Chapitre 26
Après cette conversation matinale plutôt agréable - c'était ainsi qu'Emma la qualifiait - , le Shérif Swan se para pour aller travailler. Elle enfila sa veste en cuir rouge et son bonnet, elle enfonça son arme de service dans l'étui qu'elle portait à sa taille et accrocha son étoile sur l'une des poches de son jean. Puis, jetant un dernier regard en direction de la salle de bain occupée par Regina, Emma quitta l'appartement.
Il y avait de la gelée sur l'herbe et les pares-brises étaient tous parsemés de verglas. Le macadam était glissant mais praticable. Les habitants tentaient tous de démarrer leurs voitures pétrifiées sous les coups du gel, le nez rougit et gelé. Ils dansaient sur place dans l'espoir de se réchauffer mais sans grande utilité. Noël approchait et cela se sentait.
L'éternelle Coccinelle jaune sillonnait Storybrooke comme à chaque début de service. Ce n'était qu'une ronde routinière, mais Emma aimait vérifier le confort des habitants. Elle vit au loin sur le trottoir un rouquin couvert de la tête aux pieds, tenant un Dalmatien en laisse. Archie et Pungo. Emma klaxonna à leur adresse et ce furent un signe de main, un sourire et un aboiement qui lui répondirent. Elle continua d'avancer à travers les rues et boulevards. Chaque habitant lui adressait un signe de main chaleureux auquel la blondinette répondait par un sourire. Le calme revenait pour les fêtes.
Swan vit perché sur une échelle, l'un des nains. Leroy, ou plutôt Grincheux. Il n'était pas beaucoup apprécié par les habitants à cause de son penchant pour la bouteille et sa politesse digne d'une porte de prison. Pourtant, seules Blanche Neige et l'une des sœurs avaient su lire en lui. Emma savait qu'il détenait du bon au fond de son cœur.
Le petit homme s'acharnait à tenter d'accrocher les premières décorations de Noël sur les lampadaires. Les installations devaient être prêtes avant l'arrivée de la neige. Deux autres nains se tenaient en bas de l'échelle, Joyeux et Dormeur. Ils tenaient une énorme caisse avec le reste des décorations, et par la même occasion, ils empêchaient toutes chutes potentielles de leur frère. Dormeur dormait debout, et ce fut que lorsqu'Emma klaxonna, qu'il se réveilla en sursaut manquant de renverser l'échelle qui titubait sur elle même. Ils tentèrent tous tant bien que mal de lui faire signe tout en rattrapant l'échelle. Emma eut un petit rire moqueur. Elle comprenait pourquoi sa mère tenait si fortement à ces sept petits êtres. Ils étaient adorables.
Sur la grande place centrale, elle vit sa mère accrocher quelques affiches annonçant le marché de Noël annuel. La Fée Bleue lui donnait un petit coup de main et toutes deux lui firent un grand signe de main. Swan klaxonna. Elle n'était jamais allée à un marché de Noël auparavant. Elle avait hâte d'y participer. De plus, cette année, elle savait qu'elle ne serait pas seule comme les années précédentes. Cette année, elle avait sa famille. La magie de Noël avait opéré bien plus tôt. Un sourire se dessina sur ses lèvres.
Emma passa chez Granny commander un café à emporter qu'elle boirait au poste de police. Ruby l'accueillit avec un grand sourire, elle lui apprit que Granny était malade. L'hiver frappait déjà se dit Emma. La jeune femme aux cheveux rouges lui amena son café. Swan la remercia et paya. Elle sortit du restaurant et prit la route de son bureau.
Regina sortit de la salle de bain soigneusement lavée. Cela faisait quatre jours qu'elle ne s'était pas lavée, pas depuis qu'elle avait repris connaissance. Elle s'était changée grâce aux affaires que lui avait ramené Mary Margaret. Elle avait enfilé un pantalon noir à pattes d'éléphant et un chemisier blanc dont les deux premiers boutons étaient ouverts. Regina sentait bon la vanille, son parfum habituel. Elle se sentait enfin redevenue une femme.
