Point de vue de Severide

Mon Dieu...

« Sonia ! Bennett ! »

Je criais de toutes mes forces, en panique moi aussi. Matt avait perdu connaissance, mais sa respiration était toujours aussi haletante. On aurait dit une crise d'asthme si on ne savait pas qu'il faisait une crise de panique. Bennett accourut enfin dans le salon et ausculta Matt.

« Crise de panique ? »

« Euh, oui... »

« Le déclencheur ? »

Je repensais à Gabby, sur ce qu'elle lui avait dit. Et comment elle l'avait dit. Mais juste avant de panique totalement, on aurait dit qu'il était ailleurs.

« Peut-être un mauvais souvenir... Ou le fait que Gabby lui a dit qu'il allait devenir père, mais ça s'est mal passé ».

Bennett soupira pendant que Sonia allait dans la chambre en courant. Matt était en sueur dans mes bras, sa respiration devenait de plus en plus saccadée, son pouls de plus en plus irrégulier.

« Il va partir en arythmie ».

Ce n'était pas bon, pas bon du tout. Sonia revenait avec une seringue pleine d'un produit que je connaissais sans doute, mais je m'inquiétais tout de même. Bennett et Sonia le vit sur mon visage.

« C'est de l'haldol. Il aura sans doute un mal de crâne au réveil, comme la dernière fois, mais c'est le seul moyen d'arrêter tout cela ».

Sonia attrapa son bras et trouva une veine pour injecter le produit. Il fit effet en quelques secondes. Bennett posa deux doigts sur sa carotide et attendit un peu.

« Son pouls ralentit et sa respiration reprend un rythme normal. On a évité le pire ».

Je fermai les yeux et soupirai de soulagement. Je m'assis dans le canapé et mis la tête de Matt sur mes jambes. Il était trempé de sueur froide. Sonia attrapa un bol d'eau froide et un gant, et nettoya son visage.

« Vous êtes sûr que le déclencheur a été de savoir qu'il allait être papa ? »

« C'est plutôt la manière de l'avoir su. En fait, Gabby... Gabby n'a pas dit les bons mots pour commencer sa phrase et du coup il s'est énervé contre elle. Et elle lui a tout déballé sur un excès de colère. Et ensuite je crois qu'il a eu un flashback, et puis après la crise de panique ».

Sonia acquiesça. Et me regarda dans les yeux.

« Je crois qu'il est temps qu'il parle à votre... Ami psy ».

Sonia avait raison. Mais avant cela, il fallait parler à Gabby. Elle n'avait pas à dire cela à Matt comme elle l'a fait. Je pris mon téléphone et l'appelai.

« QUOI ? »

« Woah, woah calme-toi Gabby ».

Je l'entendais soupirer dans le téléphone.

« Désolée... »

« Il faut qu'on parle ».

« De quoi ? De mon coup de colère ? »

« Entre autre ».

J'espérais que Gabby me réponde, mais ce ne fut pas le cas.

« Après que tu sois partie... Matt a fait une crise de panique ».

Quelques secondes passèrent sans un bruit.

« Comment il va ? »

« Après une dose d'haldol, mieux, mais il a failli partir en arythmie ».

Encore une fois, Gabby et moi ne parlions plus. Je l'entendis alors verser quelques larmes.

« Je n'ai jamais voulu ça... »

« C'est... C'est pour ça qu'il faut qu'on parle. Et vite ».

« … Chez Brett. Quinze minutes ».

Elle raccrocha. Je me tournai vers Sonia.

« Vous pouvez le surveiller pour moi ? Environ une heure ? »

« Bien sûr. L'haldol fera encore effet quelques heures. Vous serez sans doute revenu avant qu'il ne se réveille ».

« Merci Sonia ».

