »
– Alors, petit génie au bois dormant, bonne sieste ? se moqua gentiment Morgan.
Son jeune collègue répondit par un grognement et s'installa à l'arrière.
Ils passèrent une partie du trajet jusqu'à leur hôtel dans un silence tranquille, Reid le coude appuyé sur le rebord de la vitre, le menton dans son poing refermé, plongé pensivement dans la contemplation du paysage urbain. Morgan, au volant, observait du coin de l'œil le reflet de son collègue dans le rétroviseur.
– Ça va, Reid ? l'interrogea-t-il de but en blanc au bout d'un moment, le faisant sursauter.
– Quoi ?
– Je te demande si ça va.
– Ah. Oui, oui, ça va. On peut même dire que ça roule, ajouta-t-il dans une tentative maladroite de jeu de mots.
Morgan eut la politesse de sourire à la blague lexicale.
– T'en penses quoi, de cette affaire ?
Maintenant qu'il avait l'attention du jeune homme, il ne comptait pas le lâcher. Morgan se doutait que quelque chose le préoccupait – même si, par principe, ils ne se psycho-analysaient pas entre collègues, certaines situations, gestes ou paroles pouvaient interpeller. Déformation professionnelle...
– J'en sais trop rien. On dirait un classique cas de cambriolages en série mais le mode opératoire n'est pas commun. Il y a pas mal d'influences diverses.
– Comme la casse du Securitas ?
– Pas seulement : la Scuola di Torino a préparé pendant deux ans et demi le braquage du Diamond Center, en Suisse... il ne faut pas non plus oublier l'importance de Sherlock Holmes, avec la signature « Moriarty »...
– Je vois le truc. Cela dit, il est clair que ce « Moriarty » n'agit pas seul.
– Tu savais que Conan Doyle, l'auteur de Sherlock Holmes, était né à Édimbourg ?
– Si c'est en rapport avec l'enquête, Reid, il va falloir que tu m'expliques.
Le jeune homme bafouilla quelque chose en réponse, rouge de confusion. Morgan sourit en songeant au chemin tortueux qu'avait parcouru le cerveau du petit génie pour relier l'affaire à une certaine rouquine. Décidément...
– Ça n'a pas de rapport, hein ? reprit gentiment Morgan.
– Il faut croire que non.
C'était une porte de sortie, laissée par Morgan, et que Reid fut soulagé d'emprunter, le remerciant même intérieurement pour ne pas insister. Il n'était pas très enthousiaste à l'idée de parler de Fran avec son collègue – son entretien à ce propos avec Rossi un peu plus tôt lui avait largement suffi. Le jeune homme se morigéna intérieurement ; il ne comprenait pas comment les connections synaptiques de son propre cerveau réussissaient à trouver des liens avec Fran partout – il se demandait même si l'influence de la capitale écossaise avait incité la jeune femme à lire Sherlock Holmes pendant ses études. Ce devait être parce que les zones de la mémoire et le raisonnement se situaient toutes les deux dans le lobe frontal... ? Reid se demanda si Rossi n'avait pas raison – c'était plus qu'un simple processus chimique géré par le cerveau ou un symptôme obsessionnel ; penser à Fran n'avait, en soi, rien de contraignant, d'absurde ou de désagréable...
Le jeune homme rougit un peu plus et s'abîma à nouveau dans la contemplation de Londres pour dissimuler sa gêne.
oOo
Confortablement installée à la cafétéria avec J.J. et Prentiss, Garcia aperçut Morgan et Reid passer la minuscule porte d'entrée de l'hôtel, presque dissimulée entre un café et un salon de coiffure. L'analyste échangea un sourire de connivence avec ses voisines de table puis, prenant délicatement une enveloppe entre ses doigts parés de bagues colorées, elle repoussa sa chaise.
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La réceptionniste se confondit en excuses en apprenant qu'elle avait remis le courrier destiné à S. Reid à l'une de ses collègues.
Et le jeune homme comprit aussitôt, au sourire coupable de Garcia, qu'elle n'avait pas tenté de réfréner sa curiosité maladive. Et en effet, l'enveloppe qu'elle lui remit avait été ouverte, et mal recollée : le rabat était encore chiffonné, signe qu'il avait été ouvert puis refermé tant bien que mal.