Lorsqu'elle marchait à travers l'appartement, elle sentait encore la faiblesse de ses membres qui l'empêchait de beaucoup bouger. Pourtant, la Reine se promit de se forcer aller marcher un peu pour prendre l'air. Elle s'assied à table et prit quelques biscuits qu'elle grignota. Elle remarqua un livre posé sur celle-ci. Un roman, d'une bonne cent-cinquantaine de pages. A qui était-il ? Ce n'était pas à Henry, il ne lisait pas ce genre de livre. Était-ce celui de Mary Magaret ? Emma ? David ? La Reine ne savait pas. Il y avait un marque-page. Regina prit soin de ne pas l'enlever. Elle lut le résumé. Machinalement, elle ouvrit l'ouvrage et consulta les premières pages. Tout de suite, elle se sentit prise par l'histoire de cette héroïne et se mit à bouquiner tout le long de la matinée.
La porte de l'appartement s'ouvrit, sortant Regina de sa lecture. Elle regarda sa montre, il était déjà midi et demi. Ses yeux s'écarquillèrent. Elle avait lu plus de la moitié du livre et avait même dépassé le marque-page. C'était Mary Margaret qui rentrait. Le sourire aux lèvres et le nez rougit.
- Regina ! Comment allez-vous ? Sourit la jeune femme.
- Bien mieux, je vous remercie pour tout ce que vous avez fait. Vous n'étiez pas obligé, après notre lourd passé. Expliqua le maire en refermant le roman.
- Le monde évolue Regina. C'est normal. Vous étiez en train de lire ce livre ? Demanda la jeune enseignante en souriant, désignant l'ouvrage à la couverture noire.
- Hum oui. Je suis désolée il est à vous ? Fit confuse la brune.
- C'est à Emma, mais elle ne vous en voudra pas d'avoir mis le nez dedans. Ne vous inquiétez pas. Vous avez faim ?
Regina se rendit compte qu'elle avait totalement oublié de préparer le déjeuner. Elle se sentait honteuse de vivre au crochet de la famille Charmant. Regina n'aimait pas profiter de la bonté des gens. Elle prit la décision de retourner au manoir dès le soir même. Elle se leva et aida Blanche à préparer à manger.
Pendant le repas où elles n'étaient que toutes les deux, Regina confia à son ancienne pire ennemi - qui l'eut crû ? - qu'elle organiserait une conférence à la Mairie réunissant tous les habitants, le lendemain afin de s'excuser de ses actes passés dans la forêt enchantée. Mary Margaret approuva cette idée, Regina avoua qu'elle provenait d'Emma.
Swan avait déjeuné dans son bureau pour ne pas quitter des yeux Whale qui s'ennuyait dans sa cellule. Il criait de temps à autre quelques blasphèmes qu'Emma n'écoutait pas. Elle s'était résolue à le faire traverser la limite de Storybrooke. Ainsi il perdrait totalement la connaissance de la ville et surtout de son identité. Il pourrait continuer une vie plus stable dans le monde réel.
Le Shérif se plaisait plutôt à repenser à sa discussion avec le maire, ce matin. C'était la première fois que celle-ci s'était excusée sincèrement. Que sa haine avait disparu et que ce sentiment qui les entourait à chaque fois qu'elle se trouvait proche l'une de l'autre était réapparu. Elle avait eu cette envie folle de se jeter sur la Reine pour obtenir ses faveurs et de se donner corps et âme pour ne serait est-ce qu'un instant. Emma ne comprenait pas l'attirance qui la poussait à vouloir dévorer le corps de Regina. Jamais elle n'avait ressenti cela. En tout cas pas depuis Neal. Mais jamais pour une femme. Swan se découvrait et s'étonnait elle-même de si peu se connaître.
Pour cesser de penser à la créature brune, magique, inhumaine et sensuelle, Emma se dirigea à la barre de musculation qu'elle avait installé dans son bureau. Elle défit sa veste et se laissa en débardeur. Elle attrapa la barre et muscla ses bras dont les veines ressortaient légèrement. Emma soufflait fortement, son corps se soulevant dans les airs.
Regina finit son repas et aida Blanche à faire la vaisselle. Après cela, toutes deux quittèrent l'appartement. Le maire voulait aller voir Emma. Elle prétexta aller lui demander d'avertir la ville de sa conférence, mais en réalité, le Shérif lui manquait.
Elle marcha longuement dans le froid et la brume de l'après-midi. Le poste se dressait au loin. Regina hésitait à rentrer. Elle ne supportait plus la tension sensuelle qui les attirait. Elle voulait Emma. Madame Mills ouvrit les portes du bâtiment et s'y engouffra. Elle marcha à travers les couloirs à la recherche du Shérif de Storybrooke.