Je lui souris et l'embrassais sur la joue. Puis partis vers l'appartement Brett. Arrivé là-bas, je sonnai. Brett m'ouvrit, m'indiquant que Gabby était dans sa chambre à pleurer mais qu'elle ne savait pas pourquoi. Connaissant à présent l'appartement, je me faufilai jusque dans sa chambre en frappant à la porte. Elle mit quelques secondes pour ouvrir. Gabby était méconnaissable. Un mouchoir à la main, ses yeux étaient rouges et les larmes coulaient encore sur ses joues. Elle n'essayait même pas de les essuyer. Elle me fit signe d'entrer et de m'asseoir sur le lit, ce qu'elle fit aussi juste après moi.

« Je suis désolée Kelly... »

Sans prévenir, elle ferma les yeux et fondit en larme dans mes bras. Elle était vraiment secouée.

« Hey... Gabby... Regarde-moi ».

Elle rouvrit les yeux et me fit face. Elle était tellement perdue...

« J'ai tout gâché, n'est-ce pas ? »

« Quoi ? Mais non... Tu étais en colère. Et je te comprends. Ces derniers jours ont été difficiles, et Matt t'a plus ou moins rejeté une nouvelle fois. C'était la goutte d'eau ».

Elle me regarda droit dans les yeux, s'arrêtant de pleurer.

« Plus ou moins rejeté ? Tu veux dire encore une fois rejeté ».

« Non ».

Gabby ne semblait pas comprendre ce que je voulais dire. Et le sujet était très délicat à aborder.

« Ta façon de lui dire qu'il allait être père... C'est pour ça qu'il t'a rejeté. Tu n'aurais pas dû dire ça ».

Ses yeux s'agrandirent. Je ne savais plus où me mettre pour ne pas être fusillé du regard.

« Alors c'est de ma faute c'est ça ? S'il a fait une crise de panique, c'est de ma faute ? »

« En partie, mais pas totalement. Je crois qu'il a eu un flash, une partie de sa mémoire qui lui a joué un mauvais tour, et les deux combinés a fait qu'il a eu cette crise de panique ».

Elle referma les yeux, et j'en profitai pour venir plus près d'elle et l'enlacer.

« Je sais à quoi tu penses. Tu penses à ce qu'il a vécu et tu essaies de comprendre pourquoi il est comme ça. Mais cela ne sert à rien. Ce dont il a besoin, c'est de savoir que nous, on est là. Peu importe, le simple fait qu'on soit là pour lui, sans le juger, cela l'aidera à aller mieux, à surmonter ce qu'il s'est passé. On ne sait pas tout, on ne voit que la partie émergée de l'iceberg. Il faut qu'on l'aide à s'ouvrir, à comprendre ce qu'il y a sous le niveau de la mer. À comprendre ce qu'il s'est passé en dehors de... De ce qu'on a vu ».


Point de vue externe, flashback

Cela faisait près d'une journée que Matt avait disparu. Kelly et Gabby n'avait pas dormi de la nuit, et ils étaient à la caserne pour leur garde. Le chef Boden leur avait expliqué que s'ils voulaient prendre quelques jours de congé après toute cette histoire, ils pouvaient le faire mais ils avaient tous les deux insisté pour faire cette garde. Il n'avait qu'un appel pour un banal accident de la route où il y avait eu un blessé à désincarcérer d'une des voitures, mais il n'était que très légèrement blessé. Hermann était en remplacement de Casey, et du coup, même s'il ne le voulait pas, devait prendre son bureau pour faire les rapports et son lit pour dormir. Vers midi, un facteur passa, donnant le courrier.

« Il y avait aussi une enveloppe devant l'entrée au nom de... Gabby et Kelly ? »

Les deux intéressés se retournèrent et elle prit l'enveloppe.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Je ne sais pas, c'était devant l'entrée. Je l'ai juste pris et je vous l'ai ramené. Mais elle n'a pas été distribuée par nous, il n'y a aucun cachet. C'est quelqu'un qui l'a déposé ici ».

Le facteur partit, et Gabby partit pour la salle commune avec Kelly. Ils s'assirent autour d'une table, se regardèrent et Kelly acquiesça. Il fallait l'ouvrir. Ce que fit Gabby après avoir expiré profondément. Elle en sortit un disque précieusement déposé dans une boîte à CD.

« C'est quoi ? »

« Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir ».

Kelly regarda avec insistance la télévision, celle que regardait tout le temps Mouch.

