Point de vue de Severide
Je pris une grande inspiration en rentrant dans la salle de bain.
« Matt ? »
Il faisait très chaud. Il y avait de la condensation partout, on se serait cru dans un hammam. Ce chaud contrastait avec le frisson qui me parcourait la colonne vertébrale. Le miroir était au sol et il y avait du sang. Beaucoup de sang. Je me retournais vers les médecins et Gabby avec un air perdu. Je ne savais pas quoi faire. Benett me fit un signe de tête et ferma la porte en la laissant entrouverte.
« Matt ? C'est moi ».
Je ne savais pas quoi dire. J'entendais l'eau qui coulait, et je l'entendais aussi pleurer. Pourquoi pleurer ? Avait-il peur ? Avait-il mal ? Je m'approchai doucement de la cabine et tira un peu le rideau. Mes yeux se fixèrent sur cette forme à moitié allongée sur le sol et totalement rouge, soutenu uniquement par le mur. Je sentis mes yeux s'agrandir et devenir humides. Mon dieu... Matt... J'enlevai mes vêtements pour ne laisser sur moi que mon boxer et m'introduis dans la douche. Bon sang, elle était brûlante ! Mais Matt ne bougea pas. Je m'approchai et m'assis à côté de lui. Il ne bougea toujours pas, même si je voyais que ses yeux étaient légèrement ouverts.
« Matt... »
J'essayai alors de prendre son bras, comme pour le rassurer, mais il prit peur et se débattit.
« Matt, Matt ! C'est moi, juste moi ! Je suis là pour t'aider ! Je ne veux pas te faire de mal Matt ! »
Il mit quelques secondes avant d'arrêter de gesticuler. Il ne me regardait pas. Je recommençai mon approche avec beaucoup plus de délicatesse, cette fois avec succès. Je pris son poignet pour vérifier son pouls. Rapide... Presque irrégulier. Je sentais sa respiration peu profonde et rapide envahir la douche malgré le son de l'eau qui coulait. Il claquait des dents malgré l'eau brûlante. Il était en état de choc. Et c'était urgent de le prendre en charge. Ses lèvres commençaient même à devenir légèrement bleues.
« Matt, laisse-moi t'aider. S'il te plaît ».
Il ne bougea pas. Sauf pour claquer des dents et frissonner. C'était effrayant. Je n'avais jamais vu de situation similaire, et jamais je n'aurais imaginé que cela puisse arriver à mon meilleur ami, quelqu'un qui était comme un frère pour moi. Il devait avoir peur.
« Tu ne dois pas avoir peur Matt. Je suis là maintenant. Il ne peut plus rien t'arriver. Ils ne peuvent plus te faire de mal, plus personne ne peut te faire du mal. Laisse-moi t'aider ».
Sa tête bougea vers moi. Ses yeux rencontrèrent les miens. Je voyais dans ses yeux qu'il ne voulait que me croire.
« Je te le promets Matt. Je te promets que rien ne pourra plus t'arriver. Jamais. Maintenant laisse-moi t'aider s'il te plaît ».
Il ferma les yeux, il se blottit contre moi, comme pour se réchauffer et pour que je puisse le réconforter. Je sentais ma peau brûler de plus en plus. Je le pris dans mes bras, sa tête tomba sur mon épaule. Je le serrai encore plus.
« Je sais Matt. Laisse-moi t'aider ».
Sa seule réponse fut un hochement de tête. Ses yeux se fermèrent et je sentais sa force le quitter, sa tête devenait lourde sur l'épaule, ses bras tombèrent le long de son corps. Il avait perdu connaissance. Ce n'était pas bon, pas bon du tout. Je levai la tête et arrêta l'eau qui coulait toujours.
« Benett ! »
La porte s'ouvrit et apparut alors les deux médecins, Gabby et une infirmière.
« Il vient de perdre connaissance. Il est brûlé par l'eau mais frissonnait et ses lèvres sont bleues. Il est en état de choc ! »
Benett me demanda de l'aider à allonger Matt.
