Bonjour !
J'espère que vous passez tou(te)s un bon lundi (si tant est qu'une telle chose existe) !
Je suis ravie que le premier chapitre vous ait plu ! Un grand merci à Elie Bluebell, Electre1964, Gargouilles et malya pour vos reviews, je suis joie :)
Voici la suite, j'espère qu'elle sera à la hauteur de vos attentes. Bonne lecture !
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Greg était en train de sortir le plat du four lorsqu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer, puis des pas traverser le salon.
« J'espère que tu as faim, lança-t-il à la cantonade en déposant les lasagnes fumantes sur le dessous de plat en fer forgé. J'ai fait la recette de ma mère…
Le nouvel arrivant s'appuya contre la cloison ouverte entre la cuisine et le salon, et offrit à Greg un sourire fatigué.
- Ça sent jusque dans le couloir... »
Le policier sourit et ôta ses maniques avant de venir enlacer Mycroft, oubliant que son tablier était maculé de taches de sauce et que le politicien portait un costume hors de prix. Il l'embrassa longuement, savourant la présence de son fiancé contre lui, laissant de côté ses tracas de la journée.
Les protestations de l'estomac de Mycroft finirent malheureusement par interrompre leur étreinte, et Greg l'invita à passer à table avec un sourire narquois. Il lui servit une portion généreuse, s'attribua une part similaire, et pendant quelques instants le silence régna, les deux profitant de la cuisine de Greg. Ce fut lui qui le brisa, la bouche à moitié pleine.
« Tiens, en parlant de ma mère, je l'ai encore eue au téléphone aujourd'hui...
Mycroft grogna sur sa bouchée de lasagnes.
- J'en étais sûr. Tu ne fais cette recette que quand ta mère t'appelle et que tu es contrarié. Elle t'a encore parlé de l'organisation du mariage, et a râlé parce que ça ne va pas assez vite à son goût, n'est-ce pas ?
Greg pinça les lèvres.
- J'adore ne même pas avoir à tout te raconter, grinça-t-il, mi-figue mi-raisin.
- Excuse-moi. J'ai passé la journée à gérer le problème « Sherlock » en plus de mon travail habituel. Il faut croire que ses déductions intempestives sont contagieuses », soupira Mycroft en repoussant son assiette sans la terminer.
Il se rencogna sur sa chaise et but une gorgée du vin que Greg avait servi. Le policier vida consciencieusement son assiette, décidé à ne pas relever le problème Sherlock. Mycroft n'en avait pas parlé depuis qu'il était parti en trombe de l'appartement la veille, et il avait découché sans plus d'explications ce soir-là. Greg n'était donc pas décidé à relancer le débat, peu enclin à recevoir de nouvelles invectives sur son incapacité à surveiller le jeune homme. Mais Mycroft n'était apparemment pas prêt à laisser tomber le sujet.
« On a fini par le retrouver. Ce matin, vers deux heures. Il n'a rien voulu dire, sans surprise, mais il est resté clean, ce qui est plutôt miraculeux en soi… Je suis désolé de ne pas t'avoir prévenu, hier soir. Je crois qu'on avait tous les deux besoin de prendre du recul, et il n'y aura pas de prochaine fois.
Greg haussa une épaule.
- Mmh.
Il était toujours froissé par le comportement de Mycroft la veille, et il avait envie d'en rajouter une couche – comment sais-tu qu'il n'y aura pas de prochaine fois ? Tu penses qu'il ne va pas encore te filer sous le nez ? – mais il se retint. Inutile d'envenimer la situation – et il ne savait pas trop pourquoi il prenait malgré lui le parti de Sherlock, alors qu'il le connaissait à peine. Mais Mycroft lui lança un regard scrutateur, et Greg sut qu'il aurait tout aussi bien pu parler à voix haute.
