Chapitre 11


-Alors ?

Reiner sursauta presque en entendant la voix familière. La porte refermée aussi doucement que possible, Il n'avait pas eu à arpenter longtemps le couloir une fois la salle quittée. Adossé au mur, les bras croisés, Bertold n'avait pas pris la peine d'atteindre le réfectoire. De là où ils étaient, ils pouvaient entendre les exclamations et les rires qui s'élevaient.

-Il a eu de la chance que tu sois arrivé à temps.

Reiner le considéra un moment, perplexe. Finalement, il posa sa main sur le mur en s'approchant, juste au-dessus de l'épaule du jeune homme.

-Comment tu sais tout ça ? marmonna-t-il en se penchant légèrement.

Même si ce n'était qu'un peu, il appréciait toujours le fait d'être plus grand que le brun. Ca avait ses petits avantages.

Bertold le laissa faire, tout en le surveillant ostensiblement sur le moindre de ses mouvements. Malgré cela, il ne faisait pas mine de vouloir l'arrêter.

-J'ai croisé le type qui embarquait Eren. Il n'en a pas fait un grand secret. Il a l'air de prendre ça pour une mésaventure comme une autre.

-Je vois…

Reiner se tue un instant, observant du coin de l'œil un sillon tracé lentement par les gouttes d'eau, le long du cou de Bertold. Il attrapa la serviette posée sur ses épaules, pour la relever un peu et mieux essorer les cheveux humides avec. Le brun leva les yeux au plafond en soupirant, mais décida de le laisser agir un peu à sa guise, pour une fois. Après tout, il avait plutôt bien agi, en se précipitant comme il l'avait fait et désobéissant carrément aux ordres des instructeurs.

-Qu'à dit Marco ? reprit-t-il, préférant ignorer la main qui persistait et restait.

A travers la serviette humide, Bertold pouvait sentir la forme et la pression des grands doigts du blond. D'une certaine manière, c'était relaxant. Cependant, il connaissait Reiner depuis longtemps et ce n'était pas le genre très tactile.

-Rien encore. Je pense qu'il est choqué, mais il fera son possible pour ne pas le montrer à Jean.

-Et Jean ?

Reiner hésita. Il laissa la serviette retomber sur l'épaule de Bertold et enfonça ses doigts entre les mèches brunes et en bataille, récoltant une petite exclamation récalcitrante. Les cheveux lui donnaient l'impression d'être glacés. Ils étaient seulement humides, même s'ils ne gouttaient plus autant. Le voir aussi décoiffé était amusant et inhabituel.

-Il essaie d'être fort, même si sa fierté a été mise à mal, dit-il. Il la mettra peut –être de côté devant Marco, qui sait…

Il laissa ses doigts caresser entre les mèches courtes, prônant l'air de ne pas y toucher. L'odeur de savon était discrète, et discernable uniquement parce qu'il était aussi près de Bertold. Ce dernier eut un petit sourire en coin et leva une main dans l'idée d'ôter celle de Reiner. Les doigts à peine posés sur son poignet, il releva les yeux, pour constater que le blond s'était rapproché de son visage.

-Oh, tu fais quoi, là ?

-Je profite ?

-Tu profites trop à mon goût, marmonna-t-il en serrant légèrement.

-Allez, j'ai bien le droit à une petite récompense, non ?

Si Reiner avait l'air calme en apparence, son souffle un peu rapide le trahissait Bertold aurait presque eu envie de se moquer de lui. Presque. Une récompense, hein ? Sous le regard insistant, il se sentait perdre de sa superbe : d'habitude, le grand blond abandonnait rapidement.

-Une nouvelle rencontre avec mon genou, ca te va comme récompense ? souffla-t-il en essayant de le fixer dans les yeux.

Reiner avec un souffle chaud. Dans l'air froid du couloir, c'était agréable. Il frissonna quand son camarade se redressa légèrement et recula d'un pas, avec une légère grimace, et il se rendit compte à ce moment-là qu'il tenait toujours son poignet du bout des doigts.

-Mes couilles s'en souviennent, en tout cas, ricana Reiner.

Bertold n'eut pas le temps de dire ouf si Reiner avait bougé un peu pour se mettre hors de sa portée, le haut de son corps s'inclina soudain. Il sentit plus que vit son visage glisser vers son cou, et ferma les yeux en appréhendant le contact. Qu'il n'y eut pas, ou quasiment.

-Oh, R-Reiner, qu'est-ce que tu fous ? s'entendit-il bégayer à voix basse.

Il crut entendre un petit –tout petit- gémissement, perdu dans un souffle contre sa peau, et frissonna quand les lèvres frôlèrent simplement sa peau sans qu'il s'y attendît. Le repousser ? Attendre et le laisser faire un peu ? Merde. Parfois, il n'avait plus vraiment la foi de réagir.

-Tant pis pour mes couilles, répondit Reiner.

Sans prévenir, il glissa de nouveau sa main dans les cheveux de Bertold, écartant de l'autre la chemise vaguement boutonnée pour dégager une partie de l'épaule. Brusquement collé contre lui, un genou entre ses cuisses, il le bloquait contre le mur sans se soucier de rien, attaquant la peau pâle d'un brin de langue.

Bertold reprit ses esprits en une fraction de seconde quand il sentit les dents caresser son épaule, et essaya de se dégager sans douceur.

-Putain, Reiner, t'exagères de faire ça ici… !

Le blond gloussa en se redressant, passant un coup de langue rapide sur ses lèvres.

-Ca m'a échappé, désolée.

-M'ouais…Lâche-moi, maintenant.

Bertold avait un peu peur que son ton ne soit pas très convaincant, et il en eut rapidement la preuve, quand la main de Reiner descendit sans crier gare, venant se serrer sur son entrejambe en lui arrachant un hoquet.

-Eh… !

-Deux minutes, murmura Reiner.

Bertold pinça les lèvres et baissa les yeux. De là, il pouvait voir sa main, et sentait déjà les doigts qui s'avançaient entre ses jambes, le caressant à travers le pantalon en toile qu'il portait pour la soirée. Le courant qui s'emparait de lui, lui sembla presque irrésistible et il lâcha un petit soupir malgré lui.

-De toute façon, je te conseille d'éviter d'aller les retrouver, continua-t-il, avec la tête que tu fais…Qui sait ce qu'ils vont s'imaginer ?

Bertold sentit ses joues le brûler soudainement et le repoussa violemment, envoyant valser le blond et ses maudites deux minutes.

-Va te faire voir ! hurla-t-il en s'éloignant aussi vite que possible après lui avoir balancé sa serviette pour le distraire, rouge jusqu'aux oreilles.

Dans son dos, il entendit le rire de Reiner. Pour une fois, il avait gagné. Un peu. Il était bon pour prendre le frais, et chercha un moment une sortie sans avoir à passer en public. Hors de question de se montrer dans cet état !

La prochaine fois, il les lui broierait, ses précieuses.

Juré.