Chapitre 6
-Sérieusement, les mecs, vous êtes pas obligés…
-Mais si, mais si !
-Mais non… !
-Lève la jambe, Jean !
-Ta gueule, Eren ! Me touche pas, enfoiré ! Connie, vire tes sales pattes !
-Sans rire, tu peux pas lever les jambes un peu plus haut ? Ce serait plus facile…
-Reiner… ! Je vais vous buter !
Lorsqu'il ouvrit la porte du dortoir, Marco resta comme deux ronds de flan pendant quelques secondes, essayant de comprendre ce qui se passait devant ses yeux. Reiner et Bertold –qui levait les yeux au plafond en essayant de rester calme- avaient croisé leurs bras le plus fermement possible pour créer une assise humaine, et Eren et Connie semblaient user de toutes les stratégies pour y faire asseoir Jean sans que le garçon n'ait besoin de forcer, au grand dam de celui-ci. Etouffant un grand rire qui aurait probablement été malvenu à l'encontre de Jean, il se racla néanmoins la gorge avec force pour attirer l'attention. « Qu'est-ce que vous fabriquez ? » dit-il en s'avançant vers le lit.
Raide comme un piquet, Jean était mal installé et glissait des bras croisés sous ses fesses à moitié posées dessus. Les deux garçons qui l'aidaient étaient accrochés à ses jambes, l'un –au hasard Eren- avec les mains même trop haut placées à son goût.
Bertold soupira. « Au départ, l'idée c'était simplement de l'amener aux douches…Faudra qu'on m'explique comment on en est arrivé là…
-Et juste le faire asseoir comme vous le faites, ça ne suffit pas ? marmonna Marco en se laissant tomber sur le lit.
Il repoussa la serviette qui avait glissé de son épaule lorsqu'il s'était allongé, et garda les yeux sur le petit manège qui se déroulait à moins d'un mètre de lui tout en finissant de boutonner la chemise qu'il avait fermé à la va-vite après sa douche en solitaire –pour ne pas changer de ses habitudes. Reiner tourna la tête vers lui, un peu bloqué par Jean qui s'accrochait à son épaule pour ne pas tomber.
-Il est pas assez souple, dit-il sans prêter attention aux exclamations du concerné.
-Mais laissez-moi tranquille, merde !
Marco eut un petit rire et se tortilla pour mieux voir Jean essayer désespérément de lever les jambes suffisamment haut. En effet, c'était un réel problème dans la situation actuelle. Si ca ne le gênait pas le moins du monde au quotidien, Jean manquait incroyablement de souplesse, bien que ca se soit très probablement arrangé en partie grâce à l'entraînement qu'ils suivaient depuis aussi longtemps. Pour la peine, il ne l'enviait pas le moins du monde et il grimaça un peu en voyant Connie l'attraper de nouveau par la cuisse sans écouter les exclamations du blessé.
Marco soupira. « Tout ça pour une douche, vous ne pensez pas que vous en faites un peu trop ?
-Tu as une meilleure idée ?
Il roula sur le ventre et posa ses mains sous son menton pour soutenir sa tête. Jean faisait une tête incroyable, gêné autant par la situation que les mains qui n'arrêtaient pas de le toucher dans des endroits de plus en plus sensibles par inadvertance. Marco fronça les sourcils.
…Inadvertance, hein ?
-Allez, ca suffit, marmonna-t-il en se redressant sans se presser. Vous allez juste l'abîmer un peu plus à force !
-Marco…
Jean venait de lui lancer un regard presque désespéré, agrippé à Reiner de toutes ses forces pour ne pas tomber. Le voir vulnérable comme il l'était remuait apparemment tout leur petit groupe. Il y avait longtemps qu'ils avaient compris comment fonctionnait Jean, notamment sa façon de se protéger derrière une attitude blessante et provocante la plupart du temps. Dès qu'ils arrivaient à briser un peu la coquille, ils trouvaient quelqu'un de très réceptif aux autres, et sûrement trop sensible. C'était probablement la raison pour laquelle tous s'étaient agglutinés autour de lui pour l'aider. Ils s'inquiétaient. Cette idée aurait presque pu attendrir Marco s'il n'y avait pas eu un peu trop de gestes de proximité.
Doucement, il fit passer un bras de Jean autour de ses épaules et l'attrapa par la taille fermement, le faisant glisser des bras des Reiner et Bertold. Il ne s'était pas gêné pour dégager Connie et Eren sans douceur –surtout ce dernier qui l'agaçait particulièrement à le toucher autant.
-Vous êtes des blaireaux, les gars, dit-il en soupirant. Gentils, mais de sacrés blaireaux. Je l'amène.
Jean était un peu moins crispé en s'accrochant à ses épaules à présent. Peut-être le fait de sentir le sol sous ses pieds était-il plus rassurant pour lui, et il resserra son bras autour de lui sans trop y penser en murmurant un « Allez, on y va ».
Lorsqu'ils eurent disparu derrière la porte, Eren se tourna vers les deux géants derrière lui.
-C'est moi, ou Jean était tout rouge ?
Bertold secoua la tête, perplexe, et préféra ne pas répondre. Il savait d'avance que ce serait inutile d'entamer une nouvelle discussion sur le sujet, que ce soit avec Marco ou Jean. Qu'ils aillent se faire voir, avec leurs jolis sentiments !
-Merci, murmura Jean tout bas.