- Je ne peux pas savoir qu'il ne recommencera pas. Je vais essayer de faire en sorte que ça n'arrive pas. Mais Sherlock n'est pas une mince affaire à gérer, tu l'auras remarqué, alors je me passerai de ton sarcasme… »
Greg se leva pour débarrasser la table, sans répondre. A vrai dire, il était certainement mal placé pour donner son avis sur la question. Il pensait comprendre désormais pourquoi Mycroft avait soigneusement évité les présentations avec son frère depuis qu'ils avaient commencé à se fréquenter, sept ans auparavant… Sherlock était sans aucun doute un enfer à vivre et à gérer, et Mycroft devait s'assurer que son image reste irréprochable. Avoir un petit frère héroïnomane pouvait lui coûter cher lors d'éventuelles évolutions de carrière, et il devait préférer mettre le moins de monde possible dans le secret…
Tout en mettant les assiettes dans le lave-vaisselle, Greg fronça les sourcils. Il suivait le même raisonnement tordu que Sherlock lui avait servi – Mycroft plaçait sa propre personne et son travail au-dessus de tout. Mais c'était faux. L'aîné de la fratrie Holmes, sous ses abords froids et hautains, était un homme passionné, un ami loyal, et un amant tendre. Certes, son métier était important, mais Greg ne pouvait lui en vouloir à ce propos. Lui-même espérait devenir inspecteur un jour, peut-être préfet de police lorsqu'il ne serait plus assez jeune pour être efficace sur le terrain… Il savait ce que c'était que la pression de la hiérarchie, et il ne doutait pas un instant que celle que Mycroft subissait était bien pire.
« Tu es bien silencieux, remarqua ce dernier en mettant le reste des lasagnes dans une boîte hermétique.
Greg soupira.
- Ton frère continue de m'embrouiller le cerveau. Heureusement que vous n'êtes pas des criminels, tous les deux, je n'ose pas imaginer les enquêtes…
- Mon frère est un criminel. On ne peut pas dire que ce soit un génie du mal, mais la drogue l'a poussé à des extrémités auxquelles je n'aime pas penser, grommela Mycroft.
- Il m'a dit que tu ne m'avais rien expliqué à son sujet parce que tu aimes que je t'obéisse aveuglément… fit Greg en levant les yeux au ciel, montrant qu'il trouvait l'idée dérisoire.
A l'intérieur, il avait étrangement peur d'avoir énoncé la vérité. Mycroft ricana sombrement.
- Ah, mon cher frère… Voilà exactement pourquoi j'ai préféré non seulement t'éviter de le rencontrer plus tôt, mais également ne rien te dire sur lui à l'avance. Il n'a aucune confiance en moi ; pire encore, il me hait, et il adore monter les gens contre moi juste pour s'amuser. Si je t'avais prévenu qu'il le ferait, tu aurais ruminé la chose encore plus longtemps… Je ne doute pas un instant qu'il t'ait expliqué à quel point tu n'es qu'un jouet pour moi.
Greg hocha la tête, appuyé au plan de travail. Mycroft s'approcha de lui, et le policier haussa un sourcil en voyant la lueur qui s'était allumée dans le regard de son amant.
- Cela dit, si tu veux m'obéir aveuglément… Il me suffira de te bander les yeux la prochaine fois qu'on… » murmura Mycroft à l'oreille de Greg, ses mains glissant sur ses hanches.
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Lorsque la sonnette retentit, Greg était vautré devant la télé, et Mycroft était plongé dans un livre, allongé la tête sur les cuisses de son amant. Il releva les yeux de son roman et fronça un sourcil.
« Tu as déjà commandé le dîner ? interrogea-t-il, surpris.
Il était tout juste dix-neuf heures, et ils profitaient ensemble d'un des très rares jours de repos de Mycroft.
- Non, je m'étais dit qu'on pouvait sortir… Le nouveau chinois en bas de la rue me tentait bien.
Mycroft eut un petit rire en se levant pour aller ouvrir.
