Chapitre 5 : Différentes personnes auront des points de vue différents sur une même situation
Clic ! Une dernière photo de Shinra sur le dromadaire puis Celty glissa son portable dans sa poche pour aider le jeune homme à descendre. Il avait beau avoir pris la pose pour la photo, il n'était vraiment pas à l'aise sur un animal vivant et mouvant. Il posa ses mains sur les épaules de Celty pour reprendre son souffle et calmer les battements de son cœur, mais en profita aussi pour coller son front contre sa poitrine. Elle sourire intérieurement : ce Shinra, vraiment ! Puis elle abattit violemment son poing sur sa tête, histoire de lui apprendre la politesse.
Bien qu'elle ne fût pas celle qui reçut le coup, la raison de leur venue dans cette contrée lointaine lui revint subitement. Elle ressortit son téléphone et s'adressa à Shinra.
Celty : Shizuo ! Il faut aller sauver Shizuo !
Shinra : Oui, tu as raison !
Celty : Tu… ? Bon, tant mieux ! On y va ?
Shinra : Bien sûr mais on ne pourra jamais être pris au sérieux habillés en touristes…
Celty : Tu crois ? Mais…
Shinra : On devrait aller s'acheter des vêtements convenables ! Tu sais que le plus grand Mall du monde se trouve dans ce pays ? Il parait même qu'il y a une piste de ski et une patinoire !
Celty : Et… On le fait pour Shizuo ?
Shinra : Bien entendu qu'on le fait pour Shizuo ! Quel genre d'être abjecte je serai si je voulais seulement m'amuser en laissant un ami dans la mouise ?
Celty : Oui, tu as probablement raison.
Shinra : Je suis content que tu partages mon avis. Je vais commander un taxi, j'arrive !
Celty regarda le jeune homme partir en trottinant joyeusement et ne put s'empêcher de se sentir arnaquée. Elle sera le poing et regarda l'horizon en pensant à son autorité perdue « Bon, c'est d'accord… Mais tout de suite après le Mall, on va sauver Shizuo ! ».
Quand était-il devenu aussi stupide ? Evidemment qu'Izaya n'allait pas l'aider de bonté de cœur ! Il avait essayé de lui dire « non », de ne pas entrer dans son petit jeu sordide, mais le fourbe avait une fois de plus utilisé les mots magiques : « ton frère ». A chaque fois, l'éventualité de nuire à son frère lui semblait tellement plus terrible que ce que ce suppôt de Satan lui proposait qu'il acceptait. Quelque part, il ne pouvait s'en vouloir qu'à lui-même… « Mais quand même, c'est beaucoup plus la faute d'Izaya ! » conclut-il mentalement en agitant sa longue chevelure soyeuse de gauche à droite.
Contrôleur : ID, please ?
L'expression plus patibulaire que jamais, Shizuo commença à tâter les longs pans de sa robe blanche en se demandant où Izaya avait bien pu cacher cette fichu pièce d'identité. Izaya s'empara de la main gauche de Shizuo et s'adressa à l'employé d'aéroport dans un anglais parfait.
Izaya : C'est ma fiancée, Shizuko ! Elle ne parle pas anglais. C'est moi qui ai nos papiers d'identité.
Shizuo hocha la tête en serrant les dents. Comment avait-il pu lui faire ça ?! Les tentatives d'homicide passent encore mais l'humiliation ? C'était méprisable, même venant de lui. Il reprit violemment sa main quand Izaya relâcha sa prise pour fouiller dans ses poches. « Rien n'est mieux caché que lorsque c'est à la vue de tous », c'est comme ça qu'il avait justifié ce costume ridicule. Shizuo toisa avec mépris le collier de perles qui descendait jusque dans son décolleté. Tout ça pour des perles. Bien sûr, dans une valise, ça aurait fait très suspect. Mais au cou d'une jeune mariée revenant de lune de miel avec son cher et tendre ? Ça passait très bien. Et le fait que le physique de la mariée dissuade même les plus courageux de lui chercher des noises était un bonus. Shizuo replaça derrière son oreille une mèche qui lui était tombée devant les yeux. C'était décidé, une fois arrivé il allait finir cette vermine. Mais une fois arrivé seulement. En attendant, il fallait prendre sur soi.
