Bonsoir bonsoir! Bon, je n'ai pas mis à jour pendant un moment (un peu plus d'un mois), mais je n'avais pas fini ce chapitre et je n'ai pas eu l'inspiration (oui, je marche à l'inspiration) et je suis vraiment désolée de vous avoir fait attendre. Mais c'était pour la bonne cause!
Je ne vais pas dire que ce chapitre est l'un des plus aboutis de cette histoire, mais j'en suis assez fière: j'y introduis le point de vue de Sonia (que je n'avais pas intégré depuis un bon moment quand même).
Enfin bref, je vous laisse lire tranquille et apprécier!
Point de vue externe
« Poing... Pied... Genou... Bien Matt, on y arrive ! »
Matt était en sueur, et Kurt aussi. Il se dépensait comme jamais, plus on avançait dans la séance, plus les coups de Matt gagnaient en précision et en puissance, au point que Kurt devait expirer à chaque coup que Matt portait à présent. Il était déterminé, ce n'était plus le même homme. Il était concentré sur ce qu'il faisait, et il adorait ça. Cela lui permettait d'évacuer toute la colère qu'il avait en lui, et cela se voyait. Plus Matt frappait les sacs, plus il frappait fort, plus il faisait mal, plus il se sentait mieux. À chaque coup qu'il portait, le visage de Kurt s'estompait. Et le visage de Jack Nesbitt prenait place. À chaque coup, il disait à Matt qu'il n'avait aucun moyen de s'en tirer, aucun moyen de se battre. Mais cette fois, Matt était libre de tout mouvement, Matt pouvait se défendre. Kelly avait presque tout de suite vu que quelque chose n'allait pas en Matt. Les coups qu'il assénait n'était pas seulement un défouloir. Il y avait de la rage dedans. Certes de la peur, mais avant tout de la rage.
« Matt ? »
Mais Matt n'écoutait pas. Matt n'écoutait plus. Il n'était plus lui même. Il repensait à tout cela, à tous les coups qu'il avait pu recevoir sans même dire un mot, sans même broncher, ni crier, ni pleurer. Il restait là, sans bouger à recevoir des coups toujours plus forts, toujours plus violents, toujours plus... Secrets. Il restait immobile tel un robot, il regardait ces hommes prendre du plaisir à le frapper, à le torturer, à l'humilier, ligoté avec du fil barbelé et presque suspendu dans le vide. Il souffrait le martyr, mais ne disait pas un mot. Il encaissait. Pour elle. Pour Gabby. Pour qu'elle reste en vie.
« Matt ! »
Matt n'écoutait toujours pas. Les coups portés étaient tellement violents que Kurt, malgré toute son expérience ne faisait pas le poids. Et Matt criait de rage. Kelly avait essayé de se ruer sur le ring pour aider Kurt et retenir Matt, mais cela n'avait pas marché. Tout ce qu'il avait gagné, c'était de recevoir un coup tellement violent que sa mâchoire s'était disloquée. Matt était en pleine crise de délire. Il revivait ce qu'il avait vécu, mais cette fois en étant libre. Et Kelly savait parfaitement ce que cela voulait dire. S'il revoyait Nesbitt à la place de Kurt, alors il allait tuer Kurt, peut importe comment. Il fallait trouver une solution pour l'arrêter, et la seule que Kelly avait en tête n'était pas très bonne. Il attrapa son téléphone et composa un numéro.
« Hey Kelly ! Tout va bien ? »
« Bon sang Antonio, il faut que tu viennes tout de suite dans la salle de boxe de Kurt ! Ça urge ! »
« Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? »
« C'est Matt ! Je l'ai emmené ici pour se libérer un peu, mais il est en folie. Je crois qu'il a des flashbacks, et Kurt n'arrive pas à le contenir ! Il m'a déboîté la mâchoire et il ne s'arrêtera peut-être pas avant d'avoir tué Kurt sans le vouloir ! Il faut que tu viennes ! »
« Je suis là dans deux minutes ».
Kelly raccrocha, tenant toujours sa mâchoire douloureuse et s'avança vers le ring.
