LEÇON 10 : La vérité ne reste pas dissimulée

Will avait marqué un temps d'arrêt quand il avait trouvé Nico en train de travailler. Surtout qu'il s'agissait de l'Histoire de l'Art. Et encore plus vu qu'il était plus de 18h.

- Tu travailles depuis quand ?

- Euh…Depuis 13h.

- Attends. Ça veut dire que ça fait plus de cinq heures que tu bosses ?!

- Ça à l'air de t'étonner.

- Un peu !

Will a posé son manteau sur sa chaise de bureau et est venu se pencher par-dessus Nico à l'ordinateur. Cette proximité mis Nico mal à l'aise. Il ne s'était pas totalement remis de l'épisode de la salle de bain.

- Tu t'en sorts ? a demandé le blond.

- Ça peut aller. J'ai encore trouvé des trucs que j'ai classés… Oui, parce-que j'ai commencé à organiser les idées.

- Encore un éclair de génie fulgurant ? a fait Will avec un grand sourire moqueur.

- T'es venu là pour m'aider ou pour m'enfoncer ? a sorti Nico. D'ailleurs, qu'est-ce que tu fais ici ? T'es pas censé être en stage ?

- J'ai fini pour aujourd'hui. Ils m'ont laissé sortir plus tôt à l'hôpital.

- A…A l'Hôpital. Tu veux dire… ?

- Yep ! C'est là-bas que je fais un stage ! fit le blond tout content.

- Ça à l'air de te plaire à ce que je vois.

- Carrément ! Bon ! Je te laisse deux minutes je vais à la douche.

Will a filé dans la salle de bain et Nico est retourné à Jimi Hendrix. Il était en plein milieu d'un nouveau paragraphe quand trois coups secs ont frappés à la porte.

Il a lancé sans se retourner :

- Depuis quand tu frappes à la porte pour entrer dans ta chambre ?

- Depuis que c'est pas ma chambre.

Nico sursauta et fit volte-face. La voix n'était pas celle de Will et c'était une petite silhouette menue dans l'encadrement. Et une peau mate sous la capuche d'un sweat-shirt violet.

- Hazel ? Qu'est-ce que… ?

Elle a mis un doigt sur sa bouche avant d'entrer et de fermer la porte derrière elle.

Nico a repris plus bas :

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Elle a retiré sa capuche, exposant sa tignasse brune avant de parler :

- Je suis toute seule. Et je m'ennuie dans ma chambre.

- Mais ?! Hazel ! T'es dans l'internat des garçons là !

- Je sais !

- T'as pas vraiment le droit d'être là. On pourrait se faire renvoyer !

- Techniquement, on est mercredi et il n'y a pas de pion dans les internats.

- Mais il est 18h et ils vont bientôt revenir. Je vois qu'on t'a presque bien renseigné.

- C'est une fille, la déléguée de mon aile d'internat qui me l'a dit.

- Et tu en as profité pour te glisser jusqu'ici.

Elle lui a fait un sourire innocent. Nico s'est dit qu'il ne pouvait pas la renvoyer.

- Allez, viens. Je finis et on descend avant que quelqu'un te vois.

Hazel, toute contente, a gambadé jusqu'au lit qui était au fond à droite de la chambre et s'est jetée dessus.

- Qu'est-ce que tu féééé ?

- Je travaille.

- Tu travailles quoi ?

- L'Histoire de l'Art.

- C'est important ?

- Un peu, ouais ! C'est pour le brevet des collèges.

Ce n'était pas Nico qui avait dit ça. Celui-ci a tourné le regard vers la provenance de la voix. Vers la porte d'entrée. Will se tenait là. Et passait son regard de Nico à Hazel. Totalement hébété.

Nico se fit la réflexion qu'il ne pourrait jamais s'enterrer assez vite sans tractopelle sous la main.

- Qui est-ce ? fit le blond qui reprenait ses esprits et se rendait compte de ce qu'il se passait.

