Bonjouuuur !

C'est qu'on s'approche de la fin...! On croirait pas, hein ? Mais ce que vous avez sous les yeux est bel est bien l'avant-dernier chapitre... Plus qu'un, et un épilogue encore, et ça sera fini !

Comme d'habitude, je remercie mes merveilleuses bêtas Nalou et Nauss ! Et mes fantastiques revieweuses, Elie Bluebell, Electre1964, nikkouyoku, Tillie231 et Malya, vous illuminez mes journées :)

Sur ce, bonne lecture !

oOo

L'épais livre s'écrasa contre le mur avec un choc sonore, suivi par un sac à bandoulière. Deux mains fermes retinrent la chaise qui allait les accompagner, et Sherlock siffla de rage.

Il ne pouvait même pas sortir de la pièce en claquant la porte – en tout cas, pas en laissant l'abruti de l'autre côté. Et il avait besoin, là, tout de suite, d'être seul. De se recroqueviller en une petite balle de nerfs à vif et de se plonger dans son palais mental. D'aller visiter au hasard les salles remplies de données, de faire un peu de rangement, jusqu'à ce que la familiarité de l'endroit l'apaise. Jusqu'à ce qu'il retrouve suffisamment de sérénité pour affronter la suite.

La suite. Il ne savait déjà pas comment il avait tenu jusqu'ici, et la suite se perdait dans un brouillard de jours identiques, impossibles à distinguer les uns des autres.

Le corps secoué de tremblements, Sherlock tenta de ravaler l'angoisse qui montait. Il refusait de se laisser aller encore une fois devant l'homme qui le surveillait, impassible et imperturbable.

Un mois. Un mois que le gorille de Mycroft le suivait partout, sauf dans les toilettes et la salle de bains – vidés de toute arme potentielle. Un mois que la présence un peu effacée et la voix calme l'empêchaient de sortir du chemin que Mycroft avait choisi de lui faire emprunter.

Un mois que le problème n'était toujours pas traité à la source, quoi qu'en pense Mycroft.

Sur cette pensée, Sherlock ricana. Il devait avoir l'air d'un dément, à s'arrêter de s'agiter pour cracher ce rire cynique et désabusé. Mais il y avait de quoi – traiter le problème à la source. Le problème n'avait jamais été la drogue. Le problème, c'était son foutu cerveau. Incontrôlable. Indomptable. Toujours avide de plus, de maintenant, de nouveau. La drogue, depuis le début, avait été une solution.

La respiration rauque, Sherlock alla vers la salle de bains. Les seuls objets encore autorisés étaient le strict minimum – savon et shampooing, brosse à dents et dentifrice, serviette de bain. Même le peigne était mis sous clef.

Il se passa de l'eau froide sur le visage. Son double trempé, dans le miroir, lui adressa un regard suppliant. Il avait besoin de sortir d'ici – ou plutôt, il voulait que l'autre sorte d'ici. Il le haïssait encore plus que son frère. Ou peut-être pas. Il n'aurait su dire.

Au début, l'homme avait essayé de communiquer pour rendre leur cohabitation plus facile, mais il avait vite abandonné et dressé des barrières. Il lui avait expliqué que Mycroft ne l'avait pas choisi pour rien. Il avait été surveillant dans un asile psychiatrique. La manipulation, les tentatives de corruption, les larmes de crocodile, il connaissait. Ce n'était pas la peine d'essayer avec lui. Il se montrerait intraitable.

Sherlock avait simplement ricané. Oui, il savait déjà. Tout était déjà écrit dans les replis de sa veste, dans ses bras croisés et dans son regard fixe. Pas la peine de tout raconter à voix haute. Mais même ses déductions n'avaient pas tiré de réaction de l'homme.

Un mois. Trente foutus jours – non, trente-deux, maintenant. Et il avait déjà supplié Mycroft dix-sept fois de le débarrasser de son surveillant. Plus d'un jour sur deux, en somme, que son frère soit à Londres ou à l'autre bout de la planète ; Mycroft devait savoir que la situation était intenable. Il savait pertinemment que Sherlock ne le suppliait pas pour n'importe quoi, et qu'il évitait même comme la peste de devoir lui parler.