« Kurt ! Antonio arrive dans deux minutes ! »
« Je vais pas tenir deux minutes seul ! »
Kelly regarda affolé autour de lui et malgré la peur d'être de nouveau frappé, il remonta sur le ring pour affronter Matt. Il voyait dans son regard qu'il n'était plus là. Il n'y avait plus que la rage de tuer. Dans la tête de Matt, ce n'était pas Kelly qui était apparu. C'était celle d'Oleg. Un homme qui l'avait torturé d'une manière tellement unique qu'il en avait envie de vomir. Mais cette envie était bien moins forte que la rancœur qu'il avait envers lui. Dans un cri de colère, il se rua sur lui, sur celui qu'il pensait être Oleg, alors que c'était Kelly.
« Matt ! Stop ! Arrête ! »
La main de Matt lui faisait de plus en plus mal, lui tirait de plus en plus. Mais il s'en moquait totalement. Les hommes qui l'avaient tant fait souffrir étaient devant lui, et il ne saisirait pas une chance pareille de les tuer de ses propres mains. Alors il continua d'asséner des coups. Jusqu'à ce que Nesbitt se trouve au sol, complètement KO, et de voir la peur dans les yeux d'Oleg. Et il continua, encore et encore, jusqu'à ce qu'il se retrouve au sol et qu'il soit lui-même sur lui, libérant ses coups sur son visage.
« Matt ! »
Antonio venait d'arriver. Mais sa première réaction fut de rester immobile. Pour l'une des premières fois, la peur l'avait envahi. Il n'avait pas de gants, et devait affronter un homme, son bau-frère, alors qu'il était en plein délire. Kelly avait eu aussi le temps d'appeler Sonia qui était toujours à l'appartement avec Gabby, et elle était venue aussi. Elle avait une seringue à la main, qu'elle tendit à Antonio.
« Il faut que vous lui injectiez ça. C'est un tranquillisant. Il va mettre fin à son délire et l'endormir. Mais soyez prudent, l'état dans lequel il est pourrait vous mettre KO ».
« Je sais, mais je n'ai pas le choix ».
Il attrapa la seringue et monta lui aussi sur le ring. Matt leva les yeux, et aperçut un des hommes de main d'Oleg. Celui qui le tenait pendant les séances de ''torture'' comme ils les appelaient tous. Son poing serré, il se leva et se rua vers lui. Mais une douleur s'empara de son cou. Antonio venait de lui planter la seringue dans la jugulaire et l'avait vidé. Matt voyait les visages s'estomper à nouveau, il perdait toute sa force. Et au bout de quelques secondes, il s'aperçut de ce qu'il avait vraiment fait : Kurt était totalement KO sur le ring du sang autour de la bouche, Kelly était lui aussi au sol, se tenant la mâchoire et le visage en sang, sa main le faisait terriblement souffrir, et en face de lui, un Antonio apeuré comme jamais.
« Qu'est-ce que j'ai fait... »
Matt tomba sur les genoux et s'effondra ensuite au sol. Le tranquillisant avait enfin fait effet. Sonia courut pour vérifier que tout le monde allait bien, ce qui était presque le cas.
Point de vue de Kelly, deux heures plus tard...
Ma mâchoire me faisait toujours mal, même si Sonia avait fait son maximum pour la remettre en place. Elle m'avait dit que la douleur allait disparaître d'elle même d'ici quelques jours et que je devais m'attendre à avoir un hématome. Mais il allait être caché par les nombreux autres, ceux laissés par Matt. Ma pommette droite était gonflée avec une légère coupure que Bennett avait soigné et nettoyé, et mon arcade était suturée à présent. Mais je n'en voulais pas à Matt, je m'en voulais. C'était moi qui l'avait emmené là-bas pour extérioriser, et cette extériorisation a fait qu'il a eu cette hallucination. Kurt avait repris ses esprits quelques minutes après que Matt soit KO lui aussi. Il avait les lèvres en sang et le nez cassé, et une sérieuse bosse au front. Quant à Matt, sa main s'était légèrement rouverte, et Bennett avait suturé à nouveau la blessure et bandé sa main, mais n'avait aucune autre blessure. Avec Kurt et Antonio, on n'avait pas voulu le blesser. Cela n'aurait rien changé. On avait réussi à le ramener à la maison et à le faire allonger sur le canapé, pendant que Gabby préparait à manger. Bennett avait profité de ce moment pour prendre les constantes de Matt, et tout allait bien malgré une légère tachycardie résiduelle. Je le regardais soigneusement, massant ma mâchoire. Il était si vulnérable, si... Il n'y avait pas de mots, plus de mots pour le décrire. Mais jamais je ne l'avais vu aussi vulnérable. Pas même après la mort d'Hallie. Pas même après sa blessure à la tête ou la mort d'Andy. Il n'était plus lui.