« Euh Mouch ? On peut t'emprunter la télé une minute ? »

« Pas de soucis, elle est toute à vous ».

Il leur donna la télécommande mais ne bougea pas. En fait, tout le monde était curieux et regardait d'un œil ce qu'il se passait autour de cette télévision. Gabby inséra le disque, et il mit quelques secondes avant de pouvoir être lu. À la première image, tous laissèrent échapper un cri d'horreur ou fermèrent les yeux. Ou les deux à la fois.

« Je crois qu'il faut appeler Antonio ».

Gabby laissa couler quelques larmes sur ses joues avant d'acquiescer. Elle prit son téléphone et tout en regardant l'écran, elle appela son frère.

« Antonio ? Il faut que tu viennes à la caserne immédiatement ».

Elle raccrocha tout de suite après, ne voulant pas attendre que son frère réponde. Elle voulait simplement qu'il vienne et le plus vite possible.

« Kelly, je t'en supplie... Arrête ça... »

Gabby s'effondra sur les genoux et pleura toutes les larmes de son corps. Tous avaient encore cette main tremblante sur les lèvres. Ce qu'ils venaient de voir par curiosité était d'une violente tellement inouïe et inimaginable... Antonio arriva presque tout de suite après, étant donné que le district 21 n'était pas loin du 51.

« Je suis venu tout de suite. J'ai su que c'était grave quand tu m'as raccroché au nez. Alors qu'est-ce qu'il y a ? »

Elle se tourna vers Kelly, ferma les yeux et acquiesça.

« Vas-y ».

Kelly baissa les yeux et ralluma la télé. Le visage d'Antonio changea du tout au tout.

« Oh mon Dieu... »

Sur l'écran apparaissait un homme ligoté avec de la corde, le bras en l'air et torse nu. Et il se faisait frapper sans ménagement. Il tenta de se débattre au début, mais au bout de plusieurs coups bien placés, cet homme ne bougeait presque plus, la tête baissée. Il se laissait faire. Et cet homme... C'était Matt.

« Qui l'a déposé ? »

« On ne sait pas. L-le facteur a dit que... Que l'enveloppe était devant l'entrée... Et... Et... Je ne sais pas... »

Gabby était hors de soi, totalement déconnectée, et pleurant comme jamais elle ne l'avait fait auparavant.

« Je... Je sais que ce que je vais vous demander va être très dur... Mais je... Je vais devoir mettre le son ».

Gabby se leva et quitta la pièce. Elle ne voulait pas entendre ça. Kelly réactiva le son et remit en route la vidéo.

« Alors Matt, dis-moi. Je veux ces informations ».

« Tu peux... Toujours aller courir. Je ne te dirai rien ».

Et d'un coup, Matt reçut un coup dans l'estomac.

« Je ne te le redemanderai pas deux fois ».

« Et je ne te donnerai pas ma réponse deux fois ».

L'homme qui le torturait prit une barre de fer et lui asséna des coups dans le dos. Tout le monde pouvait entendre les cris de douleur qu'il poussait à chaque coup qu'il prenait.

« Toujours rien ? »

« Si... J'ai encore le dos qui gratte. Tu ne pourrais pas... »

L'homme esquissa un sourire et lui infligea un coup avec tellement d'élan que la barre de fer s'était tordu sous la force du coup.

« Je vais te faire ravaler ta fierté. Matt Casey ».

Et cet homme continua de frapper, encore et encore. Jusqu'à ce que Matt ne bouge plus du tout. Kelly mit la vidéo sur pause et regarda Antonio. Lui aussi était choqué par la violence de la vidéo qu'il venait de voir.

« Je... Je vais prendre le disque, et... Et le donner à Mouse pour qu'il puisse... En tirer quelque chose ».

Kelly sortit le disque du lecteur et le donna à Antonio. Personne n'avait bougé, tout le monde était paralysé, tétanisé par ce qu'ils venaient de voir, ce qu'ils venaient d'entendre. Leur propre lieutenant, leur ami, leur frère, venait d'être torturé sous leurs yeux. Tout le monde était choqué. Et ce n'était que la première des vidéos que Kelly et Gabby avaient reçu...