Sherlock se sécha le visage, et sortit de la salle d'eau.

« Je veux sortir, déclara-t-il, la voix rauque.

Il paraissait à nouveau calme à l'extérieur, mais le bouillonnement infernal qui agitait son esprit n'avait pas diminué. Il était sous contrôle – pour l'instant. Et Sherlock voulait à tout prix retarder le prochain débordement.

Son gardien ne fit que hausser un sourcil dubitatif.

- Tu as du travail pour tes cours. Je ne crois pas que ton livre va se ramasser tout seul et rédiger tes devoirs.

Sherlock serra les dents.

- Je ne crois pas non plus que je vais le faire. Je. Veux. Sortir.

- Et où voudrais-tu sortir, si par miracle je t'en donnais l'autorisation ? » continua l'homme, visiblement satisfait de son sarcasme de bas étage.

Le jeune homme allait répondre, cinglant, lorsque la porte d'entrée s'ouvrit, laissant entrer Greg.

« Bons… holà, qu'est-ce qui se passe, ici ? lâcha-t-il en pénétrant dans le salon, visiblement surpris par la tension presque palpable qui régnait.

- Bonsoir, Monsieur Lestrade. Sherlock est en plein caprice, déclara le surveillant, mais ne vous inquiétez pas, la situation est sous contrôle. »

Parle pour toi, cracha Sherlock mentalement. Il lança un regard à Greg, un regard implorant qu'il avait espéré ne jamais avoir à lui lancer, mais le policier sembla comprendre, car il reprit la parole.

« Dans ce cas, tout va bien. Vous allez pouvoir rentrer chez vous, je prends la relève », fit-il avec un sourire faux, mais qui eut l'air de convaincre l'autre homme.

Il les salua, froidement pour Sherlock et compatissant pour Greg, puis récupéra sa veste et quitta l'appartement. Immédiatement, la tension baissa, et le policier soupira.

« Je peux pas encadrer ce type », marmonna-t-il, et rien que ces mots eurent le don d'apaiser un peu Sherlock.

Le seul point positif de ce dernier mois, à dire vrai la seule chose qui le forçait à rester aussi sain d'esprit que possible, c'était Greg. Même si c'était moins notable lorsque Mycroft était là, Sherlock avait remarqué que le policier avait tendance à prendre son parti, ou en tout cas à agir de façon à ce qu'il se sente le mieux possible. Il essayait de l'aider, à coups de petites attentions. Une vieille affaire de temps en temps, une tasse de thé, une visite à la morgue pendant une autopsie… elles poussaient Sherlock à faire des efforts, pour apercevoir l'étincelle de satisfaction et de fierté dans le regard de Greg. Parce que Greg savait lui montrer lorsqu'il était fier de lui. Pas explicitement, pas avec des mots, mais Sherlock ressentait son approbation quand il se tenait correctement.

Ce soir, il ne la ressentirait pas. Mais il était au-delà de ça. La journée avait été exécrable, et il avait besoin que quelque chose se passe. N'importe quoi. Il avait besoin de distraction.

« Bon, qu'est-ce qui s'est passé pour que Duncan soit encore plus désagréable que d'habitude ? demanda Greg en laissant tomber son manteau sur le dossier du canapé.

- Journée de cours magistraux, répondit Sherlock, laconique.

S'il parlait plus, il allait encore craquer, et il préférait tout plutôt que ça. Il continua à maintenir sa façade calme, mais il la sentait se fissurer. Ses mots semblèrent être suffisants pour Greg.

- Ne me dis pas qu'il a essayé de te faire faire tes devoirs en arrivant…

- Tu commences à bien le connaître, ricana Sherlock.

Le policier sourit.

