Bonjouuuur !
J'espère que vous avez passé un bon week-end de Pâques ! Voici la suite, que vous pourrez lire tout en continuant à manger du chocolat (parce que le chocolat, c'est bon) !
Merci encore une fois à mes merveilleuses bêtas, Nalou et Nauss ! Et merci Malya, MlleHeathcliff, Elie Bluebell, nikkouyoku, Gargouilles pour vos reviews !
Bonne lecture :)
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« Monsieur Holmes, ce n'est pas une question d'argent.
Mycroft se balança d'avant en arrière sur ses talons, se retenant de jeter le téléphone contre le mur. Pour une fois qu'il avait besoin de l'Avarice incarnée, il tombait sur la personne la plus désintéressée d'Angleterre.
- Je conçois que vous n'ayez pas besoin de plus de revenus, mais je-
- Mais vous allez me proposer quoi ? Payer le triple du loyer ? Non merci. Je regrette de devoir insister mais je préfère louer mes appartement à un prix cohérent avec leur valeur, quitte à ce qu'il soit faible, plutôt que de me remplir les poches en logeant des… personnes problématiques. La tranquillité passe avant la fortune dans l'ordre de mes priorités.
- Cet incident…
- Ne devrait pas se reproduire, vous l'avez déjà dit. Mais c'est la troisième fois depuis que votre frère est installé dans ma résidence, et c'est aussi la troisième fois que vous me promettez que ça ne se reproduira pas.
L'homme se pinça l'arête du nez et réprima un grognement.
- Vous m'en voyez aussi navré que vous, rétorqua-t-il, acerbe.
A l'autre bout du fil, la femme émit quelque chose entre le rire et le soupir.
- Excusez-moi, Monsieur Holmes. Je me doute que la situation n'a rien de plaisant pour vous, et vous avez toute ma compassion et mes encouragements. Mais vous devez comprendre que je dois également penser à moi-même, et à l'avenir de mes biens immobiliers. Je ne peux pas me permettre de leur faire perdre en réputation, voire en valeur, en hébergeant… ce genre de personnes.
- Vous pouvez le dire, vous savez. Le mot junkie n'est pas vulgaire. Ni inapproprié en l'occurrence, lâcha-t-il, juste pour le soulagement que la provocation lui procurait.
- Ce qui ne change pas grand-chose à mon propos. Pardonnez-moi, mais c'est non. Je ne reprendrai pas votre frère dans l'appartement du troisième.
- Très bien. Quel délai me donnez-vous pour vider les lieux ? »
Lorsque Mycroft raccrocha, il ferma les yeux un instant et respira lentement, cherchant à retrouver son calme et son flegme habituel. Il détestait trois choses – avoir à gérer les rechutes de Sherlock, ne pas parvenir à ses fins lors d'une argumentation, et les deux combinés.
Sa sérénité – apparente – retrouvée, il tapa un second numéro sur son téléphone, et pianota sur son sous-main en cuir en attendant que quelqu'un décroche – peine perdue. Il raccrocha in extremis avant le bip de la messagerie vocale, et se résigna à envoyer un SMS.
Gregory, je vais rentrer plus tard que prévu ce soir. – MH
Il n'eut pas longtemps à attendre pour avoir une réponse.
Un problème ?
Mycroft soupira. Le mot était faible.
Sherlock, répondit-il simplement.
Il repoussa son portable sur un coin de son bureau, et se reconcentra sur son travail. Quand il éteignit enfin l'ordinateur plusieurs heures plus tard et quitta son bureau, il n'avait qu'une envie : rentrer chez lui et passer une soirée calme avec Greg. Maudissant son sens des responsabilités, il rejeta cette option et indiqua une autre adresse au conducteur du taxi.
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« … faire de toi ? Quand vas-tu enfin… »
Sherlock se rencogna dans son oreiller, ignorant le monologue de son frère aîné. Il tritura les fils qui le reliaient au moniteur, et observa sa chambre nue, qui était soudain devenue extrêmement intéressante à l'arrivée de Mycroft.
Celui-ci se redressa dans son costume impeccable, se tut, et poussa un soupir exaspéré.
« Tu pourrais au moins faire semblant de m'écouter, Sherlock.
- Quel intérêt ? rétorqua l'intéressé sans relever les yeux des ongles de sa main droite. Tu verrais tout de suite que je ne te prête aucune réelle attention. Autant m'épargner cet effort inutile. De toute façon, je connais ton discours par cœur.