Il prit la lettre des mains de Garcia sans un mot, retenant un mélange de colère, de statistiques affolantes sur les conséquences morbides d'une telle indiscrétion pendant la Seconde Guerre mondiale, réfrénant une envie presque malsaine de lui déclarer que Saint Thomas d'Aquin tenait la curiosité pour un vice. Il ne la quitta cependant pas des yeux, imprimant dans son regard suffisamment de morgue pour que l'analyste détourne légèrement le sien – mais étrangement, son grand sourire ne quittait pas ses lèvres.
– Tout va bien, Reid ? demanda Morgan du fond du hall.
Le jeune homme ne répondit pas, occupé à tourner l'enveloppe entre ses doigts fins. Papier de qualité ordinaire, qu'on pouvait trouver partout. Au dos, son expéditeur avait marqué « S. Reid » d'une écriture souple et serrée, de celles qu'usaient les universitaires, habitués aux prises de notes. Il décolla le rabat, sortit une simple feuille pliée en deux et l'ouvrit, parcourant rapidement les mots inscrits sur le papier.
– Reid ? s'inquiéta Morgan en voyant le visage de son collègue se décomposer et devenir livide.
Garcia gloussa, puis pouffa de rire. Ses yeux pétillaient. Derrière elle, Prentiss et J.J. échangeaient des regards amusés.
Reid s'était figé, réfléchissant à toute vitesse, relisant sans la voir la lettre qu'il tenait entre ses mains, ne pouvant y croire – tout en maudissant le talent de Garcia pour s'immiscer dans les affaires des autres. Il eut le temps de supposer que ce qu'il ressentait devait être similaire à ce que vivaient les célébrités à l'idée que leur vie privée s'étalerait dans la seconde dans toutes les feuilles de chou de Londres. Avec un mélange d'amertume et de résignation, il songea aussi que, tout comme lui, Garcia se doutait qu'il ne lui en voudrait pas longtemps pour s'être mêlée de ce qui ne la regardait pas.
Morgan, n'obtenant toujours aucune réponse de son jeune collègue, s'approcha et lut par-dessus son épaule.
« Spencer,
Mon retour vers les États-Unis est repoussé. Je peux donc te consacrer un peu de temps et te laisser une chance de t'expliquer.
Je serai au Starbucks sur Vigo Street demain, à 17h.
Nu is se ræd gelang eft æt þe anum.
Fran. »
Reid songea que son visage devait avoir atteint la teinte critique de la tomate bien mûre, tant ses joues lui faisaient l'effet d'un homard plongé dans l'eau bouillante.
– Est-ce que tu ne seras satisfaite que lorsque Londres saura tout de ma vie ? dit-il sèchement.
Il regretta aussitôt ses paroles en voyant le sourire de Garcia se faner. J.J., qui s'était approchée avec Prentiss, ne sut quoi répondre, gênée, et le regard appuyé de cette dernière en disait long sur ce qu'elle pensait du fameux Docteur Reid et des relations humaines.
Le jeune homme avait presque sifflé de colère et pourtant, il savait que sa réaction n'était pas juste vis-à-vis de sa collègue et amie. Elle s'était tant impliquée pour lui permettre de renouer contact avec Fran ! Voilà comment il la remerciait... Et ce n'était pas comme s'il n'avait pas rêvé de revoir la jeune femme.
– Excuse-moi, balbutia-t-il, penaud.
Garcia dut se rendre compte à quel point il était embarrassé. Son regard pétillait de nouveau.
– Excuses acceptées, dit-elle avec malice. Mais pour te faire pardonner, t'auras intérêt à tout me raconter !
– T'as un rencard avec Fran, enchaîna Morgan d'un ton amusé.
– C'est pas un rencard, bégaya Reid.
– C'est ça, beau gosse, rétorqua Garcia en badinant.
– Et en plus c'est elle qui t'invite... souligna J.J.
– Quel tombeur ! poursuivit Prentiss.
– T'as un rencard avec Fran, reprit Morgan.
– Bon, d'accord. J'ai un rencard avec Fran, admit son collègue alors qu'un sourire irrépressible illuminait son visage.
– Ça, c'est cool, gamin !
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