- Qu'est-ce que tu dirais de sortir un peu ? Il fait bon, dehors. On pourrait aller se prendre des fish and chips et les manger en marchant dans le parc ? »

Si Sherlock avait été du genre à montrer sa reconnaissance physiquement, il lui aurait sauté au cou.

oOo

En entrant dans l'appartement, Greg avait su immédiatement qu'il y avait un problème. Vu le mois qui venait de s'écouler, c'était devenu facile à repérer, et il avait rapidement pris l'habitude de partir le plus tôt possible du travail, maudissant les affaires qui le retenaient au bureau. Le surveillant que Mycroft avait assigné à Sherlock était une enflure. Il avait à peine l'air de considérer le jeune homme comme un être humain conscient, et Greg voyait l'état de Sherlock se détériorer de jour en jour.

Lorsque son fiancé était à Londres, Greg se sentait mal à l'aise. Il tentait de ne rien montrer, car les frères Holmes l'auraient déduit dans la seconde, mais il n'en pensait pas moins. Les méthodes de Mycroft le perturbaient, décidément, même s'il avait décidé de ne pas s'en mêler. Et lorsque Mycroft quittait la ville pour un énième déplacement, le policier accordait toute son attention à Sherlock. Greg voyait bien que la situation empirait, et il savait que tôt ou tard, il allait devoir faire quelque chose.

Tout en marchant tranquillement dans le parc, côte à côte avec Sherlock, Greg se promit d'en parler à Mycroft. Après tout, il voyait Sherlock plus souvent. Peut-être parviendrait-il à faire changer son fiancé d'avis.

Mettant de côté cette pensée, il recentra son attention sur Sherlock, et lui parla de sa dernière affaire, lui donnant le minimum d'indices et l'incitant à trouver la solution du mystère. Le jeune homme se prit au jeu, et les yeux brillant de concentration, il se mit à poser des questions et émettre des hypothèses. La nourriture et l'air extérieur lui avaient fait du bien, et la conversation d'égal à égal plus encore, songea Greg. La tempête semblait s'être calmée à l'intérieur de Sherlock.

Ils marchèrent jusqu'à ce que la nuit tombe, et rentrèrent à l'appartement tranquillement. Greg prépara du thé, et ils s'installèrent devant la télé avec leurs tasses, le silence retombé, tranquille.

Le film avait à peine démarré quand Sherlock s'endormit. Il s'affala sur le côté, contre l'épaule de Greg, puis glissa jusqu'à avoir la tête posée sur ses cuisses, le reste de son corps roulé en boule sur sa moitié de canapé. Le policier resta immobile, à la fois attendri par la position enfantine de Sherlock, et le cœur lourd. Ce n'était pas étonnant qu'il s'endorme aussi vite ; la nervosité devait l'épuiser. Alors Greg ne bougea pas, et profita du reste du film, laissant Sherlock se servir de lui comme d'un oreiller.

Au bout d'un moment, il s'aperçut que sa main était allée se nicher dans les boucles noires, et massait distraitement le cuir chevelu du jeune homme. Greg stoppa le mouvement, hésita. Il avait le réflexe de caresser les cheveux de Mycroft de cette manière, et reproduire le geste sur Sherlock le faisait se sentir bizarre. Pas vraiment coupable, mais… pas vraiment serein non plus.

Il se dégagea délicatement du canapé, puis souleva Sherlock sans difficulté, en passant un bras derrière ses genoux et l'autre sous ses omoplates, et l'amena dans sa chambre. Il remercia intérieurement l'anticipation dont avait fait preuve le jeune homme en se mettant en pyjama avant de s'installer pour regarder le film, et remonta la couette sur lui.

Greg resta quelques instants devant le lit. La situation, qui n'était déjà pas simple, venait peut-être de se compliquer encore un peu.

oOo

Sherlock se réveilla dans son lit, après une nuit de sommeil profond et réparateur. Il n'avait pas dormi comme ça depuis des lustres. Allongé sur le dos, ses yeux s'habituant lentement à l'obscurité qui l'entourait, il savoura le confort avec l'impression de léviter. Oh, que c'était bon d'être détendu…

Il referma les yeux, prenant le temps de sentir chaque muscle de son corps au repos, et sourit en songeant qu'il n'aurait pas besoin de supporter l'abruti qui lui servait de tuteur aujourd'hui : on était samedi et non seulement il n'avait pas cours, mais c'était également un jour de repos pour Greg.