- C'est justement ça qui est alarmant ! Tu devrais être capable, à ton âge, de prendre ton avenir en main sans que j'aie besoin de te répéter encore et encore que tu ne peux pas continuer comme ça !
Les dents de Sherlock grincèrent lorsqu'il serra les mâchoires.
- Et comment suis-je censé savoir faire ça ? Tes leçons de morale sont bien belles, mais ce ne sont que des mots. Il y a une certaine marge entre « prends ta vie en main » et effectivement m'expliquer comment faire.
- Sherlock, tu – tu as dix-neuf ans, pour l'amour du ciel, tu es majeur, tu es un soi-disant génie, et tu as la capacité de concentration et l'autonomie d'un enfant de onze ans !
Le jeune homme pâlit, son teint se rapprochant dangereusement de la couleur de ses draps. Le coup était bas.
- Onze ans, hein ? Et à ton avis, cher frère, pourquoi est-ce le cas ? Qui m'a poussé à être comme ça ?
- Je ne t'ai poussé à rien, si c'est ce que tu –
- C'est exactement ce que je veux dire, Mycroft, le coupa Sherlock sèchement. Tu ne m'as poussé à rien, justement. Tu m'as laissé tomber, et maintenant tu constates tes erreurs et tu t'en mords les doigts. Le problème, c'est que je n'ai plus envie de te laisser réparer les pots cassés. Tu as fait ton choix quand j'avais onze ans, et il n'est plus temps d'interférer dans ma vie. Que tu te morfondes parce que tu as échoué à faire de moi une parfaite petite réplique de toi-même ne me concerne pas.
Un silence glacial s'étira entre eux, jusqu'à ce que Mycroft se racle la gorge nerveusement. Puis il retrouva son masque impassible, et répondit avec un sourire dont Sherlock vit immédiatement qu'il était faux et cynique.
- Je n'ai pas vraiment le choix, Sherlock. Ne t'imagine pas que m'occuper de toi est une partie de plaisir, mais c'est mon devoir.
- Oh, et qu'est-ce que tu fais ça bien… persifla le jeune homme.
- Si je te laisse te débrouiller, je suis certain de te retrouver dans un squat le jour même de ta sortie d'ici.
- Rien ne t'oblige à venir m'y chercher. Ça t'épargnera un devoir déplaisant.
Mycroft se pinça l'arête du nez, et Sherlock souhaita de toutes ses forces qu'il ait la miraculeuse idée de quitter la pièce. Ça ne rimait à rien de venir l'engueuler gratuitement.
- Sherlock, épargne-moi ton ironie de bas étage. Tu n'as plus d'appartement, et tu n'en trouveras pas sans mon aide. Et je ne te laisserai pas finir tes jours dans un immeuble abandonné, entouré des déchets de la société.
- Quelle générosité, ils ne t'ont pas encore décerné de médaille pour ça ? Et où comptes-tu m'héberger, entre ma sortie d'hôpital et mon prochain emménagement dans huit mètres carrés ? Dans ton bureau, entre le porte parapluie et la plante verte ?
- Evidemment que non. Tu resteras chez Gregory et moi.
Sherlock eut un rictus mauvais.
- À lui non plus, tu ne laisses pas beaucoup de choix dans les décisions qui devraient être communes, n'est-ce pas ?
- Je te saurais gré de ne pas commenter ma façon de gérer ma relation. Ça ne te concerne en aucun cas. »
Non, évidemment, songea Sherlock. L'idée de cohabiter avec Greg et Mycroft le révulsait d'avance. Avec un peu de chance, les déplacements professionnels de son frère seraient longs et fréquents…
« Bon, inutile d'argumenter plus avant avec toi. Je repasserai te voir demain.
- Tu n'es pas obligé de m'infliger ça.
- A toi de voir. Il n'y a que moi qui puisse signer ton autorisation de sortie. »
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Resté seul, Sherlock se rallongea et fixa le plafond d'un air noir. Rien n'aurait dû se passer comme ça, mais les pires circonstances s'étaient enchaînées, l'entraînant dans une spirale de mauvais choix.
Après être rentré de chez Greg, il avait passé une nuit exécrable, se tournant et se retournant sur son lit dans ses tentatives de pourchasser le sommeil – en vain. Incapable de s'endormir, il avait regardé les heures défiler, son esprit remâchant sans cesse les pensées qu'il ne voulait surtout pas explorer.