« Appelez le docteur Reismann et allez me chercher du sérum physiologique. Severide il faut continuer à le doucher mais à l'eau tiède. Il faut refroidir sa peau avant que les blessures ne s'aggravent ».
Benett mit deux doigts sur sa carotide.
« Tachyarythmie, respiration faible et superficielle.
-Je vais chercher de l'oxygène.
-Un masque à oxygène haute concentration Gabby. Et aussi de quoi le monitorer.
-Très bien ».
Gabby sortit de la chambre en courant. L'infirmière était revenue et commença à mettre en place la perfusion sur un grand débit.
« Docteur Charles, on aura besoin d'un brancard.
-J'ai l'oxygène, l'ECG et l'oxymètre.
-Mettez-lui uniquement l'oxymètre pour le moment Gabby ».
Elle acquiesça et le fixa sur l'index de Matt, puis fixa le masque et poussa l'oxygène à fond.
« Tachycardie à 127, respiration à 6 par minute et saturation à 91%.
-C'est... C'est bien ?
-Non Kelly. Son pouls devrait être compris entre 60 et 100 battements, sa respiration devrait être d'environ 15 par minute et sa saturation à plus de 97%.
-Docteur Benett ? Sa pression est à 8/6.
-Ok. On continue de refroidir les brûlures jusqu'à l'arrivée de Reismann. Il saura quoi faire.
-Vous ne savez pas ?
-Je ne suis pas spécialisé en brûlure, Reismann oui. En attendant, je sais qu'il faut refroidir la peau d'un brûlé avec de l'eau tiède pour éviter l'extension des brûlures, que ce soit en surface comme en profondeur ».
Gabby pleurait et marmonnait quelque chose.
« Ramenez-moi de quoi faire un remplissage adéquat, une poche d'O négatif. Et allez me chercher Reismann ! Dites-lui que c'est urgent, trouvez n'importe quel prétexte mais dites-lui de se dépêcher ! »
L'infirmière revint quelques minutes plus tard avec le docteur Reismann.
« Alors qu'est-ce qu'on a ?
-Homme de 34 ans en état de choc, et brûlé par l'eau de la douche. Il a perdu connaissance il y a environ 10 minutes. Tachycardie à 130, respiration faible à 5 par minute et saturation à 94% grâce au masque. Pose d'une perfusion de sérum physiologique à haut débit pour un début de remplissage.
-Très bien... Brûlure superficielle de second degré sur environ 20% du corps et brûlure de premier degré sur près de 30%.
-C'est grave docteur ? Demanda Kelly.
-Si j'ai bien compris cela aurait pu être pire, mais c'est tout de même 20% du corps. Allez me chercher de la flammazine, des bandes et pansements antiseptiques, une poche d'antibiotiques et de la morphine ».
L'infirmière quitta la chambre en courant.
« Vous pouvez arrêter de le doucher ».
Je coupai l'arrivée d'eau pendant que les médecins prirent des serviettes et le sécha doucement, faisant attention aux brûlures. On mit ensuite Matt sur un brancard, et prit la direction du lit situé dans la chambre. L'infirmière avait enlevé la position semi-assise pour une position allongée.
« Est-ce qu'on doit l'intuber docteur ?
-Non, cela ne ferait qu'aggraver les choses s'il se réveille. On va essayer la ventilation non-invasive. Je veux que vous me trouviez un masque nasal et un nébuliseur. Cela lui fera moins peur quand il se réveillera qu'une intubation ou un masque.
-Et pour la sonde gastrique on fait quoi ?
-Chaque chose en son temps. Mais allez m'en chercher une. L'oxygénation n'est que temporaire, plus temporaire que cette sonde. Ah oui, et allez me chercher un kit et un laryngoscope.
-Un kit ? Pour quoi faire ?
-Kelly... Ils doivent savoir si Matt a été agressé sexuellement ou non.