Penser au policier le ramena à la veille au soir, et il tenta de se remémorer ce qui s'était passé. Il avait dû s'endormir devant le film, car il ne se souvenait pas de s'être couché. Greg avait dû le porter. Il aurait aimé être conscient à ce moment-là… Sherlock se mordilla la lèvre inférieure, toujours enfoui sous la couette. Il savait qu'il n'aurait pas dû penser à Greg de cette manière. C'était un terrain glissant, et ça ne lui apporterait rien à part de la frustration et un peu plus de rancœur contre Mycroft.

Décidé à ne pas se laisser gâcher un matin si agréable jusqu'ici, Sherlock se leva, et traîna des pieds jusqu'à la cuisine, où il trouva Greg avachi sur une chaise, en bas de pyjama, un mug de café à la main. Le policier était plongé dans un roman, mais releva les yeux à son arrivée.

« Salut, Sherlock. Bien dormi ? »

Le jeune homme hocha la tête, avant d'aller fouiller dans le placard sous prétexte de sortir une tasse – en réalité, il essayait de ne pas fixer le torse nu de Greg, dont la vue lui desséchait la gorge pour une raison inexplicable. Bon, peut-être pas vraiment inexplicable, mais Sherlock ne voulait toujours pas y penser.

Il n'y pensa pas pendant qu'il prenait sa douche. Il n'y pensa pas pendant que Greg prenait sa douche. Il n'y pensa pas pendant la matinée, alors que ses devoirs l'ennuyaient profondément et qu'il aurait été si facile de laisser son esprit dériver. Il n'y pensa pas pendant l'après-midi, sachant que Mycroft devait rentrer de Suisse dans la soirée. Il n'y pensa surtout pas pendant le repas du soir, alors que son frère et Greg s'entre-dévoraient des yeux par-dessus leurs assiettes.

Puis quand vint le moment d'aller se coucher, il y pensa. Il y pensa parce que de l'autre côté de la cloison, la voix chaude de Greg indiquait très clairement ce qui se passait. Il y pensa, et au lieu de remonter sa couette sur sa tête pour étouffer le son, il écouta attentivement. Il écouta Greg qui soupirait, haletait, grognait, et il ferma les yeux, rêvant que c'était lui qui provoquait ces sons. Il imagina Greg avec lui, peau contre peau et plus encore, et se mordit la lèvre pour éviter qu'un gémissement ne s'échappe de sa gorge.

Sherlock se débarrassa de son pyjama, repoussa la couette. Il avait chaud. Sa main droite vagabonda, plus bas, et entreprit de relâcher un peu la pression qui s'accumulait tandis qu'il mordait la gauche pour s'empêcher de faire du bruit.

C'était probablement malsain de se toucher en écoutant Greg faire l'amour avec son frère. C'était probablement très déplacé de se visualiser à la place de Mycroft. Mais il ne réfléchit pas, se laissant aller, et lorsque Greg atteignit l'orgasme avec un cri rauque à peine retenu, Sherlock l'accompagna, resserrant la prise de sa mâchoire sur ses doigts.

Il reprit lentement son souffle, essuya le liquide répandu sur son ventre avec un mouchoir avant qu'il ne sèche et commence à coller. Puis il resta étendu sur le dos, les yeux fixés sur le plafond, se sentant vide.

De l'autre côté de la cloison, le bruit s'était arrêté, remplacé par des chuchotements doux que Sherlock ne pouvait comprendre, mais dont il devinait le sens. Il ramena la couette sur lui, brusquement frigorifié, et sentit une larme s'échapper de son œil, rouler sur sa tempe et se perdre dans ses cheveux. C'était injuste.

Injuste pour lui, de ne pas pouvoir suivre sa vie comme il l'entendait sous prétexte que Mycroft voulait absolument contrôler chacune de ses actions.

Injuste pour Greg, de devoir supporter les décisions de Mycroft sans avoir son mot à dire.

Injuste pour lui, de devoir assister à la preuve que Greg était bel et bien épris de Mycroft

Injuste pour Greg d'être fiancé à un perpétuel absent, alors qu'il méritait quelqu'un qui l'apprécie à sa juste valeur.