Greg, Mycroft, ses émotions incontrôlables, tout se mélangeait sous son crâne, installant un joyeux capharnaüm qui avait fini par le pousser à capituler. Aux alentours de cinq heures du matin, Sherlock s'était levé, avait pris une longue douche brûlante qui n'avait en rien calmé la tempête de son esprit, puis il était parti pour l'université en se promettant d'essayer d'être attentif en cours.
Le métro, à cette heure-ci, n'aurait pas dû être si désagréable. Presque vide à l'exception de rares énergumènes matinaux qui piquaient du nez entre deux stations, la rame aurait pu être reposante. Mais après une nuit d'insomnie, le chuintement continu des roues sur les rails et le grésil du micro mal raccroché du conducteur avaient été suffisants pour rendre Sherlock fou, ajoutant un martèlement douloureux à la pagaille qui régnait sous sa tignasse encore humide.
Dehors, même le jour peinait encore à se lever, et les prémices de l'aube commençaient tout juste à rosir le ciel gris. Pendant un instant, Sherlock avait eu l'espoir que le calme de la ville endormie parviendrait à l'apaiser, mais il avait regretté cette pensée instantanément. Londres ne dormait pas. Jamais. Il existait des ruelles, des quartiers, qui ne connaissaient aucun repos, toujours actifs même dans l'obscurité – surtout dans l'obscurité. Ces mêmes ruelles et quartiers dont Sherlock se voyait privé alors qu'il ne rêvait que de les explorer librement, utilisant son esprit aiguisé pour autre chose que des problèmes triviaux tels que, par exemple, l'attirance déplacée qu'il éprouvait pour le compagnon de son frère aîné.
La frustration était revenue au galop – sans s'être jamais bien éloignée, à dire vrai – quand il s'était retrouvé devant la porte fermée de la bibliothèque universitaire. Sherlock s'était assis sur l'escalier, menaçant le ciel du regard, le défiant de poser la cerise sur le gâteau avec une averse malvenue.
Ce qu'il s'était empressé de faire, et Sherlock étouffa un grognement de rage en quittant précipitamment les marches exposées. L'étroit avant-toit de la bibliothèque n'était pas vraiment une bonne protection, et Sherlock s'était résigné à finir trempé. Il avait quitté son maigre abri pour se rendre au restaurant universitaire, qui était censé ouvrir tôt pour le petit déjeuner des étudiants internes, espérant qu'il pourrait au moins trouver une boisson chaude. Quitte à s'abaisser au thé instantané des distributeurs du hall.
S'approcher de la cantine n'avait fait que lui rappeler sa rencontre de la veille, et il avait tenté d'ignorer le malaise qui s'était emparé de lui. Fouillant ses poches à la recherche de monnaie devant l'automate, il n'avait pas prêté attention aux pas qui s'étaient approchés derrière lui.
« Besoin d'un café matinal ? » avait demandé une voix bien trop enjouée pour être honnête à une heure pareille.
Sherlock avait fait volte-face avec la ferme intention d'envoyer sur les roses quiconque osant faire preuve de bonne humeur dans un rayon de moins de cinq mètres autour de lui, et son interlocuteur non désiré avait esquissé un sourire en coin.
« Oh, Sherlock, je ne t'avais pas reconnu avec tes airs de chat mouillé… Besoin de quelques chose d'un peu… plus efficace… que du café ? » avait-il susurré en s'approchant un peu plus et en baissant la voix.
Sherlock n'avait jamais cru au destin, mais il avait certainement fait fausse route jusqu'ici. L'univers lui envoyait un message clair comme de l'eau de roche, allant même jusqu'à le faire tomber sur lui.
Il avait reculé d'un pas, s'efforçant de refuser l'évidence, mais il savait pertinemment que son choix était déjà fait.
« Je n'ai pas d'argent sur moi, avait-il répondu dans un murmure.
L'autre n'avait fait que sourire en haussant les épaules. Il avait glissé une main le long de la manche imbibée d'eau de Sherlock, et effleuré ses doigts. La caresse avait été chaude, douce, et terriblement malsaine.
- Oh, ne t'en fais pas pour ça. Tu as été mon meilleur client pendant deux ans, tu mérites bien un petit cadeau. Re-bienvenue parmi nous. »
Sur ces mots, il avait prestement disparu, laissant sur place un Sherlock tétanisé par le froid, par la surprise, et par le petit sachet plastique serré dans sa main gauche.
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Greg soupira en ouvrant la porte, et laissa entrer Sherlock portant un sac visiblement lourd, suivi d'un homme qu'il ne connaissait pas.
« Monsieur Lestrade ?
