Chapitre 18


Dans l'écurie, l'odeur de purin prenait au nez dès l'entrée. Il avait toujours eu du mal avec cet endroit et peinait à s'habituer aux effluves nauséabondes. Quand la porte se referma derrière eux, il se sentait déjà mal à l'aise.

La jeune femme lui lâcha le bras alors seulement, pour s'asseoir sur une grande botte de paille à côté des box des chevaux. Les bras croisés, elle le dévisageait sans ciller. Selon lui, il ne devait rien y avoir de plus oppressant de la part de Mikasa.

-Tu n'étais pas franchement obligée d'aller si loin pour m'aider, dit-il finalement. Tu aurais dû te contenter de…

-Ca te donnera un minimum de contenance le jour où ils te surprendront sur Kirstein, coupa-t-elle brusquement en levant un brin de paille à hauteur de ses yeux.

Marco blêmit aussitôt. C'était mauvais, ça. Il leva les yeux sur elle, essayant de définir jusqu'où elle avait compris. Il ne tarda hélas pas à le savoir, à son grand regret.

-Honnêtement, continua-t-elle calmement, tu pensais que je n'avais pas remarqué ? Vous étiez déjà ensemble que tu étais déjà dans cet état-là.

-Tu dis n'importe quoi…Ce n'est pas…

-Et toi, tu es mauvais menteur. Pire qu'Eren, si j'osais.

Marco pinça légèrement les lèvres et trouva rapidement refuge sur un vieux tabouret. Elle n'avait jamais été idiote, en plus d'être excellente d'un point de vue physique. Dieu seul savait ce qu'elle avait prévu. Posant un talon sur le petit barreau en bas des pieds en bois, il soupira.

-Qu'est-ce que tu veux ?

Du bout des doigts, elle brisa la brindille et glissa un œil sur lui.

-Rien, dit-elle simplement. Mais tu couvres quelqu'un contre qui j'ai quelques ressentiments. J'ai quelques idées sur le pourquoi.

Marco se sentit devenir cramoisi jusqu'aux oreilles, et balbutia un « Je ne vois pas où tu veux en venir », avant que Mikasa ne se lève d'un bond. En quelques enjambées, elle s'était rapprochée de lui et se penchait déjà, les yeux légèrement plissés.

-Moi, si.

Trop proche. Elle était décidément trop proche et ce n'était assurément pas normal. Son regard, ses expressions, absolument rien ne changeait. Et rien ne bougea quand ses doigts s'enroulèrent dans le col de sa chemise.

-Je te préviens, Bodt, murmura-t-elle soudain. Surtout, pas de geste brusque. Et laisse-toi faire.

Marco sentit son cœur faire un bond quand tout s'enchaîna.

La porte qui s'ouvrait. Son corps qui décollait du tabouret avec une aisance terrifiante pour s'enfoncer dans la botte de paille la plus proche. Le corps de la jeune femme qui l'enfourchait vivement. Leurs visages trop proches. La bouche qui se posait sans douceur. Sur la sienne.

Ne pas bouger ? C'était quoi cette blague ? Il était un peu trop sous le choc pour pouvoir ne serait-ce que penser à bouger un orteil, là, de toute façon.

Une petite exclamation mal étouffée leur parvint de l'entrée de l'écurie, et à ce moment-là seulement, Mikasa se redressa, lui permettant de reprendre ses esprits. Debout près de la grande porte, Wagner les fixait avec de grands yeux, murmurant des « Il avait raison » en continu, visiblement sous le choc. C'était plutôt compréhensible, selon Marco. Lui-même avait beaucoup de mal avec la situation et n'en saisissait pas toutes les nuances.

-Un problème, Wagner ? grinça Mikasa.

Le jeune homme secoua la tête vivement. « N-Non, je venais juste, euh… » Il tourna la tête de tous les côtés, avant de se rendre compte qu'il avait toujours une selle dans les mains. « …Ranger ça ! » termina-t-il avec un sursaut presque victorieux.

Il se rua presque sur les crochets où les selles étaient installées en attendant leur utilisation, avant de repartir aussi sec. Il courait presque. Mikasa attendit quelques interminables secondes avant de se redresser complètement, s'asseyant sans retenue sur Marco.

-Ca, c'est fait, lâcha-t-elle.

-Mi-Mikasa ! Explique-moi, enfin !

Elle baissa les yeux sur lui, et ôta quelques brins de paille qui s'étaient pris dans les cheveux du garçon. Elle souriait. Et il n'aimait pas ça. Pas du tout.

-Je n'apprécie pas Kirstein. Or, Kirstein est très attaché à toi.