« Combien de temps encore avant qu'il ne se réveille ? », demanda-t-il à Sonia.
« J'ai donné une seringue avec une très faible d'haldol à Antonio. Assez pour arrêter son délire et l'endormir un moment mais pas assez pour qu'il en ait les effets les plus néfastes. Nous savons qu'il a du mal à supporter ce médicament mais c'est le seul qui agit sur lui. D'ici quelques minutes il devrait se réveiller ».
Je m'assis sur le lit. Je m'en voulais vraiment d'avoir eu cette idée. Et Sonia le sentait au fond d'elle que je me blâmais, cela se voyait.
« Je trouve que vous avez eu une excellente idée Kelly », finit-elle par me dire. « Même si ça s'est mal terminé, on peut voir les choses sous un autre angle : cela lui a permis de se défouler ».
Ça, pour se défouler... J'aurais préféré qu'il utilise un punching-ball plutôt que son meilleur ami, mais Sonia n'avait pas tort. Matt s'est vraiment défoulé sur ce coup-là. Et vu comment il se défoulait, il cachait encore pas mal de chose à l'intérieur, beaucoup de choses que l'on ne savait toujours pas. Et qu'il nous dévoilerait sans doute jamais. C'était Matt après tout. Sans s'y attendre, Matt commençait à gesticuler sur le lit.
« Il est en train d'émerger ».
Je me rapprochais, l'appelant pour qu'il ouvre les yeux.
Point de vue de Matt
J'avais un sacré mal de crâne, cette migraine qui ne me quittait presque jamais. Je me sentais bouger, mais je ne sentais presque rien. Tout ce que je savais, c'était que j'étais allongé sur quelque chose de très confortable et chaud, et que j'avais l'impression qu'on m'avait frappé partout, sur toutes les parties de mon corps. Ma main me lançait des pics de douleur, comme... Comme si la plaie s'était rouverte. J'essayais de repenser à tout ce qu'il s'était passé. Je me souvenais être parti pour la salle de boxe avec Kelly et que j'avais terriblement peur. Mais ensuite j'avais revu les visages de... De ces salopards. Et ensuite... Ensuite je ne me rappelais pas.
« Matt ? »
Kelly ? Ça y est, les images me revenaient : tout ce que j'avais fait, ceux que j'avais frappé, le kick-boxing. Tout. J'avais frappé Kelly, j'avais frappé Kurt. Tout cela parce que je croyais qu'ils étaient d'autres personnes. D'autres personnes que je détestais, que je ne pouvais plus voir en peinture. J'avais honte. Tellement honte de ce qu'il s'était passé dans la salle de gym. Comment j'avais pu faire cela, faire subir cela à mon meilleur ami ?
« Matt, ne pleure pas ».
Je pleurais ? Je pleurais vraiment ? Des doigts venaient de passer sur mes joues, délicatement. Pour je ne savais quelle raison. Je reconnaissais ces doigts. C'était ceux de Kelly. Il était toujours là ? Après ce que je venais de lui faire ?
« C'est fini. Tout est fini ».
Sa voix était très douce, rassurante. Pourquoi était-il comme ça ? Kelly n'était jamais comme ça. J'ouvris les yeux, tout doucement. J'avais peur d'avoir la vision trouble, comme à chaque fois qu'on m'injectais quelque chose pour me calmer. Je regardais Kelly. Son visage était légèrement bleui au niveau de la joue, sur la mâchoire. Je me rappelais avoir frappé quelqu'un à lui déboîter la mâchoire. C'était Kelly ?
« Je suis désolé... », finis-je par dire.
Mais Kelly secoua vigoureusement la tête de gauche à droite.
« Non. Non, c'est à moi. Je t'ai fait enduré cela et... Et ça a mené à toute cette histoire. C'était une mauvaise idée ».
Cette fois, c'était à moi de lui tenir tête.
« Non. J'avais besoin de cela. De... De leur faire face et... Et de me battre ».