Fin du flashback


Point de vue de Gabby

« Je... Je sais que cela a dû être dur pour Matt... De... De résister à tout cela, d'endurer cela pendant quatre jours entiers. On a vu tout cela, on l'a vu être torturé physiquement, on l'a vu être torturé mentalement, mais on ne sait pas ce qu'il s'est passé entre les vidéos. On sait juste qu'il a été abusé sexuellement, oralement et... Enfin, on sait juste ça. Et cette Trish qui... Je ne veux même pas y penser. Cela me fait mal d'essayer de... De savoir ce qu'il y a dans sa tête, mais cela doit être encore plus dur d'y penser tout le temps, d'avoir ces images tout le temps et de l'avoir vécu et de le revivre à chaque instant. Je ne sais pas comment il a fait pour tenir... »

Kelly me regardait pleurer, me serrant dans ses bras, tentant de me réconforter dans une énième crise d'hormones et de tristesse.

« Je... Je crois que tu sais ce qui l'a fait tenir pendant ces quatre jours. Mais je crois que tu le nies. C'est cette chose qui l'a fait tenir ces quatre jours qui le rend si mal à l'aise avec toi. C'est cette chose qui le rend si vulnérable. Cette chose qui l'a fait tenir, qui a fait qu'il a pu sortir de cette pièce après quatre jours de torture, c'est toi. Toi et toi seul. Il a pensé à toi quand il a été torturé, il a pensé à toi dans les moments les plus difficiles à traverser. Et... D'un autre côté, pour endurer la douleur qui le lacérait, il a dû penser au plaisir qu'il avait d'être avec toi, au plaisir qu'il ressent quand il te voit, quand il te sent près de lui... Il a changé cette douleur qu'il recevait, cette torture qu'on lui infligeait, en un plaisir tellement fort qu'il ne pensait à rien d'autre que toi. C'est ce qui rend cette torture très difficile pour lui. Il se sent... Coupable et honteux d'avoir pensé à toi à ce moment précis, à ces moments précis même ».

Kelly avait raison. Encore une fois. Je savais parfaitement que ce qui l'avait fait tenir tout ce temps c'était sa famille, c'était moi avant tout. Parce que je savais qu'au fond de moi, il m'aimait encore. Ce n'était pas lui qui avait rompu. Il avait fait le premier pas, il m'avait demandé en mariage, il m'avait permis de suivre mon rêve malgré la loi, et moi... J'avais rompu avec lui à cause d'une vulgaire dispute que j'avais mal prise. Je lui avait dis qu'il devait me blâmer si je dépassais les bornes, ce que j'avais fait. Et il m'avait blâmé. Mais je ne l'avais pas supporté. Je lui avais fait mal, mais malgré tout cela, il continuait de m'aimer, il continuait de penser à moi dans les moments les plus difficiles de sa vie.

« Je dois lui parler. Je dois parler à Matt. Maintenant ».

Kelly ouvrit la bouche mais ne dit rien. Il secoua juste la tête de haut en bas en guise d'accord.

« Il a reçu une dose d'Haldol avant que je vienne. Il va être encore endormi quelques heures selon Sonia ».

« Ce n'est pas grave. Je veux juste être là quand il va se réveiller. Et lui parler ».

Kelly me sourit et me serra de nouveau dans ses bras. Oui, il fallait vraiment que je lui parle.

« Allons-y ».


Point de vue de Casey

J'avais encore mal au crâne. Une nouvelle fois. Je sentais que j'émettais un son, mais je ne savais pas lequel. Il y avait trop de bruit dans ma tête pour me concentrer sur un seul. Je sentais seulement que j'avais la tête un peu relevé et que quelqu'un me caressait les cheveux d'une manière que j'appréciais. Peut-être que ce son que j'émettais était un son de plaisir et que cette personne continuait de me caresser les cheveux. Je ne savais pas. Mais c'était un des moments les plus agréables de ces derniers jours. Et puis j'en vins à penser à tout cela, à ce qui s'était passé un peu plus tôt. Cette conversation, ou plutôt cette dispute de Gabby envers moi. Ce qu'elle avait dit. Bon sang, elle était vraiment enceinte... Enceinte de moi. Cet enfant était de moi. J'ouvris les yeux, les lumières étaient allumées et m'éblouissaient. Je vis ma main au-dessus de mes yeux, espérant ainsi cacher la lumière de la lampe. Quelqu'un éteignit la lumière et en alluma une tamisée. Doucement, je rouvris les yeux pour ne voir qu'un brouillard flou m'envelopper.