-Et le laryngoscope ? C'est pour faire quoi ? »
Gabby ne répondit, mais baissa juste les yeux et commença à pleurer. Je savais à présent que c'était pour voir si ils avaient essayé de... Bon sang... Rien que d'y penser, cela me donnait envie de vomir. Quel cauchemar. Je ne pus me contrôler, c'était plus fort que moi. Je courus aux toilettes et recracha tout ce que j'avais pu manger avant de venir à l'hôpital. Il me fallut quelques secondes pour me remettre de mes émotions, tirer la chasse d'eau et revenir dans la chambre avec les autres. J'étais plein de sueur. Et toujours en boxer.
« Tout est là docteur.
-Très bien, on commence par enlever ces morceaux de miroir, on désinfecte, on traite les brûlures, on bande et ensuite on fait le reste des examens ».
La chambre était devenue une espace de fourmilière. Il y avait maintenant quatre infirmières qui travaillaient en parallèle des deux médecins.
Point de vue de Casey
J'entendais à nouveau ce bruit régulier qui m'avait réveillé la première fois. Celui qui tapait dans les oreilles, et qui donnait très mal au crâne. Je sentais quelque chose rentrer dans mes veines. C'était agréable et froid. Cela contrastait avec le reste de mon corps. J'avais du mal à respirer, je n'arrivais pas à bouger. Il y a des voix qui parlaient.
« Comment il va ? Et pas de mensonges.
-Il est stable, mais il va mal. Nous avons traité au mieux les brûlures et les blessures dues au miroir, nous l'avons mis sous antibiotiques pour prévenir et combattre l'infection car son corps est trop faible pour la combattre seul. Il a beaucoup de poussière dans les poumons mais rien d'autre. C'est pour cela qu'il a du mal à respirer. Le nébuliseur est là pour cela. Il oxygène les poumons et aide à se débarrasser des corps étrangers de ce type. Il va déjà aller mieux d'ici quelques heures ».
J'avais mal partout.
« Cela dit, si sa saturation ne remonte pas d'ici là, je vais devoir lui mettre un masque, voire l'intuber. Je sais que cela lui fera peur mais, cela serait pour son bien ».
Non... Non, je ne voulais pas... Non... Il fallait que j'ouvre les yeux. Je vis Gabby et Kelly, ainsi qu'un médecin qui me regardait. Il eut un sourire sur les lèvres.
« Pourquoi ne pas demander directement à l'intéressé ? »
Je ne bougeais pas. Mais je sentais la sueur couler sur mon front, sur mes joues. Et ils s'approchaient tous de moi. Je sentais mon cœur s'accélérer.
« Tout va bien Matt, tout va bien. On est là pour t'aider ».
Je me suis souvenu des mots de Kelly. Que je n'avais rien à craindre. Je voulais le croire, mais mon corps réagissait autrement, contre mon gré.
« Matt, je te l'ai promis. On est là pour t'aider ».
Je sentis mon corps hocher la tête doucement et douloureusement. Je regardais alors mon corps. Il était couvert de bandages. Mes yeux s'écarquillèrent et se posa sur Kelly, totalement apeuré.
« L'eau de la douche était trop chaude. Elle t'a brûlé. On a dû de poser de la crème et te bander pour que cela guérisse ».
Ma tête hocha toute seule, toujours aussi douloureusement.
« Je suppose que vous avez entendu notre conversation ? »
Je hochais la tête à nouveau. Puis je la sentis bouger de gauche à droite. Je ne voulais pas...
« Je sais que vous avez peur Matt. Je comprends cela. Mais mon but est que vous guérissiez, et sortiez le plus rapidement possible d'ici. Je voudrais essayer le masque avant de vous intuber, pour voir si l'oxygène qu'il apportera sera suffisant pour votre organisme. Vous êtes d'accord ? »
Un masque ? Je me rappelais quand il... Quand il me bâillonnait la bouche... Non...