Le policier fronça les sourcils, peu habitué à se faire appeler monsieur.
- C'est moi.
- Je suis Max Duncan, le nouveau tuteur de Sherlock. Monsieur Holmes m'a dit de me présenter à vous, annonça l'inconnu.
- Vous êtes en train de dire que vous vous installez chez moi aussi ?
Max Duncan laissa échapper un petit rire.
- Holà, non. Je suis simplement chargé de la surveillance de Sherlock. Je viens le chercher le matin, je reste avec lui pendant la journée, puis je le ramène le soir. S'il n'y a personne, j'attends ici que vous ou Monsieur Holmes reveniez prendre le relais.
Greg pinça les lèvres en une moue résignée.
- Très bien. Je suppose que je dois vous donner une clé, pour que vous puissiez entrer… ?
- Monsieur Holmes s'en est chargé. Tout est en ordre, je passais simplement me présenter. Vous n'avez à vous soucier de rien. »
Tandis que Duncan le saluait et sortait, Greg retint un rire nerveux. Ne se soucier de rien, hein ? A part du jeune homme qui semblait bouillir, debout figé au milieu du salon, de sa relation qui risquait d'en pâtir sévèrement vu l'état dans lequel le problème Sherlock mettait Mycroft… Il avait l'impression que son emprise sur sa propre vie était en train de glisser.
Refusant de s'apitoyer sur son sort, qui aurait pu être bien pire, Greg referma la porte et se tourna vers un Sherlock toujours planté entre le canapé et la cuisine, son sac à la main.
« Qu'est-ce que tu attends pour aller poser tes affaires ? Ça a l'air de peser une tonne…
Sherlock haussa les épaules.
- Pas plus que ça. Je… »
Il sembla sur le point de dire quelque chose, mais referma la bouche et partit dans la chambre d'amis de Greg. Le policier poussa un nouveau soupir, et alla regarder dans la cuisine s'il y avait de quoi faire à manger. Il n'aurait pas dû se sentir si mal à l'aise à l'idée que Sherlock emménage ici. Après tout, c'était temporaire, et puis ce n'était pas comme s'il n'avait jamais passé de temps dans l'appartement… C'était simplement un peu plus officiel qu'avant. Et il serait là même quand Mycroft serait à Londres… Greg fronça les sourcils. Il n'avait pas vraiment fait le rapprochement avant mais… maintenant qu'il y pensait, c'était au retour de Mycroft que Sherlock avait arrêté de venir. Pourquoi détestait-il à ce point son frère ? Et pourquoi avait-il rechuté, alors qu'il semblait plutôt bien supporter la situation jusque-là ?
Lorsque Sherlock le rejoignit dans la cuisine, le visage toujours fermé, Greg hésita. Il n'osait pas l'interroger, le sujet étant manifestement sensible, et puisqu'il devait vivre avec Sherlock, il avait envie que la cohabitation se passe bien.
« Tu as faim ? finit-il par demander, désabusé.
- Non.
- Parfait. »
Greg claqua la porte du frigo vide. Puis il lança un regard à Sherlock. Il avait le même air épuisé que la première fois qu'il avait débarqué ici après sa cure, avec en plus une colère sous-jacente, qui semblait le faire bouillonner de l'intérieur. Le policier craqua.
« Comment tu te sens ?
- Merveilleusement bien, lâcha Sherlock, mortellement sérieux.
- Je… je me doute que ce n'est pas évident. Ecoute, Sherlock, j'imagine que tu n'as pas envie d'être ici mais…
- Je n'ai pas pas envie d'être ici, l'interrompit Sherlock en se laissant tomber sur une chaise. Tu es un des rares êtres humains que je tolère. Je n'aurais pas squatté ton appartement si souvent si ce n'était pas le cas.
Greg s'assit en face de lui, et sourit.
- Je prends ça comme un compliment, déclara-t-il. Bon, puisque tu n'es pas entièrement mécontent d'être là, qu'est-ce qui te met tant en rogne ?
Il n'avait pas vraiment eu l'intention de poser la question aussi brutalement, mais les mots étaient sortis sans qu'il puisse les retenir. Sherlock lui envoya un regard meurtrier.
- Oh, je ne sais pas, rétorqua-t-il. Peut-être le fait que mon cher frère croie toujours bon de manipuler ma vie comme bon lui semble. Peut-être le fait qu'il m'ait collé un gorille pour me surveiller dès que je fais un pas dehors. Peut-être le fait que s'il était parti trois jours plus tôt…
Sherlock se tut, les dents serrées, visiblement peu enclin à finir sa phrase. Greg sentit son estomac se contracter. Il avait bizarrement envie de serrer le plus jeune dans ses bras et de lui dire que tout irait bien, mais il doutait que la réaction de Sherlock à une telle tentative soit positive.