« Sonia ? Il se réveille pleinement ».

Cette voix... je la connaissais.

« Matt ? Vous m'entendez ? »

Je fis signe que oui, ou du moins de l'espérais. J'étais totalement déconnecté de mon corps.

« Il a vraiment du mal à supporter l'haldol ».

« Il a du mal avec les neuroleptiques en général. Son système ne les supporte pas. Vous n'avez pas quelque chose pour contrer les effets ? »

« Malheureusement non, pas ici ».

Il y avait trop de voix, et je continuai à émettre des sons.

« Je... Je pense qu'il vaudrait mieux parler doucement et en chuchotant ou murmurant ».

Cette personne arrêta de me caresser les cheveux et posa une main sur mon front.

« Matt ? », commença cette voix en murmurant. « Matt, ouvre les yeux s'il te plaît ».

J'accédai à sa requête et ouvris les yeux, le fait que la lumière soit baissée et les quelques minutes qui venaient de passer avaient fait que l'image devenait plus claire. Je savais maintenant sur qui je reposais ma tête et qui me caressait depuis tout ce temps.

« Gabby... »

« Hey... »

Je ne savais pas si c'était ce... Cet haldol ou pas, mais elle me faisait me sentir bien. Je sentis quelque chose tomber sur mon visage. Quelque chose de froid et d'humide. Je la regardais, je le voyais pleurer. Cela me faisait mal au cœur.

« Hey. Ne pleure pas ».

Je levai ma main pour atteindre sa joue et sécher ses larmes, mais elle recula.

« Tu n'as pas à faire ça. Je sais... Que c'est dur pour toi tout cela ».

Si seulement Gabby savait tout ce que j'avais enduré pour elle.

« Ces derniers jours, quand... Tu n'étais pas là... On a reçu des vidéos... Des vidéos de Jack te... Te faisant du mal et... Et j'avais mal pour toi... Tout ce temps à... À ne pas parler pour protéger ces filles... Me protéger moi... Ta famille... Tu n'aurais pas dû souffrir autant si... Si j'avais été là pour toi ! »

Gabby s'en voulait de ce qu'il s'était passé, même si elle n'avait pas rien faire pour cela.

« Ce n'est pas de ta faute. Si tu avais été là, toujours avec moi, tu aurais été dans l'appartement... Et Jack t'aurais tué. Et ça... Je ne l'aurais pas supporté... Et je me serais tué, ça c'est sûr... Savoir que... Que tu étais en vie... Cela suffisait pour me garder en vie... Jack le savait, il n'aurait pas osé te toucher, car il avait besoin des informations que j'avais. La torture était de garder ces informations, mais le plaisir était de savoir que toi... Tu étais en vie ».

Gabby, la personne que j'aimais... Elle m'avait maintenu en vie. Peut importe le moyen qu'elle utilisait, elle me gardait en vie durant tout ce calvaire.

« Quand... Quand j'étais là-bas, je me disais que si je parlais, après je ne lui étais d'aucune utilité. À part pour se faire plaisir et me torturer encore et encore. Si je parlais, il allait te faire du mal, te tuer. Et tuer Kelly, et tout le monde. Chaque secondes qui passaient, je me demandais comment j'allais te dire que je t'aimais encore. Et que je ne voulais pas... Que je ne voulais plus que tu sortes de ma vie... Mais, je me rends compte que... Depuis mon retour, je n'ai fait que de te rejeter au lieu de t'aimer encore plus ».