- Je m'appelle Hazel.

Il referma la porte et verrouilla. Il resta tout de même planté devant.

- Joli prénom. Cependant, personne n'entre et personne ne sort sans m'avoir expliqué. Et Nico, si tu as besoin d'intimité avec une fille, tu peux m'en parler. Je m'arrangerais pour ne pas être dans les parages.

Il croisa ses bras nus sur son torse dessiné. Nico voulu protester qu'Hazel n'était pas celle qu'il croyait mais ce n'est que là qu'il remarqua que son délégué ne portait qu'une serviette de bain à rayure pastel pour seul vêtement. Il sentit ses joues le piquer. Les images de la salle de bain revinrent et il détourna le regard pour le braquer sur sa sœur…qui ne bougeait pas et fixait le blond. Nico eut un réflexe qu'il ne savait pas d'où il tenait. Il mit les mains sur les yeux de sa sœur.

- Pourrais-tu, au moins enfiler quelque chose devant ma sœur ? lança-t-il au blond. Promis je m'explique après.

- Grand frère, je sais à quoi ça ressemble un homme torse nu, tu sais.

Nico fut foudroyé sur place par le choc. Ha…Ha…Hazel ?!

Comme Nico ne réagissait pas, Hazel poursuivit.

- Je t'ai entraperçu une fois sous la douche, en fait. J'ai pas fait exprès je te jure !

Le cerveau de Nico se remis en marche. Il tourna la tête vers Will et ne vit qu'une serviette pastel qui pendait sur la porte de l'armoire, signe que Will se servait de cette dernière comme paravent de fortune.

Il y avait un homme nu dans la même pièce que lui et sa petite sœur…

Nico vit un bout de caleçon, une épaule et un pied couverts avant d'enlever ses mains des yeux de sa sœur. Will sortit, vêtu, cette fois, d'un pantalon et d'un T-shirt noir. Ses cheveux en bataille lui donnaient un petit air rebelle et négligé qu'il lui allait à merveille. Nico chassa cette pensée à coups de tapette à mouche.

- Donc ? fit Will.

- En fait…commença Nico.

- C'est ma faute ! plaida Hazel. C'est moi ! Je m'ennuyais dans ma chambre toute seule. Je suis nouvelle et je ne connais personne, sauf mon frère, Nico. Alors je me suis dit que peut-être je pouvais venir le voir…Il y a aussi Frank qui est le délégué de ma classe, il est dans cette chambre aussi. C'est les deux seules personnes que je connaisse.

- Tu ne pouvais pas lui demander de descendre te rejoindre ? Ça aurait été moins risqué, fit le blond.

- Nico est le seul de nous deux à avoir un portable.

Elle lui fit ses yeux de chat implorant. Et il y eu un grand silence.

- Je ne dirais rien, lâcha Will. Pour aujourd'hui du moins. Mais si j'étais toi, je remettrais ma capuche.

Il lui sourit et lui adressa un clin d'œil. Nico restait interdit. D'une part, parce-que Will, le délégué, le gars sérieux qui montre l'exemple autorisait sa sœur rester ici. Et d'une autre part, parce-qu'il ne les avait pas interrogé sur leur lien de parenté. Une grande première dans la vie de Nico.

- Par contre, pas question que tu glandouilles, hein ! On doit bosser, Nico.

- J'ai pas arrêté de toute l'aprèm' ! A ton tour un peu ! Moi je vais dîner et passer du temps avec ma sœur.

- D'accord. Par contre, à l'heure d'étude ce soir on fait une mise en commun.

Nico soupira.

- Je prends ça pour un oui, fit le blond, avec un petit sourire.

Nico n'avait donc pas le choix. Il quitta la chambre avec Hazel qui avait remis sa capuche et ils allèrent tout deux dîner.