- En tout cas, il est reparti, fit-il. Je suis désolé que tu détestes ton frère à ce point, mais j'aime autant ne pas me mêler de vos histoires. En attendant, tu es ici chez toi, maintenant. »
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Les mots de Greg finirent de réduire en miettes ce qui aurait pu être son cœur, si Sherlock n'avait pas été persuadé d'en être dénué. Pourquoi était-il obligé d'être si… si conciliant et gentil et… Sherlock en aurait crié de rage. Il avait envie de pouvoir le détester, lui aussi, comme Mycroft et sa manie de tout contrôler, mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas, parce que Greg avait ce sourire et ce regard et cette façon de s'adresser à lui comme à un être humain. Il ne pouvait pas, parce que c'était lui-même qu'il détestait.
Seulement trois jours s'étaient écoulés depuis sa rechute, mais il avait l'impression que ça faisait une éternité. Trois jours plus tôt, il était presque sûr de tenir jusqu'au départ de Mycroft, et de pouvoir ensuite retrouver sa routine de semi-squat chez Greg, cette amitié en construction qui l'empêchait de devenir fou. Et maintenant, il avait tout gâché. Il avait redescendu d'une traite tous les barreaux de l'échelle dans l'estime de Greg, et il allait devoir les grimper à nouveau, péniblement.
Le silence qui s'était installé était inconfortable. Sherlock ne savait pas quoi dire, pas quoi faire, pour que la gêne ambiante se dissipe. Oh, qu'il haïssait la fatigue qui l'envahissait après… après. Il ne ressentait pas vraiment le manque, pas après une seule prise, mais il était nerveux et éreinté, et il s'en voulait. Mycroft n'était même pas là, bon sang, et il n'arrivait quand même pas à se détendre.
« Je… Je crois que je vais aller me coucher, marmonna-t-il au bout d'un moment, voyant que Greg n'était pas plus bavard que lui.
- D'accord, commença le policier, avant de froncer les sourcils et de se reprendre. Non, attends, Sherlock. Je vois bien qu'il y a un truc qui ne colle pas, là tout de suite. Je ne saurais pas dire ce que c'est, mais tout est bizarre. D'habitude, quand Myc n'est pas là, je n'arrive pas à te faire taire, ni à te faire lâcher mes dossiers d'enquête…
Sherlock sentit tout son intérieur se contracter. L'envie de hurler revenait.
- J'ai besoin de dormir, répondit-il platement.
- Il est à peine dix-neuf heures…
Greg poussa un soupir. Lui aussi était agacé par la situation, c'était aussi visible que le nez au milieu de la figure. Sherlock serra les mâchoires.
- Qu'est-ce que tu proposes, alors ?
Pour toute réponse, le flic se leva et tira son téléphone de sa poche.
- Je propose qu'on se commande à manger chez le chinois, qu'on s'installe devant un film, et que tu me pourrisses l'intrigue dès les cinq premières minutes. Ça fait longtemps. Alors ? Riz aux crevettes, nems ou soupe ? »
Sherlock en aurait pleuré. Greg était la patience et la compassion incarnées en un seul homme. Alors le jeune homme acquiesça, choisit une soupe, et alla choisir un film qu'ils n'avaient pas encore regardé parmi les DVD du policier.
La soirée finit par le détendre un peu, même si le cœur n'était pas vraiment dans ses remarques sur le film. Il était bien trop conscient de la présence de Greg à côté de lui, de sa chaleur, et les raisons qui l'avaient poussé à rechuter revinrent insidieusement se nicher dans son estomac.
Sans surprise, il ne ferma pas l'œil malgré l'épuisement. Lorsque son tuteur arriva pour l'emmener en cours, Sherlock l'attendait déjà, debout devant la porte, tendu comme un ressort à l'idée d'être talonné par l'homme toute la journée. Il n'avait même pas retenu son nom, décidé à ne pas sympathiser avec le sbire de Mycroft.
Il ne savait pas combien de temps cette situation allait durer. Ou plutôt, il ne savait pas combien de temps lui allait supporter cette situation.
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Et voilà ! J'espère que ça vous a plu, laissez-moi une petite review si vous voulez me dire ce que vous en avez pensé !
Des bisous et à lundi prochain !