- Mmh. En fait, tu veux manger la même chose que d'habitude, mais dans une vraie assiette… »
Greg rit sans savoir quoi répondre – il n'y avait pas pensé sous cet angle, mais ce n'était pas vraiment faux. Il s'apprêtait à essayer de se justifier pour continuer la plaisanterie, mais soudain, la voix de Mycroft fit tomber à l'eau et couler la perspective d'une soirée romantique plus vite qu'un parpaing lesté au plomb.
« Sherlock ?! »
Non, c'est pas vrai… ! songea Greg en se levant du canapé, mais le jeune frère de Mycroft se tenait bel et bien dans l'entrée, l'air profondément agacé.
« Je m'ennuie, déclara-t-il avec emphase, comme si c'était une situation tragique.
Greg était sur le point de lever les yeux au ciel, mais l'expression qui peignit le visage de Mycroft le laissa penser que ce n'était peut-être pas si anodin.
- Tu n'as vraiment rien à faire ? Tu es allé en cours, aujourd'hui ?
- Huit longues et douloureuses heures de ma vie que je ne récupérerai jamais, geignit Sherlock, théâtral.
- Et tu n'as pas de travail à faire ? Pas de devoirs ?
Le regard blasé que Sherlock renvoya à son frère était apparemment éloquent aux yeux de celui-ci, car il soupira.
- Sherlock, je ne suis pas une machine à fournir des occupations. Il va falloir apprendre à te débrouiller, fit Mycroft, et les mots semblaient avoir été répétés des centaines de fois.
- Je peux rester ici ce soir ? demanda Sherlock, ignorant royalement la dernière remarque. Mes voisins ont décidé de faire une soirée, et rien ne les convaincra de faire moins de bruit… »
Mycroft se pinça l'arête du nez, et se tourna vers Greg, l'air interrogateur. Le policier haussa les épaules, mais il ne put masquer son agacement. Pour une fois, une fois que rien n'avait interrompu la journée de repos de Mycroft, il fallait que quelque chose vienne perturber leur soirée.
Sherlock lança également un regard froid à Greg.
« Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à toi, Gavin. Si j'avais quelque chose d'intéressant à faire, je me serais bien passé de venir ici. Mais ton cher Mycroft m'a interdit de traîner dans la rue sous peine de me voir assigner un surveillant…
- Je n'ai…
- Rien dit, je sais, le coupa Sherlock, dédaigneux. Ça n'en est pas moins flagrant que tu ne veux pas me voir ici.
- Du calme, intervint fermement Mycroft. Très bien, Sherlock, entre au lieu de rester planté dans le couloir. Puisque tu ne nous laisseras pas tranquille, et parce que je n'ai pas envie que Greg te déteste éternellement alors que tu seras bientôt son beau-frère, je propose qu'on reprenne de zéro. Il serait peut être judicieux que vous fassiez proprement connaissance. Tu parlais du chinois en bas de la rue, Greg ? »
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Somme toute, le dîner aurait pu être pire. La conversation avait été crispée jusqu'aux entrées, Greg et Sherlock se dévisageant froidement tout en échangeant des banalités sous l'œil attentif et un tantinet frustré de Mycroft. Pourtant, Sherlock faisait un réel effort. L'idée de se faire renvoyer à la solitude et à un appartement envahi par la techno bon marché de ses voisins l'enthousiasmait encore moins que de passer la soirée avec Mycroft et son poisson rouge – c'était dire à quel point il s'ennuyait.
Il aurait préféré vagabonder dans Londres à la recherche de curiosités, redécouvrant la ville qui lui avait été interdite pendant les longs mois de cure qu'il avait passés au fin fond de nulle part dans le nord de l'Angleterre, mais la menace du surveillant faisait son effet. Il savait pertinemment que Mycroft n'hésiterait pas une seconde à lui coller un gorille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et c'était tout bonnement hors de question.