Marco pinça légèrement les lèvres, attendant chaque phrase avec une impatience qu'il ne cachait même plus. Même s'il savait que Jean et lui était proche d'une certaine manière, il doutait que ce soit au point où elle pourrait le faire chanter grâce à ça. Jean n'était pas si idiot.

-Et je sais que toi aussi, continua-t-elle. Ce genre de relation est plutôt mal vu, il me semble ? Que penses-tu qu'il se passerait si on savait que vous fricotez tous les deux ? Quoique ça, passe encore…

Elle se pencha de nouveau, les yeux légèrement étrécis en le fixant.

-…Mais si on savait que ça dépasse le stade de la simple entente sexuelle ? On le renverrait sûrement, tu ne crois pas ? Il se retrouverait dans ces champs, à travailler sans relâche…Tu ne crois pas qu'il finirait par en crever ? Un peu comme tous ceux qui y sont déjà…

-Merde, Mikasa…Qu'est-ce que tu veux, au juste ?

Elle gloussa un peu, et vint poser un doigt sur la joue de Marco avec un sourire amusé.

-La tête qu'il fera. A cause de lui, Eren ne sait plus où il en est. Je veux qu'il soit tout aussi perdu.

Marco la balaya de sa joue d'un revers de main, lui dédiant un regard noir.

-Tu penses vraiment que je vais marcher ? siffla-t-il en se redressant.

-Tu choisis, répliqua-t-elle. Mon silence sur vos petits jeux, ou Jean sera le premier à pâtir de votre dégoûtante relation. La décision te revient.

Marco déglutit. Le choix était malheureusement facile. L'idée d'avoir à subir ce genre de choses en public le déroutait et le dégoûtait presque d'avance. Mais l'idée que Jean subisse les répercussions de ses erreurs lui était insupportable d'avance.

Il détourna le regard, grimaçant ostensiblement.

-Très bien…, murmura-t-il.

Mikasa était une vraie salope.

Point.

Son pantalon aux chevilles, il avait fini par s'en débarrasser à coups de pied. Les bras musclés l'enlaçaient. La bouche semblait dévorer son épaule. Son corps brûlait presque contre lui. Et son entrejambe dénudée se frottait contre ses sous-vêtements sans plus aucun principe ni retenue.

Perturbé, Reiner avait du mal à reprendre contenance. « B-Bertold, souffla-t-il, calme-toi, attends… » Presque aussitôt, le visage du brun quitta son épaule. Il était presque sûr de recevoir un regard noir, et retint un gémissement, autant de surprise que de plaisir mal camouflé, quand les longs doigts fins vinrent enserrer son entrejambe par-dessus le tissu fin qu'il restait.

-Tu me cherches depuis des mois comme ça, et maintenant tu me dis de me calmer ? siffla-t-il. Assume !

Bertold avait une voix basse et un peu rauque. Aux oreilles de Reiner, il n'y avait, pour l'heure, rien de plus excitant. Sans attendre son reste, il glissa son visage dans le cou qui s'offrait à lui, mordillant la peau chaude et fine, et ses mains reprirent possession du corps, parcourant chaque parcelle qui s'offrait à elles. Sa taille. Ses hanches. Son ventre. Ses fesses. Qui se contractaient quand il les empoignait. Il adorait ce petit mouvement qu'il avait. En fait, chaque muscle se contractait quand il passait dessus. D'une de ses fesses, sa main glissa derrière la cuisse, pour la remonter contre lui. Leurs corps un peu déséquilibrés, Bertold roula légèrement sur le dos, Reiner en profitant pour glisser sur lui. Les jambes s'enroulèrent presque aussitôt autour de sa taille. Les mains venaient agripper ses omoplates sans vouloir attendre. Son visage s'était perdu quelque part dans son épaule, encore. Il avait toujours ce souffle brûlant quand il redressa le visage. Il pouvait sentir ses lèvres contre son oreille.

-Eh alors ? entendit-il tout bas. C'était quoi, tes belles paroles de tout à l'heure ? T'imaginais juste ça ?

Sa voix était saccadée et Reiner sourit. Il n'aurait probablement pas d'autre chance que celle-ci, et il pria pour que ce soit la fièvre qui emportait le jeune homme. Et qu'il oublierait dès que ses esprits lui reviendraient.

D'une main, Reiner agrippa la mâchoire de Bertold, le fixant un moment jusqu'à pouvoir discerner correctement ses traits.

-Ne me sous-estime pas…, murmura-t-il.

Du bout des dents, il mordilla la lèvre inférieure qui s'offrait à lui, tirant légèrement dessus en la titillant du bout de la langue. C'était difficile de se retenir de faire plus. Contre son entrejambe, le bassin du brun s'agitait un peu. Coincé entre ses cuisses, Reiner n'avait pas beaucoup d'issues de secours, voire aucune. C'était intenable de le sentir se frotter contre lui de cette façon.