Injuste pour lui, de penser ça en sachant pertinemment qu'il était simplement jaloux et qu'il n'y pouvait rien.

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De l'autre côté du mur, Greg sentait le poids de Mycroft l'ancrer dans le matelas, leurs respirations enfin ralenties. Son fiancé, étendu en partie sur lui, caressait distraitement son torse, et Greg s'efforça de ne pas frissonner.

Maintenant, il se sentait coupable. Coupable parce qu'à peine son souffle retrouvé après la jouissance, il s'était rappelé sa promesse de parler à Mycroft à propos de Max Duncan. Coupable parce qu'il s'était juré de ne pas prendre parti entre les deux frères Holmes, ou au pire d'être du côté de son amant, mais il ne pouvait s'empêcher de compatir avec Sherlock. Il ne pouvait s'empêcher de désapprouver les méthodes de Mycroft.

Lorsqu'il sentit que son fiancé s'était endormi, Greg se dégagea de son étreinte et se tourna vers l'extérieur du lit. Le sommeil le fuit longtemps, et lorsqu'enfin il le rattrapa, ses rêves furent agités.

Le lendemain matin, il décida de parler à Mycroft pendant que Sherlock dormait encore. Peut-être valait-il mieux éviter que le jeune homme puisse ajouter son grain de sel à la conversation, si Greg voulait que son fiancé soit prêt à écouter.

Il prépara donc café, toasts et brouillade d'œufs pendant que Mycroft prenait sa douche, puis l'attendit à table, le ventre noué. Lorsqu'il entra dans la cuisine, Mycroft haussa un sourcil.

« Quelque chose ne va pas, Greg ? interrogea-t-il en remplissant son mug.

- Il y a quelque chose dont j'aimerais te parler, Myc, confirma le policier. Je… Ecoute, je m'étais dit que je ne m'en mêlerais pas, parce que ce n'est pas mon rôle de gérer ça, alors… prends ce que je vais te dire comme un simple constat, d'accord ? Et fais-en ce que tu veux.

La mine de Mycroft s'assombrit.

- Qu'a encore fait Sherlock ?

- Rien, Myc… justement rien, fit Greg avec un sourire triste. Tu ne t'en rends peut-être pas compte, parce que tu n'es pas là tous les jours, mais Sherlock est en train de dépérir. Et je sais que je ne devrais pas te dire quoi faire de lui, mais je ne peux pas m'empêcher d'être mal à l'aise. Ce Duncan, que tu as embauché pour lui filer le train, c'est un con, si je puis me permettre. Sherlock est peut-être difficile, mais c'est un être humain, et à ce titre il mériterait plus de respect. Et toi qui le connais si bien, tu devrais savoir qu'il a besoin de respirer, d'être laissé un peu libre de ses mouvements. C'est en essayant de le contrôler comme tu le fais que tu le pousses à la faute.

Mycroft soupira, puis répondit froidement.

- Notre relation étant basée sur une confiance mutuelle, je ne peux pas te reprocher de me dire ce que tu as sur le cœur. Mais tu ne connais pas toute l'histoire de Sherlock. Tu ne peux pas me dire quoi faire de lui, effectivement. Le contrôle, c'est la seule chose qu'il comprend. Ce n'est pas ton problème. Cette situation n'est que temporaire, tu n'auras bientôt plus à le supporter.

Greg lâcha un rire incrédule.

- Myc, est-ce que tu t'entends parler ? Tu réduis Sherlock à un vulgaire « problème », un grain de sable dans ta routine bien huilée ! Figure-toi que je n'ai aucun mal à le « supporter », comme tu dis. Pourvu qu'on s'adresse à lui avec respect, ton frère est parfaitement vivable. Pourquoi je m'étonne qu'il te déteste à ce point, si tu ne le vois que comme une nuisance ? Et tu prétends t'inquiéter pour lui ?

- Tu n'as aucune idée de ce dont tu parles, Gregory.

- Eclaire-moi, alors.

- C'est une complication familiale qui ne te concerne pas.

Le policier en lâcha sa tasse, qui atterrit sur la table avec un bruit mat avant de se renverser. Il ignora le fond de café qui se répandit sur la table, trop sidéré pour y faire attention.