Alors il se força à entretenir une discussion avec Gregory, refusant d'admettre que l'homme était moins inintéressant qu'il ne l'avait jugé lors de leur première rencontre. La logique lui disait que Mycroft ne devait pas supporter d'être intime avec n'importe qui, mais l'accepter serait revenu à lui donner raison, et la fierté puérile de Sherlock l'en empêchait.
Il fut contraint de changer d'avis alors que les plats arrivaient. Greg s'était levé quelques minutes pour répondre à un appel, et lorsqu'il revint s'asseoir, il avait l'air contrarié.
« Excusez-moi, lâcha-t-il vaguement en se laissant tomber sur sa chaise. Les criminels n'attendent pas…
Mycroft haussa imperceptiblement les épaules.
- Toujours l'affaire de Chelsea ?
Greg hocha la tête.
- Ils viennent de relâcher notre suspect numéro un… Son alibi est loin de tenir debout, mais on n'a pas de quoi le prouver », grinça-t-il.
L'oreille de Sherlock fut immédiatement attirée. Le silence s'installait, lourd, tandis que Greg ruminait la nouvelle, mais le jeune homme interrompit ses réflexions.
« S'il n'y a pas de preuves, alors pourquoi son alibi n'est-il pas convaincant ? demanda-t-il, curieux.
Greg fronça les sourcils.
- Je ne suis pas censé parler de l'affaire.
Les yeux de Sherlock roulèrent dans leurs orbites, l'air exaspéré.
- Mycroft sait clairement de quoi il s'agit, pourtant. Alors, cet alibi ? »
Greg se fit prier, mais finit par capituler et lui résumer les faits. Sherlock reconnut instantanément l'affaire, dont il avait entendu parler quelques jours plus tôt dans un journal télévisé.
« Vous n'avez pas assez de preuves pour démonter l'alibi du frère ?! s'étonna-t-il, et Greg lui lança un regard perplexe.
- Le frère ? Oh, non, il a été innocenté dès le début de l'enquête… C'est le mari qu'on essaie de coincer, mais on ne peut pas prouver qu'il soit arrivé sur le lieu du crime avant l'heure du décès.
Ce fut le tour de Sherlock de prendre un air perplexe. Qu'est-ce que Greg était en train de raconter ?
- Le mari ?! Non, pas possible, vous avez écarté la piste du frère pour celle du mari ? Même le demi-encart que l'affaire prenait dans le Times suffisait pour comprendre qu'il fallait faire l'inverse ! Mycroft, tu l'as laissé suivre une fausse piste alors qu'il t'a raconté la situation ?!
Mycroft haussa un sourcil, surpris par sa véhémence.
- Je ne m'y suis pas intéressé de près. Je ne me mêle pas du travail de Gregory, et il ne se mêle pas du mien.
Sherlock poussa un soupir consterné.
- Tu préfères donc le laisser s'embourber… Enfin. Gregory – je ne me suis pas trompé, cette fois, n'est-ce pas ? – fouillez du côté du frère. Le mari dit la vérité ; en plus, il n'a pas de mobile pour tuer sa femme. Ils étaient en instance de divorce, et il aurait récupéré la moitié des biens du couple de toute façon. Alors que la pension qu'elle versait à son frère aurait été divisée par deux. Comment vous avez fait pour passer à côté de ça ? Vous travaillez avec des manchots aveugles ?
- L'inspecteur… commença Greg, l'air de vouloir défendre l'équipe dont il faisait partie, mais Sherlock l'interrompit une fois de plus.
- … est un imbécile, finit-il à sa place. Il faut vraiment arrêter d'essayer de tasser les faits dans votre théorie, et commencer à élaborer la théorie autour des faits. C'est dit des centaines de fois dans n'importe quel roman ou film policier, pourquoi vous ne vous êtes pas dit que ça pouvait s'appliquer à un cas réel ? »
Greg eut l'air piqué au vif, mais la question eut le mérite de débloquer la conversation laborieuse en les lançant sur le vaste sujet des enquêtes de police. Sherlock le questionna sur d'anciennes affaires, dont Greg avait le droit de parler, et le reste de la soirée passa à toute allure, sans qu'il ne s'aperçoive du sourire satisfait de son frère aîné.
