Il regarde Alex sauter un peu partout dans l'appartement pour régler les quelques derniers détails avant la venue de ses invités. Au bout d'un instant, le Gothique s'arrête en plein milieu du salon, les mains sur les hanches et la mine inquiète face au Patron qui le scrute avec attention en finissant l'un de ses paquets de cigarettes.

-Au fait, je suis censé vous présenter comment à mes amis ?

-Aie confiance et laisse-moi gérer.

Alex lève un sourcil dubitatif devant l'air assuré de son vis-à-vis mais préfère ne rien répondre et hausse les épaules avant de s'éloigner en enlevant pour la troisième fois sont t-shirt noir pour en changer. Le Patron observe avec intérêt et un plaisir non dissimulé le dos qui se découvre petit à petit sous ses yeux ravis.

-T'es presque aussi pire qu'une fille, tu le sais ça ? , le provoque-t-il.

L'interpellé ne réplique pas mais il devine aisément son petit soupir énervé mêlé à un rire nerveux.

Lassé du silence venant de s'installer dans le salon, l'homme aux lunettes de soleil se lève du canapé pour partir explorer le couloir à la recherche de son hôte. Il ne tarde pas à découvrir une petite chambre à l'ameublement spartiate dont un clic-clac faisant uniquement office de lit avec à ses côtés une table de nuit recouverte de quelques livres et, à gauche de la porte en entrant, une armoire devant laquelle il trouve enfin l'objet de ses recherches. Le Patron s'adosse à l'encadrement de la porte sans rien dire, profitant du fait que le jeune homme ne l'ai pas aperçu pour détailler avec attention le torse pour la première fois offert à sa vue. La peau laiteuse et vierge de toutes marques le laisse rêveur. Il s'apprête à parler lorsqu'une sonnerie le coupe dans son élan en résonnant dans tout l'appartement. Il jure intérieurement. La voix d'Alex, forte, s'élève dans la pièce un à niveau sonore fait pour qu'il l'entende depuis là où il devrait être, soit à l'autre bout de l'habitat.

-Est-ce que vous pouvez aller…

Le jeune homme tourne la tête vers la porte en un reflexe machinal pour que sa voix porte mieux. Le ton baisse pour finir dans un murmure quand il remarque la présence de l'homme qu'il appelle.

-…ouvrir s'il vous plaît ?

Ils se regardent un moment sans rien dire pendant qu'Alex rougit malgré lui de sa semi-nudité. Un nouveau coup sur la sonnette arrache le dirigeant du stand à sa contemplation et il repart dans le couloir en grommelant, après un dernier regard brûlant pour le Gothique.

Celui-ci garde pendant un long instant son regard stupéfait fixé sur le pas de la porte à présence vide de toute présence étrangère.

Un long soupir plus tard, il décide enfin d'enfiler le premier t-shirt qui passe sous sa main. Puis il prend la direction du salon d'un pas léger, heureux à l'idée de revoir son ami et intrigué par la future rencontre avec l'ami de ce-dernier ainsi que sa compagne.

La voix familière presque fluette qui lui parvient durant sa progression devrait l'arrêter. La cascade ondulée de cheveux bruns qu'il distingue à présent aussi. Pourtant, il continue à avancer jusqu'au salon où l'attend la petite troupe. Les quatre personnes présentes se retournent à son arrivée en lui lançant de grands sourires.

Les yeux vairons, un vert et un bleu, qui se posent sur lui et qu'il ne peut que reconnaître lui font l'effet d'un poing lui agrippant les tripes pour les retourner. Le sourire de leurs propriétaire se casse d'un coup lorsqu'elle identifie Alex avant de se reconstruire à une vitesse impressionnante pour ne pas attirer l'attention. Une voix rauque perce le bourdonnement de ses oreilles :

-T'en as mis du temps chéri.

Chéri ? Un bras l'enlaçant par la taille lui confirme que c'est étrangement bien à lui qu'on s'adresse. Il garde néanmoins son regard dans son jumeau bicolore, figé par la déception et la colère qu'il y lit. Il déglutit avec difficulté et se presse un peu plus contre le corps à la chaleur réconfortante qui le tient dans ses bras. Une légère et discrète pression sur sa hanche le réintègre à la réalité au moment où une main passe dans son champ de vision pour s'assurer qu'il n'a pas fait un arrêt cérébral. Il sourit d'un seul coup et s'exclame d'un ton joyeux :

-Désolé, j'étais perdu dans mes pensées !

Son ami, Nino de son prénom, le rassure :

-Of on n'était pas inquiet, puisque t'as toujours été comme ça. Tiens, voilà Chris et la jeune donzelle ici présente se prénomme…

-Mélissandre. , ne peut-il s'empêcher de dire en même temps que Nino dans un souffle que personne ne distingue.

Personne à part peut-être le Patron qui, le tenant toujours fermement contre lui, invite précipitamment les invités à s'assoir avant de tirer Alex avec lui jusque dans la petite cuisine.

-Va falloir que tu m'expliques deux-trois choses là Alex.

Ce-dernier relève des yeux hagards vers son interlocuteur.