Quand elle pénétra dans la salle principale, Whale s'affola et tenta de forcer les barreaux de sa cellule. Regina leva les yeux au ciel. Comme elle regrettait de ne pas pouvoir utiliser sa magie pour le faire taire. Elle se dirigea au bureau d'Emma. La porte était fermée. D'une main tremblante, le maire tourna la poignée.
Quand la porte s'ouvrit, Regina découvrit une Emma suspendue à une barre de traction. Une odeur de parfum mélangé à de la sueur flottait dans les airs. De la transpiration perlait sur les bras et le visage de la blonde. La Reine s'arrêta un instant sur les bras fléchis du Shérif. Elle avait soudainement envie de parcourir ses veines du bout des doigts. De les caresser délicatement et de tâter ses muscles gonflés. Son regard descendit sur le fessier de la blonde qui avait les genoux remontés jusqu'à son ventre. La Reine était tentée de toucher ses jolies fesses rondes qui semblaient si fermes. Emma gémissait de douleur, de doux cris rauques s'échappaient de sa gorge. Regina imagina un instant qu'un jour peut être ses gémissements seraient pour elle.
Emma ouvrit les yeux et découvrit en baissant la tête, que le maire se trouvait dans le bureau et l'observait. La blonde perdit l'équilibre et la force de ses bras la lâcha. Elle retomba sur le sol en faisant attention de ne pas se faire mal.
- Depuis combien de temps êtes-vous là ? Demanda le Shérif en suffoquant, le visage rougit par l'effort.
- Assez pour constater que le travail des forces de l'ordre est intense, Mademoiselle Swan. Rétorqua Regina d'un ton ironique. Je venais vous parler au sujet de la conférence que vous m'aviez suggéré...ce matin.
Emma décerna un abaissement du ton de la Reine lorsque cette dernière évoquait leur entrevue en début de matinée. Était-elle aussi gênée ? Swan revint à la raison. Elle but une gorgée de sa bouteille d'eau posée sur son bureau et se tourna à nouveau vers Regina...qui étrangement... la reluquait.
- Hum oui. Vous voulez que je prévienne les habitants ? Fit Emma déstabilisée.
- S'il vous plaît, oui. Je souhaiterai la faire demain matin. Je voudrais vraiment que les fêtes de fin d'années se déroulent sans problèmes.
- Je comprends. Je fais cela au plus vite. Pour l'heure, je vais emmener Whale à la limite de Storybrooke. Il est préférable pour tout le monde qu'il la traverse et oublie l'existence de cette ville et qui vous êtes. Expliqua Emma.
- Très bien. Je vais vous laisser travailler Shérif Swan. Merci beaucoup.
Sur ce, Regina allait quitter le bureau de la blonde, quand, au moment d'ouvrir la porte, elle se retourna.
- Je...je vais retourner au manoir dès ce soir. Je vous remercie de m'avoir sauver et de m'avoir administrer tous ses soins. Je ne souhaite pas vivre à votre crochet toute une éternité. Vous comprenez que vivre sous le même toit que Blanche Neige me pose quelques problèmes bien que je me force d'oublier le passé. Je vous remercie sincèrement pour tout ce que vous avez fait, Emma. Remercia Regina qui avait le cœur serré de ne plus vivre sous le même toit que cette blonde.
Le cœur d'Emma manqua un battement. Le maire avait prononcé son prénom, pour la première fois depuis son arrivée en ville. Il semblait si doux lorsqu'il sortait des lèvres de la brune qu'elle trouvait drôlement jolies. Elle ne voulait pas que Regina parte. Elle fit le tour de toutes les excuses qu'elle avait en tête pouvant retenir sa brune.
- Madame le maire ! Attendez ! Restez une nuit de plus. Vous ne nous dérangez pas et vous n'êtes pas totalement remise. Vous êtes encore faible. Restez. Restez au moins cette nuit. Lâcha Emma sans contrôler ses mots.
Le cœur de Regina battait la chamade. Elle aurait tant espéré qu'Emma la retienne. Elle voulait lui répondre que oui, mille fois oui, elle resterait. Pour l'éternité...si elle le lui suppliait. Mais au lieu de cela, elle retint la joie qui paradait dans son ventre et adressa un sourire au Shérif.
- Merci, Swan.
Regina quitta les locaux immédiatement, laissant derrière elle une odeur vanillée flotter dans le bureau de la Sauveuse. Emma resta planter là un instant, le regard dans le vague. Puis elle se dit ensuite que Whale n'allait pas aller tout seul jusqu'à la limite. Elle enfila donc son bonnet et sa veste en cuir et se dirigea jusqu'à la cellule du médecin.