- S -

Après leur repas ils s'installèrent sur l'herbe, devant l'internat. Le froid était déjà là et la nuit arrivait, signe que les vacances d'hiver se rapprochaient.

- Ah ! Au fait ! fit Hazel. On m'a appris un truc pour le gens comme toi et moi qui n'aiment pas trop les contacts physiques. Le câlin de main !

- Le quoi ?!

- La câlin de main ! Regarde.

Elle se redressa, Nico suivit. Elle prit la main droite de son frère dans la sienne et du pouce en caressa le dos.

- Voila ! fit-elle toute contente d'elle.

Nico sourit. C'était plutôt drôle ce truc en fait.

Hazel finit par se rallonger et Nico aussi. Un silence plana.

Hazel le rompit :

- C'était qui ? demanda-t-elle.

- Dans la chambre ?

- Non, le mec qui a sauté du toit.

Nico esquissa un sourire. Il adorait quand sa sœur le remb…

Une silhouette translucide s'écrasa juste à côté d'eux. Nico fit un bond momumental.

- Qu'est-ce que… ?

- Lui. C'était qui ?

Le mec qui a sauté du toit.

Ça il avait vu. C'était carrément flippant même. Le fantôme a relevé la tête. Il devait être brun à la base et il avait un seul œil. L'autre n'était qu'une orbite vide. Peu ragoutant.

- Bonjour, a fait Hazel. Vous êtes qui ?

- Je m'appelle Ethan. Enfin…m'appelait.

- Il vous est arrivé quoi ?

Nico lui donna un coup de coude discret dans le bras, histoire de lui faire comprendre que c'était peut-être impoli.

- Euh…Je…

Le fantôme fronça les sourcils. Comme si il essayait de se souvenir.

- Je me rappelle que la fenêtre était ouverte. On jouait avec les amis de ma chambre à se passer quelque chose. Et après…j'ai voulu rattraper ce truc et je me souviens avoir dégringolé du septième étage.

- Vous vous rappelez ce que vous essayez d'attraper ? a continué Hazel.

Le fantôme porta la main à son œil invalide.

- C'est ça !

- Votre œil ? fit Hazel avec une pointe de dégoût.

- Non non ! Mon bandeau ! J'avais un bandeau pour cacher mon œil. Mes camarades me l'ont pris et j'essayais de le récupérer ! Vous pouvez m'aider ? Il a dû s'envoler un peu plus loin.

- Pas de problème, je m'en occupe ! a dit Hazel.

Elle n'a pas eu longtemps à chercher. Ledit bandeau était coincé dans une branche basse d'un arbre tout proche. Hazel le décrocha et lui tendit.

Le fantôme le prit et se dissipa en emportant son bandeau par les Dieux savent quel miracle.

Nico restait bouche bée. Hazel a trottiné vers lui.

- Comment t'as fait ?!

- Si on est les seuls à voir les âmes en pleine c'est qu'on doit être les seuls à pouvoir les aider.

- Hum. Je n'ai jamais essayé.

- Tu devrais parce-que la semaine dernière avec ton Alexandre a été abominable ! Trouve un moyen de le…

- Hé ! C'est un ami !

- Un ami mort depuis des lustres et qui me traite comme une esclave.

- Oui. Bon. Il vient d'une autre époque aussi.

- N'essaye pas de lui trouver des excuses ! Ce n'est plus son monde ! Et je le déteste !

Un silence s'est fait. Nico savait que sa sœur avait raison. Il allait lui répondre quand une conversation depuis le chemin menant au terrain de foot lui parvint. Il tendit l'oreille.

- …que je te dis que c'est lui. Je sais quand même à quoi il ressemble, c'est moi qui l'ai sorti de la voiture et qui l'ai ranimé.

- Mais, Percy, ça fait plus de quatre ans maintenant !

Percy ? Un frisson parcouru l'échine de Nico.