Marco sourit gentiment, prenant garde à ne pas avancer trop vite même si la porte de la salle des douches était en vue et se rapprochait. Lentement mais sûrement, c'était déjà pas trop mal.
-De rien, répondit-il. Ca va, ta cheville ?
-Pas facile…
Jean grimaçait de temps en temps quand il devait s'appuyer sur son pied, soit à peu près tous les deux pas, et Marco se retint de le faire monter sur son dos. Il n'en aurait probablement pas été physiquement capable, il n'avait pas la carrure de Bertold. Parfois, il avait l'impression qu'il n'irait pas bien loin en étant ce qu'il était, et il soupira. Jean se crispa un peu, surpris.
-Désolé, je suis trop lourd…, s'excusa-t-il presque aussitôt.
Marco laissa échapper un petit rire et il réajusta son bras autour de la taille de Jean, laissant ses doigts glisser sur son ventre. C'était presque dommage qu'il y ait du tissu qui le séparait de sa peau, il aurait donné cher pour voir sa tête sur un contact direct, vu la rougeur qui s'étalait déjà alors qu'il ne se passait rien.
-N'importe quoi, arrête avec ça et laisse-toi un peu dorloter, ca fera plaisir à tout le monde. Et toi, ca te fera du bien, non ?
-Mais toi aussi, tu…
-La ferme, Jean.
Dans la petite pièce où s'alignaient les box des douches, Marco lâcha Jean près de l'une d'elles pour lui éviter trop de déplacement et s'éloigna pour s'asseoir sur le petit banc de bois sombre qui trônait dans un coin. Là, il se pencha légèrement, posant les coudes sur ses genoux en évitant les plaies douloureuses qui s'étalaient sur ses cuisses. Il fixa un moment ses mains jointes avant de lever les yeux discrètement, tombant sur Jean qui s'appuyait contre le mur pour essayer d'ôter son pantalon. Marco sauta sur ses pieds.
-Tu ne peux pas appeler, non ? le reprit-il doucement, déjà à ses côtés pour qu'il prenne appui sur lui.
-Je ne suis pas un enfant ! répliqua Jean en baissant les yeux, contrit, mais prenant tout de même son aide avec joie.
Marco le maintint de son mieux, observant attentivement le manège de ses mains, les mouvements du tissu qui glissait le long de ses jambes. Du bout du pied, il tira le pantalon pour le déloger des chevilles de Jean et l'envoya balader.
-Ca ira, pour le reste…, commença Jean un peu hésitant en voyant qu'il ne le lâchait pas de suite.
-Continue. Ca glisse, on aurait l'air bête si tu tombais encore.
La chemise de Jean libérée du pantalon, Marco avait pu glisser deux doigts dessus pendant que Jean se tortillait, l'air de rien et il profitait à présent de cette expression hurlant qu'il faisait tout pour faire semblant de ne rien remarquer. Impayable, vraiment.
-Bouge pas, dit soudain Marco.
Jean obéit, surpris et ne comprenant pas très bien sur le coup. Ce ne fut que quand Marco passa derrière lui et posa ses mains sur ses hanches, glissant les doigts sous la ceinture de son caleçon qu'il s'inquiéta.
-Euh, Marco… ?
L'interpelé eut un petit rire près de son oreille, et fit descendre le petit vêtement sans prévenir. Ah, il venait de voir passer une fesse, et un petit gloussement lui échappa.
Jean leva sa cheville abîmée quand Marco lui tapota le mollet pour faire passer le caleçon. Il sentait ses oreilles et ses joues brûler, probablement de honte et de gêne. Lorsque Marco le laissa, il se mit simplement dos à lui le temps d'enlever sa chemise, essayant de se cacher un peu. C'était un peu étrange en temps normal, il n'avait aucun problème de pudeur et se retrouvait tous les jours en tenue d'Adam au milieu de ses camarades. Mais pas Marco. Marco n'était jamais là dans ces moments-là, et il n'avait jamais subi le regard du brun dans ces circonstances-là. Car même s'il était retourné s'asseoir, Jean savait que le garçon le fixait et il avait l'impression d'en perdre ses moyens. Et puis il fallait bien le dire : entre se retrouver nu à l'heure des douches au milieu des autres dans la même tenue, et se faire déshabiller de cette manière-là, il y avait un gouffre qu'il n'était pas complètement capable d'expliquer.
L'eau lui fit du bien. Sur ses bras et ses épaules, il y avait encore les restes de sa chute. La terre, l'humidité des feuilles, les traces d'herbe, il frotta lentement pour tout faire disparaître autant que possible. L'odeur du savon le réconfortait et lui calmait l'esprit, lui faisant presque oublier la présence de Marco à quelques mètres.
-Eh, résonna soudain la voix de ce dernier, le faisant sursauter.
Jean tourna juste la tête, montrant toujours autant que possible son dos au garçon.
-Oui ?
-Quand ca ira mieux, on vérifiera quelque chose. Concernant l'accident de ce matin.
-Ah, hum. D'accord…
Jean cligna des yeux, un peu surpris cependant. Il ne voyait pas tellement ce que Marco pourrait y faire, mais autant le laisser agir à sa guise. C'était un garçon intelligent, peut-être aurait-il une idée pour éviter ce genre de chose à l'avenir.
En attendant, son problème était d'une autre envergure s'il rougissait à chaque fois qu'il tombait sur le regard inquisiteur du brun, il n'allait pas passer l'année.