-Tu la connais, pas vrai ?

Le Gothique déglutit difficilement.

-On ne peut mieux, oui.

-Une ex je suppose ?

Le jeune homme acquiesce puis précise :

-Une teigne.

Le Patron ricane tandis qu'Alex s'ébroue soudainement et l'attaque en murmurant :

-Au fait… C'était quoi ce « chéri » tout à l'heure ?!

-Une inspiration née du besoin d'improviser et qui découle de la présentation que j'ai faite en allant ouvrir, tout simplement.

-Mais… Mais vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? De ce que ça implique qu'on va devoir jouer ? , s'étrangle-t-il dans un souffle.

-Wow, calme-toi ! D'une, il va falloir que tu me tutoies parce qu'à leurs yeux, (il désigne le salon d'un bref geste de la main :) on est ensemble. De deux, si cette Mélissandre est tant une catin que ça et qu'elle t'a fait souffrir, tu tiens ta revanche.

-Mais… !

-Donc maintenant, tu te rappelles que présentement, pour le bon déroulement de cette soirée, nous en sommes en couple, tu te la fermes et tu m'embrasses.

-Quoi ?!

L'homme d'affaire soupire et lève les yeux au ciel avant de fermement plaquer le corps d'Alex contre le sien puis de renverser légèrement sa tête sur le côté en se rapprochant de lui.

*Qu'est-ce que c'est que ce merdier… ?*

Alex n'aurait jamais pu imaginer qu'un baiser puisse être aussi doux et insistant à la fois, surtout venant d'un homme comme le Patron. Un mélange agréablement subtil entre fougue et prévenance, pourtant porteur de désir. La boule palpitante de chaleur coincée sous son sternum s'embrase d'un coup et grossit à mesure que le contact se prolonge. Il ferme les yeux pour se concentrer sur ses sensations et répondre au baiser avec le plus d'ardeur possible. Une main s'égare sur l'arrière de sa cuisse. Alex passe ses bras autour de sa nuque mais se garde bien de laisser la langue joueuse du Patron passer la barrière de ses lèvres, le faisant gronder de dépit.

-Bon, les amoureux, c'est fini le bécotage dans la cuisine ? On a soif nous !

Le Gothique tressaute et se détache brusquement du Patron, surpris de s'être autant laisser prendre par ce baiser.

-Vous… Tu peux prendre des bières dans le frigo s'il te plaît ?

Puis il rajoute à voix basse :

-Il va falloir qu'on reparle.

-Si c'est de cette manière, c'est quand tu veux. , taquine l'autre, la tête dans le frigo.

Il se relève, quatre bouteilles claquant entre les doigts de sa main gauche.

-Tu veux bien prendre les deux autres pour nous, ukenou ?

-Comment vous…

Deux doigts le pincent au niveau du flanc. Il sursaute et se corrige :

-Comment tu viens de m'appeler ?

-Avec un surnom affectueux dérivé du mot « uke ».

Devant la mine déconfite d'Alex, il se moque :

-Il faut que tu revoies ta culture japonaise.

Alex reste silencieux et fixe le sourire goguenard qui danse devant ses yeux.

-Joli t-shirt au fait. , le complimente son maître de stage au bout d'un moment.

Il baisse les yeux vers le vêtement qu'il porte et lit l'inscription à la police arrondie à laquelle il n'avait pas fait attention en prenant le morceau de tissu. « Lick me. » Il ne dit rien mais sa nuque prend une belle couleur carmin.

-Non, vraiment. Et puis comme je peux rien te refuser…

Le Patron pose les bouteilles sur le plan de travail puis y prend appui en entourant le jeune homme de ses bras pour se pencher vers lui. Alex sursaute et retient un gémissement lorsqu'une langue vient taquiner ses lèvres entrouvertes pour électriser ses capteurs sensitifs déjà à vifs à cause du baiser partagé un peu plus tôt. Il retient son souffle, même quand l'homme s'éloigne déjà.

-Tes lèvres ont le goût de menthe. Mon pauvre dernier bonbon que tu as pris dans mon bureau…, soupire-t-il en souriant.

Dans un petit rire, il reprend les bières et rejoint les invités pour les servir pendant qu'Alex tente de se remettre les idées en place.

-Alors, vous êtes ensemble depuis combien de temps ? Ca à l'air sérieux entre vous !

-Alex, viens avec nous !

-Comment vous vous êtes rencontrés alors ? Racontez-nous tout !

-Il est pas trop chiant Alexou au quotidien ?

La soirée va être longue.

Lorsqu'il relève les yeux, deux orbes aux couleurs saisissantes le fixent méchamment.

-Va falloir qu'on parle Alex.

Le ton froid ne Mélissandre ne présage rien de bon.

La soirée va être très longue.


Et voilà! Dites moi ce que vous en avez pensé! :)
Au fait... Je vais sûrement ne pas trop avoir le courage d'écrire dans les semaines qui vont suivre. Donc pour l'instant j'anticipe et j'essaye d'avancer dans l'écriture des chapitres pour quand même assurer les publications mais bon... Enfin on verra!
A la prochaine! :D