Sa main était redescendue, glissant sans trop d'hésitation sur le membre qu'il avait délaissé un peu plus tôt. Presque aussitôt, il put se délecter du gémissement qui en résulta, et ses doigts glissèrent tout du long. Il le sentait frissonner, trembler un peu. C'était à se demander depuis combien de temps il ne s'était pas touché lui-même. S'il l'avait jamais fait. Ah, ce serait une question à lui poser à tête reposée…

-Oh, Reiner ! Ca va là-haut ? Bertold a l'air bizarre, non ?

Le grand blond sentit le concerné sursauter sous lui, probablement ramené un peu trop brutalement à la réalité. Il lâcha la lèvre, et glissa à nouveau deux doigts dans la bouche entrouverte tout en tournant un peu la tête.

-Il doit faire un cauchemar, répondit-il d'une voix un peu forte.

-Besoin d'aide ?

-Non ! Je veux dire, ça ira, merci !

Pas besoin de ça maintenant, se dit Reiner. Au même moment, alors qu'il revenait à ses occupations, il sentit les rôles de plus tôt s'inverser un peu quand la langue de Bertold glissa entre ses doigts, caressant lentement ses phalanges.

-Tu cherches, enfoiré…, murmura-t-il.

De son autre main, il fit rapidement glisser ses sous-vêtements, et tant pis pour le reste de sa raison. Si même Bertold avait laissé la sienne au placard, à quoi bon ?

Il réfléchirait plus tard.

Pour l'heure, la langue qui glissait entre ses doigts le tiraillait. Dans son dos, les mains descendaient lentement, pour s'agripper à présent à ses hanches.

Merde. Ce n'était que ses doigts, ça. Qu'est-ce que ce serait si…Non. Ne pas y penser. Surtout pas.

Sans y penser, il remonta légèrement le pouce, caressant le gland qui tressautait entre ses doigts. Le bruit que produisit Bertold entre ses doigts lui apparaissait comme la chose la plus improbable au monde. Il recommença, d'un geste un peu plus sûr. Un petit râle s'échappa entre ses doigts et cette langue qui s'agitait, et Reiner se prit à l'imaginer sur une autre partie de son corps. Quitte à en être là…Même si c'était une mauvaise idée.

Il sentit une main défaire sa pression sur lui, pour se ruer sur son poignet, et faillit sentir une pointe de déception quand Bertold fit glisser ses doigts presque hors de sa bouche. Presque. Son souffle le trahissait sans contestation.

-Fais…Fais quelque chose, merde… !

Sa voix suppliait, basse. Sa langue s'avança, caressant le bout des doigts encore posé sur ses lèvres. Bertold dans cet état, c'était une vision juste complètement érotique.

Il continua alors, et récupéra sa main, glissant sa main entre les cuisses du brun. Il l'avait touché tout à l'heure, et il retrouva sans difficulté l'intimité, glissant le bout d'un doigt humide à l'intérieur. Un soubresaut lui répondit. Avec une pointe de stupeur, il entendit un grincement des lattes et attendit quelques secondes. Connie n'avait pas l'air de réagir. Peut-être qu'il n'y avait que lui qui entendait, ou qu'il se faisait des idées. La respiration rapide de Bertold le fit repartir dans son monde. Il plaqua la paume de sa main contre les bourses, prenant légèrement appui tandis qu'il bougeait un peu son doigt. D'un mouvement un peu incontrôlé, Bertold agita un peu le bassin, avec un petit cri qu'il étouffa de justesse en se bâillonnant d'une main lui-même.

-Plus fort…Plus fort, Reiner… !

Dans le bas de son dos, il sentait ses ongles s'enfoncer dans sa peau alors qu'il obéissait aveuglément, glissant avec une certaine difficulté un deuxième doigt qui rejoignait le premier.

Un frisson. Un sursaut. Un nouveau râle étranglé. Il sentit quelque chose de chaud couler entre ses doigts. Sa respiration saccadée. Son corps brûlant et trempé. Et ce rayon de lumière, fugace.

Rayon de lumière ?

Son sang ne fit qu'un tour et Reiner tourna les yeux. A ce moment-là, les couvertures s'étaient de nouveau affaissées pour les cacher et il entendit le grincement des barreaux menant au sol.

Merde.

-CONNIE ! hurla-t-il aussitôt en reconnaissant le pas du garçon.

-J'ai rien vu ! J'ai rien vu ! Putain, promis j'ai rien vu !