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Si Greg avait été plutôt content de l'issue de la soirée, il ne s'était pas attendu aux conséquences que son nouveau rapprochement avec Sherlock engendrerait.
Après le restaurant, ils avaient appelé un taxi pour ramener Sherlock chez lui, et Greg avait conclu de leur « vraie » rencontre que le jeune homme était finalement tout à fait fréquentable, pourvu qu'il ait l'esprit occupé par quelque chose qui l'intéressait – et visiblement, les mystères entraient dans cette catégorie. Ce point commun avait contribué à aider Greg à mieux apprécier l'énergumène qu'était Sherlock. Il avait dit à Mycroft qu'il ne verrait pas d'inconvénient à trouver des affaires classées sans suite suffisamment anciennes pour pouvoir les donner à son frère pour s'occuper, et le politicien avait trouvé l'idée intéressante.
Greg avait également donné son numéro de téléphone à Sherlock en cas de besoin urgent – mais celui-ci n'avait visiblement pas la même notion de l'urgence que lui.
Au début, ce ne furent que des messages occasionnels.
Est-ce que tu travailles sur l'enquête de l'homme trouvé démembré à Brixton ? – SH
La police de 1973 ne devait pas être bien reluisante. J'ai résolu l'affaire du détournement de fonds en quatre minutes et cinquante-sept secondes. – SH
Pour le démembré, c'est un règlement de comptes entre gangs. La scène de crime a tout d'un avertissement lancé à une faction adverse. – SH
Puis ils se firent plus fréquents, à mesure que Greg y répondait, au début plus intéressé par les conclusions que Sherlock tirait des vieux cas que par ses déductions sur les investigations en cours. Mais il se rendit vite compte que les idées du jeune homme se révélaient pratiquement toujours fondées, et il ne put s'empêcher de lui accorder un peu plus de crédit, même s'il ne lui transmettait aucune information sensible.
Puis ce qui devait arriver arriva – Sherlock résolut toutes les anciennes affaires que Greg lui avait données, et c'est donc tout naturellement qu'il débarqua chez lui un soir, alors que le flic oubliait de manger son poulet au curry, trop pris par le film qu'il regardait.
En ouvrant la porte, Lestrade haussa un sourcil, surpris.
« Sherlock ? Mycroft est absent, je pensais que tu le savais…
- Loin de moi l'idée de venir voir mon frère, marmonna Sherlock en entrant sans y avoir été invité. J'ai fini toutes tes vieilles enquêtes, je me demandais si tu en avais d'autres. J'ai neuf heures à passer à l'université demain, que des cours magistraux en amphithéâtre, autant dire l'ennui assuré… On ne fait vraiment pas assez de travaux pratiques. Enfin, du coup j'aurai besoin d'une occupation, vu que je ne peux pas sécher les cours sans que Mycroft en soit immédiatement informé…
Greg ne put s'empêcher de rire devant une telle tirade.
- Je suppose que je ne peux pas te blâmer d'avoir envie de sécher les cours, je l'ai bien fait quand j'étais étudiant… fit-il en refermant la porte. Malheureusement, je n'ai pas d'autre affaire sous la main, il faudra que j'aille me renseigner aux archives. C'est vraiment impossible pour toi d'écouter les profs, pour une fois ? »
Pour toute réponse, Sherlock ne lui adressa qu'un soupir exaspéré, avant de s'affaler dans le canapé tout naturellement.
« Qu'est-ce que tu regardes ?
- La Défense Lincoln – Greg fronça les sourcils et pencha légèrement la tête sur le côté – est-ce que tu comptes rester là ou… ?
- Est-ce que tu comptes me mettre dehors ?