« Hey... Ce n'est rien. Je pense que tout le monde aurait réagi de la même manière dans une pareille situation. Je ne t'en veux pas. Mais d'un autre côté, c'est... C'est à moi de m'excuser. Je n'ai pas su te comprendre alors que je savais ce que tu endurais. Je sais comment tu fonctionnes et cela me fait mal de te voir comme ça. Et j'en rajoute une couche en te déballant tout ça comme je l'ai fait... Je n'ai fait qu'aggraver les choses. Alors c'est à moi de m'excuser. Je n'aurais pas dû te dire ça comme ça... »

Je fermai les yeux. Elle avait raison, mais je ne lui en voulais pas. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Mon estomac fit un bruit que je ne connaissais pas.

« Tu as faim ? »

« Je crois que oui. Mais je ne veux pas manger de soupe... »

« Je peux refaire des œufs brouillés. Enfin si tu veux ».

« Il... Il y a quoi d'autres ? »

« Euh... De la purée, de la viande hachée... Tu as déjà essayé la viande hachée ? »

« À l'hôpital avant de sortir. Mais ça ne passait pas ».

« Si tu veux bien, on peut réessayer ? Et si ça ne passe toujours pas, je mangerai ta part ? »

Je me sentis acquiescer. Elle se leva mais je lui attrapai le poignet. Pris d'une légère peur, je lâchai aussitôt prise.

« Désolé, je... Je suis désolé ».

« Hey, Matt... »

Elle se rassit à côté de moi.

« Ne sois pas désolé. Ce n'est rien. Je sais que tu as peur, mais tu peux me toucher tu sais. Tu ne voulais pas que je te laisse ? »

« Non, c'est que... Tu es vraiment... Enfin... Enceinte? »

Gabby sourit légèrement, puis secoua la tête de haut en bas. Elle me fit signe de l'attendre sur le canapé. Elle se leva et chercha quelque chose dans son sac avant de revenir vers moi.

« Tiens ».

Elle me tendit une photo en noir et blanc. Je ne connaissais rien à la médecine, mais je reconnus tout de suite ce que c'était. Elle représentait une petite masse, quelque chose dans le ventre de Gabby, de la femme que j'aimais, qui grandissait. Je versai quelques larmes, et j'essayai de les essuyer.

« Alors... Alors c'est réel ? C'est... Il est vraiment là ? », dit-je en pointant son ventre.

« Oui Matt ! C'est réel ! Tu vas être papa ! »

Je ne pouvais plus me retenir de pleurer. Pleurer de joie.

« Je voulais te le dire plus tôt, mais... Dans ton état, je ne pouvais pas. D'abord chez toi, quand tu... À l'hôpital mais tu ne pouvais pas vraiment me voir, et ensuite tu as eu la grippe et... Et ensuite je t'ai tout déballé comme ça... »

Une question venait quand même à mon esprit.

« Les autres le savent ? »

« La caserne ? Je leur ai dit environ une heure avant toi. J'ai mis cette même photo sur le frigo. Hermann a tout de suite compris ».

« Tu l'as faite toute seule ? L'échographie ? »

« Kelly m'a accompagné. D'ailleurs c'était assez drôle. Le médecin a cru qu'il était mon petit ami, puis un donneur de sperme pour ma petite amie et moi ».

Je ne pouvais pas m'empêcher de rire. Elle avait raison. C'était drôle.

« Je vais en avoir une autre le 19 juin. D'échographie. Six semaines c'est trop tôt pour les examens etc, donc quand je serai à dix semaines, je ferai tous les examens. Si... Tu voudrais bien... Bien m'accompagner ? »

J'ouvris la bouche, je ne savais pas quoi répondre.

« Tu es sure que... Que je peux ? »

« Matt, tu es le père. C'est même logique de venir. Mais si tu ne veux pas je comprendrais ».

« Non. Je viendrai ».

« Je vais préparer à manger ».

Elle se leva et partit à la cuisine. J'étais à la fois heureux, mais à la fois triste. Triste car je la rendais malheureuse. À cause de toute cette histoire... Elle ne pouvait pas vivre heureuse avec moi à présent.