Shizuko : Iz… Chéri ? Il y a un problème ?
Izaya : Aucun, Shizu-chan, passe sous le portique puis on peut aller en salle d'embarquement.
Il avait affiché un sourire sadique en insistant sur chaque syllabe de ce surnom débile. Grrr ! Il allait vraiment lui faire sa fête en arrivant ! Lorsque la mariée démesurément grande passa sous le portique, celui-ci sonna. Merde. Les lunettes. Il allait maintenant être fouillé et tout le monde allait comprendre la supercherie qui –pour une raison obscure- avait fonctionné jusqu'ici. Il se tourna vers la jeune fille en charge de la fouille au corps et la regarda dans les yeux. Face à ce monstre, l'employée pali et afficha un air terrifié. Shizuo en profita pour désigner du doigt la paire de lunette qui, faute de pouvoir être sur ses yeux, trônait sur son crâne. La fille hocha vigoureusement la tête et tendit le bras pour lui indiquer qu'il pouvait avancer.
Le reste de leur progression jusqu'à bord de l'appareil se déroula sans accro, si ce n'est la main d'Izaya fermement placée sur la hanche de Shizuo aussi longtemps que ce fut possible. Ce renard adorait ça. Même une fois à bord, l'hôtesse dû lui demander de « la » lâcher afin de pouvoir voir si sa ceinture de sécurité était bien en place. A cela il avait répondu « Ce que vous me demandez est très difficile, j'aime tellement ma Shizu-chan ! ».
Shizuo bouillonnait intérieurement. Sa colère se fit encore plus forte quand, alors qu'il agrippa l'accoudoir au décollage, Izaya posa sa paume sur le dos de sa main et lui susurra « ne t'inquiète pas, Shizuko, tout se passera bien ». C'était du spectacle et ça marchait puisque la vieille dame qui se trouvait à sa gauche et lui commencèrent à papoter sur la beauté de leur couple et l'importance des petits gestes dans le mariage. Shizuo se contenta de regarder par la vitre. 9 heures et 45 minutes. Plus que 9 heures et 45 minutes et il serait débarrassé de cet énergumène. Il fallait qu'il se raccroche à cette donnée coûte que coûte.
L'hôtesse arriva rapidement pour questionner les passagers sur le plateau repas qu'ils désiraient.
Hôtesse : Viande ou poisson ?
Elle arrivait ! Enfin quelque chose de positif dans la vie de Shizuo ! Il avait désespérément besoin d'un steak à déchirer à coup de dent.
Hôtesse : Viande ou poisson ?
S'il y avait bien une chose qu'il fallait reconnaître à Izaya, c'est qu'il savait voyager. Certes, il avait pris des billets en classe éco pour passer inaperçu, mais sur une très bonne compagnie, et l'odeur du repas mettait déjà l'eau à la bouche.
Hôtesse : Viande ou poisson ?
La rangée suivante était la leur, et les pupilles de Shizuo brillaient déjà de mille feux. Il n'avait rien mangé mis à part quelques dattes depuis son arrivée, sa bouche s'emplissait de salive.
Hôtesse : Viande ou poisson ?
Shizuko : Via…
Izaya : Poisson pour moi et rien pour ma fiancée; je veux dire, vous avez vu son physique ? Elle n'a franchement pas besoin de ça !
Crac ! Izaya, l'hôtesse, et même la vieille dame se figèrent en dévisageant Shizuo. Leurs regards coururent le long de son épaule puis de son bras pour se poser sur son poing, profondément encastré dans le hublot. Voyant ce qu'il avait fait, la jeune mariée retira son poing avant de se retrouver soudainement plaquée contre la vitre, du fait de s'aspiration de l'air.
Hôtesse : Dépressurisation ! Attrapez-tous vos masques à oxygène et placez ensuite ceux des plus jeunes sur leurs visages !
« Izayaaaa ! » hurla Shizuo, sachant pertinemment que, une fois n'est pas coutume, c'était plus de sa faute que de la celle d'Orihara. Il fallait VRAIMENT qu'il se mette au yoga.