- Je… Oh, fais comme tu veux. » laissa tomber Greg en voyant que Sherlock avait récupéré son curry abandonné.
Il se rassit à côté du jeune homme, relança le film, et regretta pendant les quarante-six minutes suivantes d'avoir ouvert la porte. Sherlock n'avait regardé l'écran qu'une poignée de secondes avant de résoudre à voix haute l'enquête de Michael Haller, l'avocat tenant le premier rôle de l'intrigue. Puis il passa le reste du film à critiquer le jeu des acteurs et le peu de subtilité du coupable, malgré les protestations de Greg.
Le policier finit toutefois par réussir à renvoyer Sherlock chez lui, en lui promettant de chercher d'autres enquêtes pour lui.
Il n'avait obtenu qu'une paix illusoire, et surtout temporaire. Sherlock réapparut le lendemain, réclamant les dossiers promis. Greg n'avait pas eu une seule seconde pour y penser, et dut supporter un Sherlock d'humeur massacrante pendant une bonne partie de la soirée.
Le jeune homme avait, apparemment, subi une journée éreintante au milieu des ânes qui peuplaient l'université, et il n'aspirait qu'à passer ses nerfs sur quelqu'un. Greg n'étant pas vraiment volontaire, il s'efforça de calmer et d'occuper Sherlock, se maudissant d'être si conciliant. Il avait envie de mettre l'étudiant à la porte pour passer une soirée tranquille, mais les conséquences probables d'un tel geste l'en empêchaient.
Greg commanda deux plats au restaurant indien, se souvenant que Sherlock avait dévoré son curry la veille, et lorsqu'ils arrivèrent, le policier fut soulagé de constater que la nourriture avait au moins le mérite de ralentir le débit de paroles du jeune homme.
« Pourquoi tu viens ici ? demanda Greg tout à trac, profitant de la mastication de Sherlock pour parler.
Le jeune homme déglutit et haussa les épaules.
- C'est le seul endroit de Londres que Mycroft ne m'a pas interdit, à part la fac et chez moi. Je ne peux pas rester enfermé au même endroit tout le temps…
- Tu viens juste pour changer d'air, en somme.
Sherlock leva les yeux au ciel.
- Tu peux arrêter d'être vexé. Si ta compagnie me rebutait, je ne serais pas ici. Je viens aussi parce que tu es relativement distrayant…
Greg étouffa un rire.
- C'est censé être un compliment ? railla-t-il gentiment, mais Sherlock resta impassible.
- Oui. J'ai besoin de distractions. J'ai besoin de quelque chose pour…
Il se tut, et secoua la tête.
- Pour quoi ? demanda Greg, perplexe.
Sherlock lui lança un regard froid, comme s'il lui en voulait d'avoir insisté.
- Pour remplacer la drogue, cracha-t-il en se levant de sa chaise pour faire les cent pas dans la cuisine.
Greg l'observa sans mot dire pendant quelques instants. Il avait envie de poser des questions, il l'admettait. Le jeune homme l'intriguait – si semblable et en même temps si différent de son frère…
- La cure n'a pas suffi à te sevrer ? Ça fait combien de temps que tu es sorti, maintenant ?
Sherlock releva les yeux de ses pieds pour les fixer durement sur Greg.
- Un mois ? Deux ? Qu'est-ce que ça change ? On m'a sevré physiquement, mais personne ne peut rien pour l'aspect psychologique de l'addiction. Je ne suis pas dépendant de la drogue en elle-même, Gregory, et je peux aisément m'en passer tant que j'ai l'esprit occupé. Mais l'ennui me guette à chaque seconde, et c'est lui qui menace de me faire rechuter. Mon cerveau n'est jamais entièrement sous contrôle. S'il n'est pas constamment nourri, il s'emballe, surchauffe, et il n'y a que trois moyens de le calmer : une expérience intéressante, un bon mystère, ou une seringue pleine. »
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Voilà pour aujourd'hui ! N'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé :)
A lundi prochain !