- Quoi ? Attends – quoi ? Si je ne m'abuse, d'une part Sherlock est mon futur beau-frère, ce qui fait de lui une part de ma famille, et vice-versa. Et d'autre part, il vit sous mon toit et je le côtoie tous les jours, plus que toi, d'ailleurs. Je crois pouvoir affirmer avec certitude que cette complication familiale commence sérieusement à me concerner, rétorqua-t-il, acide.

Il avait conscience que s'énerver ne ferait que braquer Mycroft, mais les paroles de celui-ci l'avaient blessé plus qu'il n'aurait voulu l'admettre, et les mots s'étaient échappés de sa bouche avant qu'il ne puisse les retenir.

Son fiancé se leva et déposa sa tasse vide dans l'évier.

- Le sujet est clos, Gregory. »

Sans un mot de plus, Mycroft traversa le salon, enfila chaussures et manteau, et quitta l'appartement, laissant Greg sur place. Le policier resta figé, debout dans la cuisine en désordre, le café commençant à goutter le long du bord de la table.

Ce fut une voix douce qui le tira de sa stupeur.

« Tu n'étais pas obligé de me défendre. »

Greg sursauta, et son regard tomba sur Sherlock, debout dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Le jeune homme avait l'air à la fois gêné et en colère.

« Tu as tout entendu, hein ? demanda Greg.

- Mmh. Pourquoi tu tiens absolument à me défendre alors que tu sais que ça met Mycroft dans cet état ?

Greg se prit la tête dans les mains, pressant ses paumes contre ses globes oculaires, et il laissa échapper un grognement.

- Ne me dis pas que tu m'en veux aussi… Vous me rendez dingue, tous les deux.

- Dommage, toi qui étais la seule personne à peu près saine d'esprit dans cet appartement », ricana Sherlock sans joie.

Il s'assit à la table et fixa la flaque brune.

« Tu veux savoir ce que Mycroft ne te dit pas ? La raison pour laquelle je le hais, et pour laquelle il veut à tout prix me maîtriser ?

Greg soupira, et se décida à éponger le café renversé.

- Peut-être. Je ne suis pas sûr de vouloir savoir.

- C'est tout ton monde qui s'écroule, hein ? lâcha Sherlock, l'air de rien. Tu te rends compte d'à quel point ton avis compte peu à ses yeux ?

- Merci de remuer le couteau dans la plaie, Sherlock. J'ai fait ça pour toi.

- Pourquoi ? »

La curiosité de Sherlock était sincère, et Greg lâcha son éponge pour le regarder dans les yeux.

« Parce que tu le mérites. Parce qu'aussi limité que je sois par rapport à vous deux, je me rends bien compte que tu es constamment à deux doigts de la crise de nerfs. Et parce que l'idée que quelqu'un me colle au train non-stop me révulse, alors j'ose à peine imaginer ce que ça te fait à toi. »

L'expression qui passa sur le visage de Sherlock était indéfinissable. Très douce, vulnérable, et en même temps torturée, comme si les mots de Greg lui mettaient du baume au cœur tout en le poignardant dans le dos.

Le jeune homme se leva, s'approcha de Greg, un peu mécanique. Il leva une main, la posa sur la clavicule du policier, et appuya son front contre sa mâchoire. Greg sentait son souffle, hésitant, dans son cou. Puis un murmure.

« Avec toi, je suis moins près de la crise de nerfs. »

Si Greg n'était pas habitué à garder son sang-froid en toutes circonstances, il aurait embrassé Sherlock – et cette prise de conscience le secoua presque autant que le geste du jeune homme. Il n'aurait su dire d'où venait cette impulsion de saisir sa nuque d'une main et de… Bon sang, à quoi il pensait ? Il réussit à réprimer son réflexe, et à la place, il entoura les épaules de Sherlock de ses bras et le serra contre lui. Là. C'était moins risqué. C'était innocent.

oOo

Et voilà pour aujourd'hui. La situation se corse ;)

Merci d'être passé(e) par là, n'hésitez pas à me laisser une petite review !

A lundi prochain !