- Je sais mais…je suis sûr que c'est lui. J'ai vu les cicatrices sur ses mains. Je peux te jurer qu'il y avait des bouts de verre plantés là.

Nico n'osait pas baisser le regard sur ses propres mains. Il savait où étaient ses cicatrices. Elles remontaient même sur son bras droit et s'étalaient sur son flanc.

Les voix se rapprochaient de l'angle du bâtiment. Bientôt elles entreraient dans le champ de vision de Nico. Son cœur battait plus vite, mais pas d'appréhension. De colère.

- Je suis sûr et certain que c'était Nico qui…

Percy venait enfin de passer l'angle du mur. Nico essuya rageusement une larme qui avait roulée sur sa joue. Leurs regards se croisèrent mais cette fois le cœur de Nico resta sagement dans sa poitrine.

Aucun d'eux ne parlait. Percy regardait bouche bée Nico qui le toisait d'un œil noir. Percy reprit ses esprits.

- Tu as tout entendu, hein ?

Nico hocha la tête.

- Ecoute. Je suis vraiment désolé, soupira Percy.

Nico avait peur.

- Qu'est-ce que tu faisais là ? lâcha Nico.

Peur de le découvrir.

Percy soupira une nouvelle fois.

- Léo ? Tu peux nous laisser cinq minutes ?

Le latino hocha la tête et fit signe à Hazel de le suivre. Mais Nico ne quittait pas Percy des yeux. Pas question que celui-ci lui échappe. Il voulait des réponses.

Nico reprit :

- Qu'est-ce que tu faisais là ?!

Percy évitait de la regarder.

- Je me rendais à une soirée avec des amis. On étais déjà en retard alors…Il était tard, tu comprends ? On…On ne pensais pas qu'il y aurait des voitures qui roulaient encore à cette heure. Alors…On a grillé ce feu rouge. On ne vous avais pas vu. Quand votre voiture s'est engagé on essayé de freiner mais…

La voix de Percy s'est éteinte.

-Alors c'était toi.

Percy soupira une nouvelle fois encore.

- Oui. Et je suis sincèrement désolé. Dès que j'ai vu la voiture passer la rambarde je suis sorti et j'ai plongé sans réfléchir. Tu… T'as été le seul à m'envoyer un signal comme quoi tu vivais encore. Alors je t'ai sorti le premier.

- Ma mère et ma sœur sont mortes à cause de toi.

Nico serrait les mâchoires.

- Oui. C'est ma faute. Tout est de ma faute. Alors si tu veux m'en mettre une dans la figure, je comprendrais. Vas-y tu peux y aller.

Nico était très tenté de céder. Il levait son poing quand un fantôme se matérialisa à ses côtés. Nico le reconnaissait. Philibert, l'isolé et le porteur du message de Bianca.

- Ta sœur ne voulait pas que tu gardes rancune, lui rappela la forme laiteuse.

- C'est…pas facile. Je me suis sentit seul ses dernières années. On a beau dire, on ne comble pas un vide comme celui-ci. Alors si ça peut alléger ma peine.

- En fait, ce n'est pas à Percy que tu en veux. C'est à ta sœur.

- Non ! C'est lui ! Lui seul !

- C'est là que tu te méprends. Tu es colère contre ta sœur. Tu lui en veux de t'avoir laissé, toi, son propre frère, pour rejoindre une bande de filles qu'elle venait de rencontrer. Et tu lui en veux encore de t'avoir abandonné au profit de la réincarnation.

Nico n'arrivait plus à contrôler ses tremblements et les larmes que coulaient sur ses joues sans qu'il puisse les arrêter.

- Va-t'en. VA T'EN ! cria-t-il au fantôme.

Puis il leva les yeux vers Percy :

- TOI AUSSI ! J'aurai voulu que tu meures à leurs places !

Le reste devint flou pour Nico. Trop de choses s'entrechoquaient dans son cerveau. Il savait juste qu'il essayait de les fuir.