« De... De leur faire face ? », s'étonna Kelly. « Mais il n'y avait que Kurt et moi, et ensuite Antonio... »
Mais il comprit tout de suite après ce que je voulais dire. Je le lisais dans ses yeux.
« Ah... On était eux, c'est ça ? C'est pour ça que tu... Tu as frappé si violemment ? »
Kelly passa sa main sur sa mâchoire et grimaça un peu. Je lui avais vraiment fait mal.
« Je suis désolé... »
« Ne le sois pas ».
Je l'observais attentivement. Il semblait ne pas m'en vouloir. Comment pouvait-il ne pas m'en vouloir ? Je fermai à les yeux et soupirai. Je ne comprenais plus rien.
Point de vue de Sonia
Matt semblait triste et perdu. Il pleurait, mais à chaque fois qu'une larme coulait sur ses joues, Kelly venait l'enlever. Il ne voulait pas le voir pleurer. Je ne voulais pas non plus. Mais je n'étais qu'une infirmière qui voulait aider. Que pouvais-je faire de plus ?
« Matt ? Aucun effet secondaire cette fois-ci ? »
Je ne savais pas pourquoi j'avais dit cela. C'était sans doute la pire chose à dire, mais je venais de le faire. Je le vis rouvrir les yeux, posant calmement son regard sur moi. Je lui souris, un sourire d'infirmière. Un faux sourire. J'avais mal pour lui, je pouvais pleurer pour lui, pour ce qu'il endurait, pour ce qu'il avait enduré. Mais je n'avais pas le droit. Pas devant lui. Pas devant eux.
« Juste... Un peu mal à la tête mais ça va. Mieux que les... Les dernières fois ».
Cette fois, je réussis à sourire pour de vrai.
« Il semble qu'on ait trouvé la bonne dose de tranquillisant, si quelque chose du même genre se reproduit ».
Encore une chose à ne pas dire. J'avais le don pour faire cela. Mais au moins il sourit.
« Au moins une bonne nouvelle alors ».
Gabby approcha doucement. Elle ne voulait sans doute pas effrayer Matt. Elle sourit en le regardant.
« Le dîner est prêt ».
« Tu te sens prêt à te lever ? », demanda Kelly.
« Je crois que oui ».
Kelly l'aida à se redresser, puis à se lever. Mais Matt semblait un peu pris de vertige. Il se rassit presque aussitôt sur le canapé, fermant ses yeux et avalant sa salive.
« Vous avez des vertiges ? La nausée ? »
Personne ne parla pendant une minute, le temps que Matt réponde à la question. Il semblait lutter.
« Un peu. Mais ça va passer, je me suis levé trop vite ».
Peu après, on s'installa autour de la table pour manger. Gabby avait fait une de ses recettes dominicaines dont elle avait le secret. J'adorais ses recettes. Mais je devais rentrer chez moi. Pour ma famille.
« Je suis désolée, mais je dois rentrer chez moi. Je sais que j'ai promis de veiller sur Matt ici, mais... Mais j'ai aussi une famille et... Et mon mari et ma fille me manquent terriblement ».
« Oh... Ne vous excusez pas Sonia », assura Kelly avec un grand sourire. « On veillera sur Matt, ne vous inquiétez pas. Et demain le docteur Riley sera là alors c'est bon ».
Ils semblaient tous comprendre la situation. Du moins je l'espérais. Je ne pouvais pas vraiment m'occuper de Matt à plein temps alors que j'étais la chef des infirmières du département des soins intensifs et que j'avais une famille à gérer.
« Je vous raccompagne ».
Gabby se leva et m'accompagna à la porte.
« Encore une fois je suis désolée », répétai-je.
« Il n'y a pas besoin de le dire. C'est plutôt nous. On vous a sollicité en dehors de l'hôpital alors que vous avez une vie de famille. Merci d'avoir veillé sur Matt alors que vous auriez pu refuser ».
« Je n'ai fait que mon devoir Gabby. Vraiment. Et... Et si je peux aider Matt encore une fois, vous avez mon numéro ».
J'étais sincère. Je voulais vraiment aider Matt à s'en sortir. Comment avait-il pu traverser cet enfer seul ? Et surtout, comment avait-il pu tenir le coup de cette